Avertir le modérateur

Politique de réforme

  • Rapport Attali: Parlons en !

    Attali a la grosse tête, et ce n’est pas nouveau. C’est plutôt s’il ne l’avait pas que nous serions inquiets. En attendant, c’est lui qui prend les risques : « Grosse tête, grosse migraine », dit le proverbe. Grosse tête, mais la commission qu’il a présidée a produit un très intéressant rapport.  

     

    Une idée, un verbiage : un livre. Circulez ! Cet homme qui sait tout est d’une prétention sans nom, et il faut se rappeler le souvenir de son passage rafraichissant à la direction de la Banque Européenne de Développement (BERD) pour retrouver la dimension humaine. Devant le défi de la reconstruction de l’Europe, Tonton s’était démené pour créer cette banque, et avait nommé à sa direction son encombrant et bavard conseiller. Quelques mois plus tard, c’était le retour vers l’itinérance : Attali viré car insupportable, grandiloquent, dépensier, et inefficace.

     

    Aussi, c’est avec amusement que j’avais vu cet adepte du recyclage, prendre sa nouvelle feuille de route auprès de Sarkozy.

     

    C’est dire que c’est avec surprise que j’ai pu lire ce très intéressant rapport.

     

    Les politiques boudent : « C’est la République des experts ». Mais non, c’est un  rapport, qui a le mérite d’offrir une vison d’ensemble, qui, enfin, dessine une perspective. Et rien n’empêchait les partis politiques, notamment à l’occasion d’une certaine campagne présidentielle, de s’engager dans un travail de cette qualité. C’est surtout parce qu’en matière programmatique nous souffrons d’un vide sidéral que le rapport Attali intéresse. Bien joué.

     

    La croissance, c’est de l’économie, et l’avocat est bien ignorant. Mais il se trouve que l’économie passe par les outils du droit, et là, il y a tout de même des choses à dire.

     

    Les départements. Défendre nos trente deux mille communes, soit dix fois plus que dans les autres de Etats, je suis pour. Certes, cela cultive l’esprit de clocher, mais la déshumanisation des grands ensembles urbains souligne a contrario tout ce qu’il y a à gagner avec ces petites collectivités si vivantes. Mais les départements ? Qu’apportent les élections cantonales ? Quels coûts pour quels avantages ? La vraie question sera, quand les départements seront enfin supprimés, le contrôle des conseils régionaux qui, à défaut, deviendraient de petites principautés.

     

    Le principe de précaution. Ah ce malheureux principe, introduit par surprise dans la Constitution … Que de belles envolées à propos de ce principe qui combine de manière funeste l’esprit de la Ligne Maginot et la crainte de tout ce qui bouge. Ce qui compte, c’est de pouvoir prendre des risques, pas d’avoir le parapluie à portée de la main. La responsabilité suffit : cache toi, vilaine précaution !

     

    Les professions réglementées. Un soupçon de déontologie, deux doigts de compétences spécifiques, et tous d’accord pour fermer les marchés. Bien sûr, une réglementation est nécessaire pour protéger du seul jeu des forces économiques et garantir une qualité. Mais, que de rentes ! Que de portes fermées ! Que de surcoûts !

     

    L’immigration. Indispensable pour répondre aux tensions sur le marché du travail, créer la richesse, et ouvrir la France vers le monde. Désolé pour le tout petit Bayrou qui estime que cela « risque de déstabiliser la société française ». Pas comme le Modem, pas déstabilisé pour un sou.

     

    Le reste est loin d’être inintéressant. Age de la retraite, contrat de travail, allocations familiales sous condition de ressources, professions juridiques refondues, villes nouvelles… C’est le libéralisme décomplexé ? Pas si simple, à la lecture du rapport. Quelle est la population qui souffre le plus des immobilismes de la société, des blocages administratifs, des rentes de situation ? Et si le Parlement gémit de se trouver en recul, n’est-ce pas lui, qui par ses renoncements successifs, a perdu sa place comme centre de tous les débats du pays ?

     

    A l’évidence, ce rapport peut faire, et de toute part, l’objet d’utilisations dévoyées. Donc, vigilance. Pour que le rapport ait un avenir, il faudrait aussi qu’Attali se calme, qu’il reste conseiller, et renonce à devenir vice-président. Comme dans les bandes dessinées de Gotlib, quand le héros sort une gomme pour s’effacer, et laisse l’histoire s’écrire. Car il serait bien dommage que ce rapport passe aux oubliettes.

     

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu