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  • Trump et le déclin de l’Empire US

    32849.jpgImprévisible, contradictoire, ignorant… et tellement petit… Trump accélère la chute US, et ça, ça fait plaisir à voir.

    La journée d’hier commence par les résultats des élections en Iran. Même les plus acharnés adversaires du régime n’ont rien trouvé à redire sur la campagne, le déroulé des élections et le résultat. Forte participation, et victoire du camp réformiste de Rohani, avec la ville de Téhéran qui bascule.

    Six mois après l’accord sur le nucléaire, l'UE avait en janvier 2016 levé ses (illégales) sanctions économiques et individuelles, et hier, Federica Mogherini, patronne de la diplomatie européenne, a salué le processus : « Les Iraniens ont pris part avec passion à la vie politique de leur pays. Je félicite le président Rohani pour le clair mandat reçu. L'UE est prête à continuer à travailler pour la pleine mise en œuvre du Plan d'action global commun, l'engagement bilatéral, la paix régionale et la satisfaction des attentes de tous les habitants de l'Iran ».

    Au même moment, Trump appelait la quarantaine de pays à majorité musulmane sunnite à « isoler l’Iran », avec  cette fine analyse :  « Du Liban à l’Irak en passant par le Yémen, l’Iran finance, arme et entraîne des terroristes, des milices et d’autres groupes terroristes qui répandent la destruction et le chaos à travers la région. En attendant que le régime iranien montre sa volonté d’être un partenaire dans la paix, toutes les nations dotées d’un sens des responsabilités doivent travailler ensemble pour l’isoler ».  Retour de la bataille du bien contre le mal, merci de choisir votre camp...

    Il faut dire que l’excellent Trump parlait depuis Ryad, une capitale de la démocratie, du respect du droit – notamment des femmes -, un régime qui n’a jamais entretenu le moindre lien avec les familles du terrorisme, et qui ne plaide que la modération et l’ouverture d’esprit en religion… Un nirvana de paix et de décontraction sociale.

    Il faut dire aussi que l’excellent Trump devait faire des risettes aux barbus car il venait de leur faire signer pour 380 milliards de dollars de contrats, dont 110 d’armement, du jamais vu. Des ventes tous azimuts pour calmer l’establishment US qui a engagé les grandes manœuvres contre lui, en désignant un procureur spécial pour enquêter sur ses liens avec la Russie.

    Bref, tout ceci témoigne de la grandeur d’un homme politique, affirmant de hautes vues stratégiques, à long terme. Le même Trump qui s’est ridiculisé dans sa précipitation à publier des décrets anti-muslim, bloqués par un juge fédéral, et par son illégal et inefficace bombardement en Syrie, qui en a fait un clown international.

    Demain il sera en Israël et dans les territoires occupés de Palestine, pour proposer un plan de paix inepte, qui ne fera qu’aggraver la situation. Et ainsi de suite.

    Bon, mais bien sûr, tout ceci c’est de la faute de l’Iran.

    Le recul des États-Unis est inéluctable, et on le voit s’accélérer sous nos yeux. Les États-Unis ne parviendront pas tous les ans à refiler 110 milliards d’armes à l’Arabie Saoudite, ni ailleurs. Aussi, ce petit pays – 5% de la population mondiale – va devoir gérer l’écroulement de ses budgets militaires, la charge de sa dette et les tensions sociales qui s’enchaîneront, ce au milieu de grands moulinets diplomatiques.  

    L’Europe, sous domination de l’OTAN – OTAN qui met la pression pour prendre le relais militaire – va se montrer fébrile et velléitaire, car la partie lui échappe. Dans un monde qui a besoin de paix, c’est-à-dire de stabilité des États dans leurs frontières, les années qui viennent montreront que les sages sont la Chine et la Russie, mais aussi l’Iran. On en reparlera.

  • Manlio Dinucci : Le rôle USA et Otan dans le rapport de l’UE avec la Chine

    Excellent texte de Manlio Dinucci dans Mondialisation.ca, offrant une vision large des rapports de force qui vont façonner le monde. Il s’agit de l’intervention de l’ami Manlio à l’Académie de marxisme près l’Académie chinoise de sciences sociales, Association politico-culturelle Marx XXI, Forum Européen 2016 / La « Voie Chinoise » et le contexte international, Rome, 15 octobre 2016.

    Texte à lire et à débattre, on n’est pas obligé d’être d’accord sur tout… du moment où l’on est d’accord pour chercher à comprendre.

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    Je vais tout de suite au nœud de la question. Je pense qu’on ne peut pas parler de relations entre Union européenne et Chine indépendamment de l’influence que les Etats-Unis exercent sur l’Union européenne, directement et par l’intermédiaire de l’Otan.

    Aujourd’hui 22 des 28 pays de l’Ue (21 sur 27 après la sortie de la Grande-Bretagne de l’Ue), avec plus de 90% de la population de l’Union, font partie de l’Otan, reconnue par l’Ue comme « fondement de la défense collective ». Et l’Otan est sous commandement USA : le Commandant suprême allié en Europe est toujours nommé par le Président des Etats-Unis d’Amérique et tous les autres commandements clé sont aux mains des USA. La politique étrangère et militaire de l’Union européenne est ainsi fondamentalement subordonnée à la stratégie étasunienne, sur laquelle convergent les plus grandes puissances européennes.

    Cette stratégie, clairement énoncée dans les documents officiels, est tracée au moment historique où la situation mondiale change à la suite de la désagrégation de l’URSS. En 1991 la Maison Blanche déclare dans la National Security Strategy of the United States : « Les Etats-Unis demeurent le seul Etat avec une force, une portée et une influence en toute dimension – politique, économique et militaire – réellement globales. Il n’existe aucun substitut au leadership américain ». En 1992, dans la Defense Planning Guidance, le Pentagone souligne : « Notre premier objectif est d’empêcher qu’une quelconque puissance domine une région dont les ressources seraient suffisantes pour engendrer une puissance mondiale. Ces régions comprennent l’Europe occidentale, l’Asie orientale, le territoire de l’ex Union Soviétique et l’Asie sud-occidentale ». En 2001, dans le rapport Quadrennial Defense Review, – publié une semaine avant la guerre USA/Otan en Afghanistan, aire de première importance géostratégique à l’égard de Russie et Chine- le Pentagone annonce : « La possibilité existe qu’émerge dans la région un rival militaire avec une formidable base de ressources. Nos forces armées doivent conserver la capacité d’imposer la volonté des États-Unis à n’importe quel adversaire, y compris États et entités non-étatiques, de façon à changer le régime d’un État adverse ou occuper un territoire étranger jusqu’à ce que les objectifs stratégiques états-uniens soient réalisés ».

    Sur la base de cette stratégie, l’Otan sous commandement USA a lancé son offensive sur le front oriental : après avoir démoli par la guerre la Fédération Yougoslave, de 1999 à aujourd’hui elle a englobé tous les pays de l’ex Pacte de Varsovie, trois de l’ex Yougoslavie, trois de l’ex URSS, et sous peu elle en englobera d’autres (à commencer par la Géorgie et l’Ukraine, cette dernière de fait déjà dans l’Otan), en déplaçant bases et forces, y compris nucléaires, toujours plus près de la Russie. En même temps, sur le front méridional étroitement relié à celui oriental, l’Otan sous commandement USA a démoli par la guerre l’Etat libyen et a essayé d’en faire autant avec celui de la Syrie.

    USA et Otan ont fait exploser la crise ukrainienne et, accusant la Russie de « déstabiliser la sécurité européenne », ils ont entraîné l’Europe dans une nouvelle guerre froide, voulue surtout par Washington (aux dépens des économies européennes à qui les sanctions et contre-sanctions ont porté préjudice) pour casser les rapports économiques et politiques Russie-Ue néfastes aux intérêts étasuniens. C’est dans la même stratégie qu’entre le déplacement croissant de forces militaires étasuniennes dans la région Asie/Pacifique dans une fonction anti-chinoise. La U.S. Navy a annoncé qu’en 2020 elle concentrera dans cette région 60% de ses forces navales et aériennes.

    La stratégie étasunienne est focalisée sur la Mer de Chine Méridionale, dont l’amiral Harris, chef du Commandement USA pour le Pacifique, souligne l’importance : c’est là que passe un commerce maritime d’une valeur annuelle de plus de 5 mille milliards de dollars, dont 25% de l’export mondial de pétrole et 50% de celui du gaz naturel. Les USA veulent contrôler cette voie maritime au nom de celle que l’amiral Harris définit comme «liberté de naviguer fondamentale pour notre système de vie ici aux Etats-Unis », en accusant la Chine d’«actions agressives en Mer Chinoise Méridionale, analogues à celles de la Russie en Crimée ». Pour cela la U.S Navy « patrouille » la Mer de Chine Méridionale. Dans le sillage des Etats-Unis arrivent les plus grandes puissances européennes : en juillet dernier la France a sollicité l’Union européenne pour « coordonner la patrouille navale de la Mer Chinoise Méridionale afin d’assurer une présence régulière et visible dans ces eaux illégalement réclamées par la Chine ». Et tandis que les Etats-Unis installent en Corée du Sud des systèmes « anti-missiles » mais en mesure de lancer aussi des missiles nucléaires, analogues à ceux installés contre la Russie en Roumanie et bientôt en Pologne, en plus de ceux qui sont embarqués sur des navires de guerre en Méditerranée, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg reçoit le 6 octobre à Bruxelles le ministre des affaires étrangères sud-coréen, pour « renforcer le partenariat de l’Otan avec Séoul ».

    Ces faits et d’autres encore démontrent qu’en Europe et en Asie la même stratégie est à l’œuvre. C’est la tentative extrême des Etats-Unis et des autres puissances occidentales de maintenir la suprématie économique, politique et militaire, dans un monde en forte transformation, dans lequel émergent de nouveaux sujets étatiques et sociaux. L’Organisation de Shanghai pour la coopération, née de l’accord stratégique cino-russe, dispose de ressources et de capacités de travail capables d’en faire la plus grande aire économique intégrée du monde. L’Organisation de Shanghai et les Brics sont en mesure, avec leurs organismes financiers, de supplanter en grande partie la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui, pendant plus de 70 ans, ont permis aux USA et aux plus grandes puissances occidentales de dominer l’économie mondiale à travers les prêts usuraires aux pays endettés et d’autres instruments financiers. Les nouveaux organismes peuvent en même temps réaliser la dédollarisation des échanges commerciaux, en ôtant aux Etats-Unis la capacité de décharger leur dette sur d’autres pays par l’impression de papier monnaie utilisé comme devise internationale dominante.

    Pour maintenir leur suprématie, toujours plus vacillante, les Etats-Unis utilisent non seulement la force des armes, mais d’autres armes souvent plus efficaces que celles proprement dites.

    Première arme : les dits « accords de libre-échange », comme le « Partenariat transatlantique sur le commerce et les investissements » (TTIP) entre USA et Ue et le « Partenariat Trans-Pacifique » (TPP) dont le but n’est pas seulement économique mais géopolitique et géostratégique. C’est pour cela que Hillary Clinton qualifie le partenariat USA-Ue de « plus grand objectif stratégique de notre alliance transatlantique », en projetant une « Otan économique » qui intègre celle politique et militaire. Le projet est clair : former un bloc politique, économique et militaire USA-Ue, toujours sous commandement étasunien, qui s’oppose à l’aire eurasiatique en ascension, basée sur la coopération entre Chine et Russie ; qui s’oppose aux Brics, à l’Iran et à tout autre pays qui se soustraie à la domination de l’Occident. Comme les négociations sur le TTIP ont du mal à avancer à cause de divergences d’intérêt et d’une vaste opposition en Europe, l’obstacle est pour le moment contourné avec l’ « Accord économique et commercial global» (CETA) entre Canada et Ue : un TTIP camouflé étant donné que le Canada fait partie du NAFTA avec les USA. Le CETA sera probablement signé par l’UE le 27 octobre prochain, pendant la visite du premier ministre canadien Trudeau à Bruxelles.

    Seconde arme : la pénétration dans les pays cible pour les désagréger de l’intérieur. En s’appuyant sur les points faibles qu’a tout pays en mesure diverse : la corruption, l’avidité d’argent, l’arrivisme politique, le sécessionnisme fomenté par des groupes de pouvoir locaux, le fanatisme religieux, la vulnérabilité de vastes masses à la démagogie politique. En s’appuyant aussi, dans certains cas, sur un mécontentement populaire justifié quant à la conduite de leur gouvernement. Instruments de la pénétration : les soi-disant « organisations non gouvernementales » qui sont en réalité la main longue du Département d’état et de la Cia. Celles qui, dotées d’énormes moyens financiers, ont organisé les « révolutions colorées » dans l’Est européen, et ont tenté la même opération avec la soi-disant « Umbrella Revolution » à Hong Kong : qui visait à fomenter des mouvements analogues dans d’autres zones de la Chine habitées par des minorités nationales. Les mêmes organisations qui opèrent en Amérique Latine, avec l’objectif premier de subvertir les institutions démocratiques du Brésil, en minant ainsi les Brics de l’intérieur. Instruments de la même stratégie : les groupes terroristes, type ceux armés et infiltrés en Libye et en Syrie pour semer le chaos, en contribuant à la démolition d’Etats entiers attaqués en même temps de l’extérieur.

    Troisième arme : les « Psyops » (Opérations psychologiques), lancées à travers les chaînes médiatiques mondiales, qui sont définies ainsi par le Pentagone : « Opérations planifiées pour influencer à travers des informations déterminées les émotions et motivations et donc le comportement de l’opinion publique, d’organisations et de gouvernements étrangers, afin d’induire ou renforcer des attitudes favorables aux objectifs préfixés ». Avec ces opérations, qui préparent l’opinion publique à l’escalade guerrière, on fait apparaître la Russie comme responsable des tensions en Europe et la Chine comme responsable des tensions en Asie, en les accusant en même temps de « violation des droits humains ».

    Une dernière considération : ayant travaillé à Pékin avec ma femme dans les années Soixante, contribuant l’un et l’autre à la publication de la première revue chinoise en langue italienne, j’ai vécu une expérience formatrice fondamentale au moment où la Chine – libérée depuis à peine quinze ans de la condition coloniale, semi-coloniale et semi-féodale- était complètement isolée et non reconnue par l’Occident ni par les Nations Unies comme Etat souverain. De cette période restent imprimées en moi la capacité de résistance et la conscience de ce peuple, à l’époque 600 millions de personnes, engagé sous la conduite du Parti communiste à construire une société sur des bases économiques et culturelles complètement nouvelles. Je pense que cette capacité est également nécessaire aujourd’hui pour que la Chine contemporaine, qui est en train de développer ses énormes potentialités, puisse résister aux nouveaux plans de domination impériale, en contribuant à la lutte décisive pour l’avenir de l’humanité : la lutte pour un monde sans plus de guerres dans lequel triomphe la paix indissolublement liée à la justice sociale.

    Manlio Dinucci

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

    La source originale de cet article est Mondialisation.ca

    Copyright © Manlio Dinucci, Mondialisation.ca, 2016

  • Entretien avec Renaud Girard (3) : La Chine ; Les relations US-Chine

    Troisième et dernière partie de l’entretien donné par Renaud Girard au Figaro… avec je l’espère, envie de retrouver l’ami Renaud via ses livres, sa chronique du mardi dans Le Figaro, et ses grandes interview.

    Petit retour sur celle-là, qui date du 25 mars dernier. Je cite ce passage sur la Palestine : « Sur le conflit israélo-palestinien, mettre le Hamas sur la liste des organisations terroristes sous Chirac a été une erreur. Ce mouvement islamiste a été élu démocratiquement en 2006 ; il a une assise populaire en Palestine. Mais depuis, les diplomates français n'ont pas le droit d'aller sur le territoire de Gaza ; cette absence de lien direct nous empêche de jouer un rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens. Jamais la France n'acceptera que la sécurité d'Israël soit mise en cause, comme l'a redit de Gaulle en 1967. Elle lui a même fourni la bombe atomique. Mais pour autant, sa position doit être mesurée : elle n'a pas à accepter la colonisation illégale des territoires palestiniens ». 

     

    La troisième partie de l’entretien traite de la position internationale de la Chine, et des relations US-Chine. Passionnant… Bonne lecture à toutes et à tous !

     

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    « En Mer de Chine méridionale, une guerre totale pourrait éclater »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

     

    A force de parler de la menace russe et du chaos moyen-oriental, n'a-t-on pas tendance à oublier l'Asie? Après qu'en juillet la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye a donné tort à la Chine, la crise en Mer de Chine méridionale risque-t-elle de s’envenimer ?

     

    Nous sommes aujourd'hui confrontés à des guerres de basse intensité. La guerre que nous fait l'Etat islamique est même une guerre de très basse intensité. La moyenne des pertes françaises, lissées sur quatre ans, pendant la Première Guerre mondiale, est de 1000 morts par jour. Au plus fort de la bataille de la Marne en 1914, c'est 20 000 morts en une seule journée.

     

    Le plus grand danger qui soit aujourd'hui, ce serait le retour à une guerre totale à grande échelle, du type de la guerre de 14-18. Je ne crois pas qu'une telle guerre puisse venir de la Russie, parce que Vladimir Poutine a montré finalement en Ukraine qu'il était raisonnable. Il aurait tout à fait pu prendre le port de Marioupol pour établir ensuite une continuité territoriale entre le territoire russe et la presqu'île de la Crimée. Il ne l'a fait pas. Vladimir Poutine teste plutôt notre résolution : c'est pour ça qu'il envoie des bombardiers et des sous-marins un peu partout jusque dans la Manche, et surtout dans la Mer baltique près des Pays baltes. Il faut alors lui montrer qu'on est là - en amis sûrs de notre droit, pas en ennemis - car c'est ce qu'il attend, et qu'il nous respectera davantage. Il faut lui montrer que nous avons des chasseurs Rafale et des sous-marins nucléaires d'attaque. Il faut lui montrer que l'Otan ne transigera pas avec la souveraineté territoriale de ses membres.

     

    En revanche, en Asie, l'expansionnisme maritime chinois est extrêmement préoccupant. Il peut déboucher sur une guerre d'un type que nous ne connaissions plus, c'est-à-dire une guerre totale à haute intensité. Il y a un mépris chinois évident pour tout droit international et pour toute négociation multilatérale sur ce dossier. Le mépris chinois pour la décision du Tribunal arbitral de La Haye est l'événement qui m'a le plus inquiété géopolitiquement au cours de cette année 2016.

     

    Les Chinois renversent l'argument en expliquant qu'ils souhaitent négocier, mais que les Philippins n'ont pas voulu de telles négociations et qu'ils sont allés directement devant la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye...

     

    Pour être parfaitement exact, les Chinois ne veulent jamais négocier multilatéralement. Ils ne sortent jamais du cadre bilatéral des négociations. On imagine bien que dans une négociation entre la Chine et le Brunei, Pékin serait très légèrement avantagé… C'est très dangereux. En mer de Chine méridionale, Pékin a eu une politique de fait accompli, en s'emparant de récifs qu'on appelle en droit international des terra nullius, des rochers qui n'ont jamais appartenu à quiconque. Voici que les Chinois veulent construire une «muraille de sable» en transformant les îlots Paracels et Spartleys en autant de bases aériennes. Par une stratégie de construction de grandes îles artificielles, la Chine s'est dotée de bases militaires, aériennes et navales, qui sont beaucoup plus proches des Philippines ou du Vietnam que de ses propres côtes… Elle prétend interdire à 12 milles marins des côtes autour de ces récifs l'accès aux navires étrangers et bénéficier de la zone économique exclusive à 200 milles des côtes qui accompagne un territoire.

     

    Aujourd'hui, les Chinois sont extrêmement violents contre les pêcheurs vietnamiens qui s'aventurent dans le prétendu espace économique chinois.

     

    L'appétit territorial de Pékin en Mer de Chine méridionale sur les archipels des Paracels et des Spratleys est proprement hallucinant - en mer de Chine orientale, il y a le problème des îles Senkaku avec le Japon, qui est tout aussi préoccupant. Les tensions sont encore gérées, mais vous ne pouvez pas exclure que Xi Jinping dérape un jour gravement. D'abord parce qu'il a davantage de pouvoirs qu’auparavant : il est moins contrôlé qu'il ne l'était avant par les six autres membres du comité permanent du bureau politique. Le pouvoir collégial chinois au sein du comité permanent est moins collégial qu'avant. Il y a un retour au culte de la personnalité et à un homme fort à la tête de l'Etat. L'économie, qui se tasse aujourd'hui, peut demain faiblir sévèrement, du fait notamment d'un système bancaire complètement opaque, qui peut s'écrouler. Vous ne pouvez pas exclure malheureusement que, à cause de telles insatisfactions internes en Chine, Xi Jinping fasse appel au nationalisme pour ressouder le peuple et que vous ayez ensuite un engrenage infernal.

     

    Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis d'Amérique ont des accords stratégiques dans la région, notamment avec les Philippines, le Japon et la Corée du Sud. Les Etats-Unis d'Amérique ont même levé l'embargo des armes à l'égard du Vietnam! C'est extraordinaire, alors que l'embargo militaire américain et européen contre la Chine tient toujours depuis Tienanmen! En réalité, la Guerre de 1914 a commencé sur une situation de départ beaucoup moins explosive. Vous ne pouvez pas exclure un engrenage infernal suite à des incidents navals, etc. qui seraient possibles dans le cadre d'une Chine chauffée à blanc par le nationalisme. Ceci est déjà arrivé dans l'histoire récente, avec des pays évidemment moins importants, comme les dictateurs argentins qui ont tenté de ressouder le peuple en prenant de force les Malouines en 1982.41TAkxBVREL._SX317_BO1,204,203,200_.jpg

     

    Quelle est la stratégie américaine adoptée face à cet expansionnisme maritime chinois ?

     

    Les Etats-Unis d'Amérique ont réalisé leur changement stratégique de «Pivot towards Asia» (pivot vers l'Asie) et se désintéressent du Moyen-Orient, comme le montre la politique de «rule from behind» (gouverner par derrière) du président Obama au Levant. Ce n'est pas pour rien que les Etats-Unis cherchent aujourd'hui un compromis en Syrie avec les Russes, qui ont pris l'avantage.

     

    Comme l'a illustré la récente visite de Barack Obama au Vietnam (21-24 mai) puis au Japon (24-28 mai), les Américains ont un intérêt très clair pour l'Asie et l'Océan pacifique. Leur objectif est de maintenir coûte que coûte la liberté des mers. Washington ne peut accepter, dans ce cadre, l'appropriation des Paracels et des Spartleys par la Chine. Le pivot américain est clair au regard des forces navales américaines : plus de 60% de l'US Navy, qui est de très loin la première force navale du monde, est maintenant dans cette zone. Elle correspond avec la montée en puissance exponentielle de la flotte chinoise. Un signe de cette course aux armements est particulièrement éclatant. Jamais l'Australie, qui est un pays rationnel et non belliqueux, n'aurait acheté pour 34 milliards d'euros douze sous-marins au Français DCNS si le pays n'était pas extrêmement inquiet par la menace chinoise.

     

    Comment Barack Obama parvient-il à constituer un équilibre avec Pékin ? Cet équilibre régional est-il durable ?

     

    Les Chinois expliquent que les Etats-Unis n'ont rien à faire dans cette région. Ils ne manquent pas de rappeler que leur implication dans cette région a toujours été catastrophique, en faisant bien sûr allusion à la guerre du Vietnam. Pourtant, aujourd'hui, mêmes les premiers concernés de ces errances américaines passées, les Vietnamiens eux-mêmes, ont changé d'avis. Ce sont les Chinois, par leur maladresse, qui se sont aliénés tous les pays asiatiques alors qu'ils étaient plutôt bien vus au départ dans la région. Le retour triomphal des Etats-Unis en Asie n'est pas dû à une implication politique américaine impérialiste. Ils ont bien davantage répondu à la panique des autres pays face à la Chine. N'oublions pas que le précédent président philippin a comparé Xi Jinping à Hitler.

     

    Les Américains sont donc revenus en force, mais ils ont eu avec Barack Obama une politique assez balancée. Cela signifie que sur le fond l'affaire - par exemple les revendications de souveraineté en Mer de Chine méridionale - Washington ne se prononce pas. Les Américains acceptent en fait la première partie de la dialectique chinoise aux termes de laquelle Washington n'aurait rien à faire en Asie. Les Américains se placent non d'un point de vue asiatique, mais seulement du côté du droit international maritime dont ils veillent au respect. Les Américains n'ont pas à départager le Japon et la Chine sur la souveraineté des îles Senkaku ou la Chine et les Philippines sur celles des Spratleys. Ils n'ont pas davantage à déterminer comment les pays frontaliers pourraient répartir entre eux les richesses halieutiques et géologiques de la mer de Chine méridionale, etc. Au contraire, Barack Obama précise bien que c'est aux pays concernés de mener des conférences multilatérales pour gérer ensemble ces richesses marines.

     

    Il est certain que nous ne pouvons pas accepter la politique du fait accompli de Pékin. Les Chinois mènent en Mer de Chine méridionale une politique de force inadmissible. Toutes les puissances asiatiques, ainsi que l'Australie, sont inquiètes par la Chine. Jusqu'à maintenant, les choses sont contrôlées grâce au dialogue stratégique qui se tient chaque année au plus haut niveau entre les Etats-Unis et la Chine. La diplomatie fait tout à fait son ouvrage dans la mesure où Barack Obama accorde de la considération à la Chine, tout en étant ferme sur les principes de la liberté de navigation. C'est dans ce cadre qu'il donne régulièrement l'ordre aux destroyers de l'US Navy de longer les Spratleys et les Paracels à deux milles des côtes et non à douze, et sans demander l'autorisation aux Chinois.

     

    Pour l'instant, Donald Trump n'a pas pris la peine de décrire les contours précis de sa politique étrangère. Mais le fait qu'il privilégie l'intuition à la réflexion est loin d'être un bon signe. Inversement, on peut faire confiance à Hillary Clinton pour s'opposer avec fermeté au dangereux expansionnisme maritime chinois. Mais la candidate démocrate, si elle est élue, aura à gérer un dossier chinois beaucoup plus complexe que celui d'Obama car la Chine actuelle est beaucoup plus agressive que celle des Jeux Olympiques de 2008.

     

    Il demeure donc que le principal risque de guerre à grande échelle, demain ou plutôt après-demain, provient de cette région asiatique car on ne voit pour l'instant aucun début de solution globale se mettre en place. Et un engrenage des alliances et des représailles serait fatidique sur fond d'une population chinoise chauffée à blanc dans son nationalisme par un pouvoir autoritaire, qui n'arriverait pas à la maintenir tranquille par toujours plus de consommation.

     

  • Tianjin : En attendant l'enquete

    Comment un fait d'une telle ampleur peut-il survenir, dans une si grande et si belle ville ? 

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  • Asian Games : Poutine-Obama 2-0, par Manlio Dinucci

    Un Poutine envoyé dans les cordes par Obama à Pékin comme à Brisbane, obligé de quitter le G20 de façon anticipée : c’est l’image médiatique qu’on nous a présentée. Exactement l’opposé de ce qui s’est passé. A Pékin pour le sommet APEC, Obama a conclu avec la Chine un accord aussi « historique » que fumeux qui prévoit la réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Poutine a conclu avec la Chine 17 accords opérationnels d’importance stratégique. Avant tout celui trentennal sur la fourniture de 30-40 milliards de mètres cubes de gaz naturel à travers un couloir énergétique allant de la Sibérie occidentale à la Chine nord-occidentale. Une fois réalisé, la Chine deviendra le plus grand importateur de gaz russe.

    Ont en outre été signés des accords sur des projets énergétiques conjoints dans la région d’Arkhangelsk et en Extrême-Orient russe. Les plus grandes compagnies énergétiques russes – Gazprom, Rosneft et Lukoil – sont sur le point de coter leurs actions à la Bourse de Hong Kong, non pas en dollars mais en monnaies asiatiques : yuan chinois, dollar de Hong Kong, dollar de Singapour. Le processus de dédollarisation des échanges commerciaux, extrêmement redouté aux Etats-Unis, accomplit un nouveau pas avec l’accord entre la Banque centrale russe et la Banque populaire de Chine. En outre, Exim Bank, qui finance l’export-import de la Chine, a effectué des investissements dans des banques russes (Vnesheconombank, Vtb, Rosselkhozbank) touchées par les sanctions USA/UE.

    Un autre accord important concerne la réalisation de grands parcs de haute-technologie dans les deux pays, destinés en particulier à développer les systèmes satellites de navigation mondiale, le Glonassrusse et le Beidou chinois, alternatifs au GPS étasunien : dans ce cadre seront installées en Chine diverses stations terrestres du Glonass.

    Le chef d’état-major russe, Valery Gerasimov, a en outre annoncé que les deux gouvernements se sont mis d’accord sur  « de nombreux projets de coopération militaire ». L’un d’entre eux est le chasseur stealth (furtif) chinois J-31, analogue au F-35 étasunien, qui, doté de moteurs russes, a été montré en vol au Salon aérospatial de Zhuhai en Chine méridionale, pendant que le président Obama se trouvait à Pékin.

    Les liens entre les deux pays « représentent une tendance irréversible », a déclaré le président Xi, lors de sa dixième rencontre avec le président Poutine depuis qu’il est entré en fonction en mars 2013. Et, pour preuve de ceci, les deux présidents ont annoncé que Chine et Russie célèbreront ensemble, en 2015, le 70ème anniversaire de la victoire dans la Seconde guerre mondiale. Climat analogue à Brisbane, en Australie, où s’est tenu un G20 inconcluant, qui a annoncé l’objectif d’atteindre une croissance de 2,1% d’ici 2018 (moyenne statistique entre une Chine dont le PIB croit de 8% par an et une Italie pratiquement à l’arrêt). L’événement le plus important s’est tenu à Brisbane en marge du G20, la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement des pays des BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Leur PIB total, à parité de pouvoir d’achat, est plus haut que celui du G7.  Ces pays réalisent plus de 20% du produit brut et du commerce mondiaux et le commerce interne aux BRICS a doublé en cinq ans, atteignant les 300 milliards de dollars.

    A Brisbane les cinq leaders ont confirmé la création, à l’intérieur des BRICS, d’une banque pour le développement avec un capital de 100 milliards de dollars (dont 41 versés par la Chine) et d’un fonds de réserve de 100 autres milliards pour fournir une liquidité ultérieure aux pays membres. Le « leadership américain dans la région Asie/Pacifique » proclamé par Obama à Brisbane, doit compter avec un monde qui change.

     

     

    Manlio Dinucci, il manifesto du 18 novembre 2014, traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

     

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