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Pakistan

  • Le médecin pakistanais qui a permis l’assassinat de Ben Laden croupit en prison

    url1.jpegOn se rappelle de la formule d’Obama après l’exécution d’Oussama Ben Laden à Abbottabad, le 2 mai 2011 : « Justice has been done ». Sauf que c’était tout, sauf la justice. Il s’agissait d’un assassinat – exécution d’un homme qui dort et qui n’avait pas été jugé, même par contumace – et d’une violation grave de la souveraineté pakistanaise, car le commando US n’avait aucun droit pour conduire une opération militaire sur une terre qui n’était pas la sienne. Et ces invraisemblables scènes de liesse à New York...

    Précision. Je rappelle qu’on se contrefiche de Ben Laden, qui ne pensait qu’à sa gueule, a causé des ravages dans le monde musulman, et n’a jamais su que la question palestinienne existait. Fin de la précision.

    Le sort des personnes, dès lors qu’elles ne sont pas « américaines », Obama s’en contrefiche. Au cours de son premier mandat, il a ordonné 4.700 exécutions – trois par jour – et on doit en être actuellement à 8 ou 9000. Le mec si cool qui dépasse l’Iran et l’Arabie Saoudite à lui tout seul...

    Pour l’assassinat de Ben Laden, vu le bénéfice politique à en tirer, les US ont joué leur carte perso à 100%, abandonnant leurs meilleurs alliés. Voici l’histoire du Dr Afridi, un médecin pakistanais.

    Début 2011, les services US étaient persuadés que la grande maison d’Abbottabad était occupée par des dignitaires d’Al-Qaïda. Mais pour vérifier qui y logeait, impossible de passer par les services pakistanais, car les US ne jouent que pour eux.

    L’idée de la CIA a été de mener une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite B dans la ville, histoire d’entrer dans les maisons et de récupérer des souches ADN. Un complot ? Un vrai de vrai, ma chérie.

    Par manigances, la CIA a recruté un toubib, le Docteur Shakeel Afridi, qui exerçait loin de là, dans la région de Khyber, près de la frontière afghane. Le Docteur Afidri est arrivé à Abbottabad en mars 2011, payé pour être l’organisateur d’une fausse campagne de vaccination contre l’hépatite B.. Pour faire vrai, on avait disposé des affiches dans la ville, et les habitants des quartiers pauvres avaient été vaccinés en mars. Puis, en avril, le docteur et ses infirmières ont continué leur campagne à Bilal Town, le quartier résidentiel où Oussama Ben Laden vivait. Des gens plein d’oseille à qui on propose des vaccinations gratuites ? Ah tout ce que l’on peut faire avec de si jolies ONG humanitaires…20182376.jpg

    Grace à des démarches présentées comme systématiques, une des infirmières de la campagne est parvenue à se rendre dans la maison de Ben Laden, pour prélever des échantillons afin de recueillir de l’ADN permettant d'identifier Ben Laden. Les prises ont été transmises chez l’Oncle Sam, qui a fait le rapprochement car des membres de la famille Ben Laden avaient été soignées aux US. Secret professionnel, va te faire voir, c’est la guerre contre le terrorisme.

    Tout était open, et Obama a donné l’ordre d’assassiner.  

    Le Docteur Afidri a été arrêté lendemain du raid. Le 23 mai 2012, il a été condamné à trente-trois ans de prison pour des liens avec un groupe islamiste armé, un coup tordu pour lui faire payer d'avoir secrètement aidé les Etats-Unis. En 2014, sa peine a été ramenée à 24 ans. Le fait de collaborer avec un Etat tiers, qui va violer la souveraineté de votre pays pour une opération militaire, est de la trahison. Et une humiliation.

    Cette manip’ a eu des effets délétères. Les campagnes de vaccinations ont été dénoncées comme des procédés d’espionnage, et fin 2012, les attaques contre des employés des services de santé, notamment ceux vaccinant contre la polio, avaient fait au moins 78 morts. Oki ?

    Leon Panetta, qui était alors secrétaire à la Défense des États-Unis, a confirmé le rôle du Dr Afridi, et expliqué que poursuivre une personne qui avait contribué à l’arrestation d’un «terroriste» était «une véritable erreur». Donc, Dr Afridi, je pense bien à toi.

    Sauf que maintenant, la question pour les US, c’est les pourparlers avec les talibans afghans, et pour ce faire, il faut dealer avec le Pakistan.

    Alors, le Dr Afridi peut bien croupir en prison. Obama est passé à autre chose, et puis, il été tellement drôle l’autre soir au dîner annuel des corres­pon­dants à la Maison Blanche. Si le Dr Afridi a la télé dans sa cellule, il a dû apprécier.

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  • Pakistan : Rendez-vous avec les Talibans

    Karachi est la plus peuplée des villes du Pakistan, 18 millions d’habitants. Tout passe par Karachi, la capitale économique, et c’est son aéroport, Jinnah, qu’a attaqué un groupe armé taliban du puissant Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP).

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    Le commando est parvenu sur le tarmac, et a semble-t-il pris possession d’avions en stationnement, avec des moyens militaires : fusils d’assaut, grenades et lance-roquettes. Les images montrent des nuages de fumée sur l’aéroport. L’attaque, qui a  bloqué l’aéroport, a commencé dimanche vers 22 heures pour prendre fin lundi vers 11 heures, après un assaut de l’armée. Bilan, trente morts et 26 blessés. Les dix membres du commando ont été abattus.

    Au même moment, dans l’ouest du pays, une attaque visant des membres de la minorité chiite a fait 23 morts. L’attentat a eu  lieu à Taftan, près de la frontière iranienne, dans un restaurant accueillant des pèlerins de retour d’Iran. Les quatre membres du commando, munis de vestes explosives et de fusils, sont entrés et ont tout fait exploser.

    Il faut mesurer ce que représentent ces attaques coordonnées – dont l’une sur un des lieux des plus sécurisés – comme failles dans le système d’Etat et défi pour la sécurité dans la région. Le porte-parole du TTP, Shahidullah Shahid, a revendiqué cette attaque pour « venger la mort de Hakimullah Mehsud », leur chef tué en novembre dernier par un tir de drone US dans les zones contrôlées du nord-ouest.

    Le gouvernement du Premier ministre Nawaz Sharif se trouve placé devant un défi, avec des choix qu’il ne pourra pas toujours reporter. Il connait l’implantation du mouvement taliban dans la population, et le rejet de la présence US. Nawaz Sharif s’était fait élire en disant qu’il ferait respecter la souveraineté du Pakistan, et imposerait la fin des raids des drones. Il s’est heurté à un mur.

    Il a cherché à trouver une solution politique avec les Talibans. Un cessez-le-feu avait été signé le 1er mars, mais il n’a pas tenu un mois, avec le spectacle des atermoiements gouvernementaux. Quel liens avoir avec les US, alors que le mouvement taliban se renforce et que la population s’inquiète ? Quelle place reste pour la paix sans rompre avec les US ? Combien de temps attendra l’armée, qui pèse pour le rétablissement de l’ordre, voyant que son autorité est en jeu ?

    L’encombrant allié US souhaite de longue date des actions armées dans les zones frontalières de l’Afghanistan, où les Talibans ont leurs bases. Mais quelle efficacité ? Quels risques de représailles à travers le pays, alors que déjà en 2011, les mêmes avaient attaqué la base navale de Karachi ? Quelle solution politique ? Comment apaiser les relations avec l’Inde ? Quelles surenchères à redouter alors qu’interviendra cette année le piteux retrait de l’OTAN d’un Afghanistan ravagé par 14 ans de guerre, sans aucune solution ?

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  • Tirs de drones au Pakistan,… et procès à Londres

    jugeetlassassin.jpgLe 17 mars 2011, cinquante civils avaient été tués par un tir de drone au Pakistan : un drone US, mais un tir britannique. Les familles ont engagé un procès devant la Haute Cour de Londres. Excellente nouvelle : on progresse ! 

    Il n’y a que le journal Le Monde qui en parle et c’est bien dommage, car ce genre de procès va faire avancer la répression des assassinats en bande organisée. Des criminels sans foi ni loi qui ont viré la rustique Kalachnikov pour la remplacer par le drone hi-tech et tendance. Yes, we can… kill you when we want.

    La procédure a été engagée par Noor Khan, un citoyen britannique résidant au Pakistan, et elle concerne un tir de drone qui le 17 mars 2011 a tué une cinquantaine de personnes, essentiellement des chefs tribaux locaux réunis pour régler des différends entre villages, dans le Nord-Waziristan. Parmi les victimes, son père.

    Mais ces assassinats, c’est Obama, me direz-vous ? Oui, mais le gars est partageux, et il faut dire qu’avec trois assassinats par jours lors de son premier mandat – chiffre donné lors des débats parlementaires – il peut en laisser quelques-uns aux amis.

    Ce haut fait d’arme, tout à l’honneur de l’armée – le massacre de 50 civils – est le fait de soldats britanniques qui pilotent depuis une base du Nevada des drones étatsuniens. La coopération est étroite, car ce sont les services d'interceptions des communications britanniques (GCHQ) qui ont transmis ces excellentes informations sur cette rencontre du 17 mars 2011,… confondant des papys et des combattants.

    Une première procédure a été engagée au Pakistan et gagnée devant la Haute Cour de Peshawar, jugeant le 9 mai 2013 que cette frappe relevait d' «une procédure criminelle». Excellent résultat… Mais sans doute difficile à mettre en œuvre compte tenu de l’immunité dont bénéficient les Etats.5050582727395.jpg

    D’où l’idée de plaider à Londres, car les juridictions britanniques peuvent condamner le divin Royaume pour la faute de ses services. Noor Khan a donc engagé un recours contre l’administration - judicial review - du fait cette coopération entre les services de renseignement. En première instance, la procédure a été jugée recevable, mais la Haute Cour de justice a rejeté la requête, au motif que la décision du ministère des affaires étrangères, dont dépend le service de renseignement, n'était « ni irrationnelle, ni illégale ».

    Ah oui ? Tuer des civils dans un pays tiers, avec lequel on n’est pas en guerre, sans jugement, ni garantie… C’est légal ? La peine de mort prononcée par les tribunaux, c'est un luxe à côté... Et quelle est la loi applicable ? Sacrés farceurs…  La Haute Cour de Peshawar ayant qualifié les faits de criminels, la procédure d’appel est assez ouverte.

    Il faut juste souhaiter que ces recours se multiplient, pour combattre la culture de l’impunité qui fait prospérer les criminels et pour alimenter des campagnes d’opinion permettant de mettre fin à ces pratiques de barbares.

    Mais il y a du neuf, et ça vient en direct du Pakistan. Le nouveau premier ministre Pakistanais, Nawaz Sharif, qui vient d’être investi, a lors de son premier discours devant l'Assemblée nationale dit qu’il voulait la fin des tirs de drones américains : « Nous respectons la souveraineté des autres, et ils devraient eux aussi respecter la nôtre et notre indépendance. Cette campagne doit finir ». Comme les Etatsuniens et les Britanniques sont de grands démocrates, ils vont à coup sûr respecter cette demande expresse du gouvernement pakistanais… 

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  • Bombay : Maintenant, il faut comprendre

    11 septembre, 26 novembre… Comment ne pas faire le rapprochement ? Sur le crime, oui ; mais sur l’analyse, tout est si différend.

    New York semble aussi proche que Bombay parait lointaine, quasi-exotique. Mercredi soir, la presse française avait réagi en demi-teinte, alors que les journaux britanniques ou américains en avait fait, dès les premières heures, leur sujet numéro un. Faites un tour sur Google News India, vous mesurerez l’ampleur du cataclysme.

    photo_0302_459_306_17144.jpgCherchons ici à centraliser les infos, et les questions. Pour les réponses, tous les indices sont bienvenus. Car fulminer contre les nouveaux exploits d’une énième succursale de la Ben Laden Company, c’est trop court. Une telle attaque… dans la plus grande démocratie du monde, dans une région qui chaque jour s’affirme comme le centre du monde de ce début de 3° millénaire.

    Pour le bilan, il faudra attendre. Samedi soir, les chiffres sont selon les autorités indiennes de 195 morts, dont 27 étrangers, et 295 blessés. L’Inde a connu d’autres attaques terroristes. Jamais à ce niveau. Les forces de l’ordre, pour le moins, ont pataugé. Combien de temps faudra-t-il pour savoir ?

    Le modus operandi, c’étaient des attaques coordonnées contre dix sites à Bombay, dont les hôtels de luxe Taj Mahal et Trident-Oberoi, la principale gare de la ville, un centre abritant une association juive et des hôpitaux. Des choix qui ressemblent à une signature.

    Qui ? Prudence, toutes les informations circulent. Pour un coup de cette ampleur, une véritable organisation est nécessaire, avec beaucoup d’anticipation. Ce qui pose aussitôt la question de réseaux dormants. Mais une attaque tous azimuts qui donne aussi le sentiment d’une certaine fébrilité. Les autorités indiennes, par le ministre de l'Etat, Vilasrao Deshmukh, ont annoncé ce samedi, alors que les dernières résistances avaient cédé, que « neuf terroristes ont été tués et un capturé. » Ce dernier, d'origine pakistanaise, répondrait au nom d’Azam Amir Kazav. Il aurait affirmé que le but des attaques était de faire un « 11-Septembre indien en réduisant en cendres les symboles de la puissance économique, le Taj et le Trident, afin qu'ils ne puissent être reconstruits. » Il aurait indiqué appartenir à l'organisation séparatiste Lashkar-e-Taiba, un groupe djihadiste basé à Lahore au Pakistan déjà responsable de plusieurs attaques sur le sol indien, notamment contre le Parlement en 2001. La presse parle aussi d’un groupe dénommé le Jaish-e-Mohammed, de la région de Karachi au Pakistan. Pourquoi ce groupe, si c’est lui ? Quel bit à cette surenchère ? Ce groupe a-t-il les moyens de conduire une telle opération?

    Le Pakistan ? Rien à voir avec le terrorisme, protestent les autorités. Mais plusieurs infos font état de liens entre le Lashkar-e-Taiba et l’ISI, l’organe des services secrets pakistanais. La tension est très forte entre ces deux puissances nucléaires. L'Inde a accusé le Pakistan d'être derrière ces attaques trop bien orchestrées, et le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a demandé à l'Inde à ne pas «réagir de façon excessive» et juré d’apporter tout son concours à l’enquête.

    *    Pour le Hindustan Times, « L'Inde est attaquée. L'idée même de l'Inde est attaquée. Il ne sert plus à rien de se voiler la face» Elle est si faible l’Inde ? Comment répondra-t-elle politiquement ? Socialement ?  

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  • Pakistan : Islam et démocratie

    Islam et démocratie : comme un ami, le Pakistan nous fait passer un message d’une qualité exceptionnelle. L’occasion de réviser les poncifs et les idées reçues en la matière.

     

    Sur le sujet, un consensus s’est imposé : l’islam est naturellement contraire à la démocratie car les musulmans ne savent pas faire la différence entre le temporel et le spirituel. C’est ainsi. Les élucubrations de Philippe de Villiers, encore appelé l’agité du bocage, sont devenues pensées officielles. Bernard-Henri Levy ne se déplace plus sans son détecteur de fatwa.

     

    D’où l’intérêt pour le plus grand pays musulman, le Pakistan.

     

    Le pays souffre, partagé entre un fort développement économique et une grande misère sociale. L’insécurité y règne et les élections se sont faites sous fond d’état d’urgence. Un pays rude, soumis aux tensions liées au voisinage de l’Iran ou l’Afghanistan.

     

    Les leçons du scrutin ?

     

    - Une vraie campagne électorale, malgré le climat de violence.

     

    - Des candidats représentant toutes les tendances politiques, et des femmes très présentes dans l’exercice des responsabilités.

     

    - Une opposition qui gagne les élections.

     

    - Les partis islamistes en déroute, qui se trouvent marginalisés.

     

    Je rappelle qu’à l’origine de la protestation sociale se trouve un mouvement des avocats qui s’opposaient à la volonté du Président Pervez Musharraf de limoger le Président de la Cour Suprême.

     

    Bref, une bataille de la démocratie et du droit.

     

    C’est la preuve par neuf que l’islam n’a rien d’incompatible avec la démocratie et que les musulmans savent parfaitement séparer spirituel et temporel, loi de Dieu d’un côté, loi des hommes de l’autre.

     

    Autre grande leçon : les musulmans qui sont les premières victimes de l’islamiste en sont les meilleurs combattants lorsqu’ils utilisent les armes de la démocratie.

     

    Ce que nous dit le Pakistan est parlant. Mais l’exemple n’est pas unique : c’est la même chose en Turquie.

     

    Ainsi, on peut continuer à faire mijoter nos a priori idiots et réducteurs, alimentés par des velléités sécuritaires à la petite semaine.

     

    Il serait préférable de regarder le monde tel qu’il est. Dans les pays où ils sont majoritaires, les musulmans construisent des sociétés démocratiques car leurs dirigeants savent que les Etats n’ont d’avenir que s’ils savent rejoindre les références communes des grands pays industrialisés en matière de liberté, de pratique du pouvoir et d’organisation économique et sociale. Lorsqu’ils sont minoritaires, notamment en France, ils utilisent les armes du droit français et européen pour vivre leur vie et sur un certain nombre de points défendre leur pratique d’une religion minoritaire, ce qui les placent en opposition avec les pays traditionnalistes qui combattent chez eux la diversité religieuse.

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