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  • La fausse accusation de Trump à Obama ? par Manlio Dinucci

    Le gentil Obama critiqué par le méchant Trump parce qu’il aurait financé l’effort militaire US sans assez de contreparties pour les US… Pas du tout, répond le New York Times, le porte-parole d’Obama, on les a mis à genoux, et ça nous rapporte un max. Merci Manlio…

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    La fausse accusation de Trump à Obama ?

    par Manlio Dinucci

    Face à l’accusation du président nouvel élu Trump contre l’administration Obama, parce qu’elle n’aurait à peu près rien obtenu des alliés en échange de la « défense » que les États-Unis leur assurent, le New York Times est descendu dans l’arène. Il a publié le 16 janvier une documentation, fondée sur des données officielles, pour démontrer ce qu’a fait l’administration Obama pour « défendre les intérêts des USA à l’étranger ».

    Ont été conclus avec plus de 30 pays des traités qui « contribuent à apporter de la stabilité dans les régions économiquement et politiquement les plus importantes pour les Etats-Unis ». A cet effet les USA ont déployé en permanence outremer plus de 210 000 militaires.

    En Europe, ils maintiennent environ 80 000 militaires, plus la Sixième Flotte basée en Italie, pour « défendre les alliés Otan » et comme «dissuasion contre la Russie ». En échange, ils ont obtenu l’engagement des alliés Otan de « défendre les États-Unis » et la possibilité de garder leurs propres bases militaires proches de Russie, Moyen-Orient et Afrique, dont le coût est assumé pour 34% par les alliés. Ce qui permet aux USA d’avoir l’Ue comme plus grand partenaire commercial.

    Au Moyen-Orient, les États-Unis maintiennent 28 000 militaires dans les monarchies du Golfe, plus la Cinquième Flotte basée à Bahrein, pour « défendre le libre flux de pétrole et gaz et, en même temps, les alliés contre l’Iran ». En échange ils ont obtenu l’accès à 34% des exportations mondiales de pétrole et à 16% de celles de gaz naturel, et la possibilité de maintenir leurs propres bases militaires contre l’Iran, dont le coût est assumé pour 60% par les monarchies du Golfe.

    En Asie orientale, les États-Unis maintiennent plus de 28 000 militaires en Corée du Sud et 45 000 au Japon, plus la Septième Flotte basée à Yokosuka, pour « contrecarrer l’influence de la Chine et soutenir les alliés contre la Corée du Nord ». En échange ils ont obtenu la possibilité de maintenir leurs propres « bases militaires près de la Chine et de la Corée du Nord », dont le coût est assumé par les alliés dans la proportion de 40% en Corée du Sud et de 75% au Japon. Cela permet aux USA d’avoir le Japon et la Corée du Sud comme importants partenaires commerciaux.

    En Asie du Sud-Est, les États-Unis maintiennent un nombre variable de militaires, de l’ordre de plusieurs milliers, pour soutenir la Thaïlande et les Philippines avec l’Australie dans le Pacifique. C’est dans ce cadre qu’entrent « les exercices militaires pour la liberté de navigation en Mer de Chine Méridionale », où passe 30% du commerce maritime mondial. En échange les États-Unis ont obtenu la possibilité de « protéger » un commerce maritime d’une valeur de plus de 5 000 milliards de dollars annuels. En même temps ils ont obtenu « une région plus amie des États-Unis et plus en mesure de s’unir contre la Chine ». On oublie dans cette liste le fait que le Pentagone, pendant l’administration Obama, a commencé à déployer contre la Chine, à bord de navires de guerre, le système Aegis analogue à celui déjà déployé en Europe contre la Russie ; système en capacité de lancer non seulement des missiles anti-missiles, mais aussi des missiles de croisière armables de têtes nucléaires.

    Elle est donc infondée, la critique de Trump à Obama, lequel a démontré dans les faits ce qu’il affirme dans son dernier message sur l’État de l’Union : « L’Amérique est la plus forte nation sur la Terre. Nous dépensons pour le militaire plus que ne dépensent ensemble les huit nations suivantes. Nos troupes constituent la meilleure force combattante dans l’histoire du monde ».

    Voilà quel est l’héritage laissé par le président « bon ». Que fera maintenant le « méchant » ?

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  • Thalys : Terrorisme ou truanderie ? Rien ne colle…

    Quarante-huit heures de garde-à-vue et toujours pas de communication du Parquet… L’affaire ne doit être pas si évidente que ça, et les « experts » en terrorisme étaient hier soir en retrait... Pour savoir, il faudra attendre, mais ça n’empêche pas d’essayer de réfléchir, et de poser des questions.

    Ce dimanche soir, nous avons les fuites concordantes sur le déroulement des faits, et l’interview de mon excellente consœur qui assisté Ayoub El-Khazzani lors de la première audition à Arras. Depuis samedi matin, l’agresseur est entendu par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), et la garde-à-vue peut durer jusqu’à mardi soir.

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    Qu’est-ce que l’on sait ?

    Les faits ont eu lieu à bord du Thalys 9364, parti à 15h17 d'Amsterdam pour arriver à 18h35 à Paris, avec une étape à Bruxelles à 17h13.

    Vers 18 heures, alors qu’on vient d’entrer sur le territoire français, à Oignies (Pas-de-Calais), un voyageur, un Français, attend son tour devant les toilettes de la voiture 12, occupées, sur le palier entre les voitures 11 et la 12. La porte s’ouvre, et apparait Ayoub El Khazzani, 25 ans, torse nu, avec un fusil d’assaut kalachnikov en bandoulière et un pistolet automatique Luger. Il s’y était enfermé une dizaine de minutes pour se préparer et charger les armes. On découvrira ensuite qu’il avait sur lui 8 chargeurs pour la kalachnikov, soit environ 300 balles, et un cutter.

    Le voyageur français, se trouvant en tête-à-tête, ne se démonte pas et tente de le prendre au corps, mais il est jeté au sol.

    Un contrôleur, qui pensait assister à une bagarre, s’approche : « J’ai été projeté contre une porte. Je me suis retrouvé avec l’individu, il m’a mis au sol, m’a pointé avec le revolver ». Puis le type se barre vers la voiture 12.

    Le contrôleur tire le signal d’alarme, et avise le conducteur.

    Ayoub El Khazzani arrive dans la voiture 12, et aussitôt tire un premier coup de feu, qui blesse grièvement un voyageur de 51 ans, au dos : la balle perfore un poumon. Il tire un second coup de feu, qui frôle de la tête d'une passagère. Il ne s’approche pas des autres voyageurs, ne demande rien.

    L’assaillant quitte les lieux. Il se poste alors entre les wagons 12 et 13, et tente de manipuler la kalachnikov, qui s’enraille.

    Il revient alors dans la voiture 12, mais après son premier passage, deux militaires étasuniens, Spencer Stone et Alek Skarlatos, ainsi qu’un ami Anthony Sadler, ont compris ce qui se passait : « Au début, personne n'a réagi, parce que personne n'a compris que c'était un coup de feu », explique Spencer Stone. Tout trois lui sautent dessus pour le maîtriser, aidés d’un britannique, Chris Norman. Dans le corps à corps, Spencer Stone est blessé au niveau du cou et du pouce à coups de cutter.

    Ayoub El Khazzani est maîtrisé et plaqué au sol.

    Spencer Stone file aider le passager qui avait été touché au dos et au poumon. « J'ai vu qu'il saignait beaucoup, j'ai compris qu'une artère était touchée, alors j'ai fait pression avec ma main pour arrêter l'hémorragie ».

    Bravo à eux.

