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citoyenneté

  • Déchéance de nationalité ou comment Hollande prépare sa réélection face au FN

    Excellente interview de Thomas Guénolé dans Le Figaro, sur les manips’ de Hollande pour chercher à se trouver face au FN pour 2017.  Thomas Guénolé, maître de conférence à Sciences Po, est l'auteur du très intéressant Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (Ed. Le Bord de l'eau), et il vient d’être viré de RMC pour avoir dit ce qu'il pensait, chose qui n'est pas trop d'époque... 

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    Malgré les propos de Christiane Taubira, le gouvernement maintient la déchéance de la nationalité. En récupérant les propositions de la droite sur l'antiterrorisme, François Hollande est-il en train d'essayer d'étouffer cette dernière entre lui et le FN?

    Entre ses propositions émises depuis les attentats du 13 novembre, et celles que défend historiquement le FN depuis des décennies, pour la droite l'espace d'expression d'un discours spécifique sur la sécurité et le terrorisme s'est extrêmement réduit. Parallèlement, la politique économique d'austérité et de compétitivité-coût conduite par le chef d'Etat est sensiblement la même que celle préconisée par la droite, qui n'a donc pas d'éléments non plus pour se différencier là-dessus. Cette stratégie d'étouffement de la droite semble donc fonctionner: les ténors du parti LR ne trouvent pas comment s'en dépêtrer.

    Le but de cette stratégie d'étouffement est-il de programmer un affrontement entre François Hollande et le FN au second tour de 2017?

    C'est manifeste. Son gouvernement s'oriente d'ailleurs de plus en plus dans des politiques ciblées sur les banlieues, les minorités et les discriminations, qui sont autant de chiffons rouges pour l'extrême droite. Procéder de la sorte est d'ailleurs la suite logique de la «stratégie Terra Nova». Préconisée par feu Olivier Ferrand pour gagner 2012, elle consiste en résumé à abandonner l'électorat populaire, à faire une politique destinée aux classes moyennes, et à ajouter des politiques ciblées envers les minorités discriminées. L'aboutissement de cette «stratégie Terra Nova», c'est de faire du Parti socialiste un parti doublement libéral - libéral sur l'économie et libéral sur les sujets de société - en affrontement existentiel avec le FN, qui est protectionniste sur l'économie et réactionnaire sur les sujets de société.

    A partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs ? Le PS version François Hollande est donc devenu un parti complètement libéral?

    Oui. A un moment donné, il faut regarder le PS de François Hollande tel qu'il est. A l'instar du Parti libéral au Canada, des Démocrates américains, ou du New Labour à l'époque de Tony Blair, c'est un parti pro-mondialisation et libéral sur les sujets de société, au sein duquel les porte-voix d'une ligne socialiste sont enfermés dans un statut minoritaire et cantonnés à un rôle de figuration. Jacques Delors en a rêvé, son fils spirituel François Hollande l'a fait. C'est un simple constat.

    Compte tenu de la volonté de François Hollande de transformer le PS en parti libéral, les derniers ministres incarnant un ancrage à gauche, comme Christiane Taubira, ne doivent-ils pas être évincés? À défaut, ne devraient-ils pas démissionner?

    Notamment du fait de son combat admirable d'éloquence en faveur du mariage pour tous, Christiane Taubira incarne un ancrage fort à gauche sur les valeurs. Pour autant, ce n'est pas lui faire insulte que de constater qu'en trois ans et demie, elle a avalé une quantité spectaculaire de couleuvres : qu'il s'agisse par exemple de la politique pénale, des positions sécuritaires de Manuel Valls, ou du «Patriot Act» français sous la forme de la Loi Renseignement. François Hollande a donc tout intérêt à conserver au gouvernement une personnalité qui incarne des valeurs ancrées à gauche, mais qui ne claque pas la porte quand la politique dudit gouvernement les prend à contrepied.

    Quant à la démission, la question est du même ordre : à partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs? Il est possible que la déchéance de nationalité, proposition de droite et d'extrême droite reprise à son compte par François Hollande, soit la couleuvre de trop. Mais il est également possible que Christiane Taubira privilégie à nouveau le maintien à son ministère.

    C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite. Va-t-on vers un changement de nom du PS, qui s'appellerait «Les Réformateurs» ou «Les Progressistes»?

    C'est une des rumeurs qui circulent ces temps-ci. Mais beaucoup de rumeurs circulent.

    François Hollande peut-il aller au bout d'un rapprochement avec les centristes? Peut-il aller jusqu'à un gouvernement de coalition centrale à l'allemande?

    Je ne pense pas que ce soit possible. Peut-être François Hollande, et certainement Manuel Valls, y sont-ils favorables. Cependant les chefs de file centristes ont dans leurs fiefs respectifs une sociologie électorale qui penche nettement à droite, et qui condamne donc la plupart à perdre leurs députations, leurs mairies, et ainsi de suite, s'ils passent alliance avec la gauche. Donc, autant des débauchages marginaux de cadres centristes sont toujours possibles, autant l'émergence en 2016 d'une grande coalition entre le PS et les centristes est invraisemblable. J'ajoute qu'à un an et demi des élections générales, les chefs de file centristes ont objectivement intérêt à miser sur l'alternance en 2017 au bénéfice de la coalition habituelle de droite et de centre-droit, plutôt que de rejoindre un navire PS qui manifestement coule.

    François Hollande risque-t-il de découvrir son flanc gauche à force de migrer vers la droite sur l'économie et le sécuritaire?

    En allant braconner sur les thèmes de la droite, voire de l'extrême droite, pour étouffer le parti LR, François Hollande prend trois paris simples: d'une, les forces politiques à sa gauche sont trop éclatées et trop radicalisées pour représenter une concurrence sérieuse ; de deux, le traumatisme du 21 avril 2002 est encore suffisamment présent pour que l'électorat PS soit captif du «vote utile» en sa faveur ; de trois, en tant que président sortant et PS de la République, il est d'office candidat légitime de son camp pour 2017. C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite.

    Cette stratégie de braconnage à droite peut-elle être gagnante pour François Hollande?

    Je ne le pense pas. Il est aussi absurde pour un président de gauche de penser être réélu sur les positions économiques et sécuritaires de la droite, que pour un président de droite de tenter la réélection en se lançant dans des nationalisations et en triplant le montant du SMIC. Par ailleurs je constate qu'aux élections régionales les Français dans leur écrasante majorité ont en fait voté contre: contre François Hollande, contre la droite, contre le FN, contre le système ; mais rarement pour une offre politique qui les enthousiasme. Je suis donc sceptique sur l'inéluctabilité d'un jeu à trois Hollande-Sarkozy-Le Pen, et convaincu que pour 2017 le jeu est beaucoup plus ouvert que l'imaginent la plupart des commentateurs. Bref, je pense que comme d'habitude, dans l'année précédant le scrutin, nous aurons de grosses surprises. dans Le Figaro, sur les manips’ de Hollande pour chercher à se trouver face au FN pour 2017.  Thomas Guénolé, maître de conférence à Sciences Po, est l'auteur du très intéressant Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (Ed. Le Bord de l'eau).

    Malgré les propos de Christiane Taubira, le gouvernement maintient la déchéance de la nationalité. En récupérant les propositions de la droite sur l'antiterrorisme, François Hollande est-il en train d'essayer d'étouffer cette dernière entre lui et le FN?

    Entre ses propositions émises depuis les attentats du 13 novembre, et celles que défend historiquement le FN depuis des décennies, pour la droite l'espace d'expression d'un discours spécifique sur la sécurité et le terrorisme s'est extrêmement réduit. Parallèlement, la politique économique d'austérité et de compétitivité-coût conduite par le chef d'Etat est sensiblement la même que celle préconisée par la droite, qui n'a donc pas d'éléments non plus pour se différencier là-dessus. Cette stratégie d'étouffement de la droite semble donc fonctionner: les ténors du parti LR ne trouvent pas comment s'en dépêtrer.

    Le but de cette stratégie d'étouffement est-il de programmer un affrontement entre François Hollande et le FN au second tour de 2017?

