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Tibet

  • Boire avec modération et torturer avec retenue

    Boire avec modération et torturer avec retenue. Sarkozy, après la douche froide des municipales avait annoncé qu’il allait devenir un Président de la République , un vrai, grave, sérieux et tout et tout. La sous-estimation de la crise tibétaine le poursuivra plus longtemps que la perte de Toulouse ou de Strasbourg.

     

    Il a fallu attendre près de 15 jours pour obtenir cette première réaction du 24 mars : un appel à la retenue. Quel degré dans les tortures ? Combien de morts ? Indéfendable. Sarkozy peut s’apprêter à des révisions pénibles car il n’a pas pris la mesure de cette atteinte aux droits fondamentaux. Le Tibet est une question majeure et pour Sarkozy, l’addition sera lourde. Et la question posée est de savoir à quelles conditions la France peut retrouver une crédibilité sur les droits de l’homme, car ce n’est pas gagné.

     

    Je propose trois pistes de réflexion.

     

    L’exemplarité. La France a à dire sur les droits de l’homme. Ce n’est pas le seul pays, mais son histoire témoigne et l’oblige. Pour cela elle doit être exemplaire, à la pointe du combat pour les droits de l’homme, sauf à devenir l’image même de l’emblème du coq qui chante fièrement, les deux pattes pataugeant dans la fiente.

     

    Beaucoup de mal a été fait et je ne prendrai que deux exemples.

     

    C’est tout d’abord la politique de l’immigration, réalité humaine, qui est traitée comme les bancs de poissons, à coup de quotas et d’objectifs chiffrés. Ensuite, c’est la loi sur la rétention des délinquants sexuels, annulée par le Conseil constitutionnel en ce qu’elle rétroactive. La réponse a été de chercher un moyen pour contourner la décision du Conseil constitutionnel, puis a été évoquée la mise en place d’une commission pour réécrire l’article 8 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qui pose le principe de la non-rétroactivité ! Cher Nicolas, la rétroactivité des lois est l’arme des dictatures. Elle signifie que quelqu’un qui est arrêté au mois de mai pour une distribution de tracts subversifs, passible de quelques mois de prison, sera jugé au mois de septembre en fonction d’une loi publié au mois d’août disant que la distribution de tracts est passible de la peine de mort. C’est le cas français de la loi du 14 août 1941 qui avait créé les sections spéciales. Le Chef d’Etat qui a envisagé de remettre en cause la non-rétroactivité des lois est discrédité en matière des droits de l’homme.

     

    L’économie. A l’heure de la mondialisation une économie fragile est directement mise en cause par les prises de position diplomatiques. Lundi Nicolas Sarkozy parlait de retenue. Hier François Fillon affirmait, en langue de bois, que le déficit public global pour 2007 sera « sans doute un peu supérieur » aux 2,4 % du PIB qui était annoncé. Le pays qui va diriger l’Europe pour six mois ne respecte pas son engagement européen … C’est dire la marge de manœuvre. On ne parle plus de « 1 % de PIB » mais le débat porte sur « 0,1 ou 0,2 % de PIB ». Question simple : dans ces conditions, comment se priver du marché chinois quand on a fait campagne sur la réduction des déficits ? Le problème se posera tant que la tension économique restera. C’est admettre aussi que des prises de position uniquement nationales, voire personnelles sur la question des droits de l’homme sont de moins en moins d’actualité. C’est là encore une réalité.

     

    International. La France doit savoir doper les instances internationales qui sont en mesure de se faire entendre. Il va falloir de la modestie et du courage pour comprendre que la question des droits de l’homme se traite d’abord à l’international, et d’abord en Europe, et d’abord au sein du Conseil de l’Europe. Le Traité simplifié a voulu inclure une charte des droits fondamentaux et créer, au sein de l’Union Européenne, une Agence des droits fondamentaux. Initiative prétentieuse qui sombre devant le Tibet et crée une regrettable concurrence au sein des institutions européennes. Le Conseil de l’Europe dispose du triple mérite d’une ancienneté  cinquantenaire, du regroupement de 47 Etats, et d’une compétence consacrée aux droits de l’homme. Le Conseil de l’Europe doit être réformé pour pouvoir renforcer son action internationale, et devenir le porte-parole des droits de l’homme en Europe.

     

    Mais il faut également appuyer le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, dont le fonctionnement est certainement complexe, ne serait-ce parce qu’il comprend la Chine parmi ses membres. Louise Arbour, Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, a demandé que la presse puisse se rendre sans délai au Tibet. Il faut soutenir l’initiative de Louise Arbour. Cela supposerait aussi de calmer les Alain Finkielkraut, Elisabeth Badinter et autres intellectuels planétaires qui ont engagé par une pétition publiée dans Le Monde du 28 février 2008, une campagne contre le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU.

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