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  • L’avenir paysan était à Bilbao

    Un congrès magnifique, sympathique chaleureux et engagé, j’ai adoré, franchement il se passe de belles choses sous notre soleil… C’était à Bilbao, avec La Via Campesina, ce superbe mouvement international qui rassemble 200 millions « de paysannes et de paysans, de petits et de moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du monde rural, d’indigènes, de migrants et de travailleurs agricoles… ». La Via Campesina regroupe 164 organisations locales et nationales dans 73 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et des Amériques. Fondée sur les principes d’unité du monde paysan et de solidarité, La Via Campesina défend l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire comme moyen pour promouvoir la justice sociale et la dignité, et elle combat ces fléaux que sont l’agriculture industrielle et les entreprises multinationales, qui détruisent les relations sociales et l’environnement.

    Le thème de congrès était « : « Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde ». Bien sûr, aucun écho dans notre noble presse française, qui préfère développer de puissantes analyses sur les interactions entre la durée des poignées de mains diplomatiques et le réchauffement climatique. En effet…

    Belles rencontres, discussions passionnantes, partage d’expériences, bouffe délicieuse et bon vin : tout était pilepoil ! Prochain congrès dans 4 ans, ça va être long…

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    Voici la présentation de La Via Campesina – Europe

    1/ Combien y a-t-il de paysan-ne-s en Europe?

    En Europe, un total de 12 248 000 fermes travaillent quelques 174 millions de terres arables où travaillent près de 25 millions de personnes dans des activités agricoles. Les petit-e-s paysan-ne-s sont la majorité. Seuls 2,7% des exploitations sont des grandes fermes de plus de 100 hectares. Environ 97%, soit 11 885 000 des fermes, ont moins de 100 ha. 75% des fermes moins de 10 ha et 69% moins de 5 ha. Les terres sont contrôlées par les fermes industrielles. Les fermes industrielles (2,7%) de plus 100 ha contrôlent 50% du total des terres arables en Europe. Cela signifie que 336 000 fermes contrôlent 91 millions d'hectares. Les 50% restants des terres arables sont partagées par 97% des paysan-ne-s européen-ne-s (presque 12 millions de fermes).

    2/ Les petites fermes nourrissent le peuple en Europe.

    Avec en leur possession seulement 30 à 50% des terres arables, les petits paysan-ne-s nourrissent les peuples d'Europe. En effet, ils produisent plus par unité de terre que les grands exploitants. Les données d'Eurostat démontrent ainsi que ces derniers ne produisent que 11% de la production agricole. « Dans 21 pays, les petits paysans ont une plus grande Marge brute standard (différence entre prix de vente et coût de revient) par hectare que les grandes exploitations. Dans neuf de ces pays (Bulgarie, Grèce, Espagne, Italie, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Roumanie et Royaume-Uni), la marge par hectare des petites exploitations est deux fois supérieure à celle des grandes. »

    3/ Les petites fermes créent de l'emploi.

    Dans l'Europe des 27, les grandes exploitations ne génèrent que 5% du total de l'emploi agricole. Cela montre clairement que les paysan-ne-s et leurs familles sont décisifs dans le processus de création d'emploi. Pour produire un million de kg de lait, une ferme industrielle (de grande échelle, à forte capitalisation et basée sur l'expansion) nécessite 1,9 unité de travail alors qu'au sein de « l'économie agricole paysanne », la même quantité de lait en requiert 3,3. C'est 74% de plus que le modèle de fermes industrielles mais cela augmente en même temps l'efficacité des plus petits investissements de capitaux.

    4/ L'agriculture agroécologique paysanne utilise beaucoup moins de ressources.

    Les petites fermes sont moins intenses en ressources. Elles utilisent beaucoup moins d'énergies fossiles pour la production et la distribution. La production d'1kg de bœuf requiert 8000 Kcal sur une petite ferme et plus de 10 000 sur une exploitation industrielle. « La production bovine nourrie à l'herbe consomme 50 % d'énergie fossile en moins que les systèmes conventionnels de bovins nourris au grain. »

    5/ Les politiques publiques profitent aux grandes exploitations industrielles et favorisent une agriculture tournée vers l’exportation.

    La politique agricole commune (PAC) est l’une des principales politiques publiques en Europe. La PAC 2014-2020 équivaut à 400 milliards d’euros et représente près de 40% du budget total de l’UE. Avec 22 millions d’agriculteurs et 44 millions de producteurs qui nourrissent plus de 500 millions d’Européens, le secteur agricole est le deuxième plus grand employeur dans le secteur industriel dans l’UE. Mais le modèle actuel montre clairement un déséquilibre dans la distribution de l’aide. Les principaux bénéficiaires de la PAC sont les grands propriétaires terriens et l’agro-industrie, pas les petits agriculteurs paysans. Près de 80% des aides agricoles sont versées à environ 20% des agriculteurs de l’UE, ceux qui ont les plus grandes exploitations. En 2011, 1,5% des exploitations accaparaient 1/3 des subventions de la PAC. En 2011, l’Europe de l’Ouest avec 44% des exploitations recevait 80% des subventions de la PAC. L’Europe de l’Est, avec 56% des exploitations, recevait seulement 20%.

    6/ Qui sont les perdants de l’aide publique?

    Au cours des années, la PAC a changé de direction, passant de subventions sur les produits à une subvention sur la production, ce qui a eu des répercussions directes et profondes en termes fonciers et de concentration des terres. En 2000, les subventions sur les produits représentaient 26,6 milliards d’euros, contre seulement 4,7 milliards d’euros en 2011. Au contraire, les chiffres des subventions sur la production ont grimpé de 2 milliards d’euros pour atteindre 50,9 milliards d’euro au cours de la même période. Ce revirement est directement lié aux tendances catastrophiques de concentration de la terre au sein de l’UE durant cette même période (1/3 des exploitations ont disparu). Les subventions massives aux exportations de agro-industrie ont porté atteinte aux paysans en Europe et dans le monde durant un demi-siècle. C’est également une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire.

    7/ Les paysan-ne-s disparaissent et la terre est concentrée dans les mains de quelques-uns.

    Entre 2000 et 2012, 4,8 Millions d'emplois équivalent temps plein ont été perdus dans l'agriculture de l'UE. L'Europe a perdu un tiers de ses petites fermes de 2003 (12 millions de fermes) à 2013 (8 millions de fermes). Dans le même temps, de plus en plus de terres sont détenues par les grandes exploitations. La terre est aussi de plus en plus utilisée pour des activités non agricoles liées à l'urbanisation, aux industries d'extraction comme les mines, le pétrole ou le gaz, aux investissements dans certaines énergies renouvelables, aux transports, au tourisme, à des centres commerciaux, etc.

    8/ Le revenu des paysan-ne-s s'effondre alors que l'industrie des intrants et la grande distribution s'enrichissent grâce à l'argent public.

    Les marges agricoles sont usurpées par l'industrie des intrants agricoles et par l'industrie de la distribution. En prenant une période suffisamment longue, de 2000 à 2016, on observe que les prix payés au agriculteur-trice-s pour leurs produits ont augmenté dans la majorité. Mais dans le même temps, les prix des intrants agricoles (fertilisants, semences, énergie et alimentation animale) ont augmenté de plus du double, comparé au prix payé aux petit-e-s producteur-trice-s pour leurs produits. Les paysan-ne-s se retrouvent coincés entre l'industrie des intrants et le secteur de la distribution et leur revenu baisse. Un tiers des petites fermes ont disparu dans la dernière décennie car il était impossible de survivre. En 2016, le revenu agricole a baissé de 0,4 % en Europe. Plus une ferme est industrialisée et intense en capital, plus elle est dépendante de l'industrie des intrants. Sur 100kg de céréales produites par une ferme allemande, 75 sont utilisés pour payés l'industrie des intrants. La valeur qui demeure ne permet pas de garantir un revenu ou une viabilité économique. Une intervention publique (européenne et étatique) est donc nécessaire. Les subventions publiques peuvent couvrir jusqu'à 50 % du revenu d'une ferme. L'agriculture industrielle survit grâce à la location des terres et aux aides de l'UE et des états. Le manque d'autonomie, associé aux coûts de production, rend l'agriculture industrielle extrêmement fragile. Sa profitabilité est en réalité la conséquence de l'intervention publique (directe ou indirecte). Dans les faits, l'intervention publique est largement dirigée pour soutenir les entreprises industrielles en amont, ainsi que l'industrie agroalimentaire et le secteur de la distribution en aval grâce aux prix réduits payés pour la production.

    9/ Les travailleur-se-s salarié-e-s, les migrant-e-s, les femmes et les jeunes sont celles et ceux qui sont le plus sévèrement impacté-e-s par les politiques agricoles négatives.

    « Les femmes en particulier possèdent moins de 20 % des exploitations, ce qui signifie qu'elles profitent encore moins d'égalité [en Espagne] que les femmes au Lesotho ou au Malawi […]. De plus, les femmes sont responsables de 98 % du travail de soins, faisant partie de la force de travail domestique et familiale invisible, ce qui fait qu'il est plus difficile pour elles d'obtenir un travail et d'acquérir l'indépendance économique » Les travailleur-se-s salarié-e-s représentent une part importante du secteur agricole et doivent aussi être considéré-e-s comme des producteur-trice-s de nourriture. Chaque année, le secteur agricole emploie dans l'Union européenne pas loin d'un demi million de travailleur-se-s saisonnier-ère-s venant de pays non-membres de l'UE. Par exemple, les travaileur-ses migrant-e-s représentent 80 % de la force de travail agricole en Espagne, la plupart venant d'Europe centrale et orientale, d'Afrique du nord et d'Amérique latine. En Allemagne, 90 % des travailleur-se-s saisonnier-ère-s sont des migrant-e-s, venant principalement de Pologne et de Roumanie. « Le femmes travailleuses migrantes sont particulièrement vulnérables. Elles sont victimes de discriminations à fois en tant que femmes et en tant que migrantes »”. Dans le secteur agricole italien, environ 430 000 travailleur-se-s sont employé-e-s chaque année via des intermédiaires illégaux (caporali). Au moins un quart d'entre eux-elles souffrent d'exploitation grave. La grande majorité sont des travailleur-se-s migrant-e-s venant d'Afrique, d'Europe de l'Est, des Balkans, d'Inde et du Pakistan.

    10/ Contre ces tendances, les paysan-ne-s et leurs alliés se battent à travers l'Europe.

    En 1969, Sicco Mansholt, Commissaire européen pour l'agriculture et pionnier de la PAC avait lancé le plan pour « moderniser » l'agriculture européenne et avait prédit que les petites fermes allaient bientôt disparaître. En 2017, les paysan-nes d'Europe sont unies au delà des classes, genres, races et au-delà des frontières. Ces nouvelles convergences des peuples a impliqué une fusion des questions et politiques agraires, sociales et environnementales. Elles ont donné lieu à de nouvelles formes de luttes et de solidarité à travers l'Europe et le monde.

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  • Zut, Hollande a rétréci !

    J’étais hier soir très inquiet découvrant notre valeureux président Hollande rétréci, une tête de moins que les braves gens qui l’entouraient au salon de l'agriculture… Qué pasa ?

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    Heureusement, mes amis du Sinistère de l’intérieur m’ont rassuré : ces 200 braves gens n’étaient pas des agriculteurs, mais des fonctionnaires de police, recrutés sur la base 1,85 m et une médaille aux arts martiaux, avec un effectif cinq fois supérieur à ce qui se fait d’habitude. Bref, Hollande se contrefiche de la dernière saillie de Aubry (Genre : cinémathèque ; rayon : western glamour), mais il fait dans son froc présidentiel devant les agriculteurs. Dont acte.

    Ayant été adjoint au maire chargé des affaires agricoles dans le petit village de mon enfance, je n’ai pas trop de difficultés à distinguer les argentiers qui dirigent les syndicats et les éleveurs de terrain, qui se font berner ad vitam aeternam, comme des enfants de chœur. De même, il est évident qu’il y avait parmi les siffleurs et les hurleurs, nombre de petits cinglés du FN, de la vieille carne réactionnaire qui n’a pas encore appris l’usage des mots.

    Oki.

    Mais Hollande se rend-il compte à quel point il met à bas la fonction présidentielle ? Attention, l’ami… Le pouvoir ne t’appartient pas. Tu es locataire précaire, et nous, on te demande de faire respecter la Maison par les graines de fachos.

    - Ça te dépasse ?

    - Euh… Je ne crains rien !

    - Alors, c'est pour ça que tu parles sous un parapluie quand tu es dans un hall fermé ? 

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  • Emmanuel Torquebiau : « Il faut trouver une alternative au modèle agricole dominant »

    Voici une excellente interview, publiée par l’excellent La Croix, d’Emmanuel Torquebiau, chargé de mission changement climatique au Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (Cirad), recueillie par Séverin Husson.

    Emmanuel Torquebiau est un grand scientifique, qui appelle à revoir un modèle agricole à bout de souffle, responsable de 25 % émissions des gaz à effet de serre. Ce régime parvient à enrichir les groupes industriels, mais se montre incapable de nourrir la population, et il va falloir se radicaliser pour revenir à des pratiques sérieuses... C’est un débat essentiel, et soyez sûrs que le blog va y revenir. Nous devons combattre l’industrialisation agricole, pour aller vers une agriculture nourricière, qui n’exporte que lorsque la région et le pays ont atteint l’autosuffisance alimentaire, et qui assure à l’agriculteur la maîtrise de ses terres, stabilisant les familles et donnant donc un cadre pour l’éducation des enfants. La révolution commencera par la terre… Vive la révolution des paysans !

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    La paye des moissonneurs, Léon-Augustin Lhermitte, 1882

     *   *   *

    L. C. : De quelle manière les agriculteurs des pays du Sud sont-ils touchés par le changement climatique ?

    E. T. : Toute la planète est concernée, mais les paysans du Sud sont en première ligne. D’abord parce qu’on connaît moins bien les formes que prendra le changement climatique dans ces pays. On manque de références, de données statistiques pour faire tourner les modèles.

    Ensuite parce qu’à changement climatique égal, le Sud est plus vulnérable que le Nord. Il est beaucoup plus difficile de s’adapter quand on évolue dans un environnement fragile économiquement, sans service météo, sans capital à investir, sans formation et sans accès facile à de nouvelles semences ou de nouvelles méthodes agronomiques.

    L. C. : Ces paysans sont déjà atteints…

    E. T. : Oui, on observe par exemple une augmentation des zones de sécheresse au Sahel, avec une variation importante des dates de début et de fin de la saison des pluies, et une irrégularité des précipitations au cœur même de cette saison. C’est très difficile à gérer pour les agriculteurs et cela affecte leurs productions annuelles de céréales ou de légumineuses.

    L. C. : L’agriculture est donc victime du dérèglement climatique. Mais elle en est aussi responsable…

    E. T. : C’est l’une des difficultés. En tant que victimes, les agriculteurs doivent s’adapter, en modifiant leurs pratiques. Et en tant que responsables, il faut qu’ils participent à la diminution du gaz carbonique dans l’atmosphère.

    Les paysans du Sud, eux, en émettent déjà très peu. En revanche, ils peuvent participer à l’effort commun en « stockant du carbone » dans le sol. C’est important car on estime qu’une augmentation du taux de carbone de 0,4 % par an permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète. En plus, cette stratégie est doublement gagnante car plus un sol est riche en carbone, plus il est fertile, aéré et capable de retenir l’eau.

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    Peinture murale, Burkina-Faso

    L. C. : Comment faire ?

    E. T. : Pour « stocker du carbone », ou de la matière organique, il faut faire pousser des plantes. Il est possible par exemple de mélanger dans une même parcelle des cultures pérennes et des cultures annuelles : au Burkina Faso, des karités – ces grands arbres que l’on peut valoriser dans des cosmétiques ou du beurre – avec en dessous du sorgho, du maïs ou du mil.

    Le même principe est possible sans arbres, en associant les cultures annuelles avec des cultures de couverture, de façon à ne jamais laisser le sol nu. Les stylosanthes, également appelées luzerne tropicale, peuvent être utilisées avant du riz non irrigué ou du maïs. Mais ces techniques ne sont pas encore toutes au point : il faut parfois utiliser des herbicides pour détruire la culture de couverture afin qu’elle ne fasse pas concurrence à la plante principale.

    L. C. : Ces solutions sont-elles à la hauteur des enjeux de sécurité alimentaire ? Est-il raisonnable de vouloir tourner le dos à la composante industrielle de l’agriculture, à la chimie, voire aux OGM ?

    E. T. : L’objectif est multiple, en effet : s’adapter au changement climatique, l’atténuer, tout en produisant de manière durable et en quantité suffisante. Nous sommes réalistes et ne faisons pas du rejet de la chimie un critère absolu. Mais l’objectif est d’en utiliser le moins possible.

    Le modèle agricole dominant est responsable de 25 % émissions des gaz à effet de serre, donc il faut bien trouver une alternative qui permette de nourrir 9 milliards d’habitants, dans quelques années, en produisant au plus près des populations. Car l’insécurité alimentaire n’est pas tant un problème de quantité produite que de répartition des aliments, de perte et de gaspillage.

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    Cérès, la déesse de l’agriculture, Louis-Jacques Dubois, 1824

  • Inde : La grande marche pour la Justice

    Développement économique vs vie des agriculteurs. L’Inde vit, de manière cruciale, cette contradiction, et la société se rebelle. Un redoutable défi pour le gouvernement… cette rébellion est pacifique.

