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Turquie

  • Assassinat de l’ambassadeur russe : Des failles dans la sécurité qui en disent long

    L’assassinat d’un ambassadeur est un fait d’une immense gravité : nommé à Ankara, l’ambassadeur était une relation directe de Poutine.

    Ce crime met en lumières des failles considérables. La galerie d'art où ont eu lieu les faits se trouve dans le quartier des ambassades, au cœur d'une capitale. Un quartier marqué par plusieurs attentats meurtriers, et mardi, des coups feu ont été tirés devant l’ambassade étasunienne, amenant les États-Unis a fermer leurs représentations en Turquie. L’auteur du crime est rien de moins qu’un agent de la police anti-émeutes, âgé de 22 ans, en fonction depuis deux ans et demi. Il avait annoncé à sa hiérarchie un arrêt-maladie, et il a réussi à passer la sécurité de la galerie avec son arme, en présentant son badge de police. Sur des photos, on le voit rester bien du temps, debout devant la victime mourante, proclamant ses slogans, une durée désespérante avant que la police n’intervienne. Les failles sont toujours possibles, mais le plan de reprise des services engagé par Erdogan après le coup d’Etat parait bien à côté de la plaque.  

    L’auteur et ses commanditaires voulaient enfoncer un coin entre la Turquie et la Russie, mais c’est raté. Alors qu’on peut redouter une déstabilisation de la Turquie, Poutine agira pour sa stabilité, mais il faudra faire des choix. La présidence russe va jouer la coopération et le soutien à Erdogan, placé dans une fragilité qui devient constitutive à propos du dossier syrien. Alors que plus personne n’évoque le départ d’El Assad, oui, il va falloir choisir… et ça va finir par se voir…

    Je reproduis ci-dessous l’entretien d’un très bon connaisseur de la Turquie Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble, Feriel Alouti dans Le Monde

     

    Assassinat à Ankara : « Les purges ont cassé l’esprit de corps dans l’Etat turc »

     

    Pour et spécialiste de la Turquie, cet assassinat relance la question du recrutement des fonctionnaires dans une administration victime d’une purge sans précédent.

    L’assassinat de l’ambassadeur russe par un policier traduit-il la fragilité de l’appareil sécuritaire turc ?

    Cet assassinat amène en tout cas à se poser de sérieuses questions. L’auteur du meurtre était un jeune policier recruté en 2014 à l’académie de police d’Izmir. La presse gouvernementale l’accuse déjà d’être un guléniste patenté [du nom de Fethullah Gülen, un imam turc exilé aux Etats-Unis qu’Ankara accuse d’avoir fomenté le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016]. Quoi qu’il en soit, cet assassinat ne peut que renforcer les doutes concernant l’administration turque et ses recrutements. Elle apparaît aussi comme une attaque d’un genre nouveau, car partie de l’intérieur même d’une instance publique.

    Réputée pour sa fiabilité, l’administration turque a été bouleversée au cours des dernières années. Car les purges ne datent pas de 2016. Dès la fin 2013, elles ont commencé, en particulier, après l’affaire du 17 décembre 2013, qui avait révélé au grand jour le conflit opposant l’AKP [le parti islamiste conservateur au pouvoir] au mouvement Gülen. En 2014, on disait déjà qu’il n’y avait jamais eu autant de purges dans le pays.

    Un Etat dans lequel il y a une telle épuration, ça casse l’esprit de corps, le professionnalisme et les traditions, qui ont longtemps caractérisé l’Etat turc et son administration. Avec ces purges, l’administration n’est plus en état de fonctionner, y compris dans l’aviation militaire qui a joué un rôle important lors de la tentative de coup d’Etat. Pour pallier les besoins, le gouvernement a même proposé de recruter des pilotes de la compagnie aérienne Turkish Airlines.

    Cette attaque est aussi assez spectaculaire et inquiétante car elle s’est produite à Ankara, au cœur du quartier des ambassades, qui est ultra-sécurisé, et c’est la fonction de policier du tueur qui lui a permis de passer les barrages.

    Depuis le coup d’Etat manqué et les purges qui ont suivi, les méthodes de recrutement des fonctionnaires sont-elles remises en cause ?

    Oui, il y a eu beaucoup de polémiques. Le parti kémaliste [principal parti d’opposition] a notamment plusieurs fois posé la question des recrutements hâtifs, pour faire face à de subites pénuries de personnels. Il y a tellement eu de limogeages que l’administration avait, si je puis dire, le couteau sous la gorge. On n’a pas beaucoup parlé de la police. Mais dans l’enseignement, par exemple, l’administration a quand même dû réintégrer des professeurs limogés après le coup d’Etat. Dans le secteur de la justice, il y a eu cet été 3 000 juges recrutés, ce qui a relancé le débat : sur quels critères ont-ils été sélectionnés ? Avaient-ils les compétences requises ? Ce qu’aujourd’hui on peut craindre, c’est qu’il y ait dans la police turque d’autres Mevlüt Mert Altintas.

    Traditionnellement, quelle est la relation entre la police et l’Etat turc ?

    A la différence de l’armée, l’institution policière ne fait pas partie de l’establishment national séculier et laïc. Elle a été pénétrée très tôt par des tendances multiples. Dans les années 1970, le leader du parti islamiste Necmettin Erbakan a peuplé la police de gens pas toujours recommandables. Dans les années 1990, il y a aussi eu le scandale Susurluk, qui commence par un accident de voiture. Parmi les victimes, il y a un mafieux des Loups gris [un groupe ultranationaliste], un député proche du pouvoir et un chef des gardes de village, une milice kurde pro-gouvernementale. Cette affaire va mettre au jour les liens que ces personnes entretenaient avec la police. Mehmet Agar, ancien chef de la police et ancien ministre de l’intérieur, sera d’ailleurs condamné en 2011.

     

    Contrairement à la police, chaque année, l’armée virait de ses académies des tas de gens suspects du point de vue religieux, même si c’est vrai que cela n’a pas empêché que l’on y découvre des éléments gulénistes. Mais avant le coup d’Etat, l’armée constituait un véritable Etat dans l’Etat. Dans les années 1980, les militaires vivaient même dans des quartiers à part afin d’instaurer une étanchéité plus forte avec le reste de la population. Les jeunes cadets faisaient toute leur carrière dans l’armée, ils étaient étroitement sélectionnés et partageaient l’idéologie laïque, ce qui n’était pas le cas de la police.

  • Turquie : Le grand repli

    Après le coup d’État et la visite en Russie, c’est le grand repli pour la politique étrangère turque, un désaveu cinglant pour Erdogan. Mais y a-t-il une autre possibilité alors que tous les événements lui donnent tort ?

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    C’est le Premier ministre Binali Yildirim, qui s’est exprimé hier, reconnaissant que le président syrien est l'un des acteurs qu'il faut prendre en considération, avec une formule alambiquée : qu'on l'aime ou non, le président syrien est un interlocuteur pour « parler de la transition » en Syrie, mais « en ce qui concerne la Turquie cela est hors de question ». Dernière circonvolution, mais tout est dit et la prochaine fois, ce sera plus net encore : le départ du président el-Assad n'est plus en jeu. Il ajoute : « Nous disons que le bain de sang doit cesser. Les bébés, les enfants, les innocents ne devraient pas mourir. C'est la raison pour laquelle, la Turquie va être plus active en essayant d'empêcher la situation de s'aggraver au cours des six prochains mois ». D’un pays qui a fait passer tant de combattants et armements...

    Le Premier ministre a salué les frappes syriennes contre des positions kurdes de jeudi et vendredi dernier, visant pour la première fois depuis 2011, la ville d'Hassaké : « Le régime (syrien) a compris que la structure que les Kurdes tentent de former dans le nord de la Syrie a commencé à devenir une menace pour la Syrie aussi ». C’est la vraie urgence pour la Turquie, alors que la Russie et les Etats-Unis arment les kurdes, qui combattent efficacement Daech.

    On calme le jeu aussi avec les Etats-Unis qui sont « un partenaire stratégique, pas un ennemi », malgré Fethullah Gülen,... pas près d’être extradé. La Turquie fait partie de la coalition internationale qui combat Daech, sous la conduite des États-Unis, mais ceux-ci, comme la Russie, l’accusent de laisser passer à travers sa frontière les djihadistes qui veulent rejoindre Daech. La frontière va être bien surveillée ces jours-ci, par les US... et par la Russie, qui a gardé en travers du gosier l’attaque contre son hélicoptère grâce à des matériels importés.

    Ajoutons un accord militaire passé avec l'Iran, comme si de rien n'était... 

    Dans la liste, Israël, avec le 20 août, le vote du Parlement turc pour ratifier l’accord de normalisation des relations diplomatiques avec Israël, suite à l’affaire de la flotille pro-Gaza, avec l’attaque israélienne qui avait causé la mort de neuf ressortissants turcs.

    Enfin, Binali Yildirim a également affirmé vouloir améliorer ses relations avec l’Egypte… alors que la rupture entre l’Égypte et la Turquie est venue après le coup d’État de Sissi en 2013, renversant Mohamed Morsi, issu de la confrérie des Frères musulmans… la famille d’Erdogan, et que Sissi s’est abstenu de condamner la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, jusqu’à l’ONU ! 

    Pour Erdogan, ce sont là des reculs considérables, un revirement à 180° sous le poids des événements. Bien sûr ça n’empêchera pas la presse mainstream de le décrire comme le sultan surpuissant… Prochain recul à prévoir avec l’Europe. Pour le développement économique, la Turquie a plus besoin de l’Europe que l’Europe de la Turquie. Les entreprises européennes amorceront le repli si elles trouvent pas là-bas une sérénité intérieure. Donc, une priorité, qui ne laisse pas le choix.

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  • Ça se confirme : Erdogan a été sauvé par les généraux kémalistes

    Combien de temps faut-il pour être informé des réalités d’un coup d’Etat ? Beaucoup, et nous avançons prudemment. Pourtant, petit à petit, des réalités se dessinent. Je rappelle que toute contre-info est bienvenue.

     

    Les bases du putsch se confirment

     

    Le premier point est une incroyable carence du service de renseignement, le MIT, pourtant sur les charbons ardents avec ce qui se passe sur la frontière syrienne. Les premiers actes internes de l’armée ont eu lieu vers 16 heures, mais Erdogan a été avisé par son beau-frère dans la soirée, vers 20 heures, et s’est trouvé dans l’incapacité de joindre alors le patron du MIT.

     

    Ensuite, s’il y a dans ce coup d’Etat une improvisation qui surprend – notamment, pourquoi commencer les opérations publiques un vendredi soir d’été à 21 heures, quand toute la population est dans la rue ? – le commando qui était en route pour s’occuper d’Erdogan avait pour mission de le descendre, et ça s’est joué à un quart d’heure près. Le genre de truc qui vous fait réfléchir, et qui laisse des traces.

     

    Enfin, si Erdogan a pu quitter sa résidence, et rejoindre l’aéroport Atatürk à Istanbul, c’est parce que des généraux kémalistes ont pris sur eux d’assurer sa sécurité aérienne, alors que des avions putschistes étaient dans le ciel.

     

    Alors Gülen ?

     

    Le chef d'état-major, Hulusi Akar, a été placé sous surveillance militaire, avec contrainte physique et menacé armée, pendant 20 heures pour signer une déclaration indiquant que les putschistes annonçaient avoir pris le pouvoir, mais il a refusé. C’est lui qui explique que les généraux putschistes voulaient le mettre en lien avec Fethullah Gülen.

     

    Au sens judiciaire, nous n’avons pas les preuves. Mais nous devons constater que :

    (1) la déclaration d’un chef d’état-major ce n’est pas rien,

    (2) la répression actuelle, brutale, vise essentiellement les réseaux Gülen, et non l'opposition de gauche et kurde;

    (3) pour le moment, Gülen n’oppose pas grand-chose pour contredire Erdogan.

     

    L’Occident ?

     

    Erdogan a eu la vie sauvée de justesse grâce à l’armée, et ce vécu l’oblige à de solides remises en cause.

     

    Le plus évident est que des pans entiers de l’appareil d’Etat, sur lesquels il comptait, parce qu’islamistes, ont lâché, alors que les piliers de l’armée kémaliste ont tenu bon. Ça, ça change beaucoup de choses. 

     

    Le régime a aussi mesuré à la loupe les réactions des Etats le temps du putsch. Cela a amené Erdogan à reconnaître que son ennemi El Assad avait immédiatement condamné le putsch, quand tant d’autres « alliés » attendaient prudemment que ça se passe, visiblement prêts à accepter beaucoup pour tourner la page Erdogan. Celui-ci dénonce désormais : « Malheureusement, l'Occident soutient le terrorisme et se range aux côtés des putschistes. Ceux que nous imaginions être nos amis prennent le parti des putschistes et des terroristes ».

     

    Le poids des alliances

     

    Les options diplomatiques d’Ankara donnent le tournis, alors que se profile une visite d’Erdogan en Russie, pour rencontrer Poutine. Il se dit que la Russie serait intervenue de manière très utile lors des heures brûlantes, et meurtrières, du coup d’Etat.

     

    Bon. Mais dans le même temps, la Turquie d’Erdogan veut tout faire pour obtenir le renversement du régime de Bachar,… et s’opposer au territoire kurde indépendant, que soutiennent les Etats-Unis et la France. Elle dit aider la résistance palestinienne, alors qu’elle affiche le rétablissement de ses relations diplomatiques avec Israël, dans un grand deal tripartite avec l’Arabie Saoudite. Et surtout, la Turquie reste un pilier de l’OTAN.

     

    Dans cette région du monde, il est impossible de faire sans la Turquie, ce grand Etat de 75 millions d’habitants, à l'emplacement stratégique, et les Etats occidentaux tournent en rond, avec des taux d’hypocrisie pathologiques. Aussi, la vraie réponse ne peut venir que de Turquie : soit elle revient à sa politique étrangère de zero problem avec les voisins, quels qu’ils soient - ce qui veut dire faire des concessions à tous et ne jouer que dans ses frontières - soit elle maintient sa volonté d’être puissance dominante. Mais il lui faudra assumer les critiques contre les pays occidentaux, et alors prendre ses distances vis-à-vis des boss de l’OTAN. Ce qui semblait impensable avant le coup d’Etat.

     

    Ce serait un bouleversement, et ça ne peut se jouer que par petites touches. Attendons la rencontre Erdogan – Poutine de ce début aout, et surveillons les infos.  

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  • Après le coup d’Etat : La Turquie se ressoude ?

    Un petit week-end à Istanbul ne se refuse jamais, surtout si c’est pour y retrouver des amis. Et puis, le mépris anti-turc est tellement installé dans notre pays qu’il faut mieux se rendre sur place pour comprendre ce qui s’y passe.

    Je ne parle pas le turc, et lors d’un si rapide séjour, je ne prétends pas procéder à une étude. De plus, une semaine après la tentative de coup d’Etat – un coup d’État sérieux et violent, avec 273 morts – l’information est sous contrôle, ce qui se comprend très bien. Au fil du temps, nous en saurons davantage, mais je reviens avec une conviction optimiste, marquée de lourdes inquiétudes, et cet optimisme est très partagé à Istanbul.

    J’assume d’être démenti dans les temps qui viennent, mais voici quand même quelques points d’analyse.

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    L’auteur visé : Gülen, et personne d’autre

     

    Depuis le coup d’État, le pouvoir dénonce un seul responsable : le prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux États-Unis. Erdogan ne dénonce ni les kémalistes de l’armée, ni les forces de gauche, ni les partis pro-kurdes. C’est clair. Pendant des années, l’AKP et les réseaux de Fethullah Gülen agissaient en se serrant les coudes, mais ceci a explosé avec la réussite de l’AKP. L’espace politique qu’a pris l’AKP a mis en lumière leur rivalité. Depuis, la lutte entre Erdogan et Gülen, qui joue beaucoup sur l’éducation et les grands services publics, est à la fois illisible et omniprésente, d’autant plus difficile à analyser que ce sont deux groupes islamistes et conservateurs…

    Ceci dit, la presse occidentale doit être réaliste : après ce coup d’État, Erdogan ne vise que le réseau de Fethullah Gülen. Il ne s’en est pris à aucun autre groupe politique : ni la gauche, ni les laïcs, ni les pro-kurdes. La Turquie va demander l’extradition de Fethullah Gülen, et Bekir Bozdag, ministre de la justice, a directement mis en cause les US, les accusant de savoir que « Fethullah Gülen est derrière ce coup ». Sur France 24, Erdogan affirme : « Lorsque le chef d'état-major était retenu en otage, un de ses ravisseurs lui a proposé de parler au téléphone avec son leader, Fethullah Gülen ».

    Pour le moment, Fethullah Gülen dément, mais avec très peu de relais publics en Turquie. Aussi, l’hypothèse principale est celle d’un coup d’État islamiste pour renverser Erdogan.

     

    Un coup d’État sérieux, un pouvoir faible et l’armée kémaliste pour sauver Erdogan

     

    L’attaque était très déterminée, et tout a basculé car le commando qui devait abattre Erdogan a été mis en échec, du fait d'informations fuitées. Pour autant, de ce qui se dit actuellement à Istanbul, Erdogan a pu se mettre à l'abri car il a été protégé par des généraux de l’armée, de la grande tradition kémaliste : la défense de l’Etat. C’est grâce à cet appui militaire institutionnel qu’Erdogan a pu décoller, rejoindre l’aéroport d’Istanbul où il s’est posé en sécurité, avant de rejoindre ses soutiens politiques qui l’attendaient en nombre. Le coup d’État a été mis en échec parce que le peuple est descendu dans la rue, mais rien n’aurait été possible si la vieille garde kémaliste de l’armée n’avait pas fait le choix de défendre l’État et le chef de l’Etat, contre cette part islamiste du commandement militaire.

    Nous attendons bien évidemment d’en savoir plus, et je veillerai à donner toute information contraire et sérieuse. Mais restons logiques : une part, importante, du commandement militaire a voulu imposer un coup d’État, et on comprend que l’autre part du commandement qui s’y est opposée est celle de la grande tradition militaire turque.

    - Tu veux dire qu’en réalité si Erdogan a pu récupérer la situation, c’est grâce aux kémalistes de l’armée ?

    - Oui. C’est ce qui m’a été expliqué, qui en l’état actuel paraît convaincant, et cela marquera beaucoup la suite. Observe bien qu’on ne dénonce aucune purge chez les militaires kémalistes, ni dans les milieux de gauche.

     

    Le peuple se resserre pour défendre la démocratie

     

    Hier après-midi, il y avait une grande manifestation sur l’historique Place Taksim, au cœur d’Istanbul. Là encore, il y a des faits incontestables. C’est le parti de gauche, laïc, le Parti républicain du peuple (CHP) qui avait appelé à ce rassemblement, et qui s’y est rallié ? L’AKP ! Qui aurait pu envisager il y a un mois une grande manifestation commune du CHP et de l’AKP ? Place Taksim, on voyait de très nombreux drapeaux turcs, mais aussi beaucoup de portraits de Mustafa Kemal Atatürk, père de la République et figure tutélaire des militants du CHP.

     

    Alors ?

     

    Il est trop tôt pour tirer des conclusions. Il faudra du temps pour analyser la répression politique et les purges en cours, avec un état d’urgence très extensif. Encore une fois, toute information contraire est bienvenue. Je ne joue pour aucun camp, je cherche à comprendre.

    Le sentiment qui se dégage de ces rencontres à Istanbul est que toute la société, les généraux kémalistes en tête, fait front pour s’opposer à ce coup islamiste, ce qui, d'une manière ou d'une autre, va redessiner le cadre de la vie politique.

    Ces dernières années, Erdogan a pris de lourds engagements, s’engageant dans des problématiques qui aujourd’hui le dépassent. Est-il encore temps de freiner ? À ce jour, lorsqu’il fait le bilan de ceux qui ont sauvé la démocratie, il trouve les généraux kémalistes, son fidèle parti AKP, mais aussi les forces d’opposition socialistes ou pro-kurdes, l’ensemble des syndicats – patronaux et salariés – et massivement la population. Dans le même temps, Erdogan doit faire le constat que des forces sur lesquels il comptait l’ont lâché.

    La lecture pessimiste des événements est que l’état d’urgence va renforcer un pouvoir personnel, jusqu’à l’excès.

    La lecture positive est qu’Erdogan, fragilisé par des écroulements dans les courants politiques islamistes, va devoir se recentrer sur ceux qui ont soutenu, qui sans doute lui ont sauvé la vie, qui portent l’économie du pays, et qui, réunis, ressemblent tant à la Turquie.

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  • Turquie : Le pouvoir attaqué

    Ce 16 juillet, peu après minuit, le coup d’État engagé en Turquie en début de soirée semble prendre une ampleur considérable. En moins de quatre heures, l’armée contrôle la chaîne de télévision d’État TRT, les grands axes de circulation et les bâtiments stratégiques à Istanbul, Ankara et Izmir, et les bâtiments sièges du parti pouvoir l’AKP. On évoque des tirs par hélicoptère à Ankara, et à minuit, l’information circule d'un Parlement entouré par les chars. Le chef de l’état-major, le général Hulusi Akar, a été isolé, et l’armée turque a établi un « Conseil de paix » qui a annoncé la prise du pouvoir pour sauver la démocratie et les droits de l’homme, et dans l’immédiat la suspension de la constitution, l'instauration de la loi martiale et du couvre-feu. L'armée s'autorise l'usage des armes en cas de manifestation. Les avions et les hélicoptères montrent qu’ils maîtrisent l’espace aérien, et l'aéroport Ataturk a été fermé, et placé sous contrôle militaire.

    Erdogan, qui était en congé, donnait tous les signes qu’il était pris de vitesse, au moins dans cette première phase. Alors que l’on attendait une intervention télévisée officielle, il est apparu sur le smartphone d’une journaliste de la CNN Turque, via Facetime, dénonçant l’action d’un groupe putschiste, au service de Fethullah Gulen, l’ennemi de l’ombre.

    Les amis sur place font preuve de la plus grande inquiétude, redoutant la perte des libertés individuelles, et surtout des risques d’affrontements dans le pays. Les deux inquiétudes se conjuguent. Les informations sont à ce moment trop partielles, mais l’action de l’armée semble puissante, il apparaîtrait qu’une partie de la police a suivi. Erdogan a appelé ses proches à descendre dans la rue, et l’AKP a de très forts réseaux, mais ce sont des heures très sombres qui attendent le peuple turc. La journée de demain nous dira beaucoup.

    Mais leur inquiétude est très vive parce que la situation politique, intérieure et extérieure, de la Turquie est en ébullition, avec 800 km de frontière commune avec la Syrie, la question Daesh, les opérations militaires conduites contre les Kurdes et les 2 millions de réfugiés. Trop isolé, Erdogan vient de se rapprocher de la Russie et d’Israël. Et me revient cette phase prémonitoire d’un ami tuc : « La Syrie et la Turquie ont les mêmes structures de population, mais si elle dure la déstabilisation de la Syrie entraînera celle de la Turquie ».

    Les événements en cours sont de première importance. Où conduiront-ils ?

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    A 10 heures

    La nuit a été violente, très violente, les premiers bilans évoquent une centaine de morts. Des bâtiments officiels ont été attaqués à l’arme lourde, et notamment le Parlement. Erdogan a su réagir, en rentrant à Istanbul et appelant la population à descendre dans la rue. Malgré la présence militaire, la population s'est regroupée autour de l'aéroport Atatürk où allait arriver Erdogan, et par dizaine milliers, a envahi la sclère place Taksim, plus que jamais le lieu névralgique de la Turquie, et devant les ponts du Bosphore. Les informations parlent de tirs des militaires sur les manifestants. A dix heures, on a appris que le chef d'état major a été libéré, et que des groupes entiers de militaires se rendent aux autorités. 

    turquie,démocratie

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