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corrida

  • Ma vie pour une corne ?

    200806129encierro.jpgChacun prend son plaisir comme il veut, mais la perspective de me faire encorner par un taureau, puis piétiné par un troupeau de taureaux en furie ne m’émoustille guère. Courir plus vite que le taureau, avec la voonté d’éviter l’encornage, est sans doute très motivant, mais l’idée de tenter cet exploit me laisse de marbre. Et voir cette joyeuse foule, qui chaque année, se retrouve dans les rues de Pampelune prête à braver l’encornage à sec me laisse sur le cul.

    Et pourtant, cette stimulante tradition de la capitale de la Navarre, les « encierros », rencontre plus que le succès. Si j’ai bien compris, il s’agit de se pinter toute la nuit, pour se retrouver à huit heures pétantes pour une course de 825 mètres, jusqu’aux arènes, avec les plus vivaces des taureaux aux trousses. Du demi-fond à parcourir à un train d’enfer. Pas de vraie cérémonie sans un petit déguisement : il faut donc beaucoup de blanc et un petit foulard rouge au cou, pour faire chou.

    Pour ajouter une touche littéraire, genre supplément d’âme, les « encierros » vous offrent pour le même prix quelques pages d’Ernest Hemingway qui avait admiré l’exercice, et en était devenu le VRP. Et c’est le grand succès. 20080714104942.jpg

    Certes, il y a les à côtés. Pour cette année, on déplore un mort, un jeune espagnol de 27 ans. Le même  jour, trois coureurs ont été encornés, « en profondeur » précise l’AFP qui est toujours bien informée. Neuf autres coureurs ont été blessés après avoir chuté dans la cohue. L’un d’eux, âgé de 61 ans, victime d'un traumatisme sévère au thorax,  a été hospitalisé dans un état grave en unité de soins intensifs.

    Mais la fête continue, bien sûr.

    Soyons francs : tant qu’à côtoyer la bête, je préfère très nettement l'exercice qui consiste à poser mon postérieur sur un bon fauteuil en cuir pleine peau que sentir dans le cou le souffle de ces mignons taureaux. Et le bilan humain me laisse rêveur. Mais, alors que se développe la culture de l’interdit, le succès de cette grande fête joyeuse et périlleuse me parait très salvateur. La liberté de faire tout ce qu’il ne faut pas faire… Aussi, je remercie tous ces allumés qui placent leur vie sous la menace d’une corne, et bois volontiers avec eux un bon coup virtuel de rosé de Navarre.

    Le bal a commencé le 6 juillet, et finit aujourd’hui 14. Si la corne vous en dit…

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  • Arrêté anticorrida: Un abus de pouvoir

     

    Arrêté anticorrida : Un abus de pouvoir. Michelito, gamin de 10 ans et demi, est une star. En Amérique Latine, c’est sûr, et en Europe, ça ne devrait pas tarder. Car ce jeune apprenti torero franco-mexicain est entrain de s’offrir, pour pas un rond, une campagne de pub de première bourre.

     

    Un fils de bonne famille : le père, ancien torero français, dirige l’école taurine de Mérida, capitale de la province du Yucatan, au Mexique, et la mère gère les arènes. Le gamin a déjà un beau palmarès. Il n’a pas à affronter les taureaux adultes, mais seulement des veaux bien calibrés, et en a déjà tué une soixantaine. Pour le premier, Michelito avait six ans. D’où l’idée pour les amateurs de corridas de faire venir Michelito en France. Une série de spectacles est prévue dans diverses villes du Gers, des Landes et des Bouches-du-Rhône. Mais ça coince au démarrage : l’association Alliance anticorrida, dirigée par Claire Starozinski s’agite, et le premier spectacle prévu à Fontvieille vient d’être annulé, par arrêté municipal. Ah bon ?

     

    Faut-il rappeler, d’abord, que la corrida est légale. L’article 521-1 du Code pénal punit de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende « le fait, publiquement ou non, d'exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité ». Mais l’alinéa 3 de ce texte prévoit une exception pour les « courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. » Même chose pour les combats de coqs. La jurisprudence tient compte de tous les éléments de faits, et en premier lieu de « la persistance de l'intérêt que lui porte un nombre suffisant de personnes », selon la formule d’un arrêt de la Cour de cassation du 7 février 2006.

     

    Ensuite, si Michelito tue des veaux en Amérique du Sud, il ne fait en France que s’amuser. Un peu plus sérieux que les vachettes d’Intervilles, mais ni banderilles, ni mise à mort. Le sang ne coule pas. C’est ce que l’on appelle des becerradas. Un truc tellement illégal qu’il a lieu paisiblement depuis des années, et que le spectacle annulé à Fontveille est la remise en jeu annuelle du « trophée Frédéric Mannoni » ouvert à des élèves des écoles taurines. On devait retrouver à côté de Michelito d’autres jeunes compétiteurs venus de France, mais aussi d’Espagne et du Venezuela.

     

    Alors où est le drame ? Ecoutons Claire Starozinski, d’Alliance anticorrida : « Le comportement de ses parents est abusif et indigne ; même s'il ne tue pas, il torée ». Deux griefs dans les plaintes déposées par l’Alliance anticorrida auprès des procureurs des villes intéressées : mise en danger d’autrui et rémunération de mineur.

     

    Pour la mise en danger d’autrui, il allait oser ! Car si les becerradas doivent être interdites, alors il ne va pas être facile d’ouvrir aux mineurs une course de vélo, une épreuve d’escalade, ou un combat à l’épée ! Et je ne parle pas de natation où le risque de noyade est omniprésent ! Mieux vaut en rire.

     

    Les articles 7124-9 et 7124-12 du Code du travail prohibent toute rémunération pour les enfants mineurs de seize ans, et l’article L. 222-5 du Code du sport explique que cette interdiction  s'applique aux rémunérations de toute nature perçues pour l'exercice d'une activité sportive, et que la conclusion d'un contrat relatif à l'exercice d'une activité sportive par un mineur ne donne lieu à aucune rémunération ni avantage au profit de l’entraineur ou de tout intermédiaire. Le père a expliqué que les frais du déplacement étaient pris en charge par le fédération mexicaine. Comme pour les autres participants, et pour tous les mineurs participants à des compétitions internationales. Les organisateurs sont français de chez français : deux questions des gendarmes pour vérifier qu’il n’y pas de rémunération, et l’affaire était pliée.

     

    Alors, le maire, dans le cadre des pouvoirs de police, qui ne sont que de prévention, a interdit au nom de quoi ? L’article L.2212-2 du Code des collectivités territoriales précise que « la police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. » Et ces pouvoirs sont préventifs. S’il y a une infraction, c’est à la gendarmerie d’agir, d’enquêter, de dresser procès verbal, et au procureur de saisir un juge d’instruction. Une mesure qui ne règle rien, car la tournée se poursuit, avec un spectacle à Arles ce soir.

     

    Cet arrêté un peu pitoyable n’a rien de dramatique. Mais il témoigne d’une fébrilité assez consternante. Ce n’est tout de même pas parce que quelques vachettes apparaissent à l’horizon, que le maire peut se prendre pour un sheriff.

     

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