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Rachida Dati.

  • Meyzieu : Un suicide condamne la prison

    Ce suicide condamne la prison. A Meyzieu, ce 1° février, un enfant de 16 ans est mort, pendu à un drap accroché sur une canalisation de la cellule de sa prison.

     

     

    Les faits ont eu lieu dans un de ces « établissements pour mineurs » (EPM), nouveau fleuron de la justice pour mineurs. En 2007, quatre ont été ouverts : Meyzieu (Rhône), Lavaur (Tarn), Quiévrechain (Nord) et Marseille. Environ 170 mineurs y sont incarcérés, sur un total de 800 mineurs détenus en France. Ces structures coûteuses ne correspondent à aucun projet de prise en charge, ce que déplorent les surveillants et les personnels éducatifs.

     

     

    A Meyzieu, l’adolescent était incarcéré depuis le 17 décembre. Comme le raconte Libé, une première tentative avait eu lieu fin décembre. Bilan : une épaule démise. La vie a continué. Un mois.

     

     

    Rachida Dati, j’en suis bien désolé, mais vraiment, ça ne fait pas l’affaire. Voici sa déclaration : « J'ai appris avec émotion ce suicide, c'est un drame. Je le déplore, et j'ai demandé tous les éléments concernant les circonstances de ce suicide, mais cela ne remet pas en cause ces établissements ». Et d’ajouter, argument d’autorité, qu’il s’agissait d’une mise en conformité avec les normes européennes. Lesquelles ? Seule Rachida Dati le sait. Car ces EPM, initiés par Dominique Perben, inaugurés par Pascal Clément et magnifiés par Rachida Dati, n’ont rien à voir avec les travaux du Conseil de l’Europe, et tout à voir avec les lubies répressives d’un ministre de l’Intérieur qui s’appelait Nicolas Sarkozy.

     

     Deux rappels.

     

    Emission Riposte, la 5, le 10 décembre 2006 : « Et je demande une chose précise : qu’un mineur de 16 à 18 ans qui est un multirécidiviste, l’excuse de minorité lui soit supprimée pour qu’il soit condamné comme un majeur parce que pour Mama Galedou, cette jeune femme qui a été brûlée dans le bus de Marseille, être brûlée sur 62% de son corps... par un mineur ou un majeur, le résultat pour la victime est le même ».

     

     

    Conférence de presse du 11 janvier 2007 : « Face aux actes de violences gratuits, face à la délinquance des mineurs, la réponse de l’autorité judiciaire doit être plus ferme. Si l’on excuse la violence, il faut hélas, s’attendre à la barbarie. C’est pourquoi j’ai souhaité une première réforme de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs. C’est pour répondre à cette violence de plus en plus dure, qui peut conduire les plus jeunes jusqu’au crime, que j’ai demandé des sanctions adaptées aux mineurs d’aujourd’hui. »

     

     

    La Gauche, ce n’était pas mieux. Admirateur de « Jean-Pierre Chevènement et ses sauvageons », Lionel Jospin  sur le thème « Pierrette et le pot-au-lait » promettait 50 centres d’éducation renforcés et au moins autant de centres de placement immédiat.

     

     

    Tel est le problème avec ces grands conservateurs : la jeunesse n’existe plus. Il n’y a que des petits hommes. Et la synthèse est venu du motodidacte et futur maire de Nice, Christian Estrosi, qui le 30 janvier 2001 déposait à l’Assemblée Nationale une proposition n° 2895 de loi ainsi rédigée : « La majorité pénale est fixée à 16 ans ». Adieu les enfants.

     

     

    La justice serait démunie ? Quelle ignorance du sujet ! De date ancienne, un enfant âgé de13 ans peut se voir infliger une peine de 20 ans de réclusion. Pour les mineurs de 16 à 18 ans, peuvent être prononcées les mêmes peines que pour les majeurs. En 1989, Patrick Dils, mineur, avait été condamné à la perpétuité, avant d’être innocenté en 2002.

     

     

    Ce qui a été fait ces dernières années, c’est la mise en scène des peurs sociales, pour de grands profits politiques. Le suicide de ce mineur parle. Que la France ait des défis à relever : bien d’accord ! Quelle soit menacée par ses enfants : terrible aveu d’impuissance…

     

     

    800 mineurs en moyenne sont emprisonnés. Doublons le chiffre : ça change quoi ? Rien, à part doubler le risque de suicides.

     

     

    Les discours guerriers sont ceux de l’impuissance. En 1945 comme en 2007, les enfants restent des enfants. Fragiles, en construction, vulnérables. Les plus fragiles, qui sont les plus pénibles, ressentent encore plus fort les troubles du corps social : la peur de l’avenir. Vouloir les réprimer, c’est vouloir annihiler cette peur. L’enfant paie les pots cassés de l’incohérence des adultes.

     

     

    De toute urgence, il faut arrêter le programme des EPM, et tant pis si cela défrise Rachida Dati. Tous les financements engagés doivent être basculés sur les services éducatifs. Et le nouveau ministre de la Justice aura pour programme la phrase de Victor Hugo : « Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison ».

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