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  • Nice : Rien à voir avec l’Etat Islamique

    41K0f3DK-vL._SX320_BO1,204,203,200_.jpgL’Etat islamique est une pure escroquerie, l’œuvre de gogos sanguinaires, juste bons à voler les biens des autres et tuer ceux qui leur résistent. Ces maquereaux du terrorisme avaient le 16 juillet revendiqué le crime de Nice – 86 morts, 434 blessés – saluant l’œuvre d’un « soldat du Califat ». Le crime et cette revendication,… ambiance… pour conduire à justifier une réforme de l’Islam en France, avec Papy Chevènement...

    On attendait des preuves... et en voici : aucune indice n’accrédite un lien quelconque entre le tueur et l’Etat islamique, ni d’ailleurs avec la croyance religieuse.  

    Je note d’abord que, si des complices suspectés ont été mis en examen, le Procureur de la République, qui n’est pas farouche avec les micros, n’a fait aucune déclaration pour dire qu’il existait un lien entre le tueur et le terrorisme islamiste. Pas de réseau non plus.

    Ensuite, Le Parisien et Libération ont eu accès au dossier, et nous ont livré hier nombre d’informations.

    S’agissant de l’enquête, le téléphone portable et l’ordi ont parlé : pas de traces de l'Etat islamique, mais une addiction aux sites pornographiques et à l’hyperviolence. Le mec n’était ni sous commande, ni sous allégeance.

    Pour ce qui est de la personnalité, on est à des années lumières des combattants perdus du djihad.

    Le type était psychologiquement déstructuré, violent, alcoolique, obsédé sexuel, et dragueur maladif. Mythomane à l’égo démesuré, mais dans le même temps fragile et instable.

    Son épouse explique qu'il « n’est pas croyant, il ne pratique pas du tout, il mange du porc, boit de l’alcool ». Une amie ajoute : « Comme Hajer était croyante, il insultait Dieu devant elle pour la provoquer. Il mangeait du porc et se moquait pas mal de la religion. Il était même antireligion ». En famille, le type se montrait violent, infantile et ingérable, éventrant les poupées des enfants, déféquant sur le lit ou brutalisant son épouse pour imposer des rapports sexuels brutaux.9782729847005.jpg

    Pour une collègue « Avec lui, tout tournait autour du sexe. Le prof de salsa connais­sait Moha­med, il l’avait déjà mis plusieurs fois dehors du cours parce qu’il draguait avec beau­coup d’in­sis­tance toutes les filles». Selon son beau-frère, « il avait le démon en lui, et il m'avait même montré la poupée gonflable qu'il avait chez lui ». Gonflé aux stéroïdes, il était obsédé par son image : « Il ne pensait qu’à lui, il n’avait aucun sens des respon­sa­bi­li­tés, aucune huma­nité… Il a des problèmes psychia­triques, ça saute aux yeux, il est complé­te­ment taré. » Pour une amie de son ex-femme : « C'est un sadique. Il l'a fait par sadisme ». La violence de Daech a pris sa place dans cette vie cassée, et regardait, indifférent, les scènes de décapitation.

    Et puis quelles méthodes criminelles ?

    Dans le camion, on a trouvé ses papiers d’identité, et des documents. Son téléphone était allumé, avec un dernier SMS de 22 h 27 – quelques minutes avant le crime – dans lequel l’auteur balançait ses complices supposés : « Ramzy, je suis passé tout à l’heure au Taxiphone rue Marceau, je t’ai pas trouvé. Je voulais te dire que le pistolet que tu m’as donné avant-hier est très bien. Dis à ton copain qui habite au 7, rue Miollis au 5e étage qu’il nous [en] ramène cinq. Chokri est ses amis sont prêts pour le mois prochain maintenant ils sont chez Walid ».

    Tous ces noms bien sur disponibles sur le téléphone portable… Il donne même l’étage pour faciliter le travail des enquêteurs… 

    Loin des fantasmes, voici des faits. Le grand crime est tellement contraire à notre nature qu’on cherche à ne pas le voir, je sais. Mais s’inventer des histoires, ça ne peut pas mener loin. Parce qu'il faut agir, il faut d’abord comprendre.   

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  • La terrifiante violence dans notre société

    Ces derniers mois, nous lisons les échos d’une série de violences commises dans le contexte familial ou relationnel, autant de terrifiants débordements criminels. En quelques instants, sans que l’on puisse comprendre, une vie est broyée par le crime. La pulsion écrase tout...

