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Raffarin

  • Une loi sur la laïcité positive?

    Dans le genre « Le pays en bave, il faut faire diversion » , voici le retour du débat sur la laïcité. La découverte du jour serait qu’il faut aller vers une « laïcité positive », et donc abandonner la « laïcité négative ». Le débat est bien engagé !

    Il ne saurait être question de déranger notre tout nouveau chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran, à savoir notre bien aimé président, reclus sur les bords du Nil pour une séance de méditation sur le très chrétien thème « pauvreté extérieure et richesse intérieure ». 

    C’est son exégète, le Révérend Frère Jean-Pierre Raffarin, futur président-du-Sénat-par-désintéressement-à-la-cause, qui explique dans Le Figaro : « Cette vision historique doit être modernisée. Notre paysage religieux n'est plus celui du temps des cultes révolutionnaires de Robespierre. Aujourd'hui, nous avons besoin de la laïcité partagée pour régler les relations entre religions et politique, mais aussi pour servir de grammaire entre les différentes religions, pour leur permettre de se parler dans l'espace public ». Et de proposer une réforme de la loi de 1905. Ben voyons…

    Il serait bien que Frère Jean-Pierre ne nous prennent pas pour des enfants de chœur de citoyenneté. Car il aura bien de la peine à réformer la loi, le sénateur impénitent !

    D’abord, s’il faut éradiquer les traces de Robespierre, c’est rien de moins que la Déclaration des droits de l’homme de 1789 qu’il faut modifier ! Horreur en effet : son préambule proclame cette déclaration « sous les auspices de l’Etre suprême ». Robespierre toujours tapis dans l’ombre… Calme-toi, Frère Jean-Pierre : personne n’en a rien à fiche !

    Ensuite, réformer la loi de 1905 pour reconnaître la place des cultes, risque de faire un grand plouf dans l’eau de bénitier. Frère Jean-Pierre n’a sans doute pas eu le temps de lire l’article 1° de la loi. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » Incroyable mais croyable : la République garantit le libre exercice des cultes et n’est pas l’ennemie des religions !

    Et puis, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui a force supérieure à la loi, a déjà tout dit.

    « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.
    « La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. »
     

    N’oublions pas, béni Frère Jean-Pierre, la Déclaration des droits fondamentaux, annexe du Traité simplifié de Lisbonne, si bien négocié par le chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran, et qui contient un article rédigé dans les mêmes termes. Autant dire que la loi, qui ne peut échapper au cadre défini par les textes européens, aura bien de la peine à faire sa révolution de presbytère.

    Enfin petite précision. L’immaculée loi de 1905 – dites « grammaire des religions » pour faire intelligent - a déjà été modifiée onze fois, de telle sorte que pratiquement plus un article n’est d’origine. Ca casse l’ambiance… Et il faut ajouter les multiples lois sociales ou fiscales qui ont donné un vrai statut aux religions. Pour vérifier si la laïcité est une anti-religion, Frère Jean-Pierre peut s’intéresser au régime juridique des églises : elles sont pratiquement toutes des bâtiments publics, à la charge des collectivités locales ! Et ce du fait de la loi du 2 janvier 2007 qui modifiait déjà la loi du 9 décembre 1905. La laïcité de séparation avait à peine tenu un an…

    Le débat n’est pas clôt car Frère Jean-Pierre a trouvé trois barbus qui semaient le souc dans un service de gynécologie-obstétrique.  Et pas des fous de la messe… Alors, bien chers frères, laissons à celui qui a eu l’élégance d’offrir une victoire électorale à Ségolène Royal, en Poitou-Charentes, voter sa petite loi qui lui permettra peut-être d’entrer dans la grande histoire…

    Hélas, le Ministère, pas du Culte mais de la Santé, sonne le glas de ce projet. Une circulaire DHOS/G/2005/57 du 2 février 2005 de la Direction de l’Hospitalisation et de l’Organisation des Soins relative à la laïcité dans les établissements de santé règle la question,… en invitant à puiser dans les textes existants et le bons sens.

    Alors, laïcité positive ou négative, ouverte ou fermée, froide ou chaude, salée ou sucrée, fromage ou dessert… tout ce que vous voudrez, Frère Jean-Pierre. Mais, s’il vous plait, fichez la paix à la loi. Et Dieu vous en sera reconnaissant.

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