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Marthe Richard

  • Des droits pour les prostitués

    Des droits pour les prostitués : tout simplement. C’était l’objet des « Assises des droits des prostitués », qui viennent de se tenir à Paris, suivies d’une inattendue « Pute pride », permettant à une foule de déambuler joyeusement avec des slogans tels que « Rendez-nous nos trottoirs », « Prostitué, c’est un métier, laissez-nous l’exercer » ou encore « On est belles, on est rebelles, des salopes professionnelles ». Et sont annoncées pour l’an prochain à Paris des « Assises européennes de la prostitution ».

     

     

    Ces Assises et cette manifestation marquent le cinquième anniversaire de la loi du 18 mars 2003, dite de sécurité intérieure, dont l’article 50 a réintroduit dans le droit français la notion de racolage passif. Un bataille menée personnellement par un ministre de l’intérieur qui s’appelait Nicolas Sarkozy.

     

     

    Cette loi pose des problèmes évidents, avec d’abord une précarisation des prostitués, obligés de quitter les centres-villes, pour travailler toujours plus à l’écart, souvent en des lieux isolés. « La situation a gravement empiré », déplore Malika Amaouche, du collectif Droits et Prostitution. Autre effet indirect de la loi, la facilitation des contrôles, qui est une aubaine pour le renvoi des prostituées de nationalité étrangère, promises à un destin d’une cruelle vulnérabilité. Mais le problème est plus général.

     

     

    Ce qui fait question, c’est l’hypocrisie, à un degré rarement atteint, du droit français. Et la loi du 18 mars 2003, qui ne se limite pas au racolage passif, en rajoute une sévère couche. Aussi, les prostitués ont bien raison de manifester pour la reconnaissance de leurs droits.

     

     

    Chacun connait la problématique de départ : la prostitution est licite, mais le proxénétisme ne l’est pas. Le bon vieux principe de base est celui de l’indisponibilité du corps humain, principe non remis en cause par la rémunération pour de relations sexuelles consenties.

     

     

    La prostitution est une liberté, mais la répression est déjà là. Elle est alimentée en France par un puissant alibi moral, et mise en œuvre par le combat contre le proxénétisme. Le proxénète est l’ennemi, et pour remonter la piste, rien de mieux que de commencer par le ou la prostitué.

     

     

    Tout commence avec la loi du 13 avril 1946, dite loi Marthe Richard, du nom de cette parlementaire connue pour avoir obtenu la fermeture des maisons de tolérance. Suivra une série de texte en 1960, suite à la ratification par la France de la Convention de l’ONU de 1949. Se trouvent là les bases de notre droit pénal, que l’on retrouve actuellement aux article 225-5 à 225-12 du Code pénal, au titre des « atteintes à la dignité de la personne » qui punit toutes les formes de proxénétisme, mais dans des conditions telles que la prostitution légale devient impossible.

     

     

    Le schéma est simple. Les maisons closes sont fermées, et la mise à disposition d’hôtel établit l’infraction de proxénétisme. Les prostitués recrutent donc leurs clients dans la rue, et s’installent pour ceux qui parviennent à rester en ville dans des studios qui leur appartiennent. Seule interdiction : le racolage actif . « Tu viens chéri… » est interdit par la loi. Le système a duré des années.

     

     

    Mais là-dessus vient la loi du 18 mars 2003. Est sanctionné le racolage passif, c’est-à-dire le simple fait d’être là, avec un peu de peau visible. Le prostitué ne peut plus rester dans la rue. Et de plus la loi sanctionne, comme elle faisait pour les hôtels, la mise à disposition de véhicules destinés à la prostitution.

     

     

    Bilan : la prostitution est légale, mais les moyens qui permettent de l’exercer sont illégaux. Et cette illégalité facilite les réseaux et la clandestinité. Médaille d’or de l’hypocrisie.

     

     

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