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  • Trump : Quid, à part l’argent des armes ?

    A Riyad, devant les chefs d’État à majorité sunnite, dans un discours annoncé, Trump a mis sur un pied d’égalité l’Iran et Daech… Important ? non, idiot et pitoyable : Trump est incapable de remettre en cause l’accord sur le nucléaire iranien, comme il l’est de monter au Moyen-Orient une opération militaire sérieuse. Ses discours sont juste des mots pour bercer de bonheur ceux qui attendaient ces mots… et les convaincre de signer 380 milliards de commandes aux US. Sur le fond, rien ne changera.

    Obama ne s’était résolu au grand recul US que parce qu’il y était obligé, parce que l’uniforme US est devenu un repoussoir absolu dans cette grande région. Dans les populations arabes - bien différentes de leurs dirigeants - les horreurs s’appellent la Palestine, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, le Yémen : chaque fois les États-Unis - au nom de la démocratie - ont agi en toute impunité pour déstabiliser ces États, ouvrir la porte aux massacres, briser les familles, et ruiner les économies. La Russie, qui en Syrie a mis fin cette gangrène, ne permettant d’évolution qu’au sein des États, par le jeu politique, engrange chaque jour des soutiens. Regardez l’Égypte qui devient alliée de la Russie. Ça vous plait ou ça ne vous plait pas, mais c’est comme ça.

    Trump ? Il s’était déjà ridiculisé par sa frappe du 7 avril 2017, avec des tomawaks en solde, sur la base aérienne de Shayrat, qui avait été avertie et était désertée. Aujourd’hui, ce xénophobe patenté, poursuivi par un procureur spécial, passe le grade de grand guignol en chef avec ses discours de Ryad et Jérusalem, qui ne sont que du spectacle. Vraiment, compter sur le soutien de Trump pour conduire sa politique, il n’y a plus que le roi Salmane… et Abbas pour gober une telle illusion.  

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    Entretien avec Talal Atrissi

    A lire ci-dessous l’entretien de Talal Atrissi, sociologue libanais, avec Suzanne Baaklini, publié dans L’Orient - Le Jour.

    À quoi attribuez-vous cette véhémence contre l'Iran et le Hezbollah dans un sommet principalement axé sur la lutte contre le terrorisme ?

    À mon avis, cette véhémence dans les propos répond à une demande saoudienne. Ce qui intéresse le président américain (NDLR : étasunien), ce sont les contrats qu'il a signés pour des centaines de millions de dollars, sans compter qu'il n'a personnellement pas de problème à tenir ce langage à l'encontre de l'Iran. Mais pour ma part, c'est une phrase qui a retenu mon attention : en substance, Donald Trump a fait comprendre aux Saoudiens qu'il les soutient dans leurs combats, mais qu'il ne va pas les mener pour eux. En d'autres termes, les Américains ne vont pas envoyer leurs soldats combattre les Iraniens.

    En fait, c'est comme si le président américain a donné aux Saoudiens ce qu'ils attendaient de lui. Pour ces derniers, le principal apport de cette visite est d'inverser la tendance qui avait prévalu lors du mandat de Barack Obama, et qui était de créer un équilibre entre l'Arabie saoudite et l'Iran par le biais de l'accord nucléaire. Même Donald Trump avait critiqué les Saoudiens avant son élection. Mais actuellement, ce qui l'intéresse, ce sont les contrats qui lui permettront de reconstruire l'infrastructure dans son pays. D'ailleurs, on peut constater que malgré les déclarations incendiaires, il n'a rien affirmé de spécifique, comme demander un changement de régime en Syrie par exemple.

    Et pour ce qui est du Centre de lutte contre le financement du terrorisme, je me demande quel est son objectif. Rappelons qu'il existe déjà une alliance internationale contre le terrorisme et l'Arabie saoudite elle-même avait créé une institution ayant un rôle similaire. Quel besoin donc d'un nouveau centre ? À mon avis, il n'aura pas de réelle efficacité.

    Durant le sommet, il a été question d'assécher les sources de financement du terrorisme. Si on joint cette déclaration aux attaques dirigées contre l'Iran et le Hezbollah, peut-on penser que de nouvelles sanctions sont envisagées contre l'Iran ?

    De nouvelles sanctions contre l'Iran sont parfaitement possibles et il n'est pas étonnant que l'administration américaine actuelle les envisage. Mais il est désormais clair que Donald Trump ne peut pas annuler l'accord sur le nucléaire, bien qu'il puisse le freiner. On en voit souvent des signes, comme l'hésitation de compagnies européennes à collaborer avec l'Iran en vertu de cet accord, par exemple.

    Pour ce qui est d'éventuelles sanctions contre le Hezbollah, je ne crois pas qu'elles s'avéreront très efficaces. À titre d'exemple, le président du conseil exécutif du Hezbollah Hachem Safieddine a été placé sur la liste des personnalités terroristes aux États-Unis, mais l'impact sur lui sera très limité en réalité.

    Une réaction iranienne qui aurait des répercussions sur la stabilité du Liban est-elle à craindre ?

    Je ne crois pas du tout que le problème se pose en ces termes. Des événements régionaux plus graves n'ont pas mis la stabilité du Liban en danger. D'ailleurs ni l'Iran ni le Hezbollah n'ont un quelconque intérêt à voir ce pays se déstabiliser.

  • Trump et le déclin de l’Empire US

    32849.jpgImprévisible, contradictoire, ignorant… et tellement petit… Trump accélère la chute US, et ça, ça fait plaisir à voir.

    La journée d’hier commence par les résultats des élections en Iran. Même les plus acharnés adversaires du régime n’ont rien trouvé à redire sur la campagne, le déroulé des élections et le résultat. Forte participation, et victoire du camp réformiste de Rohani, avec la ville de Téhéran qui bascule.

    Six mois après l’accord sur le nucléaire, l'UE avait en janvier 2016 levé ses (illégales) sanctions économiques et individuelles, et hier, Federica Mogherini, patronne de la diplomatie européenne, a salué le processus : « Les Iraniens ont pris part avec passion à la vie politique de leur pays. Je félicite le président Rohani pour le clair mandat reçu. L'UE est prête à continuer à travailler pour la pleine mise en œuvre du Plan d'action global commun, l'engagement bilatéral, la paix régionale et la satisfaction des attentes de tous les habitants de l'Iran ».

    Au même moment, Trump appelait la quarantaine de pays à majorité musulmane sunnite à « isoler l’Iran », avec  cette fine analyse :  « Du Liban à l’Irak en passant par le Yémen, l’Iran finance, arme et entraîne des terroristes, des milices et d’autres groupes terroristes qui répandent la destruction et le chaos à travers la région. En attendant que le régime iranien montre sa volonté d’être un partenaire dans la paix, toutes les nations dotées d’un sens des responsabilités doivent travailler ensemble pour l’isoler ».  Retour de la bataille du bien contre le mal, merci de choisir votre camp...

    Il faut dire que l’excellent Trump parlait depuis Ryad, une capitale de la démocratie, du respect du droit – notamment des femmes -, un régime qui n’a jamais entretenu le moindre lien avec les familles du terrorisme, et qui ne plaide que la modération et l’ouverture d’esprit en religion… Un nirvana de paix et de décontraction sociale.

    Il faut dire aussi que l’excellent Trump devait faire des risettes aux barbus car il venait de leur faire signer pour 380 milliards de dollars de contrats, dont 110 d’armement, du jamais vu. Des ventes tous azimuts pour calmer l’establishment US qui a engagé les grandes manœuvres contre lui, en désignant un procureur spécial pour enquêter sur ses liens avec la Russie.

    Bref, tout ceci témoigne de la grandeur d’un homme politique, affirmant de hautes vues stratégiques, à long terme. Le même Trump qui s’est ridiculisé dans sa précipitation à publier des décrets anti-muslim, bloqués par un juge fédéral, et par son illégal et inefficace bombardement en Syrie, qui en a fait un clown international.

    Demain il sera en Israël et dans les territoires occupés de Palestine, pour proposer un plan de paix inepte, qui ne fera qu’aggraver la situation. Et ainsi de suite.

    Bon, mais bien sûr, tout ceci c’est de la faute de l’Iran.

    Le recul des États-Unis est inéluctable, et on le voit s’accélérer sous nos yeux. Les États-Unis ne parviendront pas tous les ans à refiler 110 milliards d’armes à l’Arabie Saoudite, ni ailleurs. Aussi, ce petit pays – 5% de la population mondiale – va devoir gérer l’écroulement de ses budgets militaires, la charge de sa dette et les tensions sociales qui s’enchaîneront, ce au milieu de grands moulinets diplomatiques.  

    L’Europe, sous domination de l’OTAN – OTAN qui met la pression pour prendre le relais militaire – va se montrer fébrile et velléitaire, car la partie lui échappe. Dans un monde qui a besoin de paix, c’est-à-dire de stabilité des États dans leurs frontières, les années qui viennent montreront que les sages sont la Chine et la Russie, mais aussi l’Iran. On en reparlera.

  • Yémen : Quelques bonnes vérités de Bruno Guigue

    La première coalition armée arabe du XXIeme siècle s’est organisée au soutien de la cause palestinienne. Euh, je me trompe.  La première coalition armée arabe du XXIème siècle s’est organisée pour attaquer un peuple arabe, le peuple yéménite. Une guerre encore plus insensée et meurtrière que les autres. Mais de là à s’émouvoir pour les victimes yéménites… Voici un excellent texte de Bruno Guigue, ce 3 janvier.  

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    En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites

    Bruno Guigue

    La prospérité de notre industrie de l’armement vaut bien la vie de quelques milliers d’enfants yéménites. C’est ce que répondit implicitement Manuel Valls lorsqu’on lui demanda ce qu’il pensait des bombardements saoudiens qui dévastent le Yémen et terrorisent sa population. « Est-il indécent de se battre pour nos emplois ? » répondit le premier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indécence », dites-vous ? A la tête d’un gouvernement qui aura généreusement distribué des armes et des médailles aux coupeurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

    Depuis mars 2015, la « coalition » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en prétendant combattre une rébellion houthie coupable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur Abd Rabbo Mansour Hadi, instrument docile de la monarchie saoudienne. Selon l’ONU, cette intervention militaire meurtrière a fait plus de 10 000 victimes. Elle a provoqué une catastrophe humanitaire, 400 000 enfants souffrant de malnutrition dans un pays dévasté par les bombardements et privé de ressources par l’embargo que lui imposent les pétromonarchies.

    Dans une totale impunité, l’aviation saoudienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les cérémonies religieuses. Elle répand la terreur, elle cherche à faire plier, en la soumettant à un déluge de feu, une résistance qui infligerait une cuisante défaite aux forces coalisées si elles avaient le courage de l’affronter sur le champ de bataille. Les wahhabites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise systématique de démoralisation de la population, de destruction totale, d’arasement des infrastructures du pays.

    Cette œuvre mortifère, ses auteurs la justifient en invoquant la légalité internationale. Le mouvement « Ansarullah », en effet, a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Effet à retardement de la « révolution » ratée de 2011, ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir dans le conflit, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l’ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et affirmant la légitimité du président Hadi.

    Cette décision onusienne a offert à Riyad une couverture juridique l’autorisant à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c’est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur bénéficiait d’une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l’embargo.

    On se demande alors quel crime le peuple yéménite a pu commettre pour endurer un tel supplice. Aurait-il commis des actes terroristes ? Certainement pas. Il est la première victime des attentats meurtriers perpétrés par Daech et Al-Qaida, comme celui contre les mosquées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces organisations, en revanche, ont longtemps bénéficié de l’étrange inaction de la coalition, notamment dans la région d’Al-Mukallah. Peine perdue ! Cette alliance objective sur fond de haine anti-chiite n’a pas mis les forces « loyalistes » à l’abri des attentats-suicides qui vont bientôt les frapper à leur tour en 2016.

    D’où vient, alors, l’acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la propagande saoudienne, il serait justifié par la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite « zaydite », le mouvement « Ansarullah » servirait les ambitions géopolitiques de l’Iran. Les causes du conflit yéménite sont endogènes, l’aide fournie par les Iraniens aux rebelles est dérisoire, mais Riyad s’obstine à dénoncer l’influence malfaisante des mollahs. C’est une situation ubuesque. Les Houthis sont coupés du monde par l’embargo et bombardés par une puissante aviation, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s’ils étaient des mercenaires étrangers !

    Le voilà donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en cheville avec les forces du mal, il pactise avec le diable. Décidément inconscients, les Houthis admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. Pour ceux qui entendent asservir la région aux intérêts impérialistes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a commis une faute politique qu’il va devoir expier dans la douleur. Vu de Riyad, il va falloir étouffer ce foyer de contestation d’un ordre impérial auquel se cramponnent des pétromonarchies vermoulues. L’Arabie saoudite ne veut pas, tout simplement, d’un Yémen indépendant et unifié.

    Pour ce pays martyrisé qui n’intéresse personne, on n’entendra pas de jérémiades. Ni « génocide », ni « massacre », ni « barbarie » à l’horizon dans les colonnes de la presse mainstream. Le chœur des pleureuses occidentales est aux abonnés absents. Ni « Casques blancs » financés par des fondations anglo-saxonnes, ni parlementaires français en goguette pour « éveiller les consciences », ni gauchistes indignés qui appellent à la « solidarité révolutionnaire », ni droits-de-l’hommistes qui signent héroïquement des pétitions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sorti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est abandonné aux criminels wahhabites par l’indécente lâcheté d’un Occident complice. Mais, qui sait, le peuple yéménite n’a peut-être pas dit son dernier mot.

  • Syrie : L’histoire s’écrit sans les putschistes occidentaux

    Je dois faire attention de ne pas dire « l’Occident », mais bien « les putschistes occidentaux», c’est-à-dire une poignée de financiers, d’industriels et de politiques qui sont prêts à tout pour défendre leurs intérêts personnels, contre ceux de cette grande région du monde qu’est l’Occident. C’est bien clair : nous sommes « l’Occident » - une terre de culture - alors qu'ils n’en sont que les destructeurs.

    Et bien, ce clan putschiste occidental est en train de vivre une défaite considérable et humiliante qui ponctue, avec la guerre en Syrie, des années d’impérialisme, qu’ils ont organisées de A à Z, et qu’ils ont perdues de A à Z.

    Ce 29 décembre, Poutine a annoncé un cessez-le-feu en Syrie. Un exercice risqué, vu le nombre de tentatives depuis six ans ? Sauf que cette fois-ci, tout a changé.

    Trois documents ont été signés : le cessez-le-feu entre le gouvernement syrien et l'opposition armée, les modalités de son respect et l'organisation de négociations de paix.

    Poutine souligne : « Il y a peu, une réunion s’est tenue à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Turquie et d’Iran : ces trois pays ont pris l’engagement non seulement de contrôler mais aussi de garantir le processus de règlement de paix en Syrie. Cet événement s'est passé il y a quelques heures. Non seulement nous l'avons attendu depuis longtemps, mais aussi nous avons beaucoup travaillé pour s'en approcher. Il faut maintenant tout faire pour que ces accords entrent en vigueur, qu’ils soient mis en œuvre, de manière à ce que les équipes de négociateurs puissent arriver le plus rapidement possible à Astana (Kazakhstan), pour y débuter un véritable processus de paix ».

    A 24 heures, on note quelques incidents, mais le cessez-le-feu tient, et il tiendra parce que la diplomatie a joué tout son rôle : à chacun ses droits, à chacun le respect de sa sphère d’influence.

    I – Le cessez-le-feu

    1/ L’accord est syrien, signé entre le gouvernement légitime et les groupes rebelles, à l’exclusion de ceux liés à Daech et au Fateh al-Cham, l’ex-Front al-Nusra, filiale d’al-Qaeda. Ceux qui misaient sur l’écroulement de l’État syrien pour en faire un nouveau territoire éclaté entre groupes djihadistes ou un État uni mais sous contrôle des États-Unis et d’Israël ont perdu. La Syrie reste la République Arabe Syrienne.

    2/ Les garants du cessez-le-feu sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Les putschistes occidentaux ont perdu, comme leurs alliés, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Émirats.

    3/ La Russie était – si j’ai bien compris – abominable quand elle répondait au gouvernement légitime syrien dans le cadre d’un accord militaire, pour combattre des groupes armés. D’après ce que je lis, elle reste abominable quand elle parvient à imposer un cessez-le-feu, signé par toutes les parties, sauf Daech et al Qaeda. Merci de m’expliquer.

    II – Et la Turquie ?

    La Turquie, au centre de tous les enjeux, est aujourd’hui dans la main de Moscou et de Téhéran.

    1/ Erdogan est affaibli comme jamais. Pays encore pivot de l’OTAN, la Turquie a rompu avec ses alliés de l’OTAN. Erdogan est décrit comme surpuissant, et il va organiser une réforme de la constitution, mais les évènements montrent qu’il n’est plus maître chez lui. Le putsch de juillet, la série d’attentats de ces derniers mois, et l’assassinat d'Andreï Karlov, l’ambassadeur de Russie à Ankara, illustrent la faiblesse du régime à l’intérieur. Sur le plan international, c’est pire : alors que depuis six ans, Erdogan misait tout sur le soutien aux groupes djihadistes pour obtenir le départ de El-Assad, il se trouve contraint d’être le garant d’un accord qui marginalise les djihadistes et laisse en place El-Assad ! Ce parce que c’était ça, ou une pente syrienne pour la Turquie, rien de moins... Le risque de contagion est en effet élevé car, pour les deux pays, ce sont les mêmes populations,... mais avec une question kurde renforcée pour la Turquie. La base de la politique d’Erdogan, c’était un axe Qatar - Arabie Saoudite - Turquie pour éradiquer El-Assad. On se retrouve avec un axe Russie - Iran - Turquie pour conforter El-Assad. Bon courage pour expliquer cela à la population turque…

    2/ Erdogan a pour priorité absolue d’empêcher la constitution d’un territoire kurde dans le nord de la Syrie, qui deviendrait une menace pour l’intégrité turque. Or, les États-Unis et la France s'étaient engagés sur ce plan, et se sont appuyés sur les très efficaces combattants du PYD pour combattre Daech… Ce PYD qui est le bras armé du PKK. Mais la page est tournée. Les Kurdes sont abandonnés par les US et la France. Ils sont les grands sacrifiés des évènements actuels, et ne vont pas se laisser faire. La Russie et l’Iran ont pris des engagements pour tenir la question kurde, ce qui fait de la Turquie leur obligée, sachons le dire clairement.

    3/ En se trouvant garante du cessez-le-feu, la Turquie reconnaît définitivement qu’elle finançait et armait les groupes djihadistes et que, si elle a accueilli tant de réfugiés syriens, c’était pour vider l’armée syrienne. Elle va devoir assumer cette responsabilité et dans le même temps gérer les désillusions, car la défaite d’Alep, qui est la sienne, ouvre le chapitre inévitablement destructeur des luttes des clans au sein de la rébellion syrienne, dont la région d’Idlib va être le terrain.

    4/ L'assassinat de l’ambassadeur de Russie en Turquie par un policier turc a signé la faiblesse du régime turc, et l’inefficacité de la répression. La Turquie avait de quoi redouter la réaction russe… à juste titre. Celle-ci a été habillée de velours, mais cachant une main de fer : tu es incapable d’assurer la sécurité, alors c’est avec nous, ou c’est fini pour toi. Les contacts de Erdogan avec Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, et Choïgou, ministre russe de la défense ont dû être, disons, particulièrement intenses.

    5/ Les États-Unis sont perdus devant les évènements, et ils n’ont même pas été en mesure de répondre à la demande d’appui de l’armée turque, dans la bataille que celle-ci conduit depuis quelques semaines pour reprendre Al-Bab, un bastion de Daech. La semaine dernière, 16 soldats turcs ont été tués. Les États-Unis étant aux abonnés absents, c’est l’aviation russe qui est venue à la rescousse, pilonnant les positions de Daech. Vraiment, on passe d’une époque à une autre, mais il y aura un coût élevé pour Erdogan.

    6/ A quel prix, la Turquie va-t-elle pouvoir rester dans l’OTAN, accueillant une stratégique base militaire des États-Unis, et contrainte de s’en remettre à la Russie et à l’Iran pour sauvegarder son intégrité ? Le peuple turc, happé par les choix irréfléchis de ses dirigeants, est désormais exposé à toutes les tensions et à tous les coups tordus.

    III – L’accord de paix

    Aujourd’hui, c’est le cessez-le-feu, mais demain ce sera les négociations de paix, qui vont s’ouvrir d’ici fin janvier à Astana. Les partenaires sont la Syrie, Russie, la Turquie, l’Iran et ce qui restera de la rébellion syrienne.

    Mais qui y aura-t-il d’autre autour de la table ?

    On se doute que Poutine, Lavrov et Choïgou vont tout faire pour y installer des pays arabes, au second rang bien sûr.

    Sissi a rompu avec les États-Unis et l’Arabie saoudite, et l’Égypte sera là, ou pas loin.

    Assuré d’une place aussi le Qatar, qui a lâché les djihadistes d’Alep, à la suite de deux accords passés avec la Russie. Le 6 septembre 2016, a été signé à Moscou un accord de coopération militaire entre la Russie et le Qatar, et surtout, le 10 décembre 2016, a été conclue la vente de 19,5% des actions de Rosneft, la société russe d’exploitation du pétrole et du gaz au fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), pour 11 milliards de dollars, faisant du Qatar le second actionnaire de Rosneft après l’État russe. On est là avec l’enjeu décisif de l’approvisionnement de l’Europe en gaz. Au premier rang des fournisseurs, se trouvera désormais la Russie, l’Iran et le Qatar, avec 50% des réserves mondiales de gaz naturel, et ces trois États vont pouvoir organiser les gazoducs en passant par la Syrie et la Turquie. Le revirement de la Turquie et du Qatar place l’Europe en situation de grande dépendance énergétique. Nos gouvernements, prisonniers de l'OTAN, sont des marionnettes des US, et on voit le résultat.

    La Russie parviendra-t-elle à convaincre aussi l’Arabie Saoudite de venir à Astana ? L’Arabie Saoudite est au plus mal, lâchée par l’inconsistant Obama, lâchée aussi par la Turquie et le Qatar, embourbée au Yémen… Ce alors qu’un accord est certainement possible sur la base de la diplomatie russe : respect des États, et à chacun selon sa place et son influence. La présence de l’Arabie Saoudite à Astana assurerait la paix dans la région. L’Iran, le grand rival des Saoudiens, est rodé à l’hostilité US, alors que l’Arabie Saoudite se demande comment faire alors que la tutelle US s’est écroulée. Et sûr que Lavrov et Choïgou ont de plus quelques arguments convaincants…

    Les États-Unis et leur caniche français ? May be… Poutine a d’un revers de main retourné les puériles provocations du pré-retraité Obama, pour garder les mains libres alors qu’il va devoir gérer quatre ans avec Trump.

    En attendant, on sait qui dirige, et sur quelles bases.

    syrie,russie,otan,qatar,arabie saoudite

  • Alep : Juste une question au gouvernement français

    Je vais bien me garder d’une analyse de ce qui se passe à Alep, vu la difficulté à disposer d’informations fiables sur un tel théâtre de guerre, où la désinformation est une arme.

    Ceci dit. Tous les jours, on nous parle d’une ville assiégée par les troupes du régime. Or, les trois quarts de la ville sont restés loyaux au régime et l’armée nationale conduit les opérations militaires contre la zone contrôlée par des rebelles, soit l’Est de la ville, et les voies de communication pour les troupes, les armes et le ravitaillement. Donc ce n'est pas la ville qui est assiégée par l'armée, mais la zone passée sous le contrôle armée des rebelles. Avec cette donnée de fait, je n’ouvre aucun débat mais je cadre ma question.

    La France s’est déclarée « en guerre contre le terrorisme », ce qui suppose d’identifier avec précision les terroristes, et on a pu voir ces derniers mois qu’il n’était pas besoin d’être un soldat enrôlé pour être gratifié de la qualification. À tort ou à raison, nous en reparlerons, mais j’en viens à Alep.

    La-bas, le gouvernement français s’affiche pour obtenir le départ d’el-Assad, et il soutient donc l’action des rebelles, qu’il souhaite voir accéder au pouvoir et qui pour le moment maintiennent une résistance armée à Alep, avec l’ « Armée Syrienne Libre ».

    Or, toutes les informations qui circulent nous expliquent que cette Armée Syrienne libre est en recul, épuisée, et que les véritables fers de lance de la bataille armée sont le groupe Ahrar Al-Sham et le Front Fatah Al-Sham.

    Alors, qui dans cette terrible bataille d’Alep ?  

    D’un côté, l’armée nationale. Vous n’aimez pas le  chef de l’Etat, oki, mais les combattants, c’est l’armée régulière, et le gouvernement a appelé à la rescousse les Russes et les Iraniens, dans le cadre des accords de coopération militaire.

    De l’autre ?

    D’abord Ahrar Al-Sham, qui est un puissant groupe salafiste syrien, dopé par les Saoudiens, qui dépense beaucoup d’argent pour tenter de vendre ses mérites dans l’opinion.

    Ensuite, le Front Fatah Al-Sham, le nouveau nom que le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida s’est donné fin juillet. Je rappelle que le Front Al-Nosra avait approuvé les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Le changement d’appellation, c’est une petite ruse faite en accord avec les dirigeants d'Al-Qaida, parce que le groupe a vu qu’il allait devenir leader du fait de l’affaiblissement de l’Armée syrienne libre, et a voulu faire croire aux idiots qu’il n’avait plus de liens avec Al Qaïda.

    En résumé, d’un côté l’armée régulière, de l’autre un groupe armé salafiste et une filiale d’Al Qaïda.

    Ma question est donc la suivante : dans la mesure où il faut savoir nommer les terroristes, comment le gouvernement français qualifie-t-il le groupe Ahrar Al-Sham et le Front Fatah Al-Sham, qui combattent l’armée régulière syrienne ?

    Bref, à Alep, le terroriste, c’est Al-Qaida ou El-Assad ? Vu qu’on est en « guerre contre le terrorisme », il faudrait savoir.

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