Avertir le modérateur

armée

  • Politique étrangère : 219 soldats morts depuis 2000, on en parle ?

    Petite info dénichée sur Le Monde (Occidental) : 219 soldats français sont morts à l’étranger depuis 2000.

    Vu de loin, on peut se dire « pourquoi pas ? ». Le soldat qui s’engage sait qu’il expose sa vie. Mais on ne peut en rester là, car il faut aussi poser la question « pourquoi ? ».

    En Afghanistan, 90 soldats ont péri en dix ans. Pourquoi ? Pour quel résultat ?

    35 sont morts en ex-Yougoslavie, pendant l’opération Trident : Pourquoi ? Pour quel résultat ?

    27 sont morts en Côte d’Ivoire, pendant l’opération Licorne. Pourquoi ? Pour quel résultat ?

    Les autres lieux de la mort pour notre armée ? Le Gabon, l’Egypte, le Mali…. Pourquoi ? Pour quel résultat ? Pourquoi 17 morts au Mali ? Pour qui ?

    Parmi les 219 décès recensés du 1er janvier 2000 au 13 avril 2016 par le ministère de la défense, 175 portent la mention « morts pour la France ». Quelle France ? Avec quelles consignes ? Et qui défend quoi ? Qui défend pour qui ? Au nom de quoi et pourquoi sont morts les 90 soldats morts en Afghanistan ? Quels intérêts la France a-t-elle défendus en Afghanistan ? Est-ce que cela valait 90 morts ?

    morts-pour-la-France2.jpg

    La grande tradition des vies sacrifiées

  • Opérations militaires françaises : Seulement vingt avions opérationnels....

    Les avions de l’armée française larguent des bombes, mais hier, c’est le général d'armée aérienne, André Lanata, chef d'état-major de l'armée de l'air, qui a largué la sienne, et si le pays avait encore une petite idée de ce qu’est l’Etat, cette bombe aurait fait trembler le monde politique : l’armée de l’air, c’est vingt avions à ennoyer au feu, rien de plus !

    mythe_realite_425.jpg

    Notre ami mirliton était interrogé sur les missions aériennes actuellement effectuées en Libye, et il explique qu’il s’agit juste de quelques vols de reconnaissance. Rien qui ressemble à la guerre, et pour une bonne raison : l’armée ne pourrait pas assumer !

    Les opérations en cours engagent vingt avions de combat pour les opérations extérieures (OPEX), soit Barkhane au Sahel, avec comme base « projetée » N'Djaména au Tchad et Niamey au Niger, et Chammal, pour l’Irak et la Syrie, avec comme bases al-Dhafra, aux Émirats arabes unis, et Amman, en Jordanie. Au total 20 appareils,… soit 11 % du total de 180, répartis en 9 escadrons de combat.

    Un avion qui décolle pour combattre les « terroristes », c’est une belle image qui tourne en boucle sur nos excellentes télés, mais c’est chaque fois toute une industrie, et franchement ce que nous raconte Lanata n’est pas réjouissant.

    Premier problème, la flotte opérationnelle est très hétérogène, avec deux modèles de base – Mirage 2000 et Rafale – déclinés par une quantité de versions différentes. Pour les Mirage, on compte quatre versions, qui sont toutes équipées de façon différente. Aussi, il faut mobiliser autant d’équipes de techniciens ultra-qualifiés pour être à point… Je le note : nous sommes incapables de mobiliser vingt appareils du même type, avec une seule équipe technique...

    Le plus invraisemblable est à venir. Les pilotes ont le droit de voler 180 heures par an et ils volent 45 heures par mois quand ils sont en opération. Donc en trois mois, ils ont flingués leur crédit. Et il faut donc en faire venir d’autres… et chaque fois reprendre toute la mise au point…

    Et pour le reste, tout le monde est bien occupé. Sur les neuf escadrons, deux sont chargés de l'alerte nucléaire, deux de l'alerte aérienne, deux autres sont engagés dans le soutien aux exportations, et pour les autres, c’est l’entraînement, l'entretien, et les réparations.

    Donc vingt avions disponibles et rien de plus… Lanata confirme ce que disait son prédécesseur, expliquant que depuis 2008, l’armée de l’air a perdu 25 % de ses effectifs (18 400 emplois supprimés), 40 % de ses emprises et 40 % de ses avions de chasse,

    Alors, et quid de Hollande qui rêve d’un sursaut de popularité en lançant l’aviation sur la Libye ? « S’il s’agit de se concentrer sur un effet coup de poing pendant six mois, on le fera. Mais après cela, on s’arrêtera, comme a dû le faire l’armée britannique après l’Irak, et on mettra plusieurs années à s’en remettre ».

    Poutine sait tout cela bien mieux que nous, alors on comprend sa considération pour les discours de guerre de Hollande…

    la-grenouille-qui-veut-se-faire-aussi-grosse-que-le-boeuf.jpg

  • L’Arabie Saoudite retire son financement (3 milliards $) du contrat d’armement du Liban par la France

    En septembre 2014, l’annonce était belle : « L’Arabie saoudite et la France ont signé ce mardi à Ryad un contrat de livraison d'armes françaises pour le Liban, menacé par la poussée jihadiste, grâce à un don saoudien de trois milliards de dollars ». Le futur président du Conseil constitutionnel plastronnait : « Cet accord illustre la qualité exceptionnelle de la relation franco-saoudienne ». Le futur président de la région Bretagne soulignait l’enjeu militaire : « C'est une nécessité. Les forces armées libanaises constituent le dernier rempart de sécurité face à la menace qui pèse sur ce pays : en sus des divisions confessionnelles qui traversent ce pays en raison de l'afflux de réfugiés, le danger est celui de Daesh ». Très bien. Sauf que…

    Liban-l-arm-e-se-modernise-aux-frais-l-Arabie-Saoudite_0.png

    Les évènements militaires sont toujours aussi pressants, mais grand retournement ce 19 février : l’Arabie saoudite a annoncé avoir rompu son aide de trois milliards de dollars à l’armée libanaise. Les livraisons d’armement tombent à l’eau : une décision de première importance.

    L’armée libanaise, du jour au lendemain, doit renoncer à ces livraisons de haut niveau, qui touchaient tous les secteurs de son équipement. Depuis septembre 2014, la France n'a livré que 48 missiles antichar Milan, prélevés sur de vieux stocks de l'armée. Alors que l’armée et les forces de sécurité sont en action, cette décision sonne comme un abandon.

    La décision saoudienne est solide. Dans la mise sous tension qui a suivi l’exécution du dignitaire religieux chiite Nimr el-Nimr, Gebran Bassil le 2 janvier, Ryad estime que Beyrouth n’a pas joué le jeu. Le gouvernement avait affirmé que le Liban « prenait ses distances avec cette crise afin de préserver sa stabilité nationale ». Depuis, les Saoudiens n’avaient cessé de manifester leur mécontentement sur ce choix politique des Libanais. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a été cash : « Êtes-vous avec nous ou contre nous ? Vous ne pouvez être à la fois avec et contre nous. »

    Samedi, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a exprimé son soutien à la décision saoudienne par son secrétaire général, Abdel Latif al-Zayani : « Le CCG appuie la décision de l'Arabie saoudite, prise à la suite de la position officielle du Liban qui est sortie du consensus arabe et qui s'inscrit en contradiction avec les relations entre les Libanais et les pays du Golfe ».

    Le leader druze Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste, Saad Hariri, chef du Courant du Futur, et Samir Geagea, leader des Forces libanaises qui ont tous deux demandé au gouvernement libanais d'agir après la décision de Riyad, accusant le Hezbollah et le Courant patriotique libre d'être « responsables de ce qui s'est passé ». Le gouvernement a demandé à Ryad de revoir sa position… Le Hezbollah, lui, s'estime conforté dans ses analyses sur l’impasse qu’est le soutien saoudien pour l’indépendance du Liban. Pour le Hezbollah, l’annulation de l’aide saoudienne trahit « les mensonges de l'Arabie saoudite qui affirme vouloir soutenir l'armée libanaise et prouve qu'elle soutient en réalité le terrorisme ». À prévoir au minimum, de nouvelles périodes de tensions internes, de nature à retarder encore l’organisation de la présidentielle.

    Côté français, cette décision saoudienne est une sale affaire. C’est un lot de 31 contrats concernant la plupart d’entreprises d’armement qui est remis en cause. Hier le discours officiel était que le contrat d'armement « continuera d'être exécuté selon le calendrier prévu, indépendamment de la destination finale des armes produites ». Je ne connais pas ces contrats, mais il serait tout de même surprenant que ces équipements, qui correspondaient précisément besoin de l’armée libanaise, puissent en toute simplicité se trouver livrés aux militaires saoudiens, qui n’en ont pas besoin. Aussi, à prévoir quelques discussions serrées sur le retournement de la politique française vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie.

    6800278.jpg

    Un stratège 

  • Bientôt la CGT des mirlitons

    Les militaires interdits de toute forme de syndicalisme ? Nouvelle condamnation de la France par la CEDH (CEDH, 2 octobre 2014, Matelly c. France, no 10609/10)avec deux magnifiques bonnets d’âne : le premier pour notre splendide ministre socialiste de la Défense, qui découvre que le syndicalisme est une liberté fondamentale, et l’autre pour notre génial Conseil d’Etat, qui se vautre XXL sous les applaudissements du public. Il faut en effet préciser que les magistrats du Conseil d’Etat qui refusaient la liberté syndicale pour les miliaires, se l’étaient accordés pour eux. Hahaha…

    cgt-boulanger-affiche

    Que di(sai)t le Code de la Défense ?

    L’exercice des droits civils et politiques par nos joyeux mirlitons est régi par les articles L. 4121-1 et suivants du Code de la Défense, dont l’article L. 4121-4, explosé en plein vol par la CEDH :

    « L’exercice du droit de grève est incompatible avec l’état militaire.

    « L’existence de groupements professionnels militaires à caractère syndical ainsi que l’adhésion des militaires en activité de service à des groupements professionnels sont incompatibles avec les règles de la discipline militaire.

    « Il appartient au chef, à tous les échelons, de veiller aux intérêts de ses subordonnés et de rendre compte, par la voie hiérarchique, de tout problème de caractère général qui parviendrait à sa connaissance. »

    Que disait le Conseil d’Etat ?

    Notre excellent (et facétieux) Conseil d’Etat a parfaitement jugé qu’un groupement qui « a notamment pour objet la défense des intérêts matériels et moraux des militaires constitue un groupement professionnel » auquel les militaires ne peuvent adhérer (CE, Remy, 26 septembre 2007, no 263747). En pleine forme, le superbe Conseil d’État en a ajouté une couche un an plus tard : « Les dispositions de l’article L. 4121-4 du code de la Défense, qui ne font en rien obstacle à ce que les militaires adhèrent à d’autres groupements que ceux qui ont pour objet la défense de leurs intérêts professionnels, constituent des restrictions légitimes au sens de ces stipulations de l’article 11 de la Convention EDH(CE, Association de défense des droits des militaires, 11 décembre 2008, nos 306962, 307403 et 307405).

    Et là, on retrouve le petit exercice que je décrivais l’autre jour : le droit fondamental fait tomber les dispositions bâtardes du droit interne.

    Affiche_syndicalisation

    Que dit le droit européen ?

    En l’occurrence, la CEDH n’a pas puisé dans la poésie, mais dans de belles références de droit européen, et notamment la Charte sociale européenne, article 5 :

    « En vue de garantir ou de promouvoir la liberté pour les travailleurs et les employeurs de constituer des organisations locales, nationales ou internationales, pour la protection de leurs intérêts économiques et sociaux et d’adhérer à ces organisations, les Parties contractantes s’engagent à ce que la législation nationale ne porte pas atteinte, ni ne soit appliquée de manière à porter atteinte à cette liberté. La mesure dans laquelle les garanties prévues au présent article s’appliqueront à la police sera déterminée par la législation ou la réglementation nationale. Le principe de l’application de ces garanties aux membres des forces armées et la mesure dans laquelle elles s’appliqueraient à cette catégorie de personnes sont également déterminés par la législation ou la réglementation nationale. »

    Dans sa recommandation CM/Rec(2010)4 du 24 février 2010, le Comité des Ministres a considéré (§ 54) que « les membres des forces armées devraient bénéficier du droit d’adhérer à des instances indépendantes défendant leurs intérêts et du droit syndical et de négociation collective. Lorsque ces droits ne sont pas accordés, la validité de la justification donnée devrait être réexaminée, et les restrictions inutiles et disproportionnées au droit à la liberté de réunion et d’association devraient être levées ».

    L’article 12 § 1 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en ajoute une couche : « Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association à tous les niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique, ce qui implique le droit de toute personne de fonder avec d’autres des syndicats et de s’y affilier pour la défense de ses intérêts. »

    Qu’a dit la CEDH ?

    D’abord, un rappel : l’article 11 § 1 présente la liberté syndicale comme une forme ou un aspect spécial de la liberté d’association. Les termes « pour la défense de ses intérêts » qui figurent à cet article ne sont pas redondants et la Convention protège la liberté de défendre les intérêts professionnels des adhérents d’un syndicat par l’action collective de celui-ci, action dont les États contractants doivent à la fois autoriser et rendre possibles la conduite et le développement. Il doit donc être loisible à un syndicat d’intervenir pour la défense des intérêts de ses membres et les adhérents individuels ont droit à ce que leur syndicat soit entendu en vue de la défense de leurs intérêts (CEDH, Syndicat national de la police belge, 27 octobre 1975, §§ 38-40 ; CEDH, Syndicat suédois des conducteurs de locomotives c. Suède, 6 février 1976, §§ 39-41 ; CEDH, Wilson, National Union of Journalists et autres c. Royaume-Uni, nos 30668/96, 30671/96 et 30678/96, § 42).

    Le paragraphe 2 n’exclut aucune catégorie professionnelle de la portée de l’article 11 : il cite expressément les forces armées et la police parmi celles qui peuvent, tout au plus, se voir imposer par les États des « restrictions légitimes », sans pour autant que le droit à la liberté syndicale de leurs membres ne soit remis en cause (CEDH, Syndicat national de la police belge, précité, § 40, CEDH, Tüm Haber Sen et Çınar, no 28602/95, §§ 28 et 29 ; CEDH, Wille [GC], no28396/95, § 41 ; CEDH, Demir et Baykara [GC], no 34503/97, § 107 ; CEDH, Sindicatul “Păstorul cel Bun” [GC], no 2330/09, § 145)

    Les restrictions pouvant être imposées aux groupes de personnes cités par l’article 11 appellent une interprétation stricte et doivent dès lors se limiter à l’« exercice » des droits en question. Elles ne doivent pas porter atteinte à l’essence même du droit de s’organiser (CEDH, Demir et Baykara, précité, §§ 97 et 119).

    Partant, la Cour n’accepte pas les restrictions qui affectent les éléments essentiels de la liberté syndicale sans lesquels le contenu de cette liberté serait vidé de sa substance. Le droit de former un syndicat et de s’y affilier fait partie de ces éléments essentiels (CEDH, Demir et Baykara, précité, §§ 144-145).

    Pour être compatible avec le paragraphe 2 de l’article 11, l’ingérence dans l’exercice de la liberté syndicale doit être « prévue par la loi », inspirée par un ou plusieurs buts légitimes et « nécessaire, dans une société démocratique », à la poursuite de ce ou ces buts (voir, entre autres, Demir et Baykara, précité, § 117, et Sindicatul “Păstorul cel Bun”, précité, § 150). Pour la Cour, la mise en place d’instances de concertation interne ne saurait se substituer à la reconnaissance au profit des militaires d’une liberté d’association, laquelle comprend le droit de fonder des syndicats et de s’y affilier.

    La Cour est consciente de ce que la spécificité des missions incombant aux forces armées exige une adaptation de l’activité syndicale qui, par son objet, peut révéler l’existence de points de vue critiques sur certaines décisions affectant la situation morale et matérielle des militaires. Elle souligne à ce titre qu’il résulte de l’article 11 de la Convention que des restrictions, mêmes significatives, peuvent être apportées dans ce cadre aux modes d’action et d’expression d’une association professionnelle et des militaires qui y adhèrent. De telles restrictions ne doivent cependant pas priver les militaires et leurs syndicats du droit général d’association pour la défense de leurs intérêts professionnels et moraux.

    Si la liberté d’association des militaires peut faire l’objet de restrictions légitimes, l’interdiction pure et simple de constituer un syndicat ou d’y adhérer porte à l’essence même de cette liberté, une atteinte prohibée par la Convention.

    La loi va donc devoir changer, abandonner l’interdiction absolue, et trouver des solutions proportionnées aux missions des troupes. Pour les gendarmes, passés sous commandement du ministère de l’Intérieur, ce sera la vraie liberté syndicale.

    Prochaine étape, le « mur des cons » dans le local syndical de la gendarmerie… Il sera sage de prévoir un grand mur…

     

    dafanch06_n202056n00001_2

  • Le scandale de la non-réhabilitation des fusillés pour l’exemple

    C’est le genre de truc qui me dépasse : l’impossibilité, cent ans plus tard, de dire que l’armée s’est plantée et a fusillé des innocents. Des discours, oui, mais des faits, rien.

    Le dossier est archi-connu, l’injustice criante, mais on ne touche pas à l’armée. Allez-vous faire voir, espèces de coincés du kaki…

    0005

    Pendant la fin de l’année 1914 et au cours de l’année 1915, l’armée française, dirigée par une palanquée de généraux cornichons, ployait sous l’avancée allemande, et le gouvernement avait dû se replier à Bordeaux. A un poil de la débâcle. Le gouvernement faisait dans son froc, et le commandement militaire, dans le cadre de l’état de siège, agissait comme bon lui semblait.

    Pour les soldats, l’épreuve était terrible, sauvage, et quelques uns ont craqué, comme quand la force vous abandonne. Les motifs qui ressortent de ces dossiers pourris ? Refus d’obéissance, abandon de poste, révolte, voie de fait sur supérieur, désertion à l’ennemi… Mais dire cela, c’est déjà insulter la mémoire de ces morts, car on ne sait rien des griefs. Les procédures relevaient de conseils de guerre, qui n’avaient ni règle, ni procédure. Le Code de justice militaire avait institué un tribunal mafieux.

    Le but était de créer la terreur dans les rangs de la troupe, et Adolphe Messimy, le ministre de la guerre, avait lâché les chiens par courrier du 20 août 1914 : « Il vous appartient de prendre des mesures et de faire des exemples ».

    Au cours de la guerre, ces bandits ont prononcé 741 condamnations à mort par fusillade, dont 618 pour manquements à la discipline militaire.

    Les mirlitons-tueurs avaient aménagé la procédure pour la rendre expéditive. Par un décret du 10 août 1914, avait été supprimés les recours en révision, et par un autre du 1er septembre 1914 le recours en grâce devant le Président de la République. Le décret du 6 septembre 1914 avait instauré les « conseils de guerre spéciaux » composés de trois officiers, jugeant sans instruction, sans recours et en excluant la prise en compte de circonstances atténuantes. Les droits de la défense étaient réduits à néant et, en l’absence de voie de recours, l’exécution était faite dans les vingt-quatre heures, la fusillade étant confiée à la troupe, qui devait ensuite défiler devant le cadavre ensanglanté. Vive l’armée !

    Cette phase de répression a été tellement criminelle qu’a été ensuite adoptée la loi du 27 avril 1916, rétablissant un semblant de procédure.

    fusilles

    Dans l’immédiat après-guerre, le débat n’a pas porté, comme écrasé par le poids du terrible bilan : 1 350 000 morts en France. Et puis il ne fallait pas accabler notre gentil commandement.

    Le 9 mars 1932, a été péniblement votée une loi créant une Cour spéciale de justice militaire, ayant vocation à réexaminer tous les jugements rendus par les conseils de guerre, et qui ne retiendra qu’une quarantaine de dossiers.

    Depuis trente ans, les livres et les films se succèdent pour dénoncer cet arbitraire absolu, et les politiques ont fait de beaux discours.

    Jospin, premier ministre, le 5 novembre 1998 :

    « Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance, glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond, refusèrent d’être des sacrifiés. Que ces soldats, « fusillés pour l’exemple, au nom d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats, réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale. »

    Sarkozy, président de la République, le 11 novembre 2008 :

    « Je veux dire au nom de notre Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches, mais que simplement ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Souvenons-nous qu’ils étaient des hommes comme nous, avec leurs forces et avec leurs faiblesses. Souvenons-nous qu’ils furent aussi les victimes d’une fatalité qui dévora tant d’hommes qui n’étaient pas préparés à une telle épreuve. »

    Hollande, locataire de l’Elysée, le 7 novembre 2013, évoquant « ceux qui furent vaincus non par l’ennemi, mais par l’angoisse, par l’épuisement né des conditions extrêmes qui leur étaient imposées. Certains furent condamnés de façon arbitraire et passés par les armes ».

    Donc, avec ce beau consensus, tout a été réglé ? Rien du tout : il vaut mieux l’arbitraire que froisser notre belle armée.

    image du film fusillés pour l'exemple de Alain Moreau

    Aussi, dégage l’idée de réhabilitation, contre deux hochets : une salle dédiée au Musée de l’Armée aux Invalides, et la mise en ligne sur le site « Mémoire des Hommes » des dossiers des conseils de guerre. Du foutage de gueule en bonne et due forme.

    Pour refuser, les arguments sont totalement bidon.

    La réhabilitation (Code pénal, art. 133-16) efface les incapacités et déchéances qui résultent d’une condamnation, et cette mesure n’a pas de sens pour une personne décédée. La demande réelle est donc celle de révision du procès, et l’argument pour s’y opposer est génial : comme les dossiers sont vides, sans preuve, on risque de faire des erreurs judiciaires en innocentant des coupables. Vraiment, on se moque du monde : si le dossier est vide, la personne est innocentée. Point.

    Un pur prétexte, car c’est une ruse pour renvoyer vers la solution alternative, la réhabilitation législative, qui est générale. Et cela devient aussitôt impossible car parmi les fusillés, il y a eu de vrais espions, 56 cas d’espionnage déclarés, et la loi générale va leur profiter… quelle horreur. Ce qui est un argument débile, car la peine de mort sans procès, sur un dossier vide, par un trio d’officiers, et par fusillade, est une violation du droit existant (Déclaration des droits de l’homme, articles 7, 8 et 9) qui ne devrait avoir aucun effet.

    C’est donc nul. Mais il y a plus mesquin encore.

    En l’absence de disposition législative contraire, l’inscription des noms des soldats fusillés sur les monuments aux morts est possible. Voilà donc la solution trouvée… Mais il n’est pas possible de mentionner « mort pour la France », et il faut donc porter ces noms à l’écart.

    Tout ceci est absolument lamentable, de A à Z.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu