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  • Trahison: Le Parti Socialiste attaque notre vie privée

    rueducine.com-la-trahison-du-capitaine-porter-1953.jpgEn janvier 2013, quand le ministère de l’Intérieur et ses amis Fouks et Bauer se sont préoccupés d’interdire, en tant qu’autorité administrative – et non judiciaire – un spectacle, celui d’un humoriste à succès, il ne fallait rien dire car le mec avait déjà été condamné en correctionnelle pour des abus de la liberté d’expression. Le blog n’avait tenu aucun compte de ces conseils, et j’ai dénoncé – non par le cœur, mais par le raisonnement juridique – les dérives des autorités.

    C’était une question de principe : la police qui limite la liberté d’expression, jamais ! Si Schmoll tient des propos tombant sous le coup de la loi, la police enquête et le juge sanctionne, la loi pouvant prévoir des sanctions efficaces, mais le ministère de l'Intérieur qui borne la liberté d'expression, c'est non. Aussi, je dénonce cette tare qu’est Dieudonné qui n’a pas fait de recours contre l’arrêt du Conseil d’Etat devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, et qui nous lègue comme un fait accepté cette jurisprudence.

    Les humoristes peuvent faire rire – ou non – mais pour le reste - Dieudo ou Enfoirés - qu’ils ne viennent pas nous gaver. Merci. On a assez à faire pour ne pas avoir à gérer la fine pensée de Dieudo. C’est dans la rubrique humour, et rien de plus, et le fait qu’El Blancos soit injuste avec lui ne donne aucun crédit à sa pensée. Les bouffons, ce sont des bouffons.

    L'inacceptable, inacceptable car cela nous concerne tous, c’était que la police limitait la liberté d’expression. Ça venait du Parti Socialiste, ce vieux parti répressif et colonialiste, comme un retour du refoulé. Et maintenant, on voit que la police pour contrôler la liberté d’expression, c’est le viatique du Parti-socialiste-social-libéral.

    Hier, on a parlé de ces ridicules « censures-pub » pour des sites décrétés faisant l’apologie du terrorisme. Le ministère de l’Intérieur, sans preuve ni débat, décide qu’un site fait de l’apologie, et il le dégage. Quand on connait les aberrations de la politique de Fabius-le-dormeur sur le Moyen-Orient, cette politique d’interdiction par le gouvernement a de quoi inquiéter.Traitre_sur_commande.jpg

    Et maintenant arrive – merci aux messes émotionnelles de janvier – le « Patriot Act » de Hollande-Valls. C’est Le Figaro qui hier a révélé le contenu du projet de loi « post-Charlie », un fruit véreux des messes émotionnelles. 

    Voici donc le projet du liberticide Parti socialiste, qui double Sarko par la Droite, un rêve enfin réalisé. Soyez sûrs que le blog regardera ça de prêt, mais aujourd’hui je ne peux présenter qu'une synthèse de ce qui a fuité dans Le Figaro, et que n’a pas démenti le « gouvernement ».

    Deux questions pour encadrer cette lecture :

    - Est-ce encore notre pays ?

    - Que reprochez-vous à Poutine ?

    Surveillance sans l'accord du juge

    Les services de renseignement pourront désormais infiltrer et surveiller les terroristes potentiels grâce à des autorisations administratives, c'est-à-dire sans passer par la décision d'un juge. 

    Mails et appels interceptés

    Ils pourront effectuer des « interceptions de sécurité » portant sur les contenus électroniques des mails et des conversations téléphoniques, dès lors qu'ils estimeront que ces interceptions sont en lien direct avec l'enquête.

    Caméras, micros et données personnelles

    Le projet prévoit le « recours à des appareils enregistrant les paroles et les images de personnes ou à des logiciels captant les données informatiques », ce qui permettra aux agents de renseignement de poser des micros et des caméras espions.

    Poster - Killers, The (1946)_01.jpgMouchards sur les voitures

    Le projet de loi prévoit l'emploi de balises « permettant de localiser en temps réel un véhicule ou un objet » et « l'utilisation de dispositifs mobiles de proximité », à savoir des appareils espions qui siphonnent toutes les données transitant dans les parages.

    Atteinte à la vie privée dépénalisée

    Pour la première fois en France, le projet offre « un cadre légal général à des activités susceptibles de porter atteinte à la vie privée et au secret des correspondances », ce qui veut dire qu’on ne pourra même plus faire de recours.

    Conservation des données

    Le projet de loi prévoit que les informations recueillies soient détruites après un an, durée maximale qui peut être réduite à un mois pour les « interceptions de sécurité », et prolongée à 5 ans pour les « données de connexions ». 

    Please, chères amies et chers amis, la question n’est plus de voter pour ces héros comme « moindre mal », mais de les combattre. Nous devons combattre le FN, l’UMP et le PS, car c’est la même substance, mais celui qui a trahi, c’est le Parti Socialiste.

     

  • Le retour de la censure policière en France

    Drôle d’ambiance dans le pays… Tout le monde semble bien content de saluer le retour de la censure policière en France. Hier, cinq sites internet « prônant l'apologie du terrorisme » ont été bloqués sur décision du ministre de l'Intérieur.

    Le terrorisme, on n’aime pas trop, alors s’en prendre à des sites qui propagent ses messages ou ses exploits, qui appellent à prendre les armes contre le droit,... nous serons tous d’accord. Et cela ne pose pas de problème à l’égard de la liberté d’expression, qui a pour limite le « discours de haine », et alors que la Convention européenne des droits de l’Homme prévoit qu’on ne peut invoquer le texte pour défendre des objectifs qui lui sont contraires.

    censure-internet.jpg

    Donc, tout va bien, et on se demande pourquoi ça n’a pas été fait plus tôt… si ce n’est que, comme nous ne sommes pas des crétins finis, il faudra nous prouver que c’est vraiment utile, en répondant à trois questions :

    - Y a-t-il des études fondées sur les résultats des enquêtes judiciaires pour démontrer l’impact réel de ces sites ?

    - Dans une logique de renseignement de filtrage des réseaux, ne se prive-t-on pas d’informations ?

    - L’efficacité est-elle assurée pour des sites qui échappent aux réseaux de diffusion français ?  Rue 89 et Pixellibre.net expliquent comment ça marche… ou pas.

    Mais bon… Alors pourquoi faut-il que je râle encore ? Eh bien je râle encore car je dénonce la censure policière, c’est-à-dire le fait que ce soit la police, d’après ses renseignements et sans procédure contradictoire qui décide de la censure. C'est une violation grave de la liberté d’expression. Si un site déverse des appels à la haine, on droit pouvoir sévir, mais par une décision judiciaire, après l’énoncé des griefs et un débat contradictoire. Bref, le juge avec les droits de la défense et non un flic qui bidouille dans son coin. La justice peut réagir très rapidement, et il existe même toutes sortes de procédures qui permettent de se prononcer dans l'urgence, soit en moins de 24 heures. Aussi, le respect de la liberté d’expression serait simple : le ministère de l’Intérieur repère un site frelaté, fait une enquête, relève les propos qui déconnent, et saisit le juge qui, application les règles du procès équitable, prend une décision autorisée par la loi, et pourquoi pas la fermeture du site. Là, je n'aurais rien à dire. 

    Le texte en cause, c’est la loi du 13 novembre 2014 qui renforce la lutte contre le terrorisme, et son décret d’application du 5 février 2015 qui ont confié la censure à l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication. Quel contrôle du juge ? Aucun ! Mais le ministre nous dit la main sur le cœur : « Les cinq premiers sites sont tous animés par des groupes répertoriés par les services de renseignement et font tous l'apologie du terrorisme ». Eh bien, si c’est si simple, pourquoi tu ne demandes pas au juge ?

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    Ce système de censure administrative est une création de Sarkozy – une victoire morale de plus sur le PS – avec la loi du 14 mars 2011 dite Loppsi2. Ce régime de censure policière est dénoncé par les défenseurs du net, je peux citer La Quadrature du Net, le Parti Pirate et cette excellente tribune de Philippe Aigrain et Jérémie Zimmermann.

    A deux reprises déjà, le Conseil constitutionnel s’est opposé à ce régime de censure.

    Dans sa décision du 2009-580 du 10 juin 2009, pour HADOPI, le Conseil a jugé, que les pouvoirs confiés à une autorité administrative de couper l’accès sans passage préalable par le juge que ceux-ci «peuvent conduire à restreindre l’exercice, par toute personne, de son droit de s’exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile » et que dans ces conditions « eu égard à la nature de la liberté garantie par l’article 11 de la Déclaration de 1789, le législateur ne pouvait, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative dans le but de protéger les droits des titulaires du droit d’auteur et de droits voisins ». Et oui, le système HADOPI qui était critiqué par le PS comme contraire aux libertés… De pitoyables girouettes

    Rebelote avec sa décision 2011-625 du 10 mars 2011, le Conseil constitutionnel avait validé des dispositions dès lors qu’elle « ne confèrent à l’autorité administrative que le pouvoir de restreindre, pour la protection des utilisateurs d’internet, l’accès à des services de communication au public en ligne lorsque et dans la mesure où ils diffusent des images de pornographie infantile ».

    Et alors, me direz-vous, comment se fait-il que le Conseil constitutionnel ait laissé passer la loi du 13 novembre 2014 sur la censure policière ? Très simple : parce que le Conseil constitutionnel n’a pas été saisi. Ah, ils sont fortiches ! Ils sont soi-disant prêts à combattre contre le terrorisme mais ils n’osent même pas affronter le Conseil constitutionnel…

    Ce sera donc à un de ces sites ou un des hébergeurs de faire un recours, et à cette occasion de contester la loi par une question prioritaire de constitutionnalité, avec une défaite annoncée du gouvernement. Mais peu importe, les élections départementales seront passées, et çà, c’est important. 

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  • Tous à poil contre la censure !

    L’humour est encore le meilleur pour répondre aux arguments d’abrutis. Voici donc la belle réaction de quatorze professionnels du livre du Nord-Pas-de-Calais, des éditeurs et des libraires. Emily Vanhée, présidente de l’association Libr’Aire et libraire à Roubaix, explique : « On soutient aussi ces éditeurs, ces auteurs, qui ont aussi le courage de prendre parti. Le livre n’est pas quelque chose qu’on peut censurer. On est prêts à oser un peu le ridicule pour défendre nos idées ».

    Pauvre Copé… Pauvre UMP... 

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  • Mein Kampf, l’un des livres les plus lus de 2013

    mein_kampf.jpgMein Kampf , l’ouvrage de base du nazisme, a fait un carton sur Internet en 2013, en se plaçant dans les très fortes ventes de livres en ligne. Ce succès est un fait, à regarder en face, et ce d’autant plus qu’au 1° janvier 2016, le droit d’exploitation tombera dans le domaine public. Tout éditeur pourra traduire et publier Mein Kampf… Alors ? On publie, on prépare et on affronte les débats, ou on censure ?

    On trouve sur le Net plus d’une centaine de versions de Mein Kampf, en format papier, audio et numérique et de nombreuses versions téléchargeables en PDF sur tout un tas de plateformes. Sur Amazon.com, il est 20ème dans la catégorie «politique et sciences sociales», 7ème de la rubrique «politique et gouvernance», 4ème du rayon «idéologie et doctrines». Selon Vocativ, Mein Kampf été téléchargé plus de 100.000 fois sur la librairie ouverte Internet Archive.

    Un éditeur californien, Elite Minds Inc, a lancé début 2013, sur la liseuse Kindle d’Amazon, une version du livre à 99 cent, environ 70 centimes d’euro. Montecristo Editora, une entreprise brésilienne basée à Sao Paolo, a suivi le mouvement. Vendu chez Apple à 2,99 $, le livre est numéro 16 des meilleures ventes d'e-books dans la catégorie «politique et actualité» sur iTunes.apple.com.

    Rédigé par Hitler alors qu’il était détenu à Landsberg entre 1923 et 1924, après le putsch raté, Mein Kampf a été publié initialement en deux volumes les 18 juillet 1925 et 11 décembre 1928. Le livre, qui pose les fondements de l'idéologie nazie, a été diffusé à 12 millions d'exemplaires en Allemagne entre 1930 et 1940.

    Mein Kampf a alors été publié en France et en français, sans autorisation de l’auteur, et l’éditeur d’Hitler a engagé un procès civil en contrefaçon. L’éditeur français expliquait que c’était un devoir que de faire connaitre ces funestes théories, et le Maréchal Lyautey avait apporté son soutien à l’intiative, ajoutant en exergue de cette édition : « Tout français doit lire ce livre ».Mais tout livre est, en droit, une œuvre de l’esprit, et la première chambre du tribunal de commerce de la Seine, le 18 juin 1934,  jugeant que « cette œuvre représente un effort de création », a donné raison à l’éditeur d’Hitler (Gazette du Palais 1934, 2ème sem. pp. 176-178).

    Après l’effondrement du régime nazi, les droits d’auteur ont été dévolus au Land de Bavière qui s’oppose à sa réédition. Aux États-Unis, le 1er amendement de la Constitution protège une totale liberté d’expression, et le livre est publié par l’éditeur Houghton-Mifflin, titulaire du droit pour l’avoir acquis avant-guerre.

    IMG_2432-kampf.JPGEn France, la société Nouvelles Editions Latines dispose des droits de traduction française de l’ouvrage, et a re-publié le livre. La LICRA a attaqué l’éditeur, sur le fondement de l’incitation à la haine raciale, demandant d’interdiction à la vente, mais la Cour d’appel de Paris, par un arrêt du 11 juillet 1979, a maintenu la vente, soulignant qu’il s’agit d’un « document historique indispensable pour la connaissance de l’époque contemporaine ». Seule limite : l’éditeur doit insérer un avertissement de huit pages expliquant qu’« aucun acte de propagande en faveur des thèses imaginées par Hitler ne peut être toléré en France » et rappelant les « crimes contre l’humanité auxquels a conduit cette doctrine ». L’éditeur annonce quelques centaines de ventes par an.

    Mais une nouvelle échéance attend les éditeurs. Le droit moral de l’auteur est perpétuel, et le Land de Bavière conservera la maîtrise intellectuelle sur l’œuvre, pouvant agir si des traductions trahissent le texte d’origine. Mais le droit d’exploitation, lui, est limité à soixante-dix ans après la mort par le droit communautaire (Directive 2006/116/CE du 12 décembre 2006, modifiant la directive 93/98/CEE du 29 octobre 1993 ; en France, art L 123-1 Code de la Propriété Intellectuelle). La date reconnue d’Hitler étant le 30 avril 1945, le droit d’exploitation tombera dans le domaine public le 1er janvier 2016. Tout éditeur pourra alors traduire et publier le livre.

    Les accros de la censure ont commencé à manœuvrer les autorités politique, mais Wolfgang Heubisch, le ministre des Sciences et de la Recherche de Bavière, s'est prononcé en faveur d'une réédition : «S'il faut que l'ouvrage d'Hitler soit édité, le danger existe que des charlatans et des néo-nazis se saisissent de cette œuvre ignoble lorsque la Bavière n'aura plus les droits. Je suis donc de l'opinion qu'une édition critique et bien documentée soit préparée». Bien d’accord avec toi, Wolfgang. Interdire, qui a toujours été idiot et contreproductif, est devenu dérisoire avec le Net.

    9782723318174.jpgEt puis, c’est vraiment une grande tradition, que lire et étudier les livres de feu. Voici un texte qui n’a pas de force juridique, mais que j’aime bien ; la Charte des bibliothèques, adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991, et j’offre deux articles offerts à nous amis les censeurs affolés…

    Article 3. – La bibliothèque est un service public nécessaire à l’exercice de la démocratie. Elle doit assurer l’égalité d’accès à la lecture et aux sources documentaires pour permettre l’indépendance intellectuelle de chaque individu et contribuer au progrès de la société.

    Article 7. – Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives, chacune à son niveau ou dans sa spécialité, de l’ensemble des connaissances, des courants d’opinion et des productions éditoriales. Elles doivent répondre aux intérêts de tous les membres de la collectivité à desservir et de tous les courants d’opinion, dans le respect de la Constitution et des lois. Elles doivent être régulièrement renouvelées et actualisées. Les collections des bibliothèques universitaires et spécialisées doivent également répondre aux besoins d’enseignement et de recherche des établissements en cohérence avec les fonds existants et avec ceux des bibliothèques appartenant au même ensemble ou à la même spécialité ».

    Comment lire, savoir, apprendre, critiquer peut-il faire peur ? Combattons les censeurs.

  • Dieudonné : Contrôle de la morale par le Ministère de l'Intérieur, retour de la censure

    Par sa décision Dieudonné du 9 janvier 2014 (n° 374508), le Conseil d’Etat, par un revirement de jurisprudence, ouvre une logique destructrice de nos libertés : en imposant une morale juridique, en légitimant la censure, en bafouant le principe de responsabilité. La CEDH sera saisie, et la France peut se préparer à une nouvelle humiliation. Mais sans attendre la décision de la CEDH, et vu l’ampleur de ce qui est en jeu, nous devons nous organiser pour refuser cette spirale de la régression qu’ouvrent le Conseil d’Etat et le gouvernement. 

    Le gouvernement ne sortira pas indemne de cette affaire, car c’est lui, qui méconnaissant la société, a allumé la mèche. Il croyait viser le saltimbanque Dieudonné, mais ce sont des parts entières de la société qui sont atteintes, et des ruptures in vivo se dessinent. Valls parle de victoire de la République… Que sait-il de la République ? En quoi la République appartiendrait-elle plus à lui qu’à nous ? Ce soir, les phraseurs habituels du PS faisaient les canards... comprenant que cette victoire est une grande défaite. Ils se sont laissés enfermer dans un jeu destructeur, et le paieront cash. 

    Petite précision. Comme nous vivons ensemble les évènements de ces derniers jours, je précise que je ne change pas un mot des deux précédents textes publiés sur le sujet. Je prends date, et je dis tranquillement que mes petits articles de blog vieilliront mieux que l’ordonnance de référé du Conseil d’Etat.

    Petite remarque. Ceux qui croyaient la juridiction administrative ensevelie sous les contraintes, et empêtrée dans des délais sans fin, sont rassurés. Le tribunal administratif de Nantes s’est prononcé à 14 heures, le ministre a fait appel, et l’audience devant le Conseil d’Etat s’est tenue à 17 h, pour un arrêt rendu à 18 h 30. La question des délais de justice est donc réglée en France, et ça, franchement, c’est une bonne nouvelle... On peut en rire, mais c'est l'occasion d'une violation nette des droits de la défense : son avocat qui était à Nantes à 14 heures, a été convoqué à 15 h pour plaider à Paris, et il n'a pu être présent. Quand la justice s'affole...

    1 - L’argument du préfet

    926534_2976968.jpgPour prononcer l’interdiction du spectacle, le préfet de la Loire-Atlantique a relevé que :

    - ce spectacle, tel qu'il est conçu, contient des propos de caractère antisémite, qui incitent à la haine raciale, et font, en méconnaissance de la dignité de la personne humaine, l'apologie des discriminations, persécutions et exterminations perpétrées au cours de la Seconde Guerre mondiale ;

    - M. Dieudonné M'Bala M'Bala a fait l'objet de neuf condamnations pénales, dont sept sont définitives, pour des propos de même nature ;

    - les réactions à la tenue du spectacle du 9 janvier font apparaître, dans un climat de vive tension, des risques sérieux de troubles à l'ordre public qu'il serait très difficile aux forces de police de maîtriser.

    C’est tout ?

    A ce stade, il était facile, dans l’approche classique, de suspendre cet arrêté, manifestement illégal.

    Sur le motif principal, il suffit de reprendre la base de la liberté d’expression, et c’est que fait la jurisprudence depuis 1933. Le spectacle se tient, au nom de la liberté d’expression. On installe trois flics dans la salle, et si des propos antisémites sont tenus, le parquet fait délivrer le lendemain une citation directe devant le tribunal correctionnel, qui va statuer sur les abus de la liberté d’expression. Au passage, le préfet rappelle que le spectacle se tient depuis 6 mois à Paris sans réaction des pouvoirs publics... Alors, la découverte soudaine d’un péril, c’est totalement chelou.

    Ensuite, les condamnations de Dieudonné, qui à coup sûr, ne sont pas à sa gloire… Seules deux concernent des propos tenus lors des spectacles, et ça ne démontre pas, comme dans un film, qu’une infraction aura lieu. C’est une demande, masquée, de censure.

    Enfin, « les risques sérieux de troubles à l'ordre public qu'il serait très difficile aux forces de police de maîtriser », c’est juste de la blague quand on sait que le maire de la commune était opposé à l’interdiction du spectacle.

    2 - La liberté d’expression proclamée… en mode minimal

    9782020942980.jpgL’ordonnance démarre mou du genou, en posant ainsi les termes du débat :

    « L'exercice de la liberté d'expression est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect des autres droits et libertés. Il appartient aux autorités chargées de la police administrative de prendre les mesures nécessaires à l'exercice de la liberté de réunion. Les atteintes portées, pour des exigences d'ordre public, à l'exercice de ces libertés fondamentales doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées ».

    C’est un résumé à peine correct, déjà en service minimum. Le Conseil d’Etat aurait du reprendre les classiques de la CEDH, ce qui aurait été nature à lui éviter se de faire, plus tard, rétamer à Strasbourg par une Europe qui commence à nous regarder comme un insecte. 

    La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de société démocratique » (CEDH, Handyside, 7 décembre 1976).

    De même, la liberté de réunion protège aussi les manifestations susceptibles de heurter ou mécontenter des éléments hostiles aux idées ou revendications qu’elles veulent promouvoir (CEDH, Plattform « Ärzte für das Leben » c. Autriche, 21 juin 1988).

    3 - Comment le Conseil d’Etat a sauvé le soldat Valls…

    9782226209146g.jpgLe classique : les troubles à l’ordre public

    La police allait être débordée par les troubles à l’ordre public… Pour expliquer, on a droit en tout et pour tout : « La réalité et la gravité des risques de troubles à l'ordre public mentionnés par l'arrêté litigieux sont établis tant par les pièces du dossier que par les échanges tenus au cours de l'audience publique ».

    Bon. On n’en saura pas plus, mais chaque personne qui sait lire peut vérifier elle-même que la motivation totalement vague, et aucune information n’a été donnée sur une contre-manifestation. Aucun élément tangible.

    Ce point sera balayé par la CEDH, qui insiste toujours sur la nécessité d’apporter des éléments tangibles et précis, pour justifier la mesure de manière convaincante.

    L’innovation : retour de la censure

    Accrochez les ceintures, voici la motivation sur la censure, garantie 100% alambiqué :

     « Considérant qu'au regard du spectacle prévu, tel qu'il a été annoncé et programmé, les allégations selon lesquelles les propos pénalement répréhensibles et de nature à mettre en cause la cohésion nationale relevés lors des séances tenues à Paris ne seraient pas repris à Nantes ne suffisent pas pour écarter le risque sérieux que soient de nouveau portées de graves atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de dignité de la personne humaine, consacrés par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et par la tradition républicaine ».

    C’est le grand bazar, et là, on trouve de tout. Le juge prend en compte des infractions, ça on connait, mais aussi des propos « de nature à mettre en cause la cohésion nationale ». Bigre, ça m’intéresse ! La cohésion nationale en danger ? Où ? Comment ? Par qui ? Je croyais que c’était le chômage qui menaçait la cohésion nationale, pas un saltimbanque…  

    En dans la foulée, le Conseil d’Etat nous ressort la « dignité de la personne ». Je rappelle qu’aucun texte de droit ne retient cette notion. Dans sa décision de 1994, qui avait inventé ce principe de dignité, le Conseil constitutionnel, avait pris pour référence le Préambule de 1946. Là, le Conseil d’Etat trouve la source dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Impossible pour le Conseil d’Etat de citer un texte source : il n’y en a pas.

    La dignité est du registre moral, et les conceptions de la dignité sont très diverses. L’idée d’une morale collective d’ordre public est liberticide, car elle envahit le champ de vos libertés et de vos vies privées, en imposant des manières d’être et de penser. C’est absolument insupportable, et la CEDH écarte cette morale.

    Si des comportements ou des écrits dépassent les bornes sanctionnez, mais fichez la paix à ceux qui vous la fichent, e si vous voulez vraiment vous occupez de leurs conceptions morales, faites des livres, des émissions, des spectacles, des campagnes de com’, mais de grâce : ne passez par le droit ! Le droit, c’est : « si tu voles, tu seras puni selon les termes de la loi ; la morale, c’est : « tu ne dois pas voler ». Les deux sont utiles, mais il ne faut pas les confondre. La loi, c'est la liberté individuelle par principe, et la sanction ne vient qu'en cas de dépassement de la loi, et dans les formes prévues par la loi. Donc, tant que tu ne violes pas la loi, tu mènes librement ta vie. La morale est dans une logique inverse : elle définit un mode de vie et de pensée, et cherche à orienter globalement un comportement. Elle est donc très utile, mais elle doit rester sous le seul domaine de la sanction en conscience. Si la morale devient une règle juridique, le droit envahit l'espace privé et la liberté, et l'autorité publique peut alors définir ce qui est bien et ce qui est mal. Le ministère de l’intérieur devient ton guide de conscience. C’est effroyable.

    Ce Conseil d’Etat, fatigué, préfère se simplifier la vie en posant le principe de la censure. Le ministère de l’intérieur étudie, avec ses experts moraux, si un spectacle est conforme à la dignité humaine, et si ce n’est pas le cas il peut l’interdire.   

    On ajoute, car tant qu’à être minable, lâchons-nous : si le responsable du spectacle prend l’engagement que des propos pouvant être des infractions ne seront pas tenus, et bien, on s’en fiche. C’est dire que le Conseil d’Etat, devenu, censeur d’Etat, dénie même le principe de responsabilité.

    Cette décision du Conseil d’Etat est grave, car elle établit le devoir moral du ministère de l’intérieur de Contrôler la dignité des spectacle, et de pouvoir les censurer. Ça, ce n’est ni la République, ni l’Etat de droit.

    Aujourd’hui, c’est Dieudonné. Quel sera le prochain sur la liste ? Battons-nous pour nos libertés. C’est un devoir. 

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