29.03.2012
L’UMP impose l’ordre moral à La Réunion
L’UMP devrait prendre pour emblème le faisan tellement sa politique est faisandée. L’andouille du jour s’appelle Didier Robert, et c’est le digne président du conseil régional de La Réunion.
Cette buse vient de retirer la subvention de 150 000 euros qui avait été allouée au festival de musique Sakifo, le plus important de La Réunion. La somme représente à peu près le tiers du budget, et c’est le festival lui-même qui est menacé.
Motif du l’ahuri Didier Robert ? « J'ai été élu pour défendre des valeurs. Ces valeurs, ce sont celles de la famille, de la tolérance, du vivre ensemble». Je croyais que les élus devaient appliquer la loi, mais celui-là pense pouvoir imposer sa morale à la noix : « La violence verbale, les appels à la haine, au viol, à la pédophilie, à la violence physique portés par l'un des artistes invité du Sakifo 2012 ne peuvent obtenir ma caution. Quelle serait notre attitude face à des personnes prônant aujourd'hui l'extermination des juifs, des musulmans, des catholiques, des orthodoxes, des tamouls et des autres ? »
J’ai tout de suite fait le lien avec l’actualité, avec des cibles évidentes.
L’attaque contre les valeurs de la famille, c’est DSK qui traite les femmes de « matériel », et ce « matériel » dénonce sur PV un défoulement sexuel, bestial.
La violence verbale, c’est Sarko pour qui un arabe est un « musulman d’apparence », même quand c’est un kabyle catholique. Ce n’est plus l’habit qui fait le moine, c’est la couleur de sa peau.
L’appel à la haine, c’est Marine, la misérable gérante de la SARL Le Pen qui tente de se refaire une santé en vomissant que Mohamed Mehar « se considérait comme musulman avant d’être français », ce qui signifie que les musulmans sont des sauvages que la France essaie de civiliser.
En toute logique, ces déclarations appelleraient trois procès, certes,... Mais pourquoi avoir retiré la subvention ? Je crains d'être sur une fausse piste.
En fait, ce retrait de subvention ne doit rien à ces propos indignes, mais à une œuvre de création, une chanson,… et qui date de 2009. Trois ans pour que ça remonte au cerveau de notre ectoplasme UMP. 
La chanson, c’est Sale pute, et le chanteur Orelsan. Un mec raconte sa séparation, son désarroi, et sa haine contre son ex-devenue une « sale pute ». C’est d’une grande originalité, car aucun artiste n’avait traité cette question…
Le chœur des nouilles hexagonales, de Ségo à Ni Putes Ni Soumises – cette Académie des sciences associales – avait poussé des petits cris, et Orelsan avait expliqué sur Rue 89 : « Je comprends que ça ait pu heurter certaines personnes et c'est dommage et je m'excuse auprès de ces personnes mais j'ai le droit d'avoir fait cette chanson, c'est une fiction et je ne regrette pas de l’avoir fait ».
Depuis, il a repris ses concerts. Il sera à l’Olympia en mai, aux Solidays en juin, et il a récupéré deux victoires de la musique 2012.
On se retrouve ainsi avec une bonne grosse censure, au nom de l’ordre moral. La problématique est archiconnue : on laisse le mec s’exprimer, et s’il y a abus de la liberté d’expression, on engage un procès, mais on n’interdit pas a priori.
Le grand mérite de l’artiste est de savoir dire les choses. Décrire le désarroi d’un mec abandonné, montrer comment un amour blessé fait basculer dans la violence, c’est dire ce qui se passe, mais ce n’est pas l’encourager.
S’il veut être cohérent – hypothèse d’école – l’UMP Didier Robert doit envoyer demain ses brigades morales pour faire retirer des librairies les œuvres de Sade, publiées La Pléiade, J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, Bagatelles pour un massacre de Céline ou Les Fleurs du Mal, de Baudelaire.
Cette décision est ouvertement illégale, la jurisprudence étant établie pour dire que doivent s’exprimer toutes les idées « même celles qui choquent, qui heurtent ou qui blessent » (CEDH, Handyside, 1976). Un petit référé devant le tribunal administratif – la procédure est urgente car le retrait de subvention met en péril l’existence du festival – remettrait un peu de méthode dans la tête de notre agité de l’ordre moral.
Je pense d’ailleurs que les élus PS de la région vont être les premiers à protester, car le PS est le grand ami des artistes, non ?
Alors, DSK, Sarko et Le Pen blanchis, pendant qu’Oreslan est censuré... Juvénal, le poète romain l’avait si bien dit : « La censure pardonne aux corbeaux et poursuit les colombes ».

Le maréchal Mac Mahon, gouvernement de l'ordre moral, 1873-1877
01:12 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : censure, ump, la réunion
27.08.2011
Lady Gaga menace la Chine
La Chine n’a peur ni d’Obama, ni de Merkel, ni de Sarkozy, ni de Poutine, ni du CNT, ni de Harlem Désir. Inattaquable ! Qu’on se le dise ! C’est Number One.
La grande puissance chinoise file les jetons aux US comme un commis de banque réveille ses clients le matin pour leur demander de combler le découvert. L’industrie chinoise gagne les grands marchés, la banque chinoise est devenue le FMI de l’Afrique, la diplomatie chinoise fait valser les sommets économiques du G8 au G 20 et autres blagues du même genre, les sportifs chinois raflent les médailles aux JO, et demain ils gagneront la coupe de monde de foot. Ils sont les meilleurs et rien ne fait peur aux lumineux dirigeants du grandiose Parti Communiste Chinois.
Rien ? Rien ?
Si, il reste une puissance au monde qui fait trembler la Chine, et cette puissance c’est Lady Gaga.
Le ministre de la Culture vient d’ordonner la censure de Lady Gaga, pour le tire «Judas» et les chansons de l'album « Born This Way », en expliquant que cette mesure est destinée à préserver la « sécurité culturelle nationale ». Rien de moins. Les sites internet ont été avisés ce 19 août. Ils ont jusqu'au 15 septembre pour s'« autocorriger » en supprimant les chansons, et à défaut ce sera un camp de vacances dans les steppes pour apprendre des chants révolutionnaires, et travailler gratis pour l’Etat.
Vilaine Lady Gaga qui menace la sécurité culturelle nationale…
Ce qui est le plus drôle là dedans, c’est bien sûr qu'ils sont sincères. S’ils censurent Lady Gaga, c’est qu’ils sont pétrifiés de trouille. Il faut donc imaginer…
- Alors Chéri, en forme ce matin ?
- Oh la la, ma douce, ça sera une journée très dure. Je préfère ne pas prendre de café. Il faut que je garde un calme absolu alors que m’attend la pire des épreuves…
- Je te prépare de la camomille… Mais que va-t-il t’arriver ? Ils t'ont muté au service de la gestion de la dette US ?
- Non,… Mais j’aurais préféré !
- Tu me fais peur. Dis-moi ce qu’il en est ? J’ai connu la guerre et la Révolution, et je suis prête à tout entendre.
- C’est très dur de dire tout ça… Voilà : le 59° bureau de la 9° sous-commission du vice-secrétariat central m’a nommé pour présider le jury qui doit écouter les chansons de Lady Gaga.
- Oh mon Dieu, c’est affreux !
- Ca fait trois jours que je le sais, et trois nuits que je n’en dors plus.
- Pourquoi… Mais pourquoi t’ont-ils désigné ? C’est trop dur. Tu avais du retard dans le paiement de la cotisation au Parti ?
- Non, rien. Ils me disent que c’est bon pour ma carrière. C’est quand même la sécurité culturelle nationale qui en jeu ! C’est signe qu’ils me font confiance. Mais c’est horrible. Nous avons 8 clips à voir dans la journée… Le titre « Judas » et l'album « Born This Way ».
- Ecoute, je ne veux pas me mêler de ces affaires, mais je ne veux pas de voir malheureux. Comme elle chante en anglais, tu fais abstraction et tu regardes au plafond pendant les projections.
- Impossible. Il y aura un traducteur !
- C’est idiot, nous sommes en Chine…
- Oui, mais tu sais hélas que le Parti a dû accepter qu’une part de notre jeunesse apprenne l’anglais. C’est nécessaire pour défendre notre argent.
- L’anglais, c’est le cheval de Troie...
- Nous devons être très vigilants. Imagine notre jeunesse qui devienne insouciante comme Lady Gaga, et se mette à chanter et à danser en se tortillant les fesses.
- Tu as raison. Sois courageux, et fais ton devoir en pensant à l’avenir. La Chine se lève devant les nippons, et elle le fera devant les zazous…
- J’espère qu’ils ne vont pas nous brouiller l’écoute.
- Nous devons être prudents. Tu sais qu’ils parient sur la Chine. Oui, mais pourquoi aujourd’hui ? Ils auraient du te laisser un peu de temps pour te préparer.
- Ils m’ont laissé le choix dans la date. Tôt ou tard, il faut assumer. Je ne peux pas annuler cette petite enquête, même si j’ai du tracas jusqu’au cou. Ma grande peur, c’est que ça me donne moi aussi envie de danser… de rigoler… de déconner un bon coup sans gêner personne… de prendre une cuite… de ne pas me prendre au sérieux… Tous ces trucs insensés…
- Mais non, ne t’en fais pas. Tu as eu une bonne éducation. Ce soir pour te réconforter, on regardera ensemble la compil’ des chants de l’Armée Rouge.

Enfin, de l'art !
01:18 Publié dans presse | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : chine, censure
04.12.2010
WikiLeaks : La censure tranquille
Besson est un indécrottable pitre. Le grand timonier de l’Identité nationale reprend son air martial à la gomme pour dire qu’il va expulser WikiLeaks. Le plus célèbre réfugié politique de l’UMP a pris les habits d’Anastasie.
C’est la bonne veille censure, à la chinoise ! A Pékin, tout est sous contrôle, et pas une trace de WikiLeaks. Notre gouvernement moderne adopte le discours chinois sur la liberté d’expression, ce qui permet d’éclaircir un point d’histoire. Sarko a bien parlé droits de l’homme lors de son repas de une heure avec Hu Jintao au restaurant La Petite Maison à Nice,... et Hu Jintao l’a convaincu.
La censure, c’est çà : « La France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique. Elle ne peut héberger les sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison des atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux ».
Admettons que le recyclé de l’Identité nationale estime qu’il y a abus. Que faire ? Eh, bien saisir le juge, car il n’y a pas de liberté sans limite.
Un pilier, l’article 10
Il veut un texte, le converti au sarkozysme ? En voici un qu’il n’aime pas trop, un texte casseur de statistiques, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, et en particulier son article 10, relatif à la liberté d’expression.
« 1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.
« 2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire ».
Ce qui montre au passage que ce texte européen, si décrié par les ennemis des libertés, est tout en équilibre.
La jurisprudence comme à la maison
A partir de ce texte, la CEDH a élaboré sa jurisprudence (CEDH, Castells c. Espagne, 23 avril 1992 ; Fressoz et Roire c. France, no 29183/95, § 45 ; Ceylan c. Turquie, no 23556/94).
La liberté d’expression, l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, vaut pour les idées qui heurtent, choquent ou inquiètent. La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun. Sous réserve du paragraphe 2 de l’article 10, elle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique » (Handyside c. Royaume-Uni, 7 décembre 1976).
Cette liberté ne peut être limitée que pour « besoin social impérieux ».
Une condamnation s’analyse en une « ingérence » dans l’exercice par l’intéressé de sa liberté d’expression, ce que reconnaît le Gouvernement. Pareille immixtion enfreint l’article 10, sauf si elle est « prévue par la loi », dirigée vers un ou des buts légitimes au regard du paragraphe 2 et « nécessaire » dans une société démocratique pour les atteindre (Lingens c. Autriche, 8 juillet 1986 ; Jerusalem c. Autriche, no 26958/95). Pour ce faire, la Cour EDH considère l’ingérence litigieuse à la lumière de l’ensemble de l’affaire pour déterminer si elle était « proportionnée au but légitime poursuivi » et si les motifs invoqués par les autorités nationales pour la justifier apparaissent « pertinents et suffisants » (Lindon, Otchakovsky-Laurens et July c. France, nos 21279/02 et 36448/02).
L’article 10 ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou de questions d’intérêt général.
L’article 10 § 2 de la Convention ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou de questions d’intérêt général (Wingrove c. Royaume-Uni, 25 novembre 1996 ; Scharsach et News Verlagsgesellschaft c. Autriche, no 39394/98).
De plus, les limites de la critique admissible sont plus larges à l’égard du gouvernement que d’un simple particulier, ou même d’un homme politique. Dans un système démocratique, les actions ou omissions du gouvernement doivent se trouver placées sous le contrôle attentif, non seulement des pouvoirs législatif et judiciaire, mais aussi de l’opinion publique (Incal c. Turquie, 9 juin 1998).
Pour la Cour, il est fondamental, dans une société démocratique, de défendre le libre jeu du débat politique, qui se trouve au cœur même de la notion de société démocratique (Almeida Azevedo c. Portugal, no 43924/02, 23 janvier 2007; CEDH, Feldek c. Slovaquie, no 29032/95).
Si tout individu qui s’engage dans un débat public d’intérêt général est certes tenu de ne pas dépasser certaines limites quant au respect – notamment – des droits d’autrui, il lui est également permis de recourir à une certaine dose d’exagération, voire de provocation, c’est-à-dire d’être quelque peu immodéré dans ses propos (Mamère c. France, no 12697/03).
Petit Besson ne deviendra pas grand
Au lieu de s’engager dans ce débat, perdu d’avance pour notre héros en mal d'identité, Besson est allé saisir un truc, le Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) de lui indiquer « dans les meilleurs délais possibles quelles actions peuvent être entreprises afin que ce site Internet ne soit plus hébergé en France ». Preuve est ainsi rapportée qu’au ministère, il n’y a plus un seul cerveau disponible pour réfléchir un peu.
Si le contenu est illicite, il suffit d’un avertissement à l’hébergeur que semble être OVH, installé à Roubaix, et si l’hébergeur n’obtempère pas, notamment car il estime que les textes publiés s’inscrivent dans le cadre protégé par l’article 10, toute personne intéressée peut saisir le tribunal de grande instance, selon les procédures d’urgence, dans le cadre de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) de 2004. Il y a débat, et le juge tranche.
Débat ? C’est justement ce dont ne veut pas Anastasie Besson. Quelque chose à cacher ?

01:21 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (65) | Envoyer cette note | Tags : internet, liberté d'expression, cedh, censure
13.02.2010
Quand les Beaux-Arts censurent les artistes…
Les crétins de la censure ont encore frappé, en plein Paris. Cette fois-ci, le censeur s’appelle – c’est tout de même peu banal – la direction de l'École des Beaux-Arts. Voici le drame, qui a failli faire chanceler le pouvoir.
Le truc, c’est une exposition « Week end de sept jours » en partenariat avec le Royal College of Art de Londres et le Lasalle College of the Arts de Singapour. Clare Carolin, commissaire de l’exposition, explique sur le site des Beaux-Arts : « Le Week end de Sept Jours interroge les perspectives utopistes de l'art et nous renvoie aux fantasmes qui ont parcouru le XXe siècle d'une société de loisirs dans laquelle le seul but de la vie serait la poursuite de plaisirs sans contraintes. […] L’exposition Le Week end de sept jours se veut un temps de rencontre où les notions de temps, d’espace et d’art sont réexaminées au regard d’un rêve utopiste que nous avons toujours attendu et qui apparaît pourtant aujourd’hui plus inaccessible que jamais. »

Parmi les artistes invités, la chinoise Ko Siu Lan. Elle a choisi de mêler création et art dans la rue, avec une interpellation de tout un chacun par une œuvre qui devient mobile en fonction de votre sens de passage. J’explique. Ko Siu Lan a installé en façade de l'École des Beaux-Arts, quai Malaquais, deux grandes bannières, à l’emplacement utilisé pour annoncer les expos. Ces belles bannières, noires, sont imprimées de quatre mots : « gagner », « plus », « travailler », « moins », et les inscriptions sont faites recto-verso. Pour une bannière, « travailler » d’un coté, et « gagner » de l’autre. Pour la deuxième, « plus » d’un côté, et « moins » de l’autre. Ainsi, le passant voit, selon le sens de sa marche, « gagner plus » ou « travailler moins ». Effet graphique assuré sur la belle façade du bâtiment, prise à témoin du passant qui fait bouger l’œuvre, et lui fait dire ou une chose ou une autre. Pas mal. Ca parle. La France a accroché à un slogan illusoire, et l’artiste accroche à son tour le slogan dans une illusion, par un joyeux contretemps.
L’accrochage, c’était mercredi. Mais badaboum, quelques heurs plus tard : la direction des Beaux-Arts impose de décrocher les deux bannières et leurs quatre mots car tenez vous bien, cette installation « pouvait constituer une atteinte à la neutralité du service public et instrumentaliser l'établissement ». Et voilà à nouveau les artistes sommés d’un devoir de réserve, et cette fois-ci par les Beaux-Arts. La création artistique, oui, mais neutre, s’il vous plait.

Une bonne vieille censure, bête et brutale, comme toute censure, avec un solide goût de rance. Interrogé, le ministre de la culture et des boxeurs thaïlandais a fait savoir que « c'est un problème entre l'artiste et l'école, et le ministre laisse l'école gérer ». L’artiste était prévue de longue date, son installation figurait en photomontage sur le catalogue de l’exposition, et elle n’a pas installé les deux banderoles sur la façade du bâtiment de manière clandestine. Aussi, dénonçant cette censure, Ko Siu Lan a annoncé qu’elle allait saisir la justice. C’est bien la peine de quitter Pékin pour se faire censurer à Paris.
Elle explique à Libération : « Venant de Chine, je ne comprends pas cette censure brutale en France, et surtout dans l’une de ses écoles d’art les plus anciennes, qui est supposée encourager la liberté d’expression. Cela montre le degré de conservatisme du climat politique et le degré de peur de Sarkozy ». Mais où va-t-elle chercher tout çà…

00:59 Publié dans Libertés | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : censure, beaux arts, ko siu lan
28.03.2009
Orelsan : Le retour des rats
Sacrés censeurs, sacrés farceurs. Toujours les mêmes ficelles de ringards. Oh l’abominable Orelsan qui dit ce qu’il ne faut pas dire. Qu’on parle crument des misères cachées, non, vraiment c’est impossible.
Préparons une grande brochette pour aligner tous ces censeurs. Comme poisson pilote, Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la Solidarité qui trouve ainsi une occasion de faire parler d’elle, alors que bêtement je la croyais entrain de s’occuper des 80 000 chômeurs de février. Vient ensuite Christine Pimprenelle Albanel qui se dit « choquée et même révoltée » par cette chanson : « Une apologie sordide de la brutalité envers les femmes, d'une cruauté inouïe. La liberté d'expression s'arrête où commencent l'incitation à la violence et la manifestation de la haine la plus nauséabonde. »
Et suivent notre vaillant Papy Parti Socialiste (PPS), qui après l’ébouriffant succès de son printemps des libertés, appelle à la censure, la toujours fringante Marie-George Buffet, et en embuscade Ni Putes Ni Soumises : « Nous ne pouvons nous satisfaire de la seule censure de la chanson 'Sale pute'. Nous demandons instamment à Orelsan de présenter des excuses publiques au plus vite et appelons au boycott du Printemps de Bourges si cet artiste est encore programmé ». Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, alors qu’une séance de flagellation publique serait du meilleur effet ? 
L’objet de cette soudaine poussée de fièvre est une chanson d’Orelsan qui date de 2007. Deux ans pour remonter au cerveau de ces ramollis du bulbe, c’est un délai normal.
Alors, qu’en est-il de ce péril social, à savoir cette chanson « Sale pute » ? C’est l’histoire d’un mec, un sale mec, planté par sa copine, qui pète les plombs et lui voue une rouste. Un secret : c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une telle chose arrive.
« T'es juste bonne à te faire péter le rectum
« J'te déteste, j'veux qu'tu crèves lentement
« On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée
« Tu n'es juste qu'une truie, tu mérites ta place à l'abattoir.
Poursuivons dans l’aseptisation de la pensée. J’imaginais au minimum un joli bras d’honneur d’Orelsan et de sa maison de disques, 3ème Bureau (Wagram). Les deux se couchent ! « Comme toute création artistique, aussi violente soit elle, cette narration ne peut et ne doit pas être sortie de son contexte. En aucun cas Orelsan ne se pose en agresseur de la gent féminine ». Et la nouille Orselan qui présente ses excuses… Dans la foulée, les organisateurs du printemps de Bourges s’engagent à ce que « Sale Pute » ne soit pas chanté par Orelsan lors de son passage sur scène.
Alors, remettons un peu d’ordre au pays de la censure métabolisée.
Que le texte d’Orelsan, un cri de brute, soit nul et affligeant, il n’y a pas de doute. Après, c’est à lui d’assumer.
Qu’on n’aime pas ce texte, et qu’on veuille le dézinguer : allez-y les amis, foncez ! Toute critique est salutaire. Et que les meilleurs arguments gagnent !
Christine Pimprenelle Albanel estime qu’il y incitation à la violence ? Qu’elle saisisse vite la justice, et qu’un juge indépendant et impartial se prononce, au nom de la loi.
Le public méprise le texte et l’auteur ? Il se casse et achète un coffret de Francis Cabrel ! 
Mais cette nuée de mouches qui s’abat sur le bonheur de la censure, ça, c’est vraiment indécent. Orelsan est impardonnable : il a dit avec vérité le moteur des violences faites aux femmes. Dire la vérité : impensable mon ami ! Pour parler, il faut le Code social. Utiliser des mots violents pour parler de la violence : inimaginable. Dire ce qui se passe dans la tête d’un mec qui part en vrille : insupportable.
Les censeurs ne changeront jamais. Cette internationale du crétinisme ressort toujours les mêmes balourds, depuis plus de 2 000 ans. Alors, un peu de lecture ? Tiens, n’allons pas chercher loin : deux articles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.
Article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. »
Article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. »
Donc, c’est assez simple. La censure, c’est interdire par a priori. La liberté, c’est s'exprimer, et en répondre devant l'opinion et, le cas échéant, devant les tribunaux. Et la Cour Européenne des Droits de l’Homme rappelle depuis l’arrêt Handyside de 1976, que la liberté d'expression « vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'est pas de société démocratique ».
Alors, à tous ceux qui s’égosillent sur le cas Orelsan, je leur déconseille fortement d'entrer dans une libraire digne de ce nom. Ils risqueraient de trouver les écrits de Sade, dans cette insensée collection La Pléiade de Gallimard. Mais aussi, ils y verraient toutes les œuvres, dont celles de Baudelaire et Flaubert, qui aujourd'hui sont des classiques, mais qui ont commencé leur carrière avec les cris effarouchés des censeurs.
Orelsan n’a pas ce talent ? Certes, et pas ce courage non plus. Mais ce n’est pas le problème. Sa faute, c’est d'avoir dit la vérité. C’est ça qui est insupportable à ces esprits fatigués.
Lorsqu’il y a quelques mois un député avait assassiné sa femme, parce qu’elle avait rompu, avant de se suicider, l’Assemblée nationale lui avait rend hommage par une minute de silence, debout en séance. Là, ce n'était pas une chanson. Je n’avais pas entendu tous ces cris outragés…

Le Marquis de Sade en prison
00:33 Publié dans Libertés, Musique | Lien permanent | Commentaires (170) | Envoyer cette note | Tags : censure, ordre moral










