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  • Crèche : Les addicts de la laïcité

    De retour au pays, je prends quelques nouvelles de l’actualité juridictionnelle, et relève – une rareté – une audience de l’Assemblée générale du Conseil d’Etat, soit 17 magistrats. Wahou ! … Mais diable, quel peut bien être l’enjeu pour que cette prestigieuse formation ait été réunie ?

    Je m’interroge…. La responsabilité de l’Etat quand le président de la République annonce avoir ordonné quatre assassinats ? Le traité UE/Canada, qui organise la destruction de nos normes environnementales ? Le respect des magistrats, accusés de « lâcheté » par le chef de l’Etat, qui est pourtant garant de leur indépendance selon la Constitution ? La responsabilité de l’Etat dans la lutte contre le chômage, alors qu’on rencontre chaque jour des personnes qui s’épuisent à adresser des demandes d’emploi, avec des CV plus que présentables, sans aucune réponse ? Les carences de la police, quand faire enregistrer une plainte est devenu un parcours du combattant ? La ruine de nos compatriotes par le recours délirant aux investissements dans le TGV, un gouffre financier alors que seule la ligne Lyon-Paris est rentable ? Le démantèlement du camp de Calais, qui explose les droits fondamentaux des personnes ? La faillite morale de la télé publique ?

    Non, je suis nul. L’air du lointain m’a vrillé le sens des priorités. Si la noble assemblée du Conseil d’Etat était réunie, c’était pour statuer sur une question génétiquement tripale pour notre société : peut-on, pendant la période de Noël, installer des crèches dans les mairies ?

    Nous aurons la réponse dans quelques semaines, mais hier nous avons pris connaissance des excellentes conclusions de la géniale rapporteure publique du Conseil d’Etat. En substance : une crèche peut être installée dans une mairie… « sous certaines conditions ». Donc, tout est dans le « sous certaines conditions »… Le débat progresse.

    Selon la rapporteure publique, la condition est que l’installation de la crèche s’inscrive « dans le temps festif lié à la célébration de Noël », qu’elle revête le « caractère d’une manifestation culturelle ou à tout le moins festive », et qu’elle ne soit accompagnée d’aucune « initiative teintée de prosélytisme religieux ». Donc, la crèche pour faire la teuf’ et doper le commerce, c’est légal, mais si jamais la crèche rappelle la prière et la foi, c’est « teinté », et il faut l’interdire pour sauver la République.  

    Si l’excellente assemblée suit l’excellent avis de l’excellente rapporteure, on n’a pas fini de rire… Une crèche accompagnée d’une musique grégorienne, dans une atmosphère de recueillement, c’est illégal ; mais la même crèche avec un super rock sound et une distribution de bons pour la foire commerciale de fin d’année, ça va ; et si en plus la mairie fait open bar avec les pintes de bière à 3 euros, ça devient l’amour de la loi laïque…. Voilà où nous en sommes. C’est bien triste, mais mieux vaut en rire…

    Qui pourra un jour m’expliquer pourquoi la spiritualité est considérée comme un drame ?

    - Oki, mais la critique n’est valable que si tu peux proposer mieux.

    - Alors, voilà… Comme c’est « possible sous condition », et que la condition proposée par l’excellente rapporteuse est nulle, j'en propose une autre : que la Sainte-Vierge ne porte pas le voile !

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    Crèche gravement illégale, menaçant les valeurs de la République 

  • Il ne nous manquait plus que mamy Badinter…

    Comme sœur Angélique-Forest-de-la-Rédemption ne vaut plus une thune, on nous ressort du placard la mamy Badinter. C’est le journal La Croix (et la bannière) qui fait sa rédemption. Et comme on pouvait s’y attendre, ça vaut un sacré – gloire à Dieu – bidonnage. Voici quelques extraits de l'entretien avec mamy blue et mes commentaires amusés.

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    Q. – Que pensez-vous de la proposition de loi sur la neutralité des crèches et lieux d’accueil des mineurs ?

    R. – Elle est absolument nécessaire. Il faut compléter une fois pour toutes la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école. Nous affrontons aujourd’hui un problème nouveau : alors que les pressions religieuses étaient en recul depuis des décennies, que le consensus était parfait, certains affichent des exigences religieuses dans la prise en charge d’enfants à peine nés !

    Ceux qui ont voté la loi de 1905 ne pouvaient pas le savoir : l’enseignement religieux n’avait, alors, pas sa place avant l’âge de raison.

    Commentaire

    1/ Y-a-t-il un mot sur l’enseignement dans la loi de 1905 ? Je vous laisse juge : pas un ! Rien à voir avec la choucroute. Alors tu parles de quoi, mamy ? Si tu parles d’une loi, essaie de la lire avant… Là, tu es ridicule, en sautant dans la piscine quand il n’y a pas d’eau.

    2/ Une petite piqûre de rappel à mamy pour lui dire que le baptême catho, c’est dans les jours qui suivent la naissance. Catalogué catho toute la vie, alors que le bébé n’est pas majeur, et pire n’a pas atteint l’âge de raison… Une dramatique atteinte aux droits de l’enfant qui a échappé à notre super mamy… Une loi pour interdire le baptême avant l'âge de raison? 

    3/ Si au passage tu peux nous expliquer ton truc sur l’âge de raison…

    Q. – Les controverses se concentrent surtout sur la place de la femme. Après la loi de 2004 puis celle sur le voile intégral, faut-il aller plus loin ?

    R. – Depuis vingt-cinq ans, on a laissé faire. Cela a-t-il arrangé les choses ? Non. Il a fallu la loi de 2004 pour que le mouvement s’arrête à l’école.

    Commentaire

    Mais non, mamy, ça ne marche pas ton truc.

    La France a adhéré au Pacte des droits civils et politiques de 1966 et au protocole n°1 par lequel elle reconnait l’autorité du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Or, ce Comité a dit que la loi de 2004 constituait une violation du droit car 1) elle ne reposait sur aucun fondement crédible en terme de liberté de religion, et que 2) il était inadmissible de virer de l’enseignement un élève assidu et appliqué, qui ne causait aucun trouble dans l’établissement, au motif qu’il aurait porté des signes religieux. Donc ta loi est un abus de pouvoir et une violation du droit. La coalition PS-UMP-FN a choisi d’ignorer le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Un comportement de voyou, qui ne fait que reporter le problème, car tôt ou tard, la loi de 2004 devra être abrogée pour respecter les principes du droit. A moins que la France retire sa signature du Pacte, et aille rejoindre la Corée du Nord ?

    Et toi, tu nous proposes quoi, mamy blue ? D’étendre l’illégalité laïciste intégriste dans les crèches ? Oh, calmos….  

    Q. – Faut-il une loi sur les signes religieux à l’université ?

    R. – Je suis encore en état de réflexion. Je trouve normal que les étudiants, adultes, s’habillent comme ils le veulent, mais je suis sensible aussi à la proposition de certains d’interdire les signes religieux pendant les cours, lorsque le discours scientifique doit être respecté.

    J’ai surtout besoin d’informations : est-il exact qu’une ou des universités abrite(nt) une salle de prière ? Il faut qu’une inspection universitaire se penche sur le sujet.

    Commentaire

    1/ « Interdire les signes religieux pendant les cours, lorsque le discours scientifique doit être respecté »… Hum, hum, mamy… Tu t’es shootée à la litote ? Parce qu’a priori, le discours scientifique marque tous les cours à l’université, non ? Donc, autant dire que tu veux interdire le foulard de partout ?

    2/ Mamy adorée, as-tu songé un instant que la femme qui porte le foulard musulman a un avantage dans ta grille de lecture : elle joue cash. Mais, comme il s’agit de ses convictions, intimes, pourquoi tu t’accroches aux apparences ? En fait tu nous saoules avec tes critères à la con. Ce qu’est une personne ou ce qu’elle pense, ça te dépasse, alors tu t’accroches au visible… Mamy, tu es visiblement risible.

    3/ Des salles de prière dans les universités ? Option avec foulard, ou sans foulard ? Avec poils ou à poil ? Allons, mamy chérie, je vais te faire une révélation… D’après les enquêtes de nos courageuses équipes d’investigations du blog, figure-toi qu’il y aurait même des aumôneries, avec des ecclésiastiques payés par l’Etat dans les lycées publics et les hôpitaux publics, et qu’il existe même un diocèse aux armées… Tu trembles ? Accroche-toi bien mamy… Avec effroi, je me suis aperçu qu’il existait une magnifique chapelle au sein du Palais de justice de Paris. Alors, mamy, comme tu as l’air bien en forme, fais nous encore rire un bon coup, et demande que la chapelle du Palais de Justice soit rasée, ou reconverti en temple maçonnique. Au nom de la laïcité et pour respecter le discours scientifique.

    Sainte Nunuche… 

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    T'as vu, mamy blue, ça a de l'allure, non ? 

  • De retour du front des crèches

    N’écoutant que leur courage, nos reporters sont partis en mission – mais pas en position de missionnaire – sur le front des crèches, pour rejoindre les vaillants défenseurs de la laïcité mal placée. Eh bien, c’est chaud, chaud chaud… car ce sont quinze ans de délire anti-religion qui sont en train d’exploser en plein vol. Rien de moins ? Oui, et vous savez que je n’exagère jamais.

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    A Montpellier,  le juge a débouté les (presque) libres penseurs de Béziers, qui en sont dégoûtés, alors qu’à Melun l’affaire parait bien partie pour une éradication de la crèche, comme l’avait fait le tribunal administratif de Nantes pour celle du conseil général de Vendée. Le camarade Christophe Borgel (PS), député dépité, s’est lâché « Au mieux c'est débile, au pire c'est criminel ! » Diable…

    En fait, les analyses du juge de Montpelier et du rapporteur public de Melun ne sont sans doute pas si distinctes que cela.

    Le tribunal administratif de Montpellier a été saisi par les (presque) libres penseurs, en référé, c’est-à-dire dans le cadre d’une procédure d’urgence. Comme il existe plusieurs procédures de référé, je ne m’aventure pas, mais disons qu’il existe toujours un critère d’urgence. Or, la juge des référés a estimé qu’il n'y avait pas d'urgence à statuer à propos de la crèche de Noël installée à l'hôtel de ville de Béziers, la mairie ne semblant pas menacée par un risque d’insurrection populaire. D’ailleurs, les (presque) libres penseurs, qui ont gentiment offert ce cadeau de Noël à Menard, n’ont pas indiqué faire appel.

    A Melun, la situation peut paraitre trompeuse car le tribunal doit rendre sa décision lundi. Mais de ce que je crois comprendre, il s’agit d’une procédure « au fond », donc engagée de longue date, et le tribunal a fait l’effort de fixer la date d’audience dans un calendrier qui parle.

    Aux yeux de mon excellente conteneur Me Mazas, avocate des (presque) libres penseurs de Bézier, une crèche de la Nativité est bien « une atteinte à la laïcité » car elle « symbolise » la naissance du Christ, un événement « au cœur de la religion chrétienne », ajoutant : « L'installation d'une crèche viole la liberté de conscience des administrés et des requérants qui n'ont pas à voir s'imposer la religion du maire ou la religion censée avoir été dominante à Béziers ».

    La ville de Béziers, par mon excellente consœur Raphaële Hiault Spitzer, a plaidé en dessous de la ceinture laïque. Pour la ville, cette crèche n’est pas cultuelle mais culturelle : « La crèche n'est pas prescrite par le Droit canon. Elle n'est pas installée par une volonté de prosélytisme. Elle est là parce qu'elle fait partie de la tradition ». Ce qui veut dire que l’ami Menard se garde bien de parler de défense de la liberté de religion. Je le note.

    A Melun, le rapporteur public, un magistrat du tribunal administratif, indépendant de la juridiction, qui rend un avis avant le jugement, a balayé ces arguments pour dire, comme le tribunal administratif de Nantes, qu’une crèche de la Nativité a bien une connotation religieuse : « Il s'agit bien, à notre sens, d'un emblème religieux, où la symbolique est affirmée, de plus, par le bâton porté par l'un des rois mages en forme de crosse, attribut des évêques dans la religion catholique ». Que la crèche de Noël, avec le petit Jésus soit une donnée religieuse, vous en doutiez-vous ?

    Alors, quel est le drame ?

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    Le drame, c’est la conception psychorigide de la laïcité. Depuis le début des années 2000, on assiste à un recroquevillement de la laïcité, qui prend un air de vieille pomme fripée. Ce n’est pas une anti-religion, mais un système qui veut rejeter la religion de l’espace public, pour le réserver à la sphère privée. Evidemment, ce mouvement est une réaction pour contrer l’Islam. Pourquoi ? Comme çà.

    Le problème est double.

    D’abord, ce recroquevillement est contraire au droit.

    L’article 1 de la loi de 1905 est on ne peut plus clair : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ». « Assure », « garantit »… Tu piges ?

    L’article 9 de la convention européenne des droits de l’homme va exactement dans le même sens :

    « 1/ Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.

    « 2/ La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

    « La liberté de manifester sa religion en public... » Tu piges ?

    Ensuite, dans les faits, ce  recroquevillement est injouable.

    L’ami Borgel estime que c’est criminel de virer les crèches des mairies, mais il trouve très bien de virer les jeunes filles qui porte un foulard des écoles. C’est tout le problème.

    Le Conseil d’Etat va se trouver saisi de la bataille des crèches, et il devra choisir. S’il en reste à la laïcité recroquevillée, qui est son œuvre depuis 2000, car elle pose l’interdit dans le public comme un absolu, il devra interdire les crèches. S’il tolère les crèches, c’est qu’il renonce à la logique de l’interdit, pour se rapprocher de l’article 9 et de « la liberté de manifester sa religion en public... ».

    - Mais alors, ça jouera aussi pour les autres religions ?

    - Bien sûr.

    Vous avez ainsi le sens de la prochaine jurisprudence du Conseil d’Etat, qui hélas s’obstine à ignorer les décisions du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU. Un cocardisme juridique assez pathétique.

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