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  • Pasqua entôlé ? Ca va chauffer...

    rpr.gifLe jugement rendu par le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire de l’Angolagate impressionne d’abord par sa sévérité : six ans ferme pour Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, un an ferme pour Charles Pasqua, 15 mois pour l'ancien préfet Jean-Charles Marchiani, deux ans avec sursis pour Jean-Christophe Mitterrand, un an ferme pour l’avocat fiscaliste Alain Guilloux…

    Un commerce illicite de  matériels de guerre pour un montant de 793.039.977 dollars, avec à la clé trafics d’influence et fraudes fiscales : « Rarement on avait atteint un tel degré dans l'organisation et la dissimulation d'une délinquance générant des profits considérables », affirme le jugement.

    Pierre Falcone, qui avait eu le courage de se présenter à l’audience a été aussitôt incarcéré, alors qu’Arcadi Gaydamak a préféré la fuite, et s’est vu décerner un mandat d'arrêt international.

    Les principaux condamnés ont aussitôt fait appel et Charles Pasqua était dès hier soir sur le plateau de France 2, annonçant un changement de décor pour l’audience devant la Cour d’appel. La-memoire-venimeuse-de-Charles-Pasqua1_articlephoto.jpg

    Pasqua a soudain des idées : « Je crois que sur ces affaires de ventes d'armes, il faut que les choses soient clarifiées. Le président de la République (Chirac) était au courant de l'affaire de vente d'armes à l'Angola. Le Premier ministre (Ballamou) était au courant, la plupart des ministres aussi (Juppé aux affaires étrangères). Moi je n'étais pas compétent dans ce domaine. (…) Je demande au président de la République de lever le secret défense sur toutes les ventes d'armes, sur toutes ces opérations qui ont été réalisées à l'étranger, afin que l'on sache s'il y a eu des retours de commissions en France, et qui en a bénéficié », avant d’ajouter : « J'en ai vu d'autres et je ne me laisserai pas abattre ».  

    Impossible de commenter ce jugement, décrit comme long et argumenté, sans l’avoir lu. Mais quelques enseignements se dégagent, et j’en retiendrai trois.

    menottes-1.jpgPasqua condamné. Pour qui se rappelle ce qu’était la puissance du Monsieur et de ses réseaux, c’est un monde qui bascule, et l’ancien boss du 92, de la Corse, de l’Afrique et des casinos réunis n’envisage certainement pas de partir gentiment à l’ombre en laissant les copains au soleil. Grand moment attendu devant la cour : Ballamou témoignant à l’audience, devant un Pasqua qui a retrouvé la mémoire… La roue tourne, et Jacques Chirac qui attend pour la fin de semaine les conclusions du juge d’instruction dans l’affaire de financement d’emplois fictifs va passer une mauvaise semaine, même si le parquet a requis un non-lieu. Et oui, le parquet estime que le dossier ne laisse pas apparaitre de charges suffisantes à l'encontre de Jacques Chirac, ... mais le juge d'instruction est libre de sa décision.

    L’instruction saluée. Du fait de l’appel, tous sont encore juridiquement innocents. Le jugement du tribunal, plusieurs centaines de pages, très argumentées, est explosé par l’acte d’appel. Mais, pour les appelants, il va falloir désormais contester ce jugement, qui sera la référence pour la Cour d’appel. Ce que je relève, c’est que, s’agissant de ces gros dossiers, instruits par des juges compétents et disposant de moyens, lorsque l’audience ne laisse pas apparaître de coup de théâtre, l’instruction se trouve la trame du jugement. Villepin a de quoi méditer.

    La prison ferme change tout. Pasqua, tout d’un coup, se rappelle que le président de la République et le premier ministre étaient au courant, et il demande la levée du secret défense. Quel dommage que ces souvenirs ne l’aient pas frappé pendant l’instruction, car on aurait sans doute avancé ? Imaginons dans le procès Clearstream, Gergorin condamné a de la prison ferme : peut-être de quoi réactiver des réminiscences sur le pourquoi du comment.

    Une chose est sûre : l’ancien RPR occupe beaucoup la justice… 

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  • Angolagate: Les armes et la loi

    PRVESCAJGDIAGCAFWN31ECA0CHSLBCAU6G4GHCALJ00XNCAFT5QB6CA84BYKECAJPDZZHCANY83HPCASSF820CAEB5C23CAKKDNLACAWPA7WSCA158PU5CA2UDB4HCAHBINYUCACSZ9X0CA7BAI8P.jpgAngolagate : Les armes et la loi. C’est parti pour environ 4 mois, avec un planning de 58 audiences. Sauf imprévu,… car des imprévus il y en aura.

    En 1992, après une guerre de longue haleine, le président du riche pays qu’est l’Angola, José-Edouardo Dos Santos, signe un accord de paix avec les rebelles de l’UNITA. Un accord fragile, et Dos Santos souhaite assurer ses arrières en renforçant son armement. Rien de plus normal,… sauf que l’Angola était sous embargo de l’ONU. Donc, il va falloir passer par des intermédiaires non-officiels. Oui, mais en la matière, et pour que ça marche, les non-officiels sont très proches des officiels. Et ça devient alors illicite. C’est le cœur de l’accusation.

    Première phase en 1993, avec Jean-Bernard Curial, un membre du PS grand connaisseur de cette partie de l’Afrique et Jean-Christophe Mitterrand, à l’Elysée. C’est la cohabitation, avec Balladur comme premier ministre et Juppé aux affaires étrangères. Tous deux affirment qu’ils ont découvert l’affaire quand tout était fini. Le Ministre de l’Intérieur est Charles Pasqua, et Jean-Charles Marchiani est chargé des questions de sécurité et de renseignement au cabinet du ministre. Avec des relais dévoués qui contrôlent la Sofremi, société d'exportation de matériel de sécurité, rattachée au ministère de l'Intérieur.4XKFDCAF3GRU5CA9Z0KSFCAVTZK1CCADZW48JCAS44NICCAO1N7HJCAFI2SN0CAGSMO93CA9ORI6SCAGTFBG5CA47GIPTCATJ7DINCA7LWF47CAUUQ4GGCAZXA0L0CAPB5IHJCAT6RVZMCAM6ZLLI.jpg

    En lien avec ces officiels, deux personnages centraux. Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Pierre Falcone, aventurier couillu, qui prend les décisions et les risques dont personne ne veut. Arcadi Gaydamak, un ancien du KGB, curieux de tout, qui acquis la nationalité israélienne en 1972, puis française en 1986. Gaydamak est la source, sachant se fournir dans les anciennes terres soviétiques, et Falcone, grand ouvreur de porte, organise l’arrivée du matériel. Avec au final, une réussite pour cette petite entreprise : en cinq ans, 790 millions de dollars de matériels militaires. Et du gros matériels, qu’on ne transporte pas dans une sacoche.

    Une réussite donc, mais pas un mince boulot. Il a fallu créer des structures, certaines réelles, d’autres factices. Et la plus brillante est la plus factice : la société Brenco. L'argent y coule à flots, et aide les relations. L’Angola paie, et paie bien, et les dirigeants reçoivent des commissions. En cas d’incident de paiement, tout est prévu : une caution correspondant de 20 000 barils /jour. Du fric à flot, et des malins qui savent créer des relations, des plus ou moins malins qui se laissent prendre dans ces relations. Ici apparaissent les noms de Paul-Loup Sulitzer, Jacques Attali, Georges Fenech, Jean-Noël Tassez, Paul Anselin…

    Au final, un audience peu banale : 42 prévenus, 20 000 pages de dossier, et 58 audiences. L’instruction a été signée par Philippe Courroye, et le procès sera présidé par un magistrat expérimenté, Jean-Baptiste Parlos.

    Ce n’était pas simple, mais ça se complique.

    WLLARCAFR85F5CARWJYFZCAMYPCA9CA5EIXDFCAR408OECA2GYW1WCAHVH7KQCACDO13WCA88517OCA0SXO2VCAWQM393CA7GXXAYCAUI2TPICARY22J9CAT3VKCJCAVPB31WCACJJ2JGCASL2EGX.jpgDeux principaux accusés risquent bien d’être absents. Arcadi Gaydamak mène un carrière politique en Israel. Pierre Falcone, très proche du pouvoir angolais, dirige un bureau d'études installé à Pékin. Jean-Charles Marchiani refuse de comparaitre tant qu’il est détenu.

    Surtout, l’Angola compte en Afrique, et dans le monde pétrolier. Après dix ans de gel diplomatique, Nicolas Sarkozy a rendu visite ce mois de mai au dirigeant angolais José Eduardo Dos Santos, affirmant vouloir « tourner la page des malentendus du passé ». Suite le 11 juillet, avec une lettre d’Hervé Morin, ministre de la défense, adressée aux avocats de Pierre Falcone, expliquant qu’en l'absence de transit par le territoire français, la législation nationale sur le commerce des armes « ne s'applique pas à l'activité exercée par M. Falcone ». Bref qu’il n’y a pas de trafic illicite. Pas sûr que le tribunal soit impressionné, alors que l’essentiel de opérations commerciales étaient nouées à Paris. 

    Ce qui sortira du procès ? Difficile de savoir, même si l’accusation semble bien étayée. Que l’affaire soit moralement condamnable, c’est certain. Que les infractions pénales soient constituées, ce sera tout le débat. Ce sera en tous cas une plongée comme rarement dans ce monde du commerce des armes.

    LCNMGCA5V1EQ8CAJH9B11CA3N5IL5CA186L7JCAN6VPT1CA6N2F6VCAUQ4UKSCAZ26LYWCAH1S48RCADWIF0DCAUMJBRQCAXK3JC0CAABZ685CA355Q0MCAG6RMLRCA7670DKCAXKMB27CAOR3GPY.jpg

     

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