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  • Le Portugal veut vendre une collection de 85 œuvres de Miro !

    L’argent les fait devenir dingues ! Le gouvernement portugais, pour renflouer ses caisses, s’apprêtait à faire vendre aux enchères une inestimable collection de 85 œuvres de Joan Miro. Heureusement la justice a bloqué l’affaire. Provisoirement…

    Ces tableaux, l’Etat les a payés bien chers, lorsqu'en 2008, il a dû nationaliser la banque BPN, qui était en déconfiture, suite à des opérations frauduleuses. Je rappelle en effet, à tous les intoxiqués par la lepenisterie – un syndrome de délabrement du bulbe, qui se soigne par la lecture de 5 pages de Victor Hugo ou d’Emile Zola par jour – que ce ne sont pas les pauvres qui ruinent un pays, mais les banques.

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    Avec ces 85 peintures, pratiquement inconnues du public car elles relevaient de la propriété privée, le Portugal a de quoi organiser une extraordinaire musée, qui nous donnera une raison de plus d’aller viser ce merveilleux pays.  

    Oui, mais voilà, la rencontre de l’art et des publics du monde, ce n’est pas le truc du misérable gouvernement de Droite qui applique les bons remèdes du Docteur Barroso : le destin d’un peuple est de s’ajuster sur un taux bancaire. Alors, on vent tout ce qui rapporte du cash : et les pingouins de l’épicerie Christie's faisaient déjà miroiter une rentrée de d’argent de 30 millions d'euros. Une goutte d'eau au regard du budget du Portugal, Non, mais je rêve : bazarder un tel trésor, et le retirer du public pour une grande nuit privée. Des sauvages. Ecoutons Jorge Barreto Xavier, qui fait office de secrétaire d'Etat à la culture : « Ce n'est pas la priorité du Portugal de garder une collection de cette dimension d'un grand peintre espagnol du XXe siècle ». Authentique !

    Première à réagir, l'Association portugaise de muséologie : « Une collection des tableaux de Miro est un ensemble artistique générateur de richesse partout dans le monde et a fortiori dans un pays touristique comme le Portugal ». Les députés socialistes ont pris de relais, et saisi le tribunal administratif de Lisbonne en urgence, alors que les tableaux étaient déjà à Londres, dans le garage de Christie's, pour être vendus début février. Le tribunal administratif a estimé qu’il ne pouvait bloquer la vente en urgence, mais il a expliqué qu’il y avait de sérieux débats sur la validité de l’autorisation de sortie des biens. Un argument pris très au sérieux par Christie's, qui doit la sécurité juridique à ses clients sauf à les indemniser : « Les incertitudes judiciaires créées par le différend entre l'Etat et des députés d'opposition au Portugal au sujet de cette vente signifient que nous ne pouvons pas proposer ces œuvres à la vente. Nous avons la responsabilité à l'égard de nos clients de leur transmettre, sans problème aucun, les droits de propriété ». Et hop, les 85 tableaux sont revenus au Portugal. Provisoirement, car les vautours ne lâchent pas comme ça leur proie.  

    Le gouvernement a donc repris la procédure de sortie des œuvres, à destination de l’épicerie Christie’s, qui avait prévu la vente pour juin. Le premier ministre, Pedro Passos Coelho, a doctement expliqué que les frais d'entretien étaient trop importants... Mais cette fois-ci c’est le Parquet général de la République qui a saisi le Tribunal administratif de Lisbonne dans le cadre d'une procédure en référé « en défense du patrimoine culturel ». Et le Parquet a bloqué la vente.

    Ah, un parquet indépendant,… ça vous transforme une justice. 

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  • Zevs risque la prison

    zevs_chanel.jpgSi le nom de Zevs vous est inconnu, ses oeuvres ont sûrement attiré votre regard un jour ou l’autre. Les logos des grandes marques qui dégoulinent, c’est lui. Les plus belles affiches magnifiquement détournées, avec la beauté qui se lézarde ou la vedette agrémentée d’une blessure sanguignolante, c’est lui aussi. Artiste urbain, génie du graffiti, et provocateur déluré.

    Un petit délire sur le vrai délire des marques, une pub si lissée qui devient destroy, un mur de la rue transformée en expo,… et un effet remarquable, au point que l’artiste de la rue se retrouve avec de vraies expositions intra-muros. Tant mieux pour lui. Celle du moment se tenait à Hong-Kong, à la Art Statement Gallery.

    Le problème est qu’à Hong-Kong, la créativité lui est remontée à la tête. Dans le quartier chic, Zevs trouve face à face les deux boutiques Chanel et Armani. « Ayant trouvé ces deux géants face à face, j’ai décidé de souligner la guerre des marques en liquidant Chanel sur Armani ».

    Ce 12 juillet, Zevs se bricole une magnifique reproduction du logo Chanel, va l’installer sur le mur de la boutique Armani, et fait ruisseler une belle gouache noire. Effet réussi : voici Chanel qui coule comme une camembert en surchauffe au soleil de l’Orient.

    Pour le vernissage de cette peu orthodoxe expo, rendez-vous… au commissariat. L’artiste sur son échelle, avec ses pots de peinture, ce n’était pas fait pour passer inaperçu. Dégradation de bien immobilier ? Mais non ! Juste une œuvre, et éphémère : tout est fait à la gouache. Un coup  jet d’eau et le blasphème disparaîtra.

    En fait, pas si simple, et même compliqué, car le mur de la boutique est fait d’une pierre calcaire, laquelle s’est abreuvée de la peinture, et a tout avalé. Le nettoyage n’est pas impossible, mais nécessite d’avoir recours à de savants procédés chimiques. Des travaux qu’Armani a estimé à 700 000 euros !

    Et Zevs se retrouve au tribunal pour dégradation immobilière. Une connerie n’allant jamais seule, il plaide coupable, renonçant à expliquer les beautés du graffiti dans une ville qui n’en goûte guère. Le problème est qu’un coupable, ça se condamne... L’affaire revient ce jeudi 14 août à l’audience. Plus que trois jours pour faire revenir le mur impec, sinon Zevs risque la prison.

    Je ne doute pas que celui a tant fait pour nous ouvrir les yeux sur l’art dans la ville aurait des idées sur l’art en prison. Oui, mais comme simple visiteur, ça irait aussi bien. Avec tout de même, ce détail important : Zevs pourrait y aller franco, car il est rare les murs de prison soient en pierre poreuse…

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  • L'art, le corps et la loi

    images.jpgL’art, le corps et la loi. Il n’existe pas de liberté sans limite, et le débat est toujours intéressant lorsqu’il s’agit de la création artistique. Deux événements s’invitent dans l’actualité : l’intervention du Parquet de Paris hier à la FIAC pour retirer des photographies exposées, et l’ouverture à Marseille, au Palais des Arts, le 12 novembre 2008 de l’exposition « Our body / A corps ouvert ». La justice frappe très injustement Oleg Kulik à la FIAC alors qu’« Our body » patauge dans un consensus aussi mou que condamnable.

     

     

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    Lors de la FIAC étaient exposées des photographies de l’artiste russe Oleg Kulik. Oleg Kulik est un des représentants de cet extraordinaire renouveau culturel russe. Ce photographe, né à Kiev en 1961, estime que le choix est entre l’adoration du monde ou la rébellion, la supplication ou la violence. Son œuvre se place dans cette lecture radicale, montrant l’humanité qui perd son humanité. Il pousse jusqu’à se placer en situation d’animal, et provoque avec ses photos. Parmi ses travaux, une série fameuse « Nouveau paradis », publiée en 2001, met en scène des corps humains nus dans des gestuelles pornographiques, superposés à la photographie d’animaux empaillés. Avec violence et profondeur, Oleg Kulik pose la question : où en sommes-nous ? et si nous étions proches du monde animal ?

     

    6SRY7CA606HFYCAGYXK1GCA1EQ5SECAC2DCOXCA509SKNCARYZCYKCAMU9YHQCAY5YET1CAVVGSUGCAR9Q28GCAGGDUFZCAITIPFUCAV1J8EXCA75FKEYCASI0NI1CA9ON2L5CA11H51OCAHHK1NM.jpgOn aime ou on n’aime pas. Mais la douane française avait repéré les œuvres lors de leur arrivée et informé le parquet de Paris. Et celui-ci a diligenté les policiers en civil du commissariat du 8ème arrondissement pour venir décrocher les œuvres, qualifiées de pornographiques ou de zoophiliques, et conduire les propriétaires de la galerie moscovite XL, Elena Selina et Serguei Khripoun au commissariat de police. Le Parquet vise l’article 227-24 du Code pénal : « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire le commerce d’un tel message, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 € lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur ». Ce n’est pas l’image, mais le message qui est en cause.

     

    Nous verrons bien si à la suite de leur audition, les titulaires des droits sur ces œuvres sont renvoyés au tribunal. Cette enquête présuppose une interprétation du message. Or, sauf à nier toute réalité artistique, il est bien évident que le message n’avait rien de pornographique ou de zoophilique. Le procureur poussera-t-il son avantage jusqu’à une audience en correctionnelle ? J’en doute.JLR57CADXSLIYCAPTQW2KCAD7RO22CAHRIFQUCA8T26C6CA3M9D3FCA1T2NH8CAWM2DC2CA7LDWTVCAITJKWJCALF2493CA13RTIXCACTIFXDCAUYEOH7CAD5S0IMCA9KYP8LCA0WMDO9CAJZLQ50.jpg

     

    Ce qui est inacceptable, c’est le fait que sans aucune décision de justice, car aucun juge ne s’est prononcé – ne confondons pas un procureur et un juge - les policiers aient pu exiger le retrait des photographies. Nous sommes alors très clairement dans le registre d’une police morale, et c’est grave. Et il est grave aussi que les dirigeants de la FIAC n’aient pas offert une meilleure résistance face à une attaque aussi frontale.

     

     

    Our body/A corps ouvert

     

    images.jpgTout autre est le débat s’agissant de l’exposition « Our body/A corps ouvert » qui s’ouvre à Marseille ce 12 novembre au Palais des Arts, ce après bien d’autres villes du monde, dont Lyon. Ecoutons les organisateurs : « Our body /A corps ouvert, est une exposition fascinante à la fois artistique et éducative qui montre de véritables corps et organes humains. Destinée à tous cette exposition va littéralement « sous la peau » et relève les mystères de l’anatomie de l’homme ». 17 corps humains écorché, et une centaine d’organes.

     

    Ce qui est exposé ce sont de véritables corps humains conservés par le procédé connu sous le nom d’imprégnation polymérique : dans les heures qui suivent la mort, les fluides corporels sont remplacés par des polymères afin de créer un spécimen anatomique solide et durable presque éternel. Il s’agit donc de cadavres traités de cette manière, avec un résultat impressionnant tant sur le plan esthétique que scientifique. 

     

    Le principe de cette exposition n’a plus rien à voir avec les photographies d’Oleg Kulik. Car sont exposés de véritables corps humains. Le siteFXG0XCADH0H7DCAG8VRD1CA421RH0CACHO5GXCAGQHVMMCA75JVHKCAEKD510CAPCXYT5CABMEVCACA4MSXZNCAGJ6C6FCA5GHSUZCAU4H8OSCAN8TODRCAB8BGALCA4X7DC4CA6B6C12CA0LDSBS.jpg officiel de l’exposition ne dit rien sur la provenance des corps. On sait que les corps viennent de Chine, et il est dit qu’il s’agirait de personnes ayant donné l’accord. Quel accord ? Où ? Quelle sincérité ? Pourquoi la mort pour ces corps intacts ? Le plus grande doute existe, et un seul doute aurait du conduire à refuser l’exposition.

     

    Ensuite, leur consentement suffirait-il ? Je ne le crois pas. Cette exposition se donne des airs qu’elle ne mérite pas en vantant la connaissance scientifique, pour mieux masquer la fascination pour la mort. Un voyeurisme très clean et soft, accompagné d’une chansonnette expliquant que cet exerce de vérité  marque notre distance avec la mort. Ben voyons…. Non, nous n’avons rien réglé avec la mort.

     

    Le spectacle des humains déshumanisés au seul motif que la science et la Chine le permettent, passe par pertes et profits la mémoire de ces corps qui on porté la vie, et qui la porte encore. Le spectacle ne change rien. Entretenons les illusions.

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