    Hier, c’est l’histoire dramatique survenue à Maromme, dans l’agglomération de Rouen. Une femme, enceinte de huit mois, a été rouée de coups par son compagnon, âgé de 19 ans, qui serait le père de l’enfant. La femme, entre la vie et la mort, a été conduite par un proche aux urgences du CHU. Les médecins ont dû pratiquer une césarienne pour sauver le bébé. Après la naissance. Il était en détresse respiratoire et en arrêt cardiaque, et il a fallu le réanimer. Ce soir, l’état de santé de la mère serait stabilisé, mais l’enfant reste dans un état critique. Le compagnon a été arrêté mardi en début d’après-midi.

    La justice va s’occuper du crime, elle sait faire, rien de neuf...

    Tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son mari ou son compagnon, rien de neuf non plus...

    Et pourtant...

    Cette violence, tellement inscrite dans notre société, est sidérante. Je ne vais pas tenter ici des analyses sur le « pourquoi », qui reposent sur un travail considérable, tant les situations sont diverses.

    J’appelle simplement à ne rien banaliser, et à poser la question de l'acceptation sociale de cette violence. Trois lignes dans la presse locale, et rien de plus...

    Chaque crime repose sur une intention spécifique, mais pourquoi ne sommes-nous pas tous mobilisés pour traquer les sources de cette hyperviolence, qui vient des profondeurs de notre société ? 

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  • Saint-Étienne-du-Rouvray : Le témoignage des religieuses est un trésor

    Un document capital : Huguette Péron, Hélène Decaux, et Danielle Delafosse, les trois religieuses présentes dans l’église où a été assassiné le père Jacques Hamel, témoignent dans La Vie. Ces trois religieuses, des femmes d’expérience et de réflexion, ont vécu la scène du crime. Elles ont assisté à l’assassinat, puis ont parlé avec les criminels, et expliquent comment ils sont morts, sans armes face à la police.

     

    Nous ne devrions parler que de ces témoignages, car enfin nous accédons à la connaissance des faits. Or on en parle à peine, et franchement, ça ne me surprend pas.

     

    Notre esprit n’est pas organisé pour comprendre, je veux dire analyser, le crime. Nous n’avons ni les mots, ni les codes, ni le raisonnement : tout ce que nous avons en nous rejette le crime. Je ne veux pas dire que nous sommes des esprits purs, ni des adorateurs perpétuels de la loi. Nous avons tous nos faiblesses, nos zones d’ombre, nos territoires sans référence, et cette amie confidente qu’est la facilité de la lâcheté. Donc la question n’est pas « glorieux ou pas glorieux », et bienvenue en zone grise, notre territoire commun. La question alternative, c’est le crime. Le crime dénué de tout contexte, je veux dire l’acte criminel.

     

    Une victime ne meurt pas du racisme, pas plus qu’elle n’est violée par les malheurs d’enfance de l’agresseur. Elle meurt d’un geste violent, et elle est violée par un sexe qui a pénétré le sien sans son consentement. L’acte criminel marqué par l’intention de tuer, de violer. Un temps, plus ou moins long, un être humain se convainc qu’il est assez supérieur à un autre pour le tuer ou le violer. C’est ça le crime, et c’est d’abord ça qui doit nous préoccuper. La question, c’est comment l’esprit humain peut-il se dérégler à ce point, c’est-à-dire pas pour se mettre une poubelle dans la tête, mais pour passer à l’acte, tuer ou violer ? En maintes occasions, le criminel aurait apprécié la compagnie de la victime, mais ce jour-là il la tue ou il la viole. Pourquoi ? Comment ?

     

    Pour comprendre, il faut évidemment élargir le cercle, s’intéresser au contexte, à la psychologie de l’auteur, aux dérèglements sociaux qui ont fracassé sa pensée, peut-être à la maladie. Cette extension de l’analyse est indispensable mais attention, l’acte criminel nous est tellement difficile à aborder que nous trouvons mille facilités pour zapper ou faire semblant d’en avoir parlé. Alors, gardons-nous de la facilité de nous passionner pour le contexte pour ne pas réfléchir à l’acte criminel.

     

    Les avocats qui pratiquent les assises connaissent cela parfaitement. Tant qu’on évoque les personnalités, les parcours de vie, le contexte, les contradictions des témoins, la psy, tout va bien, ou tout ne va pas si mal. Mais quand il faut entrer dans la scène du crime, décortiquer minute après minute le geste qui a tué ou qui a violé, s’installe une incroyable pesanteur. Il faut que les magistrats, l’accusé et la victime trouvent les mots pour décrire la scène du crime, pour dire le chemin de cette violence criminelle, et c’est une difficulté insondable, même pour des professionnels du droit, rodés par des années d’expérience. Et dès que l’on peut quitter ce point noir, ce terrifiant abîme, on trouve aussitôt le moyen pour se remettre à parler du reste, et le ton se détend.

     

    Dans les réactions qui suivent les crimes terroristes, d’origine si diverse, qui ont bouleversé le pays, nous voyons chaque fois ce mécanisme du refus d’admettre le crime se mettre en place. On ne sait rien des faits, mais peu importe, il faut immédiatement parler, conceptualiser pour s’éloigner du crime. Anesthésistes de la scène criminelle, débarquent de tous côtés les ignorants phraseurs, qui ne savent rien mais parlent de tout. Le besoin de connaissance devrait conduire à ne rien dire que nous n’avons pas des descriptions crédibles de la scène criminelle, et de l’analyse des intentions. Or, le barrage médiatique et politique est entier pour nous divertir de cette réflexion. Il s’agit de créer des contre-feux pour empêcher de réfléchir à l’acte criminel, et parce que cette réflexion est très difficile, les bonimenteurs sont les bienvenus.  

     

    Je n’en dis pas plus aujourd’hui.

    Voici, le texte publié par La Vie.

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    Face à face avec les terroristes de Saint-Étienne-du-Rouvray :

    le témoignage des religieuses otages

    Propos recueillis par Pascale Tournier

     

    Des jeunes turbulents qui squattent leurs escaliers et promettent, dans le même temps, de surveiller leur voiture. Anciennes éducatrice pour enfants, professeure en lycée professionnel ou infirmière, ces trois sœurs de Saint-Vincent-de-Paul en ont déjà côtoyés lors de leurs missions respectives en Normandie, Bretagne, Nord et région parisienne. Être au cœur des quartiers difficiles et au plus près des démunis, c’est l’ADN de leur ordre depuis plus de cent cinquante ans. Mais des terroristes, les trois femmes, désormais aux cheveux blancs, n’auraient jamais songé en croiser sur leur chemin. Et surtout pas à Saint-Étienne-du-Rouvray, banlieue rouge de l’agglomération rouennaise, où retraitées, elles vivent en communauté avec une autre sœur. L’amitié entre musulmans et catholiques s’y pratique au quotidien : la paroisse Sainte-Thérèse, située vers le bas de la ville, a cédé un bout de terrain à la mosquée mitoyenne pour permettre à la communauté maghrébine d’avoir un chemin d’accès. Les jours de fête, elle accueille, sur sa pelouse, les fidèles restés dehors, qui en échange apportent des pâtisseries orientales.

     

    Adel Kermiche, l’un des deux tueurs, a pourtant grandi dans la cité du Château-Blanc. Il aurait même pu fréquenter avec sa famille le « Vesti’amis », un vestiaire de vêtements qui n’est pas situé très loin, et que sœur Danielle Delafosse tient trois fois par semaine. Mais cette dernière, ainsi que les sœurs Hélène Decaux et Huguette Péron, feront sa connaissance dans de toutes autres circonstances. Présentes dans l’église du centre de Saint-Étienne-du-Rouvray quand, avec son acolyte, il a assassiné le père Jacques Hamel, les trois religieuses sont ses victimes et les témoins les plus directs du crime. À quelques encablures du lieu meurtrier, dans la petite maison en crépi crème de leur communauté, elles ont accepté de nous raconter la plus longue heure de leur vie.

     

    Pour apporter un détail, donner une impression, tenter une analyse, les trois religieuses se coupent parfois entre elles. Mais jamais la haine ne surgit dans la conversation. Assises bien droites dans leur salle à manger couleur jaune soleil, ces trois sœurs courages, qui ne se quittent plus, sont entourées de bouquets de fleurs blanches apportés par des amis. Au mur, est accrochée une croix en métal. Sur la table, un appel à la prière nationale pour le 29 juillet, orné d’une photo du père Hamel en aube blanche. Sœur Danielle Delafosse, à qui on prête un « sacré tempérament », accuse le coup. Derrière ses lunettes cerclées, la septuagénaire exprime son émotion : « J’aimerais pouvoir superposer cette image à celle que j’ai de Jacques dans l’église. »

     

    Il est 9h30 mardi matin, quand l’indicible survient dans l’édifice religieux tout en vieilles pierres. Ce jour-là, le père Jacques Hamel célèbre la messe en petite compagnie. Sur les bancs en bois, les trois religieuses et monsieur et madame C., un couple de fidèles paroissiens âgés. « Les mamans portugaises étaient parties en vacances », expliquent-elles en chœur. La célébration de ce mardi matin n’est pas encore terminée, quand un jeune homme se présente pour demander des renseignements. « Avec son polo bleu ciel, je l’ai pris pour un étudiant. Il voulait savoir quand l’église était ouverte. Je lui ai dit de repasser dans dix minutes, après la messe », relate sœur Huguette avec son calme habituel.

     

    Le jeune suit le conseil. Il revient plus tard. Mais cette fois il est accompagné d’un ami et habillé tout en noir. « Ils avaient le style des terroristes qu’on voit à la télé. L’un portait un calot noir sur la tête et la barbe bien fournie. J’ai tout de suite compris », se souvient sœur Hélène, l’infirmière du trio. « Ils étaient très énervés, poursuit sœur Huguette. Ils ont proféré une sorte de slogan en arabe puis nous ont reproché en français le fait que "nous les chrétiens nous ne soutenions pas les arabes". »

     

    Soudain, la situation bascule dans l’horreur. Les agresseurs jettent tout ce qui se trouve sur l’autel pour poser leur sac et somment le prêtre de se mettre à genoux. Ils mettent une caméra dans les mains de Monsieur C. « Jacques leur a crié : "Arrêtez qu’est ce que vous faites ?" C’est là que l’un d’entre eux a porté le premier coup sur sa gorge. Je suis alors partie », se souvient Danielle, qui n’explique toujours pas son réflexe de survie. Dehors, la religieuse sonne l’alerte. Avant d’être mise en sécurité, elle arrête une voiture bleue, sans doute un véhicule d’EDF, et demande au conducteur d’appeler la police. Ce qu’il fera immédiatement.

     

    À l’intérieur de l’église, la sombre tragédie continue. Les deux assassins semblent suivre méticuleusement leur plan. Ils plantent une deuxième fois leur arme blanche dans le cou du père Jacques, qui meurt très vite après. Avant aussi de blesser grièvement monsieur C., ils vérifient auprès de lui qu’il n’a pas fait bouger la caméra, que la scène macabre a bien été filmée. « J’ai vu sur l’écran l’aube blanche de Jacques avec la tâche rouge », détaille sans fard Huguette, placée alors derrière le « caméraman » improvisé. Alors que le père Jacques et monsieur C. gisent à terre, celui qu’elles appellent « le meneur » annonce aux trois femmes qu’il les garde en otages. « Ils nous tenaient chacune par l’épaule. L’un avait un pistolet. J’ai assez vite pensé qu’il était factice. Cela nous a été confirmé après. Celui qui me tenait avait aussi du sang sur les mains et un couteau qu’il aiguisait de temps en temps contre je ne sais quoi », rapporte Hélène, traumatisée au point de ne plus pouvoir voir un couteau sans frémir.

     

    Le changement d’attitude des deux terroristes est alors manifeste. L’énervement et l’agressivité, dont les deux jeunes hommes ont fait preuve jusqu’à présent, se dissipent. « J’ai eu le droit à un sourire du second. Pas un sourire de triomphe mais un sourire doux, celui de quelqu’un d’heureux », constate Huguette encore étonnée deux jours après le drame. Sœur Hélène, 83 ans, et madame C., âgée aussi de plus de 80 ans, demandent à s’asseoir. L’un des deux tueurs accepte. « Je lui ai aussi demandé ma canne. Il me l’a donnée », précise Hélène. Entre les bourreaux et les femmes captives, s’ensuit une conversation totalement surréaliste et aux accents pseudo-théologiques.

     

    Les tueurs ont-ils tenté de convertir les religieuses à l’islam ? On pourrait le croire. Il est ainsi demandé à sœur Hélène si elle connait le Coran. « Oui, je le respecte comme je respecte la Bible, j’ai déjà lu plusieurs sourates, répond-elle au jeune homme. Et ce qui m’a frappé en particulier, ce sont les passages sur la paix. » Apparemment touché, son interlocuteur répond alors du tac au tac : « La paix, c’est ça qu’on veut. Quand vous passerez à la télévision, vous direz à vos gouvernants que tant qu’il y aura des bombes sur la Syrie, nous continuerons les attentats. Et il y en aura tous les jours. Quand vous arrêterez, nous arrêterons. » Sous la menace, Hélène opine. Après sa libération, elle rapportera le message au président François Hollande. « As-tu peur de mourir ? », enchaîne le tueur avec cruauté, ou peut-être avec curiosité. « Non », répond la sœur. « Pourquoi ? », questionne son locuteur. « Je crois en Dieu et je sais que je serai heureuse », lâche-t-elle.

     

    Pour ne pas flancher, Hélène prie intérieurement la Vierge Marie et dit aussi avoir pensé à Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibhirine. « J’ai toujours répondu calmement, pas plus qu’il n’en fallait, restitue-t-elle. Jamais contre ma pensée. Mais pas trop loin quand même. »Avec sœur Huguette, la conversation porte sur Jésus et le point de contestation qui existe entre musulmans et chrétiens. « Jésus ne peut pas être homme et Dieu. C’est vous qui avez tort », assène l’autre terroriste de 19 ans. « Peut-être, mais tant pis », rétorque alors la sœur au physique frêle. « Je ne voulais pas mettre de l’huile sur le feu et ne pas renier ce que je pensais, glisse-t-elle. Pensant que j’allais mourir, intérieurement j’ai offert ma vie à Dieu. »

     

    Tandis que la police se dirige sur les lieux, les deux assassins se mettent à taper sur les bancs, font tomber les lumignons autour du tabernacle, tout en criant « Allah akbar ». « Visiblement, ils attendaient la police », soutient Hélène. Avant que les services d’ordre ne rentrent, ils tentent une sortie en prenant les trois femmes comme bouclier humain. « Mais ils ne se sont pas mis totalement derrière nous. À croire qu’ils allaient au-devant de la mort », fait remarquer l’ancienne infirmière. « Moi j’ai bougé mon sac. La boucle métallique a fait un bruit. Le même qui m’a souri m’a alors dit : "Ne bougez pas. Restez là" », ajoute sœur Huguette. Entrée par la porte de la sacristie, la police tire. Les deux terroristes tombent. Monsieur et madame C. et les deux religieuses sortent libres mais traumatisés.

     

    Deux jours après le drame, s’entremêlent les images cauchemardesques et les souvenirs liés à Jacques, qu’elles invitaient souvent à dîner et qui, en échange, leur rapportait des numéros de La Vie. Il était abonné. « C’était un homme accueillant qui avait du caractère et aimait la musique et les belles eucharisties, disent-elles. L’ordre devait régner sur la table de l’autel. Le tapis devait être placé parfaitement. » Danielle, qui n’a même pas eu le temps de penser à fêter son jubilé, de soupirer : « Ce sera difficile, quand on retournera dans l’église et qu’il faudra assurer les permanences dans son presbytère. » Elle poursuit en laissant apparaître sa colère« intérieure » : « C’est nous, mais c’est aussi tous les autres qui ont été visés. On ne peut pas accepter cette violence. C’est inacceptable. Ce ne sont pas de vrais musulmans. » « Je ne sais pas s’ils avaient conscience de leurs actes. Il ne faut pas chercher à comprendre », estime pour sa part sœur Hélène. Le drame ? « Cela passera comme le reste », espère cette dernière. D’une voix toujours douce, sœur Huguette rappelle surtout que « 2016 est l’année de la miséricorde ». 

  • Trop fort : Le blog était à Notre Dame

    Pour reposer mes pauvres oreilles qui se fatiguent à entendre trop de sonneries, je suis allé faire un tour Notre-Dame de Paris, pour l’homélie d’André Vingt-Trois, lors de la cérémonie hommage au Père Jacques Hamel. C’était pas mal : « On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent ».

    Mes oreilles, toutes contentes, m'ont demandé quand on reviendrait... Mais bon, faut pas abuser des bonnes choses, parait-il. 

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    Seigneur, nous as-tu abandonnés ?

     

     

    "Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ?" En ce moment terrible que nous vivons, comment ne ferions-nous pas nôtre ce cri vers Dieu du prophète Jérémie au milieu des attaques dont il était l’objet ? Comment ne pas nous tourner vers Dieu et comment ne pas Lui demander des comptes ? Ce n’est pas manquer à la foi que de crier vers Dieu. C’est, au contraire, continuer de lui parler et de l’invoquer au moment même où les événements semblent remettre en cause sa puissance et son amour. C’est continuer d’affirmer notre foi en Lui, notre confiance dans le visage d’amour et de miséricorde qu’il a manifesté en son Fils Jésus-Christ.

     

    Ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort, un moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme et qui promettrait le paradis à ceux qui tuent en l’invoquant, ceux-là ne peuvent pas espérer que l’humanité cède à leur mirage. L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. L’espérance a un visage, le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice pour que les hommes aient la vie en abondance. L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté. C’est cette espérance au cœur de l’épreuve qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort.

     

    C’est cette espérance qui animait le ministère du P. Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté. C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie. C’est cette espérance qui nous permet de ne pas succomber à la haine quand nous sommes pris dans la tourmente.

     

    Cette conviction que l’existence humaine n’est pas un simple aléa de l’évolution voué à la destruction inéluctable et à la mort habite le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et leurs religions. C’est cette conviction qui a été blessée sauvagement à Saint-Étienne du Rouvray et c’est grâce à cette conviction que nous pouvons résister à la tentation du nihilisme et au goût de la mort. C’est grâce à cette conviction que nous refusons d’entrer dans le délire du complotisme et de laisser gangréner notre société par le virus du soupçon.

     

    On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent.

     

    La peur de tout perdre

     

    La crise que traverse actuellement notre société nous confronte inexorablement à une évaluation renouvelée de ce que nous considérons comme les biens les plus précieux pour nous. On invoque souvent les valeurs, comme une sorte de talisman pour lequel nous devrions résister coûte que coûte. Mais on est moins prolixe sur le contenu de ces valeurs, et c’est bien dommage. Pour une bonne part, la défiance à l’égard de notre société, – et sa dégradation en haine et en violence – s’alimente du soupçon selon lequel les valeurs dont nous nous réclamons sont très discutables et peuvent être discutées. Pour reprendre les termes de l’évangile que nous venons d’entendre : quel trésor est caché dans le champ de notre histoire humaine, quelle perle de grande valeur nous a été léguée ? Pour quelles valeurs sommes-nous prêts à vendre tout ce que nous possédons pour les acquérir ou les garder ? Peut-être, finalement, nos agresseurs nous rendent-ils attentifs à identifier l’objet de notre résistance ?

     

    Quand une société est démunie d’un projet collectif, à la fois digne de mobiliser les énergies communes et capable de motiver des renoncements particuliers pour servir une cause et arracher chacun à ses intérêts propres, elle se réduit à un consortium d’intérêts dans lequel chaque faction vient faire prévaloir ses appétits et ses ambitions. Alors, malheur à ceux qui sont sans pouvoir, sans coterie, sans moyens de pression ! Faute de moyens de nuire, ils n’ont rien à gagner car ils ne peuvent jamais faire entendre leur misère. L’avidité et la peur se joignent pour défendre et accroître les privilèges et les sécurités, à quelque prix que ce soit.

     

    Est-il bien nécessaire aujourd’hui d’évoquer la liste de nos peurs collectives ? Si nous ne pouvons pas nous en affranchir, en nommer quelques-unes nous donne du moins quelque lucidité sur le temps que nous vivons. Jamais sans doute au cours de l’histoire de l’humanité, nous n’avons connu globalement plus de prospérité, plus de commodités de vie, plus de sécurité, qu’aujourd’hui en France. Les plus anciens n’ont pas besoin de remonter loin en arrière pour évoquer le souvenir des misères de la vie, une génération suffit. Tant de biens produits et partagés, même si le partage n’est pas équitable, tant de facilités à vivre ne nous empêchent pas d’être rongés par l’angoisse. Est-ce parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs ?

     

    L’atome, la couche d’ozone, le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, le risque du chômage, l’instabