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agriculture

  • Zut, Hollande a rétréci !

    J’étais hier soir très inquiet découvrant notre valeureux président Hollande rétréci, une tête de moins que les braves gens qui l’entouraient au salon de l'agriculture… Qué pasa ?

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    Heureusement, mes amis du Sinistère de l’intérieur m’ont rassuré : ces 200 braves gens n’étaient pas des agriculteurs, mais des fonctionnaires de police, recrutés sur la base 1,85 m et une médaille aux arts martiaux, avec un effectif cinq fois supérieur à ce qui se fait d’habitude. Bref, Hollande se contrefiche de la dernière saillie de Aubry (Genre : cinémathèque ; rayon : western glamour), mais il fait dans son froc présidentiel devant les agriculteurs. Dont acte.

    Ayant été adjoint au maire chargé des affaires agricoles dans le petit village de mon enfance, je n’ai pas trop de difficultés à distinguer les argentiers qui dirigent les syndicats et les éleveurs de terrain, qui se font berner ad vitam aeternam, comme des enfants de chœur. De même, il est évident qu’il y avait parmi les siffleurs et les hurleurs, nombre de petits cinglés du FN, de la vieille carne réactionnaire qui n’a pas encore appris l’usage des mots.

    Oki.

    Mais Hollande se rend-il compte à quel point il met à bas la fonction présidentielle ? Attention, l’ami… Le pouvoir ne t’appartient pas. Tu es locataire précaire, et nous, on te demande de faire respecter la Maison par les graines de fachos.

    - Ça te dépasse ?

    - Euh… Je ne crains rien !

    - Alors, c'est pour ça que tu parles sous un parapluie quand tu es dans un hall fermé ? 

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  • Emmanuel Torquebiau : « Il faut trouver une alternative au modèle agricole dominant »

    Voici une excellente interview, publiée par l’excellent La Croix, d’Emmanuel Torquebiau, chargé de mission changement climatique au Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (Cirad), recueillie par Séverin Husson.

    Emmanuel Torquebiau est un grand scientifique, qui appelle à revoir un modèle agricole à bout de souffle, responsable de 25 % émissions des gaz à effet de serre. Ce régime parvient à enrichir les groupes industriels, mais se montre incapable de nourrir la population, et il va falloir se radicaliser pour revenir à des pratiques sérieuses... C’est un débat essentiel, et soyez sûrs que le blog va y revenir. Nous devons combattre l’industrialisation agricole, pour aller vers une agriculture nourricière, qui n’exporte que lorsque la région et le pays ont atteint l’autosuffisance alimentaire, et qui assure à l’agriculteur la maîtrise de ses terres, stabilisant les familles et donnant donc un cadre pour l’éducation des enfants. La révolution commencera par la terre… Vive la révolution des paysans !

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    La paye des moissonneurs, Léon-Augustin Lhermitte, 1882

     *   *   *

    L. C. : De quelle manière les agriculteurs des pays du Sud sont-ils touchés par le changement climatique ?

    E. T. : Toute la planète est concernée, mais les paysans du Sud sont en première ligne. D’abord parce qu’on connaît moins bien les formes que prendra le changement climatique dans ces pays. On manque de références, de données statistiques pour faire tourner les modèles.

    Ensuite parce qu’à changement climatique égal, le Sud est plus vulnérable que le Nord. Il est beaucoup plus difficile de s’adapter quand on évolue dans un environnement fragile économiquement, sans service météo, sans capital à investir, sans formation et sans accès facile à de nouvelles semences ou de nouvelles méthodes agronomiques.

    L. C. : Ces paysans sont déjà atteints…

    E. T. : Oui, on observe par exemple une augmentation des zones de sécheresse au Sahel, avec une variation importante des dates de début et de fin de la saison des pluies, et une irrégularité des précipitations au cœur même de cette saison. C’est très difficile à gérer pour les agriculteurs et cela affecte leurs productions annuelles de céréales ou de légumineuses.

    L. C. : L’agriculture est donc victime du dérèglement climatique. Mais elle en est aussi responsable…

    E. T. : C’est l’une des difficultés. En tant que victimes, les agriculteurs doivent s’adapter, en modifiant leurs pratiques. Et en tant que responsables, il faut qu’ils participent à la diminution du gaz carbonique dans l’atmosphère.

    Les paysans du Sud, eux, en émettent déjà très peu. En revanche, ils peuvent participer à l’effort commun en « stockant du carbone » dans le sol. C’est important car on estime qu’une augmentation du taux de carbone de 0,4 % par an permettrait de compenser l’ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète. En plus, cette stratégie est doublement gagnante car plus un sol est riche en carbone, plus il est fertile, aéré et capable de retenir l’eau.

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    Peinture murale, Burkina-Faso

    L. C. : Comment faire ?

    E. T. : Pour « stocker du carbone », ou de la matière organique, il faut faire pousser des plantes. Il est possible par exemple de mélanger dans une même parcelle des cultures pérennes et des cultures annuelles : au Burkina Faso, des karités – ces grands arbres que l’on peut valoriser dans des cosmétiques ou du beurre – avec en dessous du sorgho, du maïs ou du mil.

    Le même principe est possible sans arbres, en associant les cultures annuelles avec des cultures de couverture, de façon à ne jamais laisser le sol nu. Les stylosanthes, également appelées luzerne tropicale, peuvent être utilisées avant du riz non irrigué ou du maïs. Mais ces techniques ne sont pas encore toutes au point : il faut parfois utiliser des herbicides pour détruire la culture de couverture afin qu’elle ne fasse pas concurrence à la plante principale.

    L. C. : Ces solutions sont-elles à la hauteur des enjeux de sécurité alimentaire ? Est-il raisonnable de vouloir tourner le dos à la composante industrielle de l’agriculture, à la chimie, voire aux OGM ?

    E. T. : L’objectif est multiple, en effet : s’adapter au changement climatique, l’atténuer, tout en produisant de manière durable et en quantité suffisante. Nous sommes réalistes et ne faisons pas du rejet de la chimie un critère absolu. Mais l’objectif est d’en utiliser le moins possible.

    Le modèle agricole dominant est responsable de 25 % émissions des gaz à effet de serre, donc il faut bien trouver une alternative qui permette de nourrir 9 milliards d’habitants, dans quelques années, en produisant au plus près des populations. Car l’insécurité alimentaire n’est pas tant un problème de quantité produite que de répartition des aliments, de perte et de gaspillage.

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    Cérès, la déesse de l’agriculture, Louis-Jacques Dubois, 1824

  • Inde : La grande marche pour la Justice

    Développement économique vs vie des agriculteurs. L’Inde vit, de manière cruciale, cette contradiction, et la société se rebelle. Un redoutable défi pour le gouvernement… cette rébellion est pacifique.

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    Cette manifestation, c’est grande marche organisée à travers l’Inde, partant de Gwalior dans le centre, pour rejoindre New Dehli, quatre semaines plus tard. Ils sont plusieurs dizaines de milliers au départ, et seront peut être plus de 100 000 à l’arrivée. L’initiative vient du mouvement Ekta Parishad, qui milite pour les droits des Indiens sans-terre, et deux mille autres organisations indiennes ont rejoint cette initiative. La grande référence, c’est la « marche du sel », conduite par Gandhi en 1930 pour l’indépendance de l’Inde. Cette marche s’appelle Jan Satyagraha, soit « la force de vérité du peuple ».

    L’enjeu, c’est la terre, et les moyens de subsistance pour une société qui compte 73% d’agriculteurs. Les marcheurs défendent les grands principes de l’agriculture nourricière, qui font consensus pendant les réunions de l’ONU, mais qui deviennent des chimères sur le terrain, face aux appétits des groupes industriels et aux mirages de la croissance.

    Ekta Parishad dénonce la politique du Gouvernement qui force la population rurale à quitter ses terres au nom de l’industrie minière et du développement des infrastructures. « Nous demandons que les terres agricoles soit utilisées exclusivement pour l'agriculture et nous voulons une politique de réformes agraires, qui n'existe pas actuellement », explique Aneesh Thillenkery, un porte-parole des marcheurs.  

    Dans le même temps, le marché indien s’ouvre aux grands investisseurs de l’agroalimentaire, qui engagent une concurrence destructive avec les agriculteurs familiaux.

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    Compliqué ? On ne sait pas comment s’y prendre ?

    Alors je propose une chose simple : prendre pour référence la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU 66/220 du 22 décembre 2011 sur le développement agricole et sécurité alimentaire. L’AG ONU valide un ensemble de références internationales, développe ses conceptions actuelles et souligne la responsabilité des entreprises pour respecter les droits fondamentaux.

    Soulignant « l’importance et le rôle constructif que jouent les petits exploitants agricoles, dont les femmes, et les coopératives et communautés autochtones et locales dans les pays en développement, avec leurs savoirs et leurs pratiques, pour préserver et utiliser de façon viable les cultures traditionnelles et la biodiversité pour les générations actuelles et futures et pour contribuer grandement à la sécurité alimentaire, ainsi qu’en tant qu’instruments de réalisation des objectifs de développement dans des domaines tels que la politique de l’emploi, l’intégration sociale, le développement régional et rural, l’agriculture et la protection de l’environnement », l’Assemblée prend de bien beaux engagements.

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    « 3. Réaffirme que les questions de développement agricole et de sécurité alimentaire doivent être traitées d’urgence et de façon appropriée dans le cadre des politiques nationales, régionales et internationales de développement, compte tenu de l’importance qu’il y a à renforcer les synergies entre les politiques relatives à l’agriculture durable, à la diversité biologique, à la sécurité alimentaire, à la nutrition et au développement ;

    « 21. Réaffirme la nécessité de prendre des mesures de prévention et d’atténuation en faveur des pauvres et des petits exploitants agricoles, en particulier les femmes, des pays en développement, qui soient adaptées au contexte national et à la situation des intéressés et tiennent compte de leurs capacités, en particulier lorsqu’une instabilité excessive des prix des produits alimentaires fausse les marchés et l’accès à ceux-ci à court, à moyen et à long terme, et ce, dans le cadre des politiques locales, nationales, régionales et internationales de développement, compte tenu des règles et dispositions de l’Organisation mondiale du commerce ;

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    « 23. Est consciente que les petits exploitants agricoles des pays en développement, y compris les femmes, et les communautés locales et autochtones, jouent un rôle important lorsqu’il s’agit de garantir la sécurité alimentaire et la nutrition, de réduire la pauvreté et de préserver les écosystèmes, et qu’il importe de les soutenir ;

    25. Souligne la nécessité de renforcer la capacité des petits exploitants agricoles, y compris les femmes, dans le cadre d’une stratégie de promotion du développement de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en favorisant un accès équitable à la terre, à l’eau, aux ressources financières et aux technologies, conformément à la législation nationale, ainsi qu’en améliorant la participation et l’accès des exploitants à des chaînes de valeurs et à des marchés agricoles viables […]. »

     

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    De belles paroles ? Certes, mais un peu plus car tôt ou tard ces principes entreront dans le champ du droit, soit par la loi, soit par des procès engageant la responsabilité de l’Etat ou des firmes, qui par leurs décisions, remettent en cause les droits fondamentaux des agriculteurs et de leurs familles.

    Pour le moment, pas de procès, mais une marche. Je leur souhaite le plus grand succès, car c’est un peu l’avenir de la planète qui se joue dans cette Jan Satyagraha.

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