    C'est manifeste. Son gouvernement s'oriente d'ailleurs de plus en plus dans des politiques ciblées sur les banlieues, les minorités et les discriminations, qui sont autant de chiffons rouges pour l'extrême droite. Procéder de la sorte est d'ailleurs la suite logique de la «stratégie Terra Nova». Préconisée par feu Olivier Ferrand pour gagner 2012, elle consiste en résumé à abandonner l'électorat populaire, à faire une politique destinée aux classes moyennes, et à ajouter des politiques ciblées envers les minorités discriminées. L'aboutissement de cette «stratégie Terra Nova», c'est de faire du Parti socialiste un parti doublement libéral - libéral sur l'économie et libéral sur les sujets de société - en affrontement existentiel avec le FN, qui est protectionniste sur l'économie et réactionnaire sur les sujets de société.

    A partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs ? Le PS version François Hollande est donc devenu un parti complètement libéral?

    Oui. A un moment donné, il faut regarder le PS de François Hollande tel qu'il est. A l'instar du Parti libéral au Canada, des Démocrates américains, ou du New Labour à l'époque de Tony Blair, c'est un parti pro-mondialisation et libéral sur les sujets de société, au sein duquel les porte-voix d'une ligne socialiste sont enfermés dans un statut minoritaire et cantonnés à un rôle de figuration. Jacques Delors en a rêvé, son fils spirituel François Hollande l'a fait. C'est un simple constat.

    Compte tenu de la volonté de François Hollande de transformer le PS en parti libéral, les derniers ministres incarnant un ancrage à gauche, comme Christiane Taubira, ne doivent-ils pas être évincés? À défaut, ne devraient-ils pas démissionner?

    Notamment du fait de son combat admirable d'éloquence en faveur du mariage pour tous, Christiane Taubira incarne un ancrage fort à gauche sur les valeurs. Pour autant, ce n'est pas lui faire insulte que de constater qu'en trois ans et demie, elle a avalé une quantité spectaculaire de couleuvres : qu'il s'agisse par exemple de la politique pénale, des positions sécuritaires de Manuel Valls, ou du «Patriot Act» français sous la forme de la Loi Renseignement. François Hollande a donc tout intérêt à conserver au gouvernement une personnalité qui incarne des valeurs ancrées à gauche, mais qui ne claque pas la porte quand la politique dudit gouvernement les prend à contrepied.

    Quant à la démission, la question est du même ordre : à partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs? Il est possible que la déchéance de nationalité, proposition de droite et d'extrême droite reprise à son compte par François Hollande, soit la couleuvre de trop. Mais il est également possible que Christiane Taubira privilégie à nouveau le maintien à son ministère.

    C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite. Va-t-on vers un changement de nom du PS, qui s'appellerait «Les Réformateurs» ou «Les Progressistes»?

    C'est une des rumeurs qui circulent ces temps-ci. Mais beaucoup de rumeurs circulent.

    François Hollande peut-il aller au bout d'un rapprochement avec les centristes? Peut-il aller jusqu'à un gouvernement de coalition centrale à l'allemande?

    Je ne pense pas que ce soit possible. Peut-être François Hollande, et certainement Manuel Valls, y sont-ils favorables. Cependant les chefs de file centristes ont dans leurs fiefs respectifs une sociologie électorale qui penche nettement à droite, et qui condamne donc la plupart à perdre leurs députations, leurs mairies, et ainsi de suite, s'ils passent alliance avec la gauche. Donc, autant des débauchages marginaux de cadres centristes sont toujours possibles, autant l'émergence en 2016 d'une grande coalition entre le PS et les centristes est invraisemblable. J'ajoute qu'à un an et demi des élections générales, les chefs de file centristes ont objectivement intérêt à miser sur l'alternance en 2017 au bénéfice de la coalition habituelle de droite et de centre-droit, plutôt que de rejoindre un navire PS qui manifestement coule.

    François Hollande risque-t-il de découvrir son flanc gauche à force de migrer vers la droite sur l'économie et le sécuritaire?

    En allant braconner sur les thèmes de la droite, voire de l'extrême droite, pour étouffer le parti LR, François Hollande prend trois paris simples: d'une, les forces politiques à sa gauche sont trop éclatées et trop radicalisées pour représenter une concurrence sérieuse ; de deux, le traumatisme du 21 avril 2002 est encore suffisamment présent pour que l'électorat PS soit captif du «vote utile» en sa faveur ; de trois, en tant que président sortant et PS de la République, il est d'office candidat légitime de son camp pour 2017. C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite.

    Cette stratégie de braconnage à droite peut-elle être gagnante pour François Hollande?

    Je ne le pense pas. Il est aussi absurde pour un président de gauche de penser être réélu sur les positions économiques et sécuritaires de la droite, que pour un président de droite de tenter la réélection en se lançant dans des nationalisations et en triplant le montant du SMIC. Par ailleurs je constate qu'aux élections régionales les Français dans leur écrasante majorité ont en fait voté contre: contre François Hollande, contre la droite, contre le FN, contre le système ; mais rarement pour une offre politique qui les enthousiasme. Je suis donc sceptique sur l'inéluctabilité d'un jeu à trois Hollande-Sarkozy-Le Pen, et convaincu que pour 2017 le jeu est beaucoup plus ouvert que l'imaginent la plupart des commentateurs. Bref, je pense que comme d'habitude, dans l'année précédant le scrutin, nous aurons de grosses surprises.

  • Qu'est ce que la loyauté ?

    Une petite érection tardive du concept d’identité nationale. Ceux qui veulent devenir Français vont devoir signer une charte. Bien sûr c’est de la foutaise xénophobe, mais c’est aussi une destruction de l’idée de République.

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    Lisez cette salade : « Afin de s'assurer de votre bonne compréhension des droits et devoirs de tout citoyen français, et en particulier de la loyauté que chacun doit à la République française, il vous est demandé de prendre connaissance de la présente charte, puis, si vous y adhérez, de la signer. Votre signature, qui est la marque de votre engagement, est une condition indispensable d’obtention de la nationalité française ».

    Eh bien, ça c’est nul, et antirépublicain. Que l’UMP fasse cela, et que le PS ne dise rien, c’est juste lamentable.  

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    Chères amies étrangères et chers amis étrangers, si vous soulez la nationalité, signez, et basta. Signez vite, c’est une condition, désormais imposée par la loi, pour acquérir la nationalité. C’est comme payer un timbre fiscal, ou une case à cocher. Surtout, ne vous privez pas : signez.

    Premier point de l’aberration :  signer cette charte est un sésame administratif, mais cela n’a aucune portée juridique. Aucune. Et heureusement. Ils disent qu’ils veulent défendre la France, mais ils la détruisent.

    La charte est conçue comme un document dont il  faut respecter le contenu avec loyauté. C’est ça la fin de la République : la France devient un contrat. Avec l’UMPS, nous sombrons dans le subjectivisme. On passe un accord : la vie française n’existe que par le rattachement. Bientôt, on vous livrera le Journal Officiel à la maison, et vous signerez que vous êtes d'accord. Non. Je suis français et républicain parce que je suis un être humain libre et responsable vivant sur le sol français, et répondant aux conditions posées par la loi. A moi de trouver la distance. A moi d’être.

    On poursuit avec la « loyauté ». Est-ce si simple de dire la loyauté à un Etat ? Qui peut dire ce qu’est cette loyauté à un Etat ? Respecter ses lois ? Certes, mais quid quand ces lois sont contraires au droit ? La France ne s’est-elle jamais égarée ?  En 1940, qui est loyal ? Celui qui applaudit Pétain et dénonce son voisin, ou celui qui prend les armes contre le pouvoir et ses agents ? Qui est loyal quand le 8 mai 1945 l’armée française commet le massacre de Sétif ? Qui est loyal quand le gouvernement détruit les maisons de Roms pour soigner ses sondages ?  

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    La République, c’est la vie des hommes fiers et libres. Personne n’a mieux représenté la République que les étrangers qui combattaient des troupes résistances des FTP-MOI contre les représentants de la France éternelle.

    Cette charte est juste bonne pour la poubelle. Et ne nous trompez pas. Elle s’adresse aux étrangers voulant devenir français mais elle s’adresse à tous les Français, en voulant inculquer la culture de l’obéissance. Avec cette buse de charte, le Français n’est pas celui qui forge sa personnalité en se confrontant toutes les idées et en s’affrontant aux lois injustes pour faire progresser la société. Non ? Le Français de la charte est un gentil benêt qui signe les textes et s’engage à obéir.

    Votre loyauté à la gomme, c’est la culture de la soumission.

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    L’arrestation  de Zohra Drif, militante du FLN

    Qui est loyal ?

  • Ducasse, la cuisine du fric

     

    Ducasse, la cuisine du fric. Abonnez-vous au Journal officiel de la principauté de Monaco. Vous y découvrirez les ordonnances de son altesse le Prince Albert II.

    Et oui, Monaco, ce n’est pas qu’un gag. C’est un Etat, ne rigolez pas : 7 000 citoyens. 28 000 autres personnes travaillent et vivent là bas, mais pas assez friqués pour être reconnus citoyens. Jusqu'en 1962, la principauté était un royaume de «droit divin». Mais le prince Rainier III en a fait, avec la Constitution du 17 décembre 1962, une monarchie héréditaire et constitutionnelle. Le Prince, bon prince, a su restreindre ses prérogatives. Il partage le pouvoir législatif avec un conseil national de 18 membres élus par les 7 000 citoyens. Prince de mes deux, oui…

    Notre prince, dans son immense sagesse, peut naturaliser, outre les personnes ayant des attaches familiales dans la principauté, celles qui sont «  bien intégrées dans le tissu économique, social ou culturel », ou encore celles qu’il juge « dignes de cette faveur. » Ce n’est pas le droit du sol, ni le droit du sang, mais le droit du fric. D’où cette ordonnance du 23 juin 2008, naturalisant Alain Ducasse, qui « comme tel, jouira de tous les droits et prérogatives attachés à cette qualité ». Faisons simple :  Alain Ducasse ne paie plus d’impôt.

    Une larme pour Brice Hortefeux : après les étrangers qu’on ne parvient pas à expulser, voici un français qui s’expulse comme un grand. Car, la principauté pratique l’amour exclusif : un monégasque n’est plus français. Adieu la République.

    Monaco est une affaire de famille, la famille Grimaldi, depuis 1419. Monaco, qui à la fin des années 1930 vivotait sur les 2, 5 km² de cailloux ensoleillés, est bizarrement devenu opulent en 1945. Lors de la Libération en 1945, on séquestra sur Monaco autant d’argent nazi que sur l’ensemble du territoire français.

    Les nazis, criminels mais aussi voleurs, ont toujours cherché les moyens de blanchir l’argent de leurs rackets d’Etat. Les banques suisses ont pris leur part, mais Monaco fut au même niveau. Les premiers contacts, d’avant-guerre, furent été ralentis par l’occupation italienne, mais lorsqu’à partir de septembre 1943 les Allemands prirent la suite, ce fut un vrai régal. Une machine à blanchir de l’argent sale. Trafics, marché noir, spoliation des juifs, pillage des entreprises : tout était bon.

     

    En 1944, c’était le couronnement. Le 5 mai 1944, Monaco était rayé de la liste des ennemis du Reich, et le 21 juillet, le prince régnant, Louis II, autorisait le banquier nazi Karl-Anton Schaeffer à créer la banque Charles, du nom de Johannes Charles, un financier suisse mandaté par le Reich. En urgence, il fallait récupérer tout les avoirs nazis possibles, planquer ce qui pouvait l’être via l’immobilier et les casinos, et en évacuer une part vers la bienveillante Espagne de Franco. Personne n’a autant profité des crimes nazis que Monaco.

    L’argent bien gagné, ça se gère. Dans la discrétion financière masquée derrières les frasques pitoyables des rejetons Grimaldi, des soirées de charité et du Grand prix de France.

    Car si les 7 000 citoyens de la principauté ne paient pas d’impôts, c’est que l’argent y pue toujours autant.

    Toutes les instances internationales dénoncent cet abcès : « paradis fiscal », c’est-à-dire en langage profane, pourriture généralisée. En 2000, c’est le Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI) ; en 2003, le Fonds monétaire international (FMI) ; en 2004, l’OCDE.

     

    Tous mes vœux de bonheur au citoyen monégasque Alain Ducasse. Et comme on me répliquera sur la qualité du parcours professionnel d’un homme qui a commencé à travailler à 16 ans, je salue le rôle de la Principauté comme ascenseur social.

     

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