30.11.2008
Bombay : Maintenant, il faut comprendre
11 septembre, 26 novembre… Comment ne pas faire le rapprochement ? Sur le crime, oui ; mais sur l’analyse, tout est si différend.
New York semble aussi proche que Bombay parait lointaine, quasi-exotique. Mercredi soir, la presse française avait réagi en demi-teinte, alors que les journaux britanniques ou américains en avait fait, dès les premières heures, leur sujet numéro un. Faites un tour sur Google News India, vous mesurerez l’ampleur du cataclysme.
Cherchons ici à centraliser les infos, et les questions. Pour les réponses, tous les indices sont bienvenus. Car fulminer contre les nouveaux exploits d’une énième succursale de la Ben Laden Company, c’est trop court. Une telle attaque… dans la plus grande démocratie du monde, dans une région qui chaque jour s’affirme comme le centre du monde de ce début de 3° millénaire.
Pour le bilan, il faudra attendre. Samedi soir, les chiffres sont selon les autorités indiennes de 195 morts, dont 27 étrangers, et 295 blessés. L’Inde a connu d’autres attaques terroristes. Jamais à ce niveau. Les forces de l’ordre, pour le moins, ont pataugé. Combien de temps faudra-t-il pour savoir ?
Le modus operandi, c’étaient des attaques coordonnées contre dix sites à Bombay, dont les hôtels de luxe Taj Mahal et Trident-Oberoi, la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux. Des choix qui ressemblent à une signature.
Qui ? Prudence, toutes les informations circulent. Pour un coup de cette ampleur, une véritable organisation est nécessaire, avec beaucoup d’anticipation. Ce qui pose aussitôt la question de réseaux dormants. Mais une attaque tous azimuts qui donne aussi le sentiment d’une certaine fébrilité. Les autorités indiennes, par le ministre de l'Etat, Vilasrao Deshmukh, ont annoncé ce samedi, alors que les dernières résistances avaient cédé, que « neuf terroristes ont été tués et un capturé. » Ce dernier, d'origine pakistanaise, répondrait au nom d’Azam Amir Kazav. Il aurait affirmé que le but des attaques était de faire un « 11-Septembre indien en réduisant en cendres les symboles de la puissance économique, le Taj et le Trident, afin qu'ils ne puissent être reconstruits. » Il aurait indiqué appartenir à l'organisation séparatiste Lashkar-e-Taiba, un groupe djihadiste basé à Lahore au Pakistan déjà responsable de plusieurs attaques sur le sol indien, notamment contre le Parlement en 2001. La presse parle aussi d’un groupe dénommé le Jaish-e-Mohammed, de la région de Karachi au Pakistan. Pourquoi ce groupe, si c’est lui ? Quel bit à cette surenchère ? Ce groupe a-t-il les moyens de conduire une telle opération?
Le Pakistan ? Rien à voir avec le terrorisme, protestent les autorités. Mais plusieurs infos font état de liens entre le Lashkar-e-Taiba et l’ISI, l’organe des services secrets pakistanais. La tension est très forte entre ces deux puissances nucléaires. L'Inde a accusé le Pakistan d'être derrière ces attaques trop bien orchestrées, et le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a demandé à l'Inde à ne pas «réagir de façon excessive» et juré d’apporter tout son concours à l’enquête.
Pour le Hindustan Times, « L'Inde est attaquée. L'idée même de l'Inde est attaquée. Il ne sert plus à rien de se voiler la face. » Elle est si faible l’Inde ? Comment répondra-t-elle politiquement ? Socialement ?

01:24 Publié dans affaires | Lien permanent | Commentaires (66) | Envoyer cette note | Tags : inde, pakistan, terrorisme
20.02.2008
Pakistan : Islam et démocratie
Islam et démocratie : comme un ami, le Pakistan nous fait passer un message d’une qualité exceptionnelle. L’occasion de réviser les poncifs et les idées reçues en la matière.
Sur le sujet, un consensus s’est imposé : l’islam est naturellement contraire à la démocratie car les musulmans ne savent pas faire la différence entre le temporel et le spirituel. C’est ainsi. Les élucubrations de Philippe de Villiers, encore appelé l’agité du bocage, sont devenues pensées officielles. Bernard-Henri Levy ne se déplace plus sans son détecteur de fatwa.
D’où l’intérêt pour le plus grand pays musulman, le Pakistan.
Le pays souffre, partagé entre un fort développement économique et une grande misère sociale. L’insécurité y règne et les élections se sont faites sous fond d’état d’urgence. Un pays rude, soumis aux tensions liées au voisinage de l’Iran ou l’Afghanistan.
Les leçons du scrutin ?
- Une vraie campagne électorale, malgré le climat de violence.
- Des candidats représentant toutes les tendances politiques, et des femmes très présentes dans l’exercice des responsabilités.
- Une opposition qui gagne les élections.
- Les partis islamistes en déroute, qui se trouvent marginalisés.
Je rappelle qu’à l’origine de la protestation sociale se trouve un mouvement des avocats qui s’opposaient à la volonté du Président Pervez Musharraf de limoger le Président de la Cour Suprême.
Bref, une bataille de la démocratie et du droit.
C’est la preuve par neuf que l’islam n’a rien d’incompatible avec la démocratie et que les musulmans savent parfaitement séparer spirituel et temporel, loi de Dieu d’un côté, loi des hommes de l’autre.
Autre grande leçon : les musulmans qui sont les premières victimes de l’islamiste en sont les meilleurs combattants lorsqu’ils utilisent les armes de la démocratie.
Ce que nous dit le Pakistan est parlant. Mais l’exemple n’est pas unique : c’est la même chose en Turquie.
Ainsi, on peut continuer à faire mijoter nos a priori idiots et réducteurs, alimentés par des velléités sécuritaires à la petite semaine.
Il serait préférable de regarder le monde tel qu’il est. Dans les pays où ils sont majoritaires, les musulmans construisent des sociétés démocratiques car leurs dirigeants savent que les Etats n’ont d’avenir que s’ils savent rejoindre les références communes des grands pays industrialisés en matière de liberté, de pratique du pouvoir et d’organisation économique et sociale. Lorsqu’ils sont minoritaires, notamment en France, ils utilisent les armes du droit français et européen pour vivre leur vie et sur un certain nombre de points défendre leur pratique d’une religion minoritaire, ce qui les placent en opposition avec les pays traditionnalistes qui combattent chez eux la diversité religieuse.
16:47 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : Pakistan, Islam, Démocratie










