Avertir le modérateur

conseil de sécurité

  • La résolution 2334 (2016) sur la Palestine : Analyse de Nicolas Boeglin

    La résolution 2334 (2016) sur la Palestine, on en parle… et on en parlera. Voici une analyse documentée et ajustée de Nicolas Boeglin, Professeur de Droit International Public, Faculté de Droit, Universidad de Costa Rica (UCR). Bonne lecture, et merci Nicolas pour cet excellent et éclairant travail.

    article_ONU.jpg

     

    MISE EN PERSPECTIVE DE LA RÉSOLUTION 2334 (2016)

    DU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES

    CONDAMNANT LA POLITIQUE DE COLONISATION ISRAÉLIENNE

    Nicolas Boeglin, Professeur de Droit International Public,

    Faculté de Droit, Universidad de Costa Rica (UCR)

    Le 23 décembre 2016, pour la première fois depuis l´année 1980, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a pu adopter une résolution condamnant en des termes extrêmement catégoriques, les implantations israéliennes en territoire palestinien. Les projets de résolution sur celles-ci présentés depuis lors étaient systématiquement l´objet d´un véto nord-américain, permettant ainsi aux autorités israéliennes, en toute impunité, de continuer la construction de nouvelles implantations et de procéder à la destruction de maisons habitées par des familles palestiniennes, tant en Cisjordanie que dans les quartiers de Jérusalem-Est.

    Les dernières résolutions du Conseil de Sécurité condamnant ces actions israéliennes datent de 1980 (voir le texte des résolutions 476 et 478). Dans un rapport récent daté du 29 décembre 2016, on lit que durant l´année 2016, plus de mille maisons de familles palestiniennes ont été démolies ou saisies: "Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies a annoncé jeudi que 1.089 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, ont été démolies ou saisies par les autorités israéliennes durant l'année 2016" (voir note de presse des Nations Unies).

    Concernant les chiffres de cette colonisation et ses effets pendant plus de 35 ans, lors d´une séance spéciale organisée au mois d’octobre 2016 devant les membres du Conseil de Sécurité (voir note de What´s in Blue), l´activiste nord-américaine/israélienne Lara Friedman de l´ONG Americans for Peace Now (APN), entité sœur de l´ONG israélienne Peace Now (voir site officiel) déclara haut et fort que:

    "Twenty-three years ago, in 1993, Israel and the PLO signed the Declaration of Principles, also known as the Oslo Accords. Back then, the settler population in the West Bank, excluding East Jerusalem, was around 116,000. At the end of 2015, that number was nearly 390,000. Looking just at East Jerusalem, in 1993 the Jewish Israeli population was approximately 146,000. Today it is over 210,000. This population explosion could not have occurred without Israeli government support and encouragement, including, most obviously, the approval and construction of new housing. And that is exactly what happened. During this same period, 1993 to today, over 50,000 settlement units were built in the West Bank, and plus thousands more in East Jerusalem. What about settlement construction just under Prime Minister Netanyahu 2016 figures are still not complete, but looking at 2009 to 2015 – which included the so-called “moratorium” – more than 11,000 settlement units were established in the West Bank with the approval of Israeli authorities. And in 2015 alone, we are talking about almost 2000 new units in West Bank settlements" (voir texte de son allocution du 14 Octobre 2016 à Nueva York).

    Le texte de la résolution 2334 (2016), précise, entre autres, que le Conseil de Sécurité des Nations Unies:

    " 1. Réaffirme que la création par Israël de colonies de peuplement dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, n’a aucun fondement en droit et constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable;

    1. Exige de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et respecte pleinement toutes les obligations juridiques qui lui incombent à cet égard ;
    2. Souligne qu’il ne reconnaîtra aucune modification aux frontières du 4 juin 1967, y compris en ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négociations".

    Le point 11 du dispositif indique que le Conseil de Sécurité n´est pas dupe, et connaît fort bien l´attitude des autorités israéliennes au regard du droit international et des résolutions émanant des Nations Unies. On notera que pendant ces dernières années, chaque victoire diplomatique palestinienne a été répondue par de nouvelles implantations israéliennes: parmi une liste d´exemples, on peut citer le fait qu´au lendemain du vote du 29 novembre 2012 de l´Assemblée Générale des Nations Unies reconnaissant à la Palestine le statut d´"Etat Non Membre Observateur", (Note 1) les autorités israéliennes répliquaient avec la construction de 3000 nouveaux logements (voir note de la BBC); la ratification par la Palestine de 20 traités internationaux au mois d´avril 2014 signifia la contruction de 708 nouveaux logements et la destruction de 32 maisons habitées par des familles palestiniennes (voir note de Human Rights Watch). Prévoyant, on lit que le Conseil de Sécurité: "11. Réaffirme qu’il est résolu à examiner les moyens concrets de faire pleinement appliquer ses résolutions sur la question". Une résolution du Conseil de Sécurité indiquant qu´il est cette fois "résolu" à la faire appliquer devrait freiner les autorités israéliennes si celles-ci comprennent le ton du message. A ce propos, nous invitons nos lecteurs-chercheurs à partir à la recherche de toute autre résolution du Conseil de Sécurité utilisant l´expression du point 11 du dispositif de la résolution 2334 : une recherche rapide sur la toile renvoit constamment à cette seule résolution, mais le doute est permis.

    On notera également au passage le considérant 5 de la résolution 2334 mentionnant les diverses formes et stratégies de la colonisation israélienne, réalisée en dépit des résolutions adoptées par le Conseil de Sécurité dans les années 70 et 80, et des normes internationales en vigueur, et notamment celles prévues par le droit international humanitaire concernant les obligations qui incombent à toute puissance occupante. Il s´agit d´un chapitre du droit international public qu´Israël souhaiterait ne pas à avoir a appliquer dans les territoires palestiniens occupés, et qui fut, fin 2014, l´objet de vives tensions avec la Suisse (Note 2). Ce considérant 5 se lit comme suit : "Condamnant toutes les mesures visant à modifier la composition démographique, le caractère et le statut du Territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem-Est, notamment la construction et l’expansion de colonies de peuplement, le transfert de colons israéliens, la confiscation de terres, la destruction de maisons et le déplacement de civils palestiniens, en violation du droit international humanitaire et des résolutions pertinentes",

    Lors de l´explication de son vote (voir texte complet), le représentant de la France a commencé son allocution en indiquant que : "L’adoption de la résolution 2334 marque un jour important et à bien des égards historique dans l’histoire récente du Conseil de sécurité. Il s’agit en effet de la première résolution adoptée par ce Conseil sur le règlement du conflit israélo-palestinien depuis huit ans. Et c’est la première fois que le Conseil de sécurité s’exprime ainsi, de manière aussi claire, pour constater ce qui est en réalité une évidence : la colonisation israélienne remet en cause, petit à petit, les chances de voir bâtir un État palestinien viable et indépendant, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité avec l’État d’Israël".

    L’adoption de cette résolution se doit à l´abstention des États-Unis, qui cette fois, ont renoncé à faire usage de leur droit de véto, et le résultat final du vote est de 14 votes pour et une abstention (États-Unis). A noter le volte-face de l´Égypte qui, suite à des appels téléphoniques personnels pressants de Donald Trump sur demande d´Israël, retira le texte, sans prévoir que quatre autres États Membres, à savoir la Malaisie, la Nouvelle Zélande, le Sénégal et le Vénézuela, étaient prêts (et fort décidés) à présenter le même texte quelques heures plus tard en vue de son adoption définitive. Ce petit tour de passe-passe non prévu laisse évidemment l´Égypte dans une situation quelque peu embarrassante au sein de la communauté des États arabes et plus généralement, au sein de la communauté internationale : rarement un État a cédé aux appels et aux prétentions d´un Président élu (qui, au plan international, ne bénéficie d´aucun statut particulier et n´engage rien d´autre que sa personne). On peut avancer l´idée qu´il s´agit peut-être même d´une véritable première mondiale de la part des diplomates israéliens et de leurs homologues égyptiens.

    On a pu lire dans Le Monde (voir note) que : “A l’origine, le texte avait été présenté mercredi soir par l’Égypte, à la surprise générale. Mais Donald Trump est intervenu pour peser de tout son poids de président élu auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi. Il a demandé au président égyptien de renoncer à son initiative. Son interlocuteur n’a pas voulu compromettre ses futures relations avec le président américain, et a donc retiré son texte. Mais le volte-face de l’Égypte n’a pas condamné son initiative. Quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – ont pris le relais du Caire, pour promouvoir la résolution dans une version identique. Vendredi dans l’après-midi, des responsables israéliens sous couvert d’anonymat exprimaient leur amertume – et une certaine panique – dans les médias, en affirmant que Barack Obama et John Kerry se trouvaient derrière ce « coup honteux » et qu’ils « abandonnaient » Israël”.

    A peine adoptée la résolution 2334, les autorités israéliennes ont déclaré par la voix de leur Premier Ministre (et sans jamais faire référence aux implantations illégales) qu´un accord tacite avec les États-Unis avait été violé par le Président Barack Obama : " Tous les présidents américains depuis Carter ont respecté l’engagement américain d’essayer de ne pas dicter les termes d’un accord permanent à Israël devant le Conseil de sécurité. Et hier [vendredi], en opposition totale avec cet engagement, et avec une déclaration explicite du président [Barack] Obama lui-même en 2011, l’administration Obama a mené un complot anti-Israël honteux aux Nations Unies" (voir note du Times of Israël reproduisant le texte de la déclaration). On ignore si le fait de consentir à des implantations illégales dans les territoires palestiniens occupés faisait également partie dudit accord.

    La première fois que l´administration du Président Barack Obama a fait usage de son droit de véto en la matière fut lors de la séance du 18 février 2011 : le projet de résolution S/2011/24 contenait dans son dispositif deux paragraphes (1 et 2) condamnant fermement les implantations israéliennes. La lecture de l´acte de la séance du Conseil de Sécurité S/PV/6484 indique le résultat suivant du vote (page 4) : 14 votes pour et un contre (États Unis).

    Comme prévu, depuis l´adoption de la résolution 2334 (2016), les représailles israéliennes vont bon train (rappel d´ambassadeurs, déclarations officielles tous azimuts contre les Nations Unies et les membres du Conseil de Sécurité, suspension de programmes de coopération bilatéraux, etc). Le Sénégal a simplement "pris note" de la notification officielle israélienne en date du 27 décembre (voir note de presse). En ce qui concerne la Nouvelle Zélande, la "déclaration de guerre" mentionnée par le Premier Ministre israélien lors d´un entretien téléphonique avec le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Murray Mccully (entretien antérieur au vote) ne semble pas avoir grandement ému ses autorités (voir note de Haaretz).

    Sur ces détails de forme et quelques autres, tels que les vétos nord-américains antérieurs, la véritable course contre la montre de Donald Trump agissant en tant qu´émissaire israélien, la réaction israélienne une fois adoptée la résolution 2334, et les déclarations tonitruantes habituelles de ses diplomates, nous renvoyons à notre analyse intitulée "Consejo de Seguridad condena colonización israelí en Cisjordania y en Jerusalén Oriental" (Note 3).

    Il va sans dire que ce texte est historique, car, d'une certaine façon, il réconcilie le Conseil de Sécurité avec le droit international et son application en Cisjordanie et à Jérusalem-Est: il l´est aussi pour ceux qui enseignent le droit international depuis longtemps, et qui peinent souvent à expliquer qu´un Etat semble placé au dessus des normes juridiques internationales, bénéficiant (depuis de longues décennies) d´une impunité totale au sein du Conseil de Sécurité en raison d´un véto automatique américain tout à fait légal. Plus de 35 ans après sa publication, et après bien d’autres actions menées depuis 1981 par Israël, la conclusion du Professeur Georges Fischer est d´une surprenante actualité: « /… / on demeure surpris qu’un petit pays puisse régulièrement et avec impunité défier la communauté internationale et les règles du droit des gens » (Note 4). Signe de temps difficiles pour Israël ? Il semblerait que l´idée, somme toute hardie, de recourir à Donald Trump exhibe d´abord une certaine déséspération de la diplomatie israélienne. Ce premier faux-pas peut expliquer que les autorités israéliennes agissent en ce moment quelque peu paniquées (et que leurs déclarations officielles ne semblent plus impressionner outre mesure). Autre possible difficulté à l´horizon ? A partir de ce premier janvier 2017, la Suède, seul Etat membre de l´Union Européenne à avoir reconnu la Palestine comme Etat (Note 5), prendra les rennes de la Présidence du Conseil de Sécurité aux Nations Unies.

    Notes

    Note 1 : Cf. notre brève étude sur le sujet : BOEGLIN N., "Le nouveau Statut de membre la Palestine : une perspective latino-américaine", publiée par l´Observatoire Politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (OPALC), Sciences-Po /Paris, décembre 2012. Texte disponible ici.

    Note 2 : Cf notre étude, BOEGLIN N., "Pressions et menaces récentes d´Israël sur la Suisse : brève mise en perspective", Bulletin Sentinelle, Société Française pour le Droit International (SFDI), janvier 2015. Texte disponible ici.

    Note 3 : Celle-ci a été publiée sur divers sites en espagnol, tels que Ius360 le 28 décembre 2016 (texte en disponible ici). Une version préliminaire a aussi été publiée le 26 décembre dans Middle East Monitor, disponible ici.

    Note 4 : Cf. FISCHER G., "Le bombardement par Israël d’un réacteur nucléaire irakien", Vol. 27 Annuaire Français de Droit International (AFDI), 1981, pp. 147-167, et en particulier pp. 162-166. Article complet disponible ici.

    Note 5 : Sur ce véritable défi lancé aux autres États membres de l´Union Européenne par la Suède, voir notre étude : BOEGLIN N., "Le défi lancé par la Suède concernant la reconnaissance de la Palestine", Grotius International, janvier 2015. Texte disponible ici. Afin de donner une idée des suites données aux gesticulations israéliennes, nous nous permettons de reproduire la conclusion : "Le défi lancé par la Suède a relancé de manière notoire le débat dans plusieurs États européens : durant ces derniers jours, la discussion en France sur la reconnaissance de la Palestine s’est considérablement intensifiée et elle s’est étendue à bien d’autres membres de l’Union Européenne, tels la Belgique, le Luxembourg, le Danemark pour ne citer que quelques pays. Cette discussion devrait tenir compte, parmi d’autres éléments, de l’absence de réaction significative israélienne au geste suédois : l’ambassadeur israélien rappelé par ses supérieurs le 30 octobre est de retour dans son bureau depuis le vendredi 28 novembre, selon une note de presse. Ce retour s’est fait sans que l’on comprenne bien quel fut le geste hostile ou offensif de la Suède l’obligeant à quitter la capitale suédoise pour y revenir officiellement en « signe de paix ».

  • La France (officielle) a tourné le dos aux droits de l’homme

    « Moi, président de la République, je ferai de mes compatriotes des apatrides »… Et Sarko médusé : « Merde, le mec me double par la droite… » Ahahah… elle est bien bonne…

    Pour ce lundi 4 janvier, l’actualité était chargée. En Chine, les bourses ont été fermées en début d’après-midi, après une chute de 7%, ébranlant les marchés mondiaux ; après l’Arabie Saoudite, ce sont les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et le Soudan qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Iran; en Libye, on s’alerte de la rapide progression de l’Etat islamique dans la zone pétrolière ; aux US, Volkswagen risque 20 milliards de pénalités…

    De partout, des défis majeurs… mais en France, la classe politique se triture la nouille à propos de la déchéance de nationalité, l’enjeu n’étant pas de lutter contre le terrorisme mais de manœuvrer en vue de la présidentielle de 2017.

    si-seulement-la-declaration-universelle-des-droits-de-l-homme-était-enseignée-aux-citoyens-.jpg

    Le thème d’hier, c’était la déchéance de nationalité pour tous les Français mêmes ceux qui n’ont qu’une seule nationalité, pour en faire des apatrides. Impossible car écarté par le discours d’Hollande au Congrès le 16 novembre,… mais redevenant possible – d’après les bruits de couloir – pour tenter de sauver le groupe socialiste à l’Assemblée…

    De toute part, se multiplient les arguments pour expliquer qu’il n’y a pas véritablement de droit international opposable, que la France a fait des réserves adéquates dans les traités qu’elle a signés sur le sujet, que l’interdiction posée par le Code civil résulte d’une loi, et que la loi peut donc être changée…

    S’il y a besoin, je reviendrai dans les jours qui viennent sur le plan technique, pour démontrer que même si une telle loi était votée, les mesures prises tomberaient devant la protection effective de l’identité qu’assure la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ou du Comité des droits de l’homme de l’ONU. Mais pour l’instant, je veux rester plus pragmatique, pour mesurer à quel point la classe politique - droite et gauche confondues - a tourné le dos à la culture des droits de l’homme

    Il existe une référence simple, que tout le monde peut lire et comprendre. C’est l’article 15 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 : « Tout individu a droit à une nationalité ». C’est clair, net précis : pour la meilleure référence internationale, rendre quelqu’un apatride est une violation des droits fondamentaux.

    Et là, que répondent les petits malins ? Ils répondent que la Déclaration de 1948, qui est une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, n’a pas de force contraignante.

    (Une parenthèse : l’accord bidon de la COP21, rédigé au conditionnel et ne prévoyant aucun processus de sanction serait contraignant, alors que la Déclaration universelle des droits de l’homme serait du pipi de chat…).

    Soyons clairs : sur le plan de la technique juridique, la déclaration universelle n’est pas un texte ayant une force d’application directe. D’où ce point de vue très partagé dans la classe politique : « La Déclaration universelle n’a pas de force contraignante directe, et nous pouvons donc nous en écarter ». Oui, mais c'est une méthode de racaille : je connais la règle, mais j’ai trouvé une faille dans son application, et donc je m’assois dessus. De la part de la France, ce point est inacceptable. Dire « mon engagement politique n’a pas de force juridique », c’est possible, mais c'est tourner le dos à la culture du droit.

    Poursuivons. Après tout, le gouvernement peut faire n’importe quoi en se planquant derrière sa souveraineté et sa politique de la peur. Mais il faudra que la France – qui représente moins d’un pour cent de la population de la planète – explique comment, alors qu’elle refuse d’appliquer la Déclaration universelle des droits de l’homme, texte phare de l’ONU, elle justifie son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

    1370347_3_eff0_le-conseil-de-securite-principal-organe-de.jpg

  • La Cour pénale internationale va-t-elle se débarrasser du Conseil de sécurité ?

    Dans l’affaire du Darfour, la Procureure Fatou Bensouda jette l’éponge. Le président soudanais Omar el-Béchir était poursuivi alors qu’il est en fonction et pour des faits commis dans le cadre de sa fonction présidentielle, et ce à la demande du Conseil de Sécurité. Du lourd…

    COUR-P~1.JPG

     

    Mardi devant le Conseil de sécurité, où elle présentait le bilan d’activité de la Cour, la Procureure Fatou Bensouda a clairement indiqué que son bureau cessait toute action dans cette affaire, pour cause de non-coopération du Soudan… et du Conseil de sécurité. Bon, et alors ? Cet échec de la procédure est une défaite de plus pour la CPI,… mais c’est doute aussi une grande chance pour l’avenir. Il faut s’arrêter sur ce fait très important… et plein d’avenir.

     

    Pour que la CPI puisse enquêter et juger, il faut qu’elle soit saisie,… et pour cela, il y a trois possibilités. Deux sont logiques : un Etat membre lui soumet une affaire, ou le procureur, agissant à la suite de renseignements, ouvre une enquête pour des crimes ayant eu lieu sur le territoire d’un Etat membre ou par des ressortissants d’un Etat-membre.

     

    La troisième, prévue par l’article 13,b) est très illogique : l’affaire lui est déféré par le Conseil de Sécurité, même si est concerné un Etat qui n’a pas ratifié le statut. Au départ, c’est vendu comme un argument solide : si un Etat veut rester hors-la-loi internationale en ne ratifiant pas le statut, le Conseil de sécurité, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies – la sécurité dans le monde – peut engager une action contre les dirigeants de cet Etat voyou.

     

    Très bien me direz-vous : « force doit rester à la loi ». Oui, sauf que c’est plus compliqué. Toute la vie internationale repose, en droit, sur la souveraineté des Etats. Aussi, un Etat ne se soumet à des règles de droit que s’il l’accepte. Là, on fait le pari d’imposer une juridiction internationale à un Etat qui la rejette. C’est dès le départ plus que périlleux, car la CPI n’a pas de police judiciaire à son service, et pour exécuter les mesures de contraintes, elle s’en remet aux Etats-membres, qui se sont ainsi engagés à coopérer.

     

    Le problème est vite vu : le Soudan n’a pas ratifié le traité, alors comment arrêter son président ? Réponse : lors des déplacements internationaux, sauf que les autres Etats-non membres refusent aussi de coopérer.

     

    Dans l’affaire du Darfour, c’est le Conseil de sécurité qui avait saisi la CPI contre le Soudan, Etat non-membre. Alors, la procureure s’est retournée à maintes reprises devant le Conseil de sécurité, pour obtenir un peu d’autorité sur le Soudan ou les Etats-tiers qui accueillaient les visites de du président soudanais el-Béchir. Rien, rien, rien… La procureure constate que le Conseil de sécurité ne lui donne pas les moyens d’assumer la procédure qui lui avait été confiée. El-Béchir était triomphant…

     

    Pourquoi le Conseil de sécurité n’assume pas ? Le Soudan n’est pas un Etat puissant… Alors ?

     

    Le Conseil de sécurité, c’est – dans la vraie vie – les cinq membres permanents qui disposent du droit de véto. Or, les trois plus influents l’entre eux – Les Etats-Unis, la Chine et la Russie – n’ont pas ratifié le  statut de la CPI, et ne sont pas prévu de le faire. Ces trois pays sont des champions toutes catégories de la violation des droits fondamentaux. Seule la Russie est présentable car elle accepte de se soumettre à une juridiction internationale, la Cour européenne des droits de l’homme. Et voilà que ces trois Etats, qui rejettent la CPI, peuvent décider de renvoyer devant cette cour un autre Etat, qui la rejette aussi. C’est du grand n’importe quoi… Ca accrédite beaucoup la critique sur « le droit des puissants », critique imputée à la CPI, alors que c’est le Conseil de sécurité qui agit vicieusement.

     

    Mais il y a plus important : c’est que les trois puissants du Conseil de sécurité commencent à être sérieusement inquiets devant une CPI qui prend de l’ampleur. Car si on peut arrêter Bechir pour des crimes de guerre commis pendant son mandat, on crée un modèle qui permettra de faire la même chose de Bush, le grand organisateur de la torture, et l’agresseur de l’Irak.

     

    Le Conseil de sécurité va donc battre en retrait. Pour la Libye, le Conseil de sécurité avait attendu que les premières attaques de l’OTAN pour demander une enquête contre Kadhafi… qui a été cruellement assassiné, un procès étant beaucoup trop dangereux à gérer. Pour la Syrie, La France a tenté d’obtenir la saisie de la CPI, mais les trois maîtres du Conseil de sécurité lui ont demandé de se calmer.  

     

    La Cour est donc en train de se dégager du boulet politique qu’est le Conseil de sécurité. Comme toute institution internationale, la Cour agira avec les Etats qui lui font confiance. Désormais, ce sont les vraies grandes manœuvres sui commencent : les Etats-Unis et la Chine vont tout faire pour combattre l’efficacité de cette cour, car ce sont eux les grand ennemis du droit.

     

    salle_cpi_bandopage.jpg

     

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu