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  • Manou Gallo, Dobet Gnahoré et Kareyce Fotso : laissez-vous envoûter par l’Afrique

    Une heure et demi de concert, toute la beauté et la puissance de l’Afrique. Chacune de ces chanteuses a de quoi enflammer un concert, et là, les voici toutes les trois ensemble.

    Manou Gallo est un peu la patronne, un pilier de la musique ivoirienne. Femme de tous les talents, elle a choisi maintenant la basse, dans le style des plus grands bassistes du jazz, avec cette manière de poser le rythme, de pulser tout l’orchestre et de de nous offrir des solos éblouissants.

    Dobet Gnahoré… Fantastique ! Percussionniste, chanteuse, danseuse… Quel charisme… Ecoutez une minute Dobet Gnahoré, et vous voilà parti pour une grande nuit dans Abidjan, avec une émotion, une chaleur… La musique prend corps...

    Kareyce Fotso est une chanteuse camerounaise qui en quelques années s’est imposée au premier rang dans cette Afrique de l’Ouest. Un talent, une voix unique, douce et un peu éraillée, qui nous parle de l’Afrique, une grande aisance sur scène, et la volonté de tout partager avec le public.

    Au balafon, Aly Keita est époustouflant. Quelle équipe !

    Ce concert est un pur modèle, rendant la musique vivante comme jamais, et consacrant la scène comme une rencontre. C’est sincère, puissant, authentique… enthousiasmant. Cette année, grâce à ces trois chéries, l’été commence le 5 janvier.

    http://www.youtube.com/watch?v=TvUYcmU7bYQ

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  • Ouattara et la démocratie ? Non, le crime institutionnalisé !

    Amnesty International casse l’ambiance en Côte d’Ivoire…. Qu’ils étaient beaux les discours sur la démocratie avec les mirlitons français attaquant sans mandat de l’ONU le palais de Gbagbo. La Côte d’Ivoire allait renouer avec son histoire, fondée sur le respect du droit. Sauf qu’installer la démocratie au pouvoir par la force armée n’a jamais marché… et qu’on recommence avec obstination… il suffit  de trouver une agence de com’ correcte pour faire de belles images…

    Amnesty vient de publier un rapport accablant sur les méthodes de Ouattara. Incapacité à gouverner violations graves du droit, insécurité massive dans le pays,… mais ce Ouattara est tellement docile, souriant et reconnaissant…ouattara-sarkozy1.jpg

    Sur le plan de l’ordre public et des libertés, c’est assez simple. Ouattara a vite renoncé à gérer la police et la gendarmerie, considérées comme des places fortes du Gbagbo, et tout passe par ses services propres : les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), donc l’armée, une géniale police militaire, et le soutien de milices, les trois se rendant « responsables de nombreuses violations des droits humains en arrêtant et  détenant des individus en dehors de tout cadre légal sur des bases souvent ethniques et  politiques » écrit Amnesty

    « Ces exactions ont été rendues possibles par la prolifération de lieux de détention  non reconnus comme tels où des individus soupçonnés de tentative d’atteinte à la sûreté de  l’État ont été détenus au secret, parfois pendant de longues périodes et dans des conditions  inhumaines et dégradantes. Beaucoup ont été torturés et certains ont été remis en liberté  contre le paiement de rançons ».

    Tous ces faits sont connus, mais aucun des auteurs « n’a été traduit en justice ni même  relevé de ses fonctions ». Amnesty poursuit : « Cela illustre l’échec des autorités ivoiriennes à instaurer un état de droit près de deux ans après l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités.

    Quant à la justice, « les autorités ont exclusivement ciblé  les partisans avérés ou présumés de l’ancien président Laurent Gbagbo », avec procédures qui bafouent les règles élémentaires du droit. Aucune démarche sérieuse en deux ans d’instruction : « ni confrontation avec des  Victimes, ni aucun élément de preuve matériel communiqué à la défense ».

    Je vous laisse ci-dessous le lien pour lire ce rapport accablant, mais voici quelques témoignages qui devraient faire bondir les ministres de la Défense et des Affaires étrangères… s’ils n’étaient pas les premières cautions ! Et puis, il est vrai qu’ils sont très occupés à installer la démocratie au Mali par la force armée…

    Arrestations arbitraires, tortures et disparitions

    Témoignage d’un jeune homme  sans emploi, âgé de vingt-huit ans, qui a été arrêté le 11 août 2012 par les FRCI.

    « Je me rendais sur un chantier vers 14 h pour trouver du travail. Des membres des FRCI  m’ont arrêté, m’ont fouillé et m’ont mis dans le coffre de leur voiture. Je me suis retrouvé au  camp IIAO de Bassam [Institut industriel d’Afrique de l’ouest]. Ils m’ont demandé où étaient  cachées les armes, et m’ont frappé. Ensuite, ils m’ont remis dans le coffre de la voiture et  m’ont emmené en bord de mer. Ils ont menacé de m’exécuter si je ne disais pas la vérité. Ils  m’ont frappé à nouveau, m’ont remis dans le coffre et on est retourné au camp. Ils m’ont  demandé de dénoncer des gens qui auraient fait venir des armes par bateau. »

    Mi-août 2012, un détenu, ingénieur de profession, a été violemment frappé par deux  codétenus militaires. Plusieurs témoins ont raconté la scène à Amnesty International. L’un  d’eux a précisé :

    « J’ai été arrêté le 17 août [2012] à 6h30 aux Deux Plateaux [quartier d’Abidjan]. Quand je  suis arrivé au Génie militaire, il faisait chaud. Il y avait dans la cellule d’autres prisonniers  dont des militaires qui avaient été punis pour mauvaise conduite. Ces militaires jouissaient  de petits avantages. Ils pouvaient sortir la nuit et c’est eux qui gardaient le peu d’eau qui  nous était destinée. Un jour, un détenu, un ingénieur, avait très soif. Il a réclamé de l’eau à  un militaire détenu avec nous. Celui-ci a refusé. L’ingénieur a insisté en disant qu’il avait  très soif. Le militaire s’est jeté sur lui et l’a frappé. Il lui a donné des coups de pied et des  coups de poing et l’a frappé avec sa ceinture. Un autre militaire a prêté main forte à son  collègue. L’ingénieur est tombé, il s’est évanoui. Les détenus ont frappé à la porte pour  appeler les gardes. Il a été emmené à l’hôpital, il n’est plus revenu. On raconte qu’il est mort  des suites de ces coups. »

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    Arrêtant et détenant des individus selon leur bon vouloir et sans rendre compte de leurs actes  à qui que ce soit, les éléments de la police militaire et les FRCI ont également instauré une  « procédure de libération » fondée sur le paiement de rançons. Un grand nombre de détenus  et d’anciens détenus ont indiqué à Amnesty International qu’au Génie militaire, « les gens  sont libérés contre le paiement d’une somme fixée entre le responsable de la police militaire  et les parents des détenus ».  

    Témoignage du chef du  personnel d’une société d’Abidjan, arrêté le 27 août 2012 et détenu quelques jours.

    « Ils m’ont détenu deux jours et m’ont dit que si je voulais sortir, mes parents devaient payer.

    Ils demandaient la somme de 70 000 francs CFA [environ 110 euros]. Ma famille a payé un  premier versement de 50 000 avant ma libération. Le deuxième versement a été effectué  chez moi. Mes geôliers m’ont accompagné à mon domicile pour réclamer la somme restante  mais, une fois sur place, ils ont demandé une somme plus élevée. Ma famille a expliqué  qu’elle n’avait pas d’argent. Finalement, ils se sont fatigués et ils sont partis. »

    Arrestation pour motif racial

    « Le 10 mars après le service, je suis rentré chez moi. Vers 15 heures, des éléments des  FRCI sont arrivés et m’ont demandé de les accompagner à la Place de la Liberté [un lieu de  détention non reconnu comme tel] car j’étais accusé d’avoir fait un coup d’État. Quand je  suis arrivé, j’ai remarqué qu’il y avait d’autres corps habillés [hommes en uniforme]. Il n’y  avait que des gens comme moi, des Athiés, des Guérés, des Bétés ou des Didas [groupes  ethniques du sud du pays] arrêtés uniquement parce que soupçonnés de soutenir Laurent  Gbagbo. Ils nous reprochaient de nous être battus contre eux après l’élection présidentielle et  nous ont dit : “ Si vous pensez que Laurent Gbagbo va revenir vous vous trompez, il n’a  aucun pouvoir ici ”. Ils nous ont torturés pour nous faire parler et nous avons dû rester  couchés à même le sol, avec des chaînes aux pieds. Nous avons été arrêtés au hasard. La  preuve c’est que, au bout de 55 jours, ils nous ont tous libérés ».

    Lieux de détention non officiels

    « Le plus terrifiant, ça a été quand ils nous ont emmenés en brousse. C’était la nuit, ils ont  tiré en l’air pour nous effrayer. Ils ont menacé de nous tuer si nous ne disions pas la vérité.  Ils disaient que les Guérés et les Bétés avaient soutenu Laurent Gbagbo et c’est pour cela  qu’ils nous frappaient. Jamais avant ou après, nous n’avons eu une telle impression d’être  des jouets dans la main de nos bourreaux. Puis, on a été emmenés dans la résidence privée  d’un officier des FRCI et ensuite au Génie militaire. On a aussi été torturés là-bas mais la  brousse c’est pire que tout car tout peut vous arriver. »

    Un autre témoignage

    « Je me suis retrouvé dans un véhicule avec quatre autres personnes. On m’a mis des  menottes attachées derrière le dos. Une cagoule m’a été enfoncée sur le visage, j’ai senti le  bout d’un pistolet automatique contre ma tête. À un moment, j’ai compris qu’on avait quitté  le goudron pour emprunter une piste. Le véhicule s’est arrêté. Quand on a enlevé la cagoule,  j’ai compris qu’on était dans la forêt. On nous a fait descendre et on nous a demandé où  étaient les armes. J’ai répondu que je n’en savais rien. Ils ont tiré des coups de feu d’abord  en l’air puis sur un des détenus. Il est tombé et ils ont abandonné son corps là-bas. »

    Interrogatoires sous la tortureAfficheSurvie2008BATptit-7b7b4.jpg

    « Après m’avoir donné des coups de câbles électriques et des coups de pied avec leurs  rangers [bottes], trois membres des FRCI m’ont tenu par les pieds et m’ont plongé la tête  dans une barrique d’eau. Je ne pouvais pas me débattre parce que j’avais les mains  menottées derrière le dos ».

    Plusieurs autres détenus ont affirmé avoir subi des brûlures au plastique fondu et ont montré  aux délégués d’Amnesty International des traces de brûlures sur le dos et le cou. Un détenu a expliqué :

    « Arrivé au camp Place de la Liberté, ils m’ont demandé d’enlever mes vêtements, je suis  resté avec mon caleçon et ils ont commencé à m’interroger en me torturant. Ils m’ont attaché  les mains avec des menottes reliées à une barre de fer verticale, ils me donnaient des coups  de matraques et de barres de fer. Ils ont brûlé un sac en plastique et ont fait en sorte que le  plastique fondu tombe sur mon dos pendant que trois personnes me tenaient les pieds. »

    Plusieurs détenus ont également affirmé avoir été torturés dans des villas privées :

    « J’ai été conduit dans un camp militaire des FRCI non loin de l’arrêt du terminus du bus  N° 17. J’étais au milieu d’un cercle de dix militaires, les coups pleuvaient sur moi. Ils me  donnaient des coups de pied et des coups de poing au visage et à la tête. Quand l’un d’eux  me parlait, un autre me frappait dans le dos. Ils m’empêchaient de parler pour contester  leurs assertions. Ils m’ont ensuite attaché les mains dans le dos, ils m’ont également attaché  les pieds. Ils ont percé deux trous dans un sac en plastique qu’ils ont enfoncé sur ma tête.  Ils m’ont mis dans un coffre de véhicule et m’ont conduit dans une villa privée à Cocody. Ils  m’ont accusé de recevoir de l’argent pour recruter des mercenaires. Ils m’ont fait asseoir sur  une chaise. Régulièrement je recevais des décharges électriques. J’ai uriné et déféqué dans  mon caleçon. »

    Mort de détenus des suites de tortures

    Amnesty dispose de témoignages concordant sur le mort de Serge  Hervé Kribié, un sergent-chef de police, d’ethnie bétée, arrêté pour motif racial à San  Pedro le 20 août 2012.

    « Serge Hervé Kribié a été remis aux FRCI. Il a été déshabillé, attaché  à un poteau et de l’eau a été versée sur lui. Puis il a reçu des  décharges électriques. Moi, j’étais allongé sur la dalle et je me suis  penché pour voir. Il criait, il a évoqué ses enfants…..Il poussait des  cris atroces. Après cela, un de ceux qui donnaient des ordres a  demandé en dioula : “ Est-ce qu’il est mort ? S’il est mort, on va  attacher ses pieds pour le jeter dans la lagune ”. J’ai vu qu’on lui  faisait des massages cardiaques. On ne l’a plus entendu. Quelques  jours après, un militaire que je connais m’a informé que notre collègue  était décédé le jour même de son arrestation ».

    *   *   * 

    Atterrés par ce rapport d’Amnesty, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, vont annoncer ce matin qu’ils suspendent l’accord de coopération militaire, et exiger de Ouatarra l’ouverture d’enquêtes  judiciaires sur ces faits. Les grandes entreprises françaises, venues avec Sarko installer Ouattara au pouvoir, vont se voir ordonné de suspendre leurs activités, pour ne pas être le poumon économique de cette violation institutionnalisée du droit. 

    C’est que la France ne rigole pas avec la démocratie, surtout en Afrique… 

     

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  • Gbagbo n’a rien à faire devant la CPI

    514027_independance-cote-d-ivoire.jpgLa Côte d’Ivoire de 2011 serait-elle un pays immature au point de ne pouvoir rendre la justice ? La facilité avec laquelle le gouvernement de Ouattara dit vouloir s’en remettre à la Cour Pénale Internationale pour juger Gbagbo est un bien mauvais signe.

    Le statut de Gbagbo a évolué. Assigné à résidence par mesure de sûreté, il vient d’être inculpé de crimes économiques et placé en détention. Le Procureur a fait état de poursuites pour « vol aggravé, atteinte à l`économie nationale, détournement de deniers publics, pillage ». Gbagbo devrait ouvrir une page facebook en commun avec Moubarak : le partage de l’expérience est toujours intéressant.

    Après, les histoires risquent de diverger, car alors que la jeune Egypte de la Révolution a démarré le procès des dirigeants du pays, le déjà rouillé gouvernement de Côte d’Ivoire souhaite au plus vite refiler l’affaire à la Cour Pénale Internationale.

     

    Transférer le procès à La Haye, c’est une solution de facilité. La procédure y est très respectueuse des droits de la défense. Le procès sera long, et ainsi éloigné du calendrier politique. Et quoi qu’il arrive ce sera l’affaire des juges de la Cour.

     

    Ce transfert signerait l’abandon d’une tâche essentielle. La Côte d’Ivoire est indépendante depuis 1960 et il y a peu d’arguments pour dire que l’Etat n’est pas en mesure de tenir le procès.

     

    La com’ est partie à tout va : c’est pour ne pas être accusé de jouer la justice des vainqueurs. Ouah le tout petit argument… Les règles du procès équitable sont universelles et bien connues, alors un peu d’effort. La Côte d'Ivoire ne manque pas de juristes de talent, et le pays avait connu une campagne électorale nickel. Alors, c'est quoi cette façon d'abandonner la justice?

     

    Ces grands procès sont des défis, et toujours des mauvais moments, mais il faut se colter. Alors que l’Egypte, sortie de la dictature il y a six mois, essaie, la démission annoncée de la Cote d’Ivoire est un très mauvais signe, pour le pays, et pour le gouvernement.

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  • Comment juger Gbagbo ?

    La-plume-que-porte-sur-la-tete-Maat-deesse-de-l-Harmonie.jpgAh que l’image plait : Gbagbo et Madame, à l’Hôtel du Golfe, en vrac, hébétés et apeurés, avec cette mise en scène horrible qui rappelle l’arrestation du couple Ceausescu, et qui renvoie à l’exécution filmée de Saddam Hussein. Quels sont ces minables vainqueurs obligés d’humilier leurs vaincus ? Quel avenir se préparent-ils ?

     

    Le gendarme qui se croit plus fort que le juge... ça ne mène pas loin : toutes les grandes civilisations en témoignent.

     

    Ca se déchaine déjà ! Gbagbo doit être jugé, et par la Cour Pénale Internationale, la seule qui pourrait faire quoi que ce soit vu l’immensité de ses crimes. Avec d’un côté la France, au summum de l’hypocrisie, expliquant qu’elle n’est pour rien dans cette arrestation, et Hillary, la truculente mère fouettard de Washington expliquant « Voilà ce qui arrive quand les pas-gentils s’accrochent au pouvoir ». La même mère fouettard qui applaudit le renvoi de Béchir, Kadhafi et Gbagbo devant la Cour Pénale Internationale, mais refuse de ratifier le Traité instituant cette Cour – pourtant signé son héros de mari – de peur de se voir notifier le lendemain un mandat d’arrêt.

     

    Alors, c’est la partition du jour : il faut juger Gbagbo. Malheur aux vaincus.   

     

    Et d’abord, pourquoi la Cour Pénale Internationale ? La Côte d’Ivoire est un Etat souverain. Elle a tout pour juger les crimes commis sur son sol. Il faut donc que les enquêtes soient ouvertes, que des juges soient désignés, que des avocats défendent les droits des personnes mises en cause et que la presse suive tout cela. Si le processus coince, il sera bien temps pour les Ivoiriens d’en analyser les causes et de mesurer quelle forme de coopération peut être trouvée avec la Cour Pénale Internationale, pour finalement peut-être renoncer à la solution nationale et transférer l’affaire à la Cour.

     

    Mais ce serait un immense recul de l’Etat ivoirien que de se montrer incapable de gérer la fonction judiciaire. Ce serait un Etat diminué, et on perçoit la jouissance suave qui nourrit ces appels à la Cour Pénale Internationale. Un Etat limité, renonçant à sa fonction judiciaire, incapable de se saisir de la période la plus chaude de son histoire. La Côte d’Ivoire deviendrait un super bantoustan - justice via la CPI, police via l'ONU et diplomatie via la France -  qui mettrait gentiment en œuvre les préconisations de bonne gouvernance du FMI et resterait une place forte française, avec la Bolloré Connection pour chanter des louanges au libéralisme moderne. 47159996.jpg 

     

    Et puis juger Gbagbo ? Parler ainsi, c’est déjà donner ordre à la justice le condamner, et basta, tournons la page, comme s’il n’y avait qu’un seul coupable et avec tous les torts. Mais, ce n’est pas la justice, ça, c’est à peine le sheriff du Texas.

     

    Si on appelle la Justice au secours, il faut la respecter, et avant de juger l’affreux Gbagbo pour ses crimes, il faut instruire sur les faits. Le procès à la Ceausescu, c’est « quels sont les crimes que ce salaud a commis ? » La Justice, c’est « des crimes ayant été commis, enquêtons sur les faits et recherchons les coupables, tous, pour les juger, tous ».

     

    Ce qui suppose aussi de s'intéresser aux conditions de l’arrestation de Gbagbo et au rôle décisif des troupes françaises, alors qu’elles ne pouvaient agir que dans le cadre du mandat de l’ONU, que le mandat ne leur permettait d’intervenir que contre l’usage des armes lourdes, et qu'il n’autorisait en rien de participer à l’arrestation de Gbagbo.

     

    Trop lourd pour le jeune pouvoir de Ouattara ? Pile l’inverse. Ouattara est entrain de se faire asphyxier par ses adorateurs de la « communauté internationale ». Il n’a pas eu la partie facile, d’accord. Mais il faut lui souhaiter d’être en mesure de reprendre en main toutes les cartes et très vite, car toute autre solution serait un confort facile qui lui bloquerait l’avenir.

     

    Dès demain, on nous passera en boucle les images de l’alimentation qui revient à Abidjan et de la vie qui reprend son cours. Mais il ne faut pas oublier l'essentiel, et ce serait une grande faute de transformer en utilité cette Justice, qui est un pouvoir régalien.

     

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    Corrado Giaquinto, Allégorie de la Paix et de la Justice

    1753-54 Indianapolis, Museum of Art

  • Côte d’Ivoire : Les armes, jusqu’où ?

    cote-d-ivoire-petite.pngLes plaidoiries de Vergès et Dumas n’y ont rien fait : Gbagbo a perdu ; après quatre mois d’atermoiements, il est désormais attaqué par la force armée.

    « Toutes les voies pacifiques pour amener Laurent Gbagbo à reconnaître sa défaite sont épuisées ». Le texte a été signé ce mardi 29 par Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). La veille, Ouattara avait envoyé paître le huitième émissaire de l’Union Africaine, qui proposait… des pourparlers.  

    Les troupes de  la rébellion des Forces Nouvelles (FN), l’armée du Nord, fidèles soutiens de Ouattara, rebaptisées en Forces Républicaines de Code d’Ivoire, ont pris l’offensive lundi. Une progression rapide. Dès hier soir, les troupes avaient pris une série de villes importantes sur toute la largeur du pays : Bondoukou (est), près du Ghana, Abengourou (sud-est) à seulement 220 km d’Abidjan, Daloa (centre-ouest) et Duékoué (ouest), à 300 km de Pedro, l’important port (sud).

    Laurent Gbagbo a demandé un « cessez-le-feu immédiat et l'ouverture du dialogue sous la médiation du haut représentant de l'Union Africaine». Dans le même temps, il appelle ses partisans aux armes, affirmant qu’Abidjan ne tombera jamais. Manifestement, Gbagbo mise tout encore sur la partition du pays.

    Le bilan de ces quatre mois de crise est lourd : selon l’ONU, on compte 460 morts et un million de personnes déplacées.

    Les questions s’accumulent, car Ouattara veut déloger Gbagbo du palais présidentiel mais il doit aussi gérer une situation politiquement, économiquement et socialement pourrie par dix ans de crise institutionnelle.plan_abidjan_550.jpg

    Quels sont les forces et les appuis de Ouattara et de Gbagbo dans le sud du pays ? Cette avancée militaire va-t-elle se confirmer ? Tournera-telle à la guerre civile quand les soldats de Ouattara s’approcheront d’Abidjan ? Y-a-t-il une possible sortie honorable pour Gbagbo ? Une telle guerre urbaine, et dans cette ville d’Abidjan, est-elle possible ? L’unité de la Cote d’Ivoire est-elle vraiment en jeu ? Les armes circulent… Le pays peut-il plonger dans une longue guerre civile ? Qui pourra pacifier un jour la Côte d’Ivoire ?

    L’ONU est massivement présente en Côte d’Ivoire, et spécialement à Abidjan. Les casques bleus vont-ils être attaqués ? Que feront-ils si la violence armée s’installe dans Abidjan, sous leurs yeux ? La France est là, aussi. Jusqu’à quelque stade de violence pourra-t-elle rester sur la réserve ? Le Conseil de Sécurité est saisi de la question ivoirienne. Doit-il considérer que l’affaire est interne à la Côte d’Ivoire, qui après un processus électoral très correct, définit son destin avec le recours aux armes ?

    Chaque jour qui passe montre que le mandat donné par la résolution 1973 sur la Libye a été dépassée. L’interventionnisme international a affirmé son but, un appui aux rebelles pour un changement de régime, loin de « la responsabilité de protéger » la population civile. Ces choix ont-ils carbonisé cette notion si récente du droit international ? Pourra-t-elle à nouveau être évoquée comme motif d’une intervention armée internationale en Côte d’Ivoire, où les drames pour la population civile sont déjà une réalité ? Mais quelle action internationale si les combats s’installent dans les quartiers d’Abidjan ?

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    Nuit sur Abidjan
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