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Pardon

  • Le pardon demandé aux Aborigènes

    Demander pardon aux Aborigènes. Sincèrement. Avec les mots qu’il faut, et dans les lieux qu’il faut. C’est l’engagement qu’avait pris Kevin Rudd, le leader travailliste pendant la dernière campagne électorale et c’est ce que, devenu premier ministre, il vient de faire, à l’occasion d’un manifestation de très haute tenue, ce 13 février.

    Ce qui est en cause, c’est la politique d'assimilation forcée des Aborigènes, mise en œuvre pendant près d’un siècle, de la seconde moitié du XIX° à la fin des années 1960. Des enfants, de 70 000 à 100 000, étaient retirés à leur familles, pour être placés dans des foyers blancs ou dans des institutions. Liens familiaux niés, vies brisées, travail forcé, abus sexuels…  Les Australiens parlent de « la génération volée ». Une affaire qui hante l’Australie. La championne olympique de 400 mètres, Cathy Freeman, comme tant d’autres, avait découvert tardivement cette histoire familiale : sa mère avait été retirée de sa famille et placée de force dans une institution religieuse. 

    « Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens », a déclaré Kevin Rudd.

    « Pour la douleur et les souffrances subies par ces générations volées, leurs descendants et leurs familles, nous demandons pardon", a ajouté le Premier ministre. "Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon ».

    « Et pour l'atteinte à la dignité et l'humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon ».

    La déclaration a été suivie d’un vote solennel du Parlement.

    Mark Bin Bakar, le doyen de cette « génération volée » a salué ce geste, dont l’enjeu, « est de souder un pays, de reconnaître notre passé et d'aller de l'avant en s'acceptant les uns les autres comme les frères et les sœurs de cette nation », avant d’ajouter : « C'est très important pour le monde entier. C'est un pas en avant vers la reconnaissance du fait que les peuples les plus importants de la planète sont les peuples indigènes » .

    Il y a des moments comme cela, des moments où il se passe quelque chose de grand. Cette manifestation, ces mots échangés, venant au terme d’un processus très construit … Il est des gestes d’humilité qu’il faut savoir faire, et chacun garde en mémoire l’image du chancelier allemand Willy Brandt s'agenouillant devant un monument commémorant le ghetto juif de Varsovie en 1970.

    Notre histoire, comme tant d’autres, a été douloureuse. Le pardon peut être une fin. Mais, placé dans une démarche d’ensemble, il peut bien mieux que la Justice, tirer la quintessence du passé, et permettre à ceux qui s’ignoraient de se parler. En France, c’est ce mot si pénible de « repentance » qui s’est imposé. On peut continuer ainsi, en disant qu’il ne s’est rien passé en Algérie, et que la colonisation avait ses mérites… « Regardons l’avenir, mes bons amis ! » Le geste du gouvernement australien souligne, et avec quel brio, que ce n’est pas la seule attitude possible. Et que la politique peut en sortir grandie.

    Ce qui me gène le plus, dans ce refus de présenter des excuses, c’est qu’il laisse paraitre la conviction, malgré tout, d’une supériorité.

  • Pourquoi demander pardon quand on est innocent ?

    Demander pardon quand on est innocent ? Eric Breteau, aux derniers instants de son procès, a du bout des lèvres demandé ce pardon. Un retournement décisif.

    La scène se passe à la fin de l’audience. C’est un moment classique : l’accusé doit avoir la parole en dernier. L’avocat a fini de plaider, et le président demande à l’accusé s’il a quelque chose à ajouter avant que la cour se retire pour délibérer. Toujours une grande intensité.

    Et que dit Eric Breteau ? Quelques mots qui comptent, bien repris par la presse, mais vite ensevelis sous les commentaires du verdict.

    « S'ils sont Soudanais, nous les avons privés d'un avenir meilleur. S'ils sont Tchadiens et qu'on nous a menti, si nous les avons séparé de leurs familles, nous sommes navrés, sincèrement désolés, car nous n'avons jamais voulu séparer des familles ».

    Donc, Eric Breteau embarquait les enfants sans savoir qui ils étaient, et sans savoir s’ils étaient orphelins ou non ; ils les emmenait loin des frontières, et non dans un centre éducatif sur place, sans aviser ses interlocuteurs locaux. Eric Breteau n’acquiesce pas à toute l’accusation, et mais la thèse de l’innocence ne tient plus. Ce qui devrait calmer ses supporters. 

    Question. Pourquoi avoir plaidé l’innocence, pour changer de ligne quand le procès prend fin? Le procès aurait eu une tout autre tournure si les débats s’étaient engagés sur cette voie, quittant le déni absurde pour des mots de vérité, c’est-à-dire aussi de reconnaissance des réalités africaines.

    Autre question. Pourquoi avoir plaidé comme un bloc, alors que les rôles ont été très différents. A commencer par l’infirmière qui avait manifesté ses réserves sur l’opération. Cette défense en bloc affaiblit les critiques contre l’arrêt qui, injuste sur ce point, aligne toutes les peines au même niveau. Mais n’est-ce pas une réponse à la ligne de défense: tous solidaires, tous innocents ?

    La raison a été un mépris pour les juges tchadiens, et les déclarations qui ont suivi le verdict le soulignent jusqu'à la caricature. Ce procès n’était qu’un mauvais moment à passer. Et l’essentiel était d’hurler le plus possible à l’injustice pour amener le gouvernement français à demander au plus tôt le rapatriement de ses aventuriers de quatre sous.

    Et le procès a-t-il été si mésestimable? Certainement pas. Griefs définis, instruction d'environ deux mois ayant permis de dégager l'essentiel des faits, libre choix des défenseurs, liberté d'expression allant jusqu'aux contacts avec les journalistes depuis la prison, possibilité de plaider en droit et en fait, publicité du procès, auditions de témoins et des victimes. Les magistrats? Quels faits objectifs permet de mettre en cause, sur cette affaire, leur indépendance? Il y avait certainement à améliorer, mais ce n'était pas une parodie de justice. Voulez-vous que l'on parle de la justice de l'ami Poutine à Grozny ?

    Il reste la dureté du procès pénal. Mais réagir au cas par cas, avec pour critère l'empathie, ne mène pas loin.

    La justice pénale est une affaire publique, qui dépasse le sort de personnes concernées. La réduire à un marchandage serait se préparer des rendez-vous difficiles. Alors que le Paris-Dakar va lancer ses bolides à travers ces pays de pauvreté, un minimum de retenue serait bienvenue, après de telles fautes. Ce soir, mon cœur est africain.

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