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    Cette manifestation, c’est grande marche organisée à travers l’Inde, partant de Gwalior dans le centre, pour rejoindre New Dehli, quatre semaines plus tard. Ils sont plusieurs dizaines de milliers au départ, et seront peut être plus de 100 000 à l’arrivée. L’initiative vient du mouvement Ekta Parishad, qui milite pour les droits des Indiens sans-terre, et deux mille autres organisations indiennes ont rejoint cette initiative. La grande référence, c’est la « marche du sel », conduite par Gandhi en 1930 pour l’indépendance de l’Inde. Cette marche s’appelle Jan Satyagraha, soit « la force de vérité du peuple ».

    L’enjeu, c’est la terre, et les moyens de subsistance pour une société qui compte 73% d’agriculteurs. Les marcheurs défendent les grands principes de l’agriculture nourricière, qui font consensus pendant les réunions de l’ONU, mais qui deviennent des chimères sur le terrain, face aux appétits des groupes industriels et aux mirages de la croissance.

    Ekta Parishad dénonce la politique du Gouvernement qui force la population rurale à quitter ses terres au nom de l’industrie minière et du développement des infrastructures. « Nous demandons que les terres agricoles soit utilisées exclusivement pour l'agriculture et nous voulons une politique de réformes agraires, qui n'existe pas actuellement », explique Aneesh Thillenkery, un porte-parole des marcheurs.  

    Dans le même temps, le marché indien s’ouvre aux grands investisseurs de l’agroalimentaire, qui engagent une concurrence destructive avec les agriculteurs familiaux.

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    Compliqué ? On ne sait pas comment s’y prendre ?

    Alors je propose une chose simple : prendre pour référence la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU 66/220 du 22 décembre 2011 sur le développement agricole et sécurité alimentaire. L’AG ONU valide un ensemble de références internationales, développe ses conceptions actuelles et souligne la responsabilité des entreprises pour respecter les droits fondamentaux.

    Soulignant « l’importance et le rôle constructif que jouent les petits exploitants agricoles, dont les femmes, et les coopératives et communautés autochtones et locales dans les pays en développement, avec leurs savoirs et leurs pratiques, pour préserver et utiliser de façon viable les cultures traditionnelles et la biodiversité pour les générations actuelles et futures et pour contribuer grandement à la sécurité alimentaire, ainsi qu’en tant qu’instruments de réalisation des objectifs de développement dans des domaines tels que la politique de l’emploi, l’intégration sociale, le développement régional et rural, l’agriculture et la protection de l’environnement », l’Assemblée prend de bien beaux engagements.

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    « 3. Réaffirme que les questions de développement agricole et de sécurité alimentaire doivent être traitées d’urgence et de façon appropriée dans le cadre des politiques nationales, régionales et internationales de développement, compte tenu de l’importance qu’il y a à renforcer les synergies entre les politiques relatives à l’agriculture durable, à la diversité biologique, à la sécurité alimentaire, à la nutrition et au développement ;

    « 21. Réaffirme la nécessité de prendre des mesures de prévention et d’atténuation en faveur des pauvres et des petits exploitants agricoles, en particulier les femmes, des pays en développement, qui soient adaptées au contexte national et à la situation des intéressés et tiennent compte de leurs capacités, en particulier lorsqu’une instabilité excessive des prix des produits alimentaires fausse les marchés et l’accès à ceux-ci à court, à moyen et à long terme, et ce, dans le cadre des politiques locales, nationales, régionales et internationales de développement, compte tenu des règles et dispositions de l’Organisation mondiale du commerce ;

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    « 23. Est consciente que les petits exploitants agricoles des pays en développement, y compris les femmes, et les communautés locales et autochtones, jouent un rôle important lorsqu’il s’agit de garantir la sécurité alimentaire et la nutrition, de réduire la pauvreté et de préserver les écosystèmes, et qu’il importe de les soutenir ;

    25. Souligne la nécessité de renforcer la capacité des petits exploitants agricoles, y compris les femmes, dans le cadre d’une stratégie de promotion du développement de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en favorisant un accès équitable à la terre, à l’eau, aux ressources financières et aux technologies, conformément à la législation nationale, ainsi qu’en améliorant la participation et l’accès des exploitants à des chaînes de valeurs et à des marchés agricoles viables […]. »

     

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    De belles paroles ? Certes, mais un peu plus car tôt ou tard ces principes entreront dans le champ du droit, soit par la loi, soit par des procès engageant la responsabilité de l’Etat ou des firmes, qui par leurs décisions, remettent en cause les droits fondamentaux des agriculteurs et de leurs familles.

    Pour le moment, pas de procès, mais une marche. Je leur souhaite le plus grand succès, car c’est un peu l’avenir de la planète qui se joue dans cette Jan Satyagraha.

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