    Le contexte

    Sur ce plan, il faut être prudent car les infos restent très lacunaires. Ayoub El-Khazzani aurait vécu en Espagne, de 2007 au début de 2014, de petits boulots et de trafics. Il s’était fait repérer à Algésiras, en Andalousie, pour des propos radicaux, et les services espagnols en 2014 avaient adressé un signalement à la France, où il comptait se rendre. Il a alors fait l’objet d’une fiche « S », comme sûreté de l'État, mais rien de plus. En France, 5 000 personnes sont fichées S, pour des motifs très divers. Lors d'un contrôle policier ou douanier, l'information du déplacement remonte à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Lui aurait été très itinérant : Belgique, Allemagne, Autriche, France, Andorre... On a parlé aussi de Turquie et de Syrie, mais rien de précis. Vendredi, les services ont commencé à donner des indications contradictoires, et depuis, c'est silence radio…

    Ma consœur Sophie David a donné une interview à BFM. Je rappelle qu'à ce stade de la procédure, un avocat n'a pas accès au dossier. En revanche, elle a eu un entretien confidentiel avec la personne, et a assisté à un interrogatoire de deux heures trente, qui a été le premier, et a donc porté sur les éléments généraux; Elle décrit son client comme un SDF « squelettique », « peu instruit » et « paumé ». Il n’a « rien fait transparaître d’un discours extrémiste », niant « toute activité cultuelle » et « tout projet terroriste ». Son but était de racketter les passagers, puis de sauter du train. Quant aux armes, il les aurait trouvées dans le parc où il dort, vers la gare de Bruxelles. 

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    Alors, quel scénario ?

    Un jour, on saura, mais pour le moment, des deux scénarios proposés – terrorisme ou truanderie – aucun n’est crédible.

    Terrorisme…

    La première option est le terroriste voulant faire un massacre, avec les 300 balles de la kalachnikov.

    La fiche S donne un petit début de crédibilité, mais franchement, rien ne colle.

    La notion d’un SDF, paumé, sans connexions actuelles, ni argent parait s’imposer. Nous n'avons entendu parler ni de perquisition, ni de fouille le montrant possesseur d'argent. C'est tout d'un type à la rue... On ne voit rien qui légitime l’amorce d’une revendication politique, ni pendant les faits, ni après. Et puis un type plus qu’amateur, a priori assommé par les médocs, les analyses sanguines nous dirons.

    Alors, loup solitaire ? Oui, c’est l’hypothèse dominante. Il était seul sur place, et il y a peu de chances que l’enquête mette à jour un réseau… A priori, pas d’ordi, pas de carte bancaire… Ça ne va pas être simple, et bon courage aux flics qui vont aller interroger les SDF de Bruxelles pour en savoir plus…

    Il est porteur d'un téléphone portable, qui aurait été activé la veille des faits. Aussitôt, on parle de professionnalisme... Nous verrons, mais n'importe quel voyou sait que le portable est un mouchard, et s'en méfie. Certains ouvrent même des lignes sous de fausses identités... 

    Surtout, le déroulement des faits n’est pas en phase. Essayons de rester rationnels : comment expliquer son attitude si son but était de causer un massacre ? Le type sait qu’à partir du moment où il va tirer, l’alerte sera donnée, et le temps sera compté. Il est dans le train depuis une demi-heure, et il a eu le temps de repérer les lieux. Or, quand il sort des toilettes, la kalachnikov est en bandoulière, et c’est le pistolet qu’il a la main.

    Les soldats témoignent que l'agresseur, manifestement, n'avait pas d'expérience dans le maniement des armes. 

    Le premier passager et le contrôleur ont eu la peur de leur vie, mais l’agresseur n’a pas tiré. Quand il arrive dans la voiture 12, son attitude est incompréhensible. Il tire deux balles, en visant, ne dit rien, puis traverse le wagon pour se rendre sur le palier entre les voitures 12 et 13. Les voyageurs diront qu’à ce moment-là n’ont pas compris ce qui s’était passé, et c’est uniquement lors de son retour dans la voiture qu’ils ont réagi.  

    Heureusement pour les passagers, il n’y a finalement qu’un blessé, hors de danger. Mais, on est obligé de dire que s’il s’agissait effectivement d’un terroriste voulant faire un carnage, il serait sorti déterminé des toilettes avec la kalachnikov, et il aurait vidé ses huit chargeurs sur l’ensemble des passagers. Il y a suffisamment d’exemples à l’étranger montrant les méthodes des terroristes pour comprendre qu’ici, il s’est joué autre chose.

    Truanderie ?

    La seconde hypothèse, qu’il a fait expliquer par son avocate, ma consoeur Sophie David, du barreau d'Arras, est celle de la truanderie : il voulait racketter les occupants friqués de la première classe, et il n’a rien à voir avec le terrorisme, pas plus qu’il n’en veut à la vie des gens.

    Il parait acquis que c’est un paumé, et s'il a été fiché, il va être bien difficile de prouver qu’il a agi sur commande d'un réseau terroriste, qui s'en serait remis à ce type si incertain. 

    Les armes évidemment n’ont pas été trouvées dans une valise… Il les a acquises, ce qui ne semble pas trop compliqué dans les milieux marginaux à Bruxelles. La préméditation est évidente.

    Son projet était d’obtenir de l’argent sous la menace, de briser une vitre et de prendre la fuite,… mais rien que le scénario de la fuite rend cette thèse irréaliste.

    Enfin, pourquoi une kalachnikov et 300 balles si c’est juste pour menacer les gens ? Et pourquoi est-il entré dans la voiture 12 en tirant deux fois, pour traverser la voiture sans s’adresser à personne, alors qu’à ce moment-là, il n’était gêné par personne, et pouvait commencer son racket ?

    *  *  * 

    Alors, quelle vérité sortira de ces faits aujourd’hui incompréhensibles ?

    Juste une remarque pour conclure : dans une affaire grave comme cela, chacun peut constater, une fois de plus, que la loi sur le renseignement n’aurait été d’aucune efficacité.

  • Comment les forces de l’ordre utilisent-elles les grenades offensives ?

    L’autopsie concluait à une mort immédiate, suite à une explosion. Les premières conclusions de la police scientifique ont permis d’identifier des traces de TNT, principale composante des grenades offensives utilisées par les gendarmes. Il reste encore beaucoup à comprendre sur les causes mêmes de la mort, car il est peu compréhensible qu’une grenade offensive ait pu causer d’elle-même la large blessure découverte dans le dos de Remi Fresse.

    Le procureur, qui était lundi plus que prudent, a été hier mardi très net : « Ces résultats même partiels orientent l’enquête de façon significative puisque la mise en œuvre d’un explosif militaire de type grenade offensive semble acquise ».

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    On arrive donc aux « grenades offensives ».

    Lundi, on ne parlait que des grenades de désencerclement ou assourdissantes, composées de petites billes en plastique, qui explosent au moment de la fragmentation. Elles peuvent blesser, et l’ont déjà fait, mais – attendons que les spécialités des armes s’expriment – elles ne peuvent pas être la cause grande blessure au dos. Elles sont aujourd’hui écartées par le procureur.

    L’enquête s’oriente donc vers les « grenades offensives », d’abord car elles contiennent essentiellement du TNT. Ensuite, ces grenades dites offensives ne cherchent pas la violence de l’explosion, comme les grenades défensives, qui sont couvertes d’un matériel dur, qui vont péter en faisant des dégâts. La grenade offensive est couverte d’une enveloppe moins rigide, car c’est l’effet de souffle qui est recherché. Si l’explosion a lieu à distance, ça va. Mais si l’explosion a lieu à proximité du corps humain, cela peut blesser, et sévèrement. L’hypothèse redoutée, c’est la personne qui saisit la grenade rouant vers ses pieds, pour s’en saisir et la relancer. Si l’explosion a lieu à ce moment-là, le souffle peut arracher la main ou un membre.

    Est-ce que cet effet de souffle d’une grenade offensive explosant à proximité a pu causer la blessure au dos ? Le décès est-il dû à l’explosion de la grenade ou, secondairement, à une autre explosion causée par l’effet de souffle ? Les enquêteurs font fuiter l’idée d’un produit, genre aérosol, qui aurait pu être porté dans un sac à dos. Trois jours plus tard, il parait illusoire de retrouver ce sac. Il faut donc attendre d’autres examens médicaux de cette plaie, d’autres recherches de traces de produits…Autre hypothèse, la grenade se serait glissée entre le corps de la victime et son sac à dos, et aurait explosé ici. Mais l'autopsie serait alors parlante, par une telle explosion à même la peau laisserait des lésions caractéristiques. 

    Cela dit, Bernard Cazeneuve a accrédité l’implication d’une grenade explosive, en annonçant la suspension de l’utilisation des grenades offensives par les forces de l’ordre. Il reste donc les grenades lacrymogènes et celles de « désencerclement ».

    Quel cadre juridique ? 

    Selon les textes, il ne fait pas de doute que le recours à ces armes est licite lorsque les forces de l’ordre doivent disperser un attroupement qui trouble l’ordre public (Code pénal art. 431-3, et Code de la défense, art. L. 211-9). Les autorisations sont listées par le décret n° 2011-794 du 30 juin 2011 relatif à l’emploi de la force pour le maintien de l’ordre public. Ce texte établit la liste des catégories d’armements susceptibles d’être utilisées pour le maintien de l’ordre public : lanceurs de grenades de 56 mm et leurs munitions, les lanceurs de grenade de 40 mm et leurs munitions, les lanceurs de grenades et de balles de défense de 40 × 46 mm et leurs munitions, les lanceurs de balles de défense de 44 mm et leurs munitions, ainsi que le fusil à répétition de précision de calibre 7,62 × 51 mm et ses munitions, ce dernier étant censé être utilisé seulement à titre de riposte en cas d’ouverture du feu sur les représentants de la force publique.

    Oki pour la liste, mais quid des conditions d’utilisation ?

    Le ministre n’a pas pu suspendre le décret, qui est de la compétence du Premier ministre. Ce sont les modalités qui sont concernées. Mais quelles sont-elles ?

    Le cadre général de ce recours aux armes est défini par l’art.  R. 431-3 : « L’emploi de la force par les représentants de la force publique n’est possible que si les circonstances le rendent absolument nécessaire au maintien de l’ordre public. La force déployée doit être proportionnée au trouble à faire cesser et doit prendre fin lorsque celui-ci a cessé. » Et le recours aux armes ne peut avoir lieu que sur ordre exprès des autorités de commandement.

    Quelles modalités? 

    On imagine bien que les modalités d’usage de ces armes sont précisément définies… mais je dois confesser que je n’ai pas retrouvé le texte idoine s’agissant des grenades offensives. Merci à qui nous mettra sur la piste. De ce que je lis, elles sont lancées à la main, par des agents expérimentés, et en visant le sol, pour avoir leur plein effet. 

    En revanche, j’ai retrouvé un texte très récent, l’instruction du 2 septembre 2014 relative « à l’emploi du pistolet à impulsions électriques (PIE), des lanceurs de balles de défense (LBD) de calibre 40 et 44 mm et de la grenade à main de désencerclement (GMD) en dotation dans les services de la police nationale et les unités de la gendarmerie nationale ». Ca nous intéresse, et c’est pile notre sujet,… sauf que les grenades offensives ne sont pas mentionnées dans ce descriptif des « armes de force intermédiaire (AFI) ».

    Comme le mentionne l’introduction de ce texte :

    « La présente instruction définit les règles, les modalités et les recommandations d’emploi relatives au pistolet à impulsions électriques (PIE), aux lanceurs de balles de défense (LBD) et à la grenade à  main de désencerclement (GMD).

    « Son objectif est d’apporter aux policiers et aux militaires de la gendarmerie habilités et formés à l’emploi de ces armes, ainsi qu’à leur hiérarchie, une information claire et détaillée permettant une utilisation efficace en intervention dans des conditions optimales de sécurité.

    « Les annexes jointes détaillent le cadre légal et la doctrine d’emploi pour chacune de ces AFI »

    Faut-il en déduire que les grenades offensives ne sont pas « armes de force intermédiaire ». Donc de vraies armes, à utiliser contre des civils ?

  • La CEDH se prononce sur l’usage des armes par les gendarmes

     

    La France condamnée par la CEDH (Guerdner, 17 avril 2014, no 68780/10pour un usage disproportionné de l’arme par des gendarmes, contre un fuyard. Le gendarme avait été renvoyé en cour d’assises et acquitté : l’arrêt de la CEDH tombe aussi comme un désaveu. Les faits sont connus par la procédure avec assez de précision, ce qui aide à la compréhension. Par ailleurs, cet important arrêt de la CEDH est l’occasion de faire le point sur les conditions dans lesquelles les gendarmes peuvent recourir aux armes. A noter que pour se prononcer, la CEDH prend pour première référence un texte général de l’ONU.  

     

    1/ Les faits

     

    1394649236_1.pngL’interpellation

     

    En mai 2008, la brigade de recherches de Draguignan et la section de recherches de Marseille, donc des pandores de haut vol, enquêtent sur des faits de vol à main armée en bande organisée avec enlèvement et séquestration, donc des trucs pas très sympa, et qui impliquent notre ami Joseph Guerdner. Notre ami était embringué dans une affaire de vol, instruite depuis juillet 2006 par un juge d’instruction, qui l’avait placé sous contrôle judiciaire. A ce titre, Joseph Guerdner devait régulièrement venir pointer à la gendarmerie de Brignoles. Notre ami avait un casier noir comme un corbeau, et les pandores ont attendu le 22 mai, qu’il se rende pour le pointage à la gendarmerie pour l’interpeller. Une perquisition du véhicule de notre ami a permis de saisir un peu de sheet et un calibre 45.

     

    Les gendarmes décollent alors pour la brigade de Draguignan, la garde à vue commençant à 17 h 30. Redoutant une évasion, les gendarmes installent des menottes aux poignets, et une menotte au-dessus de la cheville droite, au niveau du tendon d’Achille, pour gêner la marche. Pendant les interrogatoires, cette menotte était reliée à un anneau fixé au mur du bureau.

     

    La mort du gardé-à-vue

     

    Le lendemain à 21 h 30, après la fin dernière audition, Joseph Guerdner demande à fumer une cigarette, comme cela avait déjà eu lieu, en se rendant dans un petit local, en présence d’un gendarme.

     

    Quelques minutes plus tard, la lumières s’éteint. Le gendarme se dirige à reculons vers l’interrupteur pour rallumer la minuterie, mais Joseph Guerdner profite de l’instant pour ouvrir une fenêtre et sauter à l’extérieur. Le gendarme tire à trois reprises en direction de Joseph Guerdner. Celui-ci chute, se relève, et poursuivit sa course. Le gendarme tire à nouveau alors que Joseph Guerdner saute par-dessus un grillage de deux mètres de haut, arrive dans le parc d’une école religieuse voisine, et escalade un arbre. Alertés par les coups de feu, les gendarmes de précipitent. à la poursuite de Joseph Guerdner. Ils entendent un bruit provenant d’un arbre, et le corps de Joseph Guerdner tombe sur le sol. Le décès est constaté à 22 h 50.

     

    2/ L’enquête

     

    2_red.jpgPremière déposition

     

    Avisé, le procureur de la République se transporte sur les lieux et à 23 h 24, il saisit les services de l’inspection technique de la Gendarmerie nationale… postés à Paris, pendant que les premières constatations sont faites.

     

    Le 24 mai 2008, à 0 H 15, le gendarme est placé en garde à vue et déclare :

     

    « (...) la minuterie s’est éteinte. Nous nous sommes retrouvés dans le noir avec uniquement la luminosité des lampadaires extérieurs. Immédiatement j’ai ressenti que Guerdner allait faire un coup (...). Je suis en haut des escaliers sur le palier. J’ai du mal à trouver l’interrupteur afin de rallumer le couloir et je me tourne une fraction de secondes pour allumer ce couloir. (...) Il se recroqueville sur lui-même et se jette dans le vide, en avant sur la gauche. Je me précipite vers la fenêtre mais je n’ai pas le temps de l’attraper. Je monte à mon tour sur le rebord de la fenêtre pour sauter comme lui. Je me rends compte que la hauteur est importante et je me ravise. Je vois alors Guerdner dans les escaliers extérieurs. Il me semble qu’il est couché ou à moitié allongé (...). Je crie immédiatement et fortement : « il se barre ! ». Il se relève assez rapidement. Il passe devant un véhicule fourgon de gendarmerie stationné à gauche et face aux escaliers (...). Je tire à une première reprise alors qu’il se dirige vers la droite en direction du grillage délimitant l’enceinte militaire avec l’école religieuse. Guerdner poursuit sa fuite. Je tire une seconde fois, voire une troisième fois dans sa direction. Là j’ai l’image qu’il chute sur le sol. A ce moment-là, je lui crie « Arrête ». Il se relève. Je fais à nouveau usage de mon arme à deux ou trois reprises mais Guerdner poursuit sa fuite. Arrivé à l’angle du bâtiment de familles, il tourne à gauche et se dirige vers l’arrière de la caserne. Je le perds de vue. Au total je pense avoir tiré six balles. Je descends immédiatement les escaliers. Je crie « Evasion ». Je sors du bâtiment. Je vais dans la même direction que lui. Il fait noir. Je ne le vois pas. Le MDL/chef R. de la brigade territoriale qui se trouvait chez lui me crie de son balcon : « il a sauté le grillage (...) ».

     

    Investigations

     

    A 11 h 15, arrivent les enquêteurs spécialisé, et lors d’un second interrogatoire, réalisé à 13 h 30 et le gendarme ajoute après « il passe devant un véhicule fourgon gendarmerie stationné à gauche et face aux escaliers », la phrase suivante : « après avoir effectué une sommation « Arrête ou je tire », j’arme sur mon pistolet de service » ; après « Guerdner poursuit sa fuite », il ajouta : « comme il continue à s’enfuir malgré les sommations et [le] premier tir, je tire une seconde fois, voire une troisième fois ». Il précise également qu’à chaque tir, il avait visé les jambes ou en tout cas la partie inférieure du corps, cherchant à empêcher Joseph Guerdner de fuir, sans avoir l’intention de le tuer.

     

    Interrogé sur le fait de s’être trouvé seul, il explique : « j’étais sûr qu’un de mes collègues allait me suivre lorsque je suis parti avec Guerdner pour lui faire fumer une cigarette. Je ne pensais pas me retrouver seul avec lui ». Il conclut qu’il avait agi en réplique à une évasion caractérisée d’un individu déterminé et dangereux, en précisant qu’il avait encore fallu le maîtriser lors de son arrestation dans le bosquet : « (...) si dans de telles circonstances, l’évasion n’est pas caractérisée il faut tout simplement que le code de la Défense soit abrogé ou réformé ; enfin que ce serait-il passé si pour finir il avait pris en otage une personne et attenté à sa vie ? Ni moi ni la gendarmerie n’en serait sortie grandis (...) ».

     

    Information judiciaire

     

    Le 25 mai 2008, à l’issue de la garde à vue, le procureur de la République ouvre une information du chef d’homicide volontaire et requiert son placement sous mandat de dépôt. Toutefois, à l’issue du premier interrogatoire, les deux juges d’instruction co-saisis du tribunal de grande instance de Draguignan requalifient les faits en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le gendarme précise que c’était la première fois qu’il s’était servi de son arme depuis le début de sa carrière et que, avec le recul, il aurait pu crier et descendre, mais qu’au moment des faits, il pensait qu’il faudrait trop de temps.

     

    Autopsie

     

    Les résultats de l’autopsie montrent six impacts corporels :

     

    « L’examen et l’autopsie mettent en évidence trois systèmes lésionnels par projectiles d’arme à feu dont un seul est à l’origine du décès :

    -  un, thoracique droit, avec entrée dorsale entre la 9e et 10e côte et sortie en région bas-thoracique antérieure entre la 6e et la 7e côte entraînant lors de son trajet des perforations pulmonaires et hépatiques, responsables d’une déplétion sanguine massive extériorisée.

    -  un, intéressant l’épaule gauche (...) sans doute associé à une plaie du lobule de l’oreille gauche ;

    -  un, intéressant la région deltoïdienne (...)

    Par ailleurs, trois autres lésions traumatiques récentes sont présentes : une plaie à bords francs au dos du poignet droit pouvant être secondaire au port de la menotte et associé à une contusion du massif carpien ; une luxation du pouce gauche, une série de micro-ecchymoses, disposée irrégulièrement autour de la cheville droite pouvant être en rapport avec une contention. 

     

    Le 12 août 2008, les OPJ de l’inspection transmettent leur synthèse de l’enquête. Le gendarme avait participé aux séances d’instruction sur l’usage des armes des 22 mars 2005 et 13 mars 2006, mais il n’avait pu se rendre aux autres, étant retenu par les obligations de service.

     

    3/ La procédure

     

    3.jpgRéquisitoire du parquet

     

    Le 3 juillet 2009, le procureur de la République remet son réquisitoire définitif… aux fins de non-lieu, estimant que le gendarme avait agi dans le cadre des dispositions de l’article 174 du décret du 20 mai 1903, ce qui constituait un fait justificatif prévu par l’article 122-4 du code pénal:

     

    « N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte prescrit ou autorisé par des dispositions législatives ou réglementaires.

    « N’est pas pénalement responsable la personne qui accomplit un acte commandé par l’autorité légitime, sauf si cet acte est manifestement illégal. »

     

    Sur l’« absolue nécessité » de stopper la fuite de Joseph Guerdner, le procureur indique qu’elle résultait de la dangerosité objective de celui-ci (gravité des faits reprochés, antécédents connus des enquêteurs, extrême détermination, risques encourus par les tiers).

     

    Ordonnance de non-lieu

     

    Le 18 août 2009, le juge d’instruction de Draguignan rend une ordonnance de non-lieu :

    « L’usage des armes constituait à ce moment le seul moyen dont disposait le gendarme pour stopper la fuite de Joseph Guerdner et empêcher son évasion.

    Attendu et bien que l’on ne puisse que déplorer la mort d’un homme et compatir à la douleur de sa famille, il apparaît que toutes les conditions d’usage des armes sont au cas d’espèce remplies (fuite caractérisée, commission préalable d’une infraction criminelle, sommations, impossibilité d’arrêter le fuyard autrement) ».

     

    Arrêt de renvoi

     

    La famille fait appel, et par un arrêt du 1° décembre 2009, la cour d’appel d’Aix‑en‑Provence infirme l’ordonnance de non-lieu et prononce la mise en accusation du gendarme devant la cour d’assises du Var, relevant que le gendarme ne se trouvait pas au moment des faits en état de légitime défense de lui-même, que s’agissant de la sommation, les déclarations avaient été fluctuantes, et que l’expertise balistique montrait que seuls les trois derniers coups de feu tirés avaient atteint Joseph Guerdner.

     

    Quant à la question de savoir si le gendarme aurait pu remplir autrement son devoir, la cour estime :

     

    « Sur l’absolue nécessité de recourir à la violence

     

    Il est indéniable que c’est là le point le plus délicat et le plus discuté du dossier ; Cette exigence a été posée par la chambre criminelle de la Cour de cassation reprenant les exigences de l’article 2 de la Convention (...)

     

    En l’espèce, il existe incontestablement des éléments de la procédure montrant que Joseph Guerdner est un personnage éminemment dangereux ;

     

    Toutefois cet état de dangerosité doit s’apprécier in concreto. Or force est de constater qu’au moment où il prend la fuite, Joseph Guerdner n’est pas armé, il a les deux mains entravées, par le port des menottes, il porte une menotte à la cheville destinée à restreindre ses mouvements ;

     

    Compte tenu du caractère spontané de l’évasion, il profite de l’extinction de la lumière au moment où il se trouve près d’une fenêtre et il n’existe aucun élément pouvant laisser penser qu’un complice pourrait venir l’aider ; qu’il était certainement possible d’alerter les autres militaires présents et d’organiser une course poursuite, le temps nécessaire pour descendre les escaliers à partir de l’endroit où se trouvait C.M. ayant été estimé par l’expert à 13 secondes 60 [centièmes].

     

    En outre, l’on peut penser que Joseph Guerdner, compte tenu de ses entraves, ne pouvait pas courir très loin ni très longtemps. Le risque de prise d’otage invoqué dans l’ordonnance de non-lieu apparaît assez théorique dans la mesure où Joseph Guerdner ne disposait pas d’arme ni de la liberté de ses mouvements et qu’il n’existait aucun indice permettant de penser qu’il pourrait bénéficier de complicité à ce moment précis aux alentours de la gendarmerie. Ainsi l’usage d’arme à feu n’était pas le seul moyen d’arrêter Joseph Guerdner dans sa fuite.

     

    Ces circonstances paraissent de nature à écarter l’application de l’article 122-4 du code pénal et doivent faire l’objet d’un débat devant la juridiction de fond.

     

    Eu égard aux conditions difficiles de tir : la nuit tombée, un endroit peu éclairé, une silhouette en mouvement se déplaçant vers une zone hors de la vue du gendarme, une position du tireur en surélévation à une distance estimée par l’expert entre 16 et 18 mètres, l’on peut estimer que le gendarme C.M. ne se trouvait pas en état de situation de viser dans des conditions lui permettant d’apprécier l’impact réel des tirs ».

     

    Acquittement par la cour d’assises

     

    Le gendarme est donc renvoyé devant la cour d’assises pour violences ayant entraîné la mort, sans intention de la donner, avec cette circonstance que les faits ont été commis par une personne dépositaire de l’autorité publique, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions.

     

    Par un arrêt du 17 septembre 2010, la cour d’assises acquitte le gendarme, au motif qu’il avait agi selon les prescriptions législatives ou réglementaires, et le Parquet n’a pas fait appel.

     

    4/ L’usage des armes par les gendarmes français

     

    Polka-dot-number-4.jpg
    La loi

     

    L’usage des armes par les militaires de la Gendarmerie nationale est régi par l’article 174 du décret organique du 20 mars 1903 dont les dispositions ont été reprises den 2004 dans le Code de la Défense.

     

    L’article L. 2338-3 de ce Code prévoit quatre cas dans lesquelles les gendarmes peuvent recourir à la force :

     

    « Les officiers et sous-officiers de gendarmerie ne peuvent, en l’absence de l’autorité judiciaire ou administrative, déployer la force armée que dans les cas suivants :

    1° Lorsque des violences ou des voies de fait sont exercées contre eux ou lorsqu’ils sont menacés par des individus armés ;

    2° Lorsqu’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent, les postes ou les personnes qui leur sont confiés ou, enfin, si la résistance est telle qu’elle ne puisse être vaincue que par la force des armes ;

    3°Lorsque les personnes invitées à s’arrêter par des appels répétés de « Halte gendarmerie » faits à haute voix cherchent à échapper à leur garde ou à leurs investigations et ne peuvent être contraintes de s’arrêter que par l’usage des armes ;

    4° Lorsqu’ils ne peuvent immobiliser autrement les véhicules, embarcations ou autres moyens de transport dont les conducteurs n’obtempèrent pas à l’ordre d’arrêt.

    Ils sont également autorisés à faire usage de tous engins ou moyens appropriés tels que herses, hérissons, câbles, pour immobiliser les moyens de transport quand les conducteurs ne s’arrêtent pas à leurs sommations. »

     

    Les précisions par circulaire

     

    Une circulaire du 30 août 1996 indique que la possibilité de faire usage des armes, hors situation de légitime défense, ne peut se concevoir qu’à défaut de tout autre moyen permettant d’arrêter le fuyard et qu’à l’encontre de personnes dont la fuite caractérisée est précédée ou accompagnée d’éléments généraux ou particuliers qui établissent ou font présumer leur participation à un crime ou délit grave. Elle préconise également un entraînement assidu en vue de l’acquisition des comportements réflexes.

     

    Une circulaire n° 133000 du 2 février 2009 précise les conditions dans lesquelles les gendarmes sont autorisés à utiliser leur arme.

     

    « 1.2.2.3. La transposition opérationnelle du principe.

    L’interprétation par les juges du fond du principe d’absolue nécessité restreint de facto l’usage des armes :

    -  à l’encontre des seules personnes :

    -  dont la fuite caractérisée est précédée ou accompagnée d’éléments d’information généraux (antécédents judiciaires, dangerosité réputée, modes opératoires habituellement mis en œuvre, ...) et surtout immédiats (degré de violence exercée dans le temps de l’action ou très proche de l’action, nature et létalité de l’armement éventuellement détenu,...) qui établissent ou font présumer leur participation à un crime ou à un délit grave (Quel est mon adversaire? Quel est l’enjeu ?) ; Et/ou

    -  représentant une menace pour la vie ou l’intégrité des personnes (quelle menace concrète mon adversaire fait-il peser sur moi-même ou sur autrui ?) ;

    -  et en l’absence de toute autre possibilité d’action (existe-t-il une alternative immédiate à mon action (renforts encadrant mon dispositif, présence d’un dispositif d’interception en aval de ma zone, ...) ? L’usage des armes est-il l’ultime recours ?).

    Fruits d’une jurisprudence itérative, ces paramètres doivent impérativement être intégrés dans le processus décisionnel pouvant, dans l’action, conduire un militaire de la gendarmerie à déployer la force armée. La prise en compte de ces paramètres sous le signe de l’urgence et dans un environnement donné (présence de tiers pouvant être mis en danger collatéralement à titre d’exemple) s’opère par le biais d’une méthode d’analyse réflexe que doit scrupuleusement appliquer tout gendarme confronté à une situation menaçante.

    Ce processus se présente sous la forme de cinq questions :

    1.  Quel est le cadre juridique de l’action ?

    Suis-je placé en situation de légitime défense ? À défaut, les conditions d’usage définies aux articles L. 2338-3 ou L. 4123-12 du code de la Défense sont-elles réunies ?

    2.  Quel est mon adversaire ?

    Suis-je confronté à un individu dont la fuite caractérisée est précédée ou accompagnée d’éléments d’information généraux et surtout immédiats qui établissent ou font présumer sa participation à un crime ou à un délit grave ?

    3.  L’usage de mon arme est-il l’ultime recours ?

    Existe-t-il une alternative immédiate à mon action ?

    4.  Quelle menace mon adversaire fait-il peser sur moi-même ou autrui ?

    Son déplacement ou son attitude sont-ils de nature à mettre en danger mon intégrité physique ou celle d’un tiers ?

    5.   Mon environnement est-il propice à l’usage des armes ?

    L’usage de mon arme présente-t-il un risque pour les tiers ? L’espace est-il sécurisé ?

    La mise en œuvre accélérée de cette méthode est rendue possible par la constitution d’un moyen mnémotechnique simple : « JARME » (Juridique Adversaire Recours Menace Environnement). (...) ».

     

    Jurisprudence

     

    La chambre criminelle de la Cour de cassation a estimé qu’un gendarme ne peut faire feu pour immobiliser un véhicule en fuite que s’il est en tenue militaire (Crim, 16 janvier 1996). Elle a surtout considéré que l’usage d’une arme ne peut être justifié que lorsqu’il est « absolument nécessaire en l’état des circonstances de l’espèce » (Cass crim, 18 février 2003, No 02-80095, Bull crim, no 41).

     

    La Cour de cassation a rappelé cette exigence dans un arrêt du 27 février 2008 (Cass crim., no 07-88470, non publié) en rejetant le pourvoi formé par un gendarme contre un arrêt de la cour d’appel de Nîmes le renvoyant devant une cour d’assises pour violences mortelles. Cet arrêt de renvoi indiquait que l’usage des armes devait « [é]galement s’analyser au regard de l’article 2 § 2 de la Convention européenne des droits de l’homme » et précisait que celui-ci « impose, pour parvenir à un équilibre entre le but et les moyens, un usage des armes avec mesure et discernement dans le cadre d’une nécessité absolue et à l’encontre de personnes impliquées dans des faits criminels ou de délinquance grave ».

     

    5/ L’ONU pour référence

     

    number-5-pinata.jpgDans de telles affaires, la CEDH, fait remarquable, prend comme première référence, le droit international général, à savoir « Les principes de base de l’ONU sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois, adoptés par le huitième Congrès des Nations unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants, en 1990. Le texte indique notamment :

     

    « 1. Les pouvoirs publics et les autorités de police adopteront et appliqueront des réglementations sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu contre les personnes par les responsables de l'application des lois. En élaborant ces réglementations, les gouvernements et les services de répression garderont constamment à l'examen les questions d'éthique liées au recours à la force et à l'utilisation des armes à feu.

     

    2.  Les gouvernements et les autorités de police mettront en place un éventail de moyens aussi large que possible et muniront les responsables de l'application des lois de divers types d'armes et de munitions qui permettront un usage différencié de la force et des armes à feu. Il conviendrait à cette fin de mettre au point des armes non meurtrières neutralisantes à utiliser dans les situations appropriées, en vue de limiter de plus en plus le recours aux moyens propres à causer la mort ou des blessures. Il devrait également être possible, dans ce même but, de munir les responsables de l'application des lois d'équipements défensifs tels que pare-balles, casques ou gilets antiballes et véhicules blindés afin qu'il soit de moins en moins nécessaire d'utiliser des armes de tout genre.

     

    9.  Les responsables de l'application des lois ne doivent pas faire usage d'armes à feu contre des personnes, sauf en cas de légitime défense ou pour défendre des tiers contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, ou pour prévenir une infraction particulièrement grave mettant sérieusement en danger des vies humaines, ou pour procéder à l'arrestation d'une personne présentant un tel risque et résistant à leur autorité, ou l'empêcher de s'échapper, et seulement lorsque des mesures moins extrêmes sont insuffisantes pour atteindre ces objectifs. Quoi qu'il en soit, ils ne recourront intentionnellement à l'usage meurtrier d'armes à feu que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines.

     

    10.  Dans les circonstances visées au principe 9, les responsables de l'application des lois doivent se faire connaître en tant que tels et donner un avertissement clair de leur intention d'utiliser des armes à feu,en laissant un délai suffisant pour que l'avertissement puisse être suivi d'effet, à moins qu'une telle façon de procéder ne compromette indûment la sécurité des responsables de l'application des lois, qu'elle ne présente un danger de mort ou d'accident grave pour d'autres personnes ou qu'elle ne soit manifestement inappropriée ou inutile vu les circonstances de l'incident.

     

    11.  Une réglementation régissant l'usage des armes à feu par les responsables de l'application des lois doit comprendre des directives aux fins ci-après :

    a)  Spécifier les circonstances dans lesquelles les responsables de l'application des lois sont autorisés à porter des armes à feu et prescrire les types d'armes à feu et de munitions autorisés ;

    b)  S'assurer que les armes à feu ne sont utilisées que dans des circonstances appropriées et de manière à minimiser le risque de dommages inutiles ;

    c)  Interdire l'utilisation des armes à feu et des munitions qui provoquent des blessures inutiles ou présentent un risque injustifié ;

    d)  Réglementer le contrôle, l'entreposage et la délivrance d'armes à feu et prévoir notamment des procédures conformément auxquelles les responsables de l'application des lois doivent rendre compte de toutes les armes et munitions qui leur sont délivrées ;

    e)  Prévoir que des sommations doivent être faites, le cas échéant, en cas d'utilisation d'armes à feu ;

    f)  Prévoir un système de rapports en cas d'utilisation d'armes à feu par des responsables de l'application des lois dans l'exercice de leurs fonctions.

     

    18.  Les pouvoirs publics et les autorités de police doivent s'assurer que tous les responsables de l'application des lois sont sélectionnés par des procédures appropriées, qu'ils présentent les qualités morales et les aptitudes psychologiques et physiques requises pour le bon exercice de leurs fonctions et qu'ils reçoivent une formation professionnelle permanente et complète. Il convient de vérifier périodiquement s'ils demeurent aptes à remplir ces fonctions.

     

    19.  Les pouvoirs publics et les autorités de police doivent s'assurer que tous les responsables de l'application des lois reçoivent une formation et sont soumis à des tests selon des normes d'aptitude appropriées sur l'emploi de la force. Les responsables de l'application des lois qui sont tenus de porter des armes à feu ne doivent être autorisés à en porter qu'après avoir été spécialement formés à leur utilisation.

     

    20.  Pour la formation des responsables de l'application des lois, les pouvoirs publics et les autorités de police accorderont une attention particulière aux questions d'éthique policière et de respect des droits de l'homme, en particulier dans le cadre des enquêtes, et aux moyens d'éviter l'usage de la force ou des armes à feu, y compris le règlement pacifique des conflits, la connaissance du comportement des foules et les méthodes de persuasion, de négociation et de médiation, ainsi que les moyens techniques, en vue de limiter le recours à la force ou aux armes à feu. Les autorités de police devraient revoir leur programme de formation et leurs méthodes d'action en fonction d'incidents particuliers.

     

    6/ Les principes d’analyse de la CEDH

     

    animal_number_6.pngLes principes d’analyse de la CEDH ont été posés avec l’arrêt de grande chambre, Giuliani et Gaggio c. Italie ([GC], no 23458/02)

     

    L'article 2 figure parmi les articles primordiaux de la Convention et qu'aucune dérogation au titre de l'article 15 n'y est autorisée en temps de paix. A l'instar de l'article 3 de la Convention, il consacre l'une des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques qui forment le Conseil de l'Europe (CEDH, Andronicou et Constantinou c. Chypre, 9 octobre 1997, § 171, Recueil des arrêts et décisions 1997-VI, et Solomou et autres c. Turquie, no 36832/97, § 63, 24 juin 2008)

     

    Les exceptions définies au paragraphe 2 montrent que l'article 2 vise certes les cas où la mort a été infligée intentionnellement, mais que ce n'est pas son unique objet. Le texte de l'article 2, pris dans son ensemble, démontre que le paragraphe 2 ne définit pas avant tout les situations dans lesquelles il est permis d'infliger intentionnellement la mort, mais décrit celles où il est possible d'avoir « recours à la force », ce qui peut conduire à donner la mort de façon involontaire. Le recours à la force doit cependant être rendu « absolument nécessaire » pour atteindre l'un des objectifs mentionnés aux alinéas a), b) ou c) (McCann et autres c. Royaume-Uni, 27 septembre 1995, § 148, série A no 324).

     

    L'emploi des termes « absolument nécessaire » indique qu'il faut appliquer un critère de nécessité plus strict et impérieux que celui normalement utilisé pour déterminer si l'intervention de l'Etat est « nécessaire dans une société démocratique » au regard du paragraphe 2 des articles 8 à 11 de la Convention. La force utilisée doit en particulier être strictement proportionnée aux buts mentionnés au paragraphe 2 a), b) et c) de l'article 2. De surcroît, reconnaissant l'importance de cette disposition dans une société démocratique,la Cour doit se former une opinion en examinant avec la plus grande attention les cas où l'on inflige la mort, notamment lorsque l'on fait un usage délibéré de la force meurtrière, et prendre en considération non seulement les actes des agents de l'Etat qui y ont eu recours, mais également l'ensemble des circonstances de l'affaire, notamment la préparation et le contrôle des actes en question (McCann et autres, précité, §§ 147-150, et Andronicou et Constantinou, précité, § 171 ; voir aussi Avşar c. Turquie, no 25657/94, § 391, CEDH 2001-VII, et Musayev et autres c. Russie, nos 57941/0058699/00 et 60403/00, § 142, 26 juillet 2007).

     

    Les circonstances dans lesquelles la privation de la vie peut se justifier doivent être interprétées de façon étroite. L'objet et le but de la Convention comme instrument de protection des droits des particuliers requièrent également que l'article 2 soit interprété et appliqué de manière à rendre ses garanties concrètes et effectives (Solomou et autres,précité, § 63). En particulier, la Cour a estimé que l'ouverture du feu doit, lorsqu'il est possible, être précédée par des tirs d'avertissement (Kallis et Androulla Panayi c. Turquie, no 45388/99, § 62, 27 octobre 2009 ; voir, notamment, le principe no 10 des Principes de l'ONU)

     

    L'usage de la force par des agents de l'Etat pour atteindre l'un des objectifs énoncés au paragraphe 2 de l'article 2 de la Convention peut se justifier au regard de cette disposition lorsqu'il se fonde sur une conviction honnête considérée, pour de bonnes raisons, comme valable à l'époque des événements mais qui se révèle ensuite erronée. Affirmer le contraire imposerait à l'Etat et à ses agents chargés de l'application des lois une charge irréaliste qui risquerait de s'exercer aux dépens de leur vie et de celle d'autrui (McCann et autres, précité, § 200, et Andronicou et Constantinou, précité, § 192).

     

    Lorsqu'elle est appelée à décider si le recours à la force meurtrière était légitime, la Cour ne saurait, en réfléchissant dans la sérénité des délibérations, substituer sa propre appréciation de la situation à celle de l'agent qui a dû réagir, dans le feu de l'action, à ce qu'il percevait sincèrement comme un danger, afin de sauver sa vie (Bubbins c. Royaume‑Uni, no 50196/99, § 139, CEDH 2005-II).

     

    La Cour doit éviter aussi de prendre le rôle d'un juge du fond compétent pour apprécier les faits, sauf si cela est rendu inévitable par les circonstances d'une affaire particulière (voir, par exemple, McKerr c. Royaume-Uni (déc.), no 28883/95, 4 avril 2000). En principe, là où des procédures internes ont été menées, ce n'est pas la tâche de la Cour de substituer sa propre version des faits à celle des juridictions nationales, auxquelles il appartient d'établir les faits sur la base des preuves recueillies par elles (voir, parmi beaucoup d'autres, Edwards c. Royaume-Uni, 16 décembre 1992, § 34, série A no 247-B, et Klaas c. Allemagne, 22 septembre 1993, § 29, série A no 269). Si les constatations de celles-ci ne lient pas la Cour, laquelle demeure libre de se livrer à sa propre évaluation à la lumière de l'ensemble des matériaux dont elle dispose, elle ne s'écartera normalement des constatations de fait des juges nationaux que si elle est en possession de données convaincantes à cet effet (Avşar, précité, § 283, et Barbu Anghelescu c. Roumanie, no 46430/99,§ 52, 5 octobre 2004).

     

    Pour l'appréciation des éléments de fait, la Cour se rallie au principe de la preuve « au-delà de tout doute raisonnable », mais ajoute qu'une telle preuve peut résulter d'un faisceau d'indices, ou de présomptions non réfutées, suffisamment graves, précis et concordants ; en outre, le comportement des parties lors de la recherche des preuves peut être pris en compte (Irlande c. Royaume-Uni, 18 janvier 1978, § 161, série A no 336, et Orhan c. Turquie, no 25656/94, § 264, 18 juin 2002). Par ailleurs, le degré de conviction nécessaire pour parvenir à une conclusion particulière et, à cet égard, la répartition de la charge de la preuve sont intrinsèquement liés à la spécificité des faits, à la nature de l'allégation formulée et au droit conventionnel en jeu. La Cour est également attentive à la gravité d'un constat selon lequel un Etat contractant a violé des droits fondamentaux (Ribitsch c. Autriche, 4 décembre 1995, § 32, série A no 336, Ilaşcu et autres c. Moldova et Russie [GC], no 48787/99, § 26, CEDH 2004-VII, Natchova et autres c. Bulgarie [GC], nos43577/98 et 43579/98, § 147, CEDH 2005-VII, et Solomou et autres, précité, § 66).

     

    La Cour doit se montrer particulièrement vigilante dans les cas où sont alléguées des violations des articles 2 et 3 de la Convention (voir, mutatis mutandis, Ribitsch, précité,§ 32). Lorsque celles-ci ont donné lieu à des poursuites pénales devant les juridictions internes, il ne faut pas perdre de vue que la responsabilité pénale se distingue de la responsabilité de l'Etat au titre de la Convention. La compétence de la Cour se borne à déterminer la seconde. La responsabilité au regard de la Convention découle des dispositions de celle-ci, qui doivent être interprétées à la lumière de l'objet et du but de la Convention et eu égard à toute règle ou tout principe de droit international pertinents. Il ne faut pas confondre responsabilité d'un Etat à raison des actes de ses organes, agents ou employés et questions de droit interne concernant la responsabilité pénale individuelle, dont l'appréciation relève des juridictions internes. Il n'entre pas dans les attributions de la Cour de rendre des verdicts de culpabilité ou d'innocence au sens du droit pénal (Tanlı c. Turquie, no 26129/95, § 111, CEDH 2001-III, et Avşar, précité, § 284).

     

    7/ Analyse des circonstances de fait

     

    7.pngLa Cour juge que le cadre juridique français est suffisant pour offrir un niveau de protection du droit à la vie, défini par l’article 2 de la convention, mais que tout se joue sur les circonstances de fait.

     

    Joseph Guerdner a sauté d’une fenêtre d’une hauteur de quatre mètres soixante alors qu’il se trouvait en garde à vue pour répondre aux gendarmes chargés d’enquêter sur un vol commis en bande organisée avec séquestration. Par ailleurs, il était sous leur surveillance depuis quarante-huit heures, constamment menotté et entravé à une jambe en raison des signes de dangerosité qu’il présentait, au regard de ses antécédents judiciaires d’une part, et de son comportement depuis son arrestation d’autre part.

     

    Pour la Cour, le rappel de ce contexte démontre que les gendarmes auraient dû redoubler de vigilance de manière à empêcher Joseph Guerdner de s’enfuir. Surtout, il ressort clairement des circonstances de l’espèce que ce dernier n’était pas armé et que, entravé, il pouvait difficilement représenter une menace immédiate pour la vie ou l’intégrité physique d’autrui.

     

    La Cour observe en particulier que la chambre de l’instruction a jugé que le risque de prise d’otage apparaissait théorique. Au demeurant, la fuite de Joseph Guerdner, précédée de son saut, avait lieu dans la cour de la gendarmerie, en terrain connu pour le gendarme. Ainsi, la poursuite de la fuite, malgré sa chute, et après les trois premiers coups de feu, n’était pas suffisante pour considérer que Joseph Guerdner était dangereux pour autrui ou que sa non-arrestation aurait eu des conséquences néfastes irréversibles.

     

    Enfin, et à supposer même que les trois premiers tirs aient pu servir de sommation, cet avertissement ne justifiait pas le recours à des coups de feu supplémentaires. Le gendarme ne pouvait pas viser avec précision, compte tenu de la luminosité au moment des faits, et il ne pouvait voir qu’une silhouette.

     

    Dans ces conditions, Joseph Guerdner constituait une réelle menace au moment des faits, autorisant le recours à la force potentiellement meurtrière.

     

    D’autres possibilités d’action s’offraient au gendarme pour tenter l’arrestation de Joseph Guerdner, au lieu d’ouvrir le feu. Le temps nécessaire pour descendre les escaliers à partir de l’endroit où se trouvait le gendarme a été estimé à treize secondes, et que de nombreux gendarmes étaient présents au moment des faits, ce qui aurait permis une course poursuite à la recherche du fugitif. Tous ont entendu des cris et qu’ils se trouvaient à proximité de Joseph Guerdner.

     

    Aussi, l’article 2 de la Convention interdisait tout recours à une force potentiellement meurtrière, nonobstant le risque de fuite de Joseph Guerdner.

  • La France était le meilleur soutien de l’apartheid en Afrique du Sud

    Une polémique à deux balles met en cause l’attitude du Front National vis-à-vis de l’Afrique du Sud. Jean-Marie Le Pen expliquait, au moment de la libération de Nelson Mandela, que l’évènement ne l'avait «ni ému, ni ravi», en raison d'«une espèce de méfiance à l'égard des terroristes quel que soit le niveau auquel ils se situent ». De la vieille carne raciste… afrique du sud,nucléaire,armes,de gaulle

    Mais ce serait une grave erreur de focaliser sur Le Pen, et le rappel de quelques points d’histoire montre que tout le sytème était pourri. La France gaulliste, puis giscardienne, a été le meilleur soutien de l’Afrique du Sud du temps de apartheid. Eh oui.

     

    Le tournant de l’Onu de 1963

    Les Nations Unies se sont ouvertement engagées dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud à partir de 1963, par deux actes.

    Le premier est la résolution 181 du 7 août 1963 du Conseil de sécurité appelant tous les États à arrêter la vente et la livraison d'armes, de munitions et de véhicules militaires à l'Afrique du Sud.

    Le second est la résolution 1899 (XVIII)  de l’Assemblée générale du 13 novembre 1963 qui engage instamment tous les États à s'abstenir de fournir du pétrole à l'Afrique du Sud.

    C’est-à-dire qu’à partir de ce moment-là, il ne pouvait plus exister de doute sur la nature raciste et criminelle du régime, et ce en particulier pour la France, membre du Conseil de sécurité, et omniprésente en Afrique, gérant par ses réseaux son ancien empire.

    Or, la France va tout simplement s’opposer à l’ONU pour soutenir les racistes. Les bases du deal faisait partie des choix essentiels du général de brigade à titre temporaire De Gaulle Charles : tout  est bon pour assurer la maîtrise du nucléaire.

     

    De Gaulle bafoue l’ONU, ignore le crime et soutient l’apartheid

    sans-titre.pngLe deal gaulliste était simple : la France ignore l’embargo sur les livraisons d’armes à l’Afrique du Sud, et en contrepartie, l’Afrique du Sud fournit à la France l’uranium à usage civil et  militaire nécessaire pour le développement de sa production énergétique et la mise à niveau de sa force de frappe.

    L’uranium sud-africain a été la condition de la réussite du nucléaire français.  Acheté hors du contrôle de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, via sa filiale la COGEMA, le CEA a ainsi bénéficié de livraisons d’uranium pour 1000 tonnes par an, pendant plus de dix ans, un apport considérable, représentant la moitié des besoins.

    Les contreparties ont été doubles.

    D’abord, les ventes d’armes. Ces années ont été celles d’un flux constant de livraison de matériel militaire, malgré les résolutions que la France avait votées à l’ONU !  L’Afrique du Sud était isolée, et le marché était trop tentant… Le gouvernement français se justifiait par l’argumentaire fatigué de la distinction entre les armes défensives et offensives… une blague éternelle, alors que l’Afrique du Sud cherchait en réalité l’expérience des militaires français dans les guerres d’indépendance. Sous De Gaulle et Pompidou, l’Afrique du Sud était le 3° client pour l’armement… Dassault et la SNECMA se sont gavés.

    Ensuite, le flux commercial. L’Afrique du Sud, prospère et maudite en Europe, a été une aubaine pour les entreprises françaises. En 1975, le Centre Français du Commerce Extérieur (CFCE) fait le bilan : « La France est considérée comme le seul véritable soutien de l’Afrique du Sud parmi les grands pays occidentaux. Non seulement elle lui fournit l’essentiel des armements nécessaires à sa défense, mais elle s’est montrée bienveillante, sinon un allié, dans les débats et les votes des organisations internationales ».

     

    Giscard accélère…

    Valery_Giscard1.jpgGiscard, élu en 1974, accepte avec enthousiasme cet héritage, multiplie les contrats d’armements, double les importations d’uranium dans le contexte du choc pétrolier…. et vend des centrales nucléaires par le contrat de Koeberg, en mai 1976. Mais, ce contrat est le coup de trop, et les réactions dans le monde obligent la France à abandonner l’Afrique du Sud, décidant en aout 1977 de rejoindre l’embargo sur les armes. Ce qui ne remet pas en cause les marchés en cours, dont deux sous-marins Agosta…

    Au service de cette complicité avec le crime, s’activait un puissant lobby, diabolisant la cause des Noirs en Afrique du Sud, mi-terroristes, mi-communistes… L’une des bases était le groupe parlementaire d'amités France Afrique, du Sud présidé par le gaulliste Raymond Schmitlein, et dont le président d’honneur était Pierre Raynaud, l’ancien président du Conseil.

    La présidence a ensuite été confiée au député Jacques Médecin, qui le 6 Juillet 1974, a signé le jumelage entre sa ville et celle du Cap. Le député communiste Virgile Barel avait interrogé le ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski, qui lui a répondu au Journal officiel du 10 aout 1974 : « Les jumelages entre communes françaises et étrangères sont actuellement à la seule initiative des collectivités locales, l'Etat n’ayant pas de responsabilité en la matière et n’intervenant ni pour autoriser les jumelages, ni pour les soutenir financièrement. Au surplus, une intervention des autorités de tutelle dans ce domaine serait incompatible avec la loi n° 70.1297 du 31 décembre 1970 sur la gestion municipale et les libertés communales »

    En 1974, le jeune VGE ne risquait pas de sanctionner Jacques Médecin, alors qu’il intensifiait la coopération avec le régime de l’apartheid. Mieux : en 1976, il nommait Médecin secrétaire d’Etat au tourisme.

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     La cellule depuis laquelle Nelson Mandela analysait la politique de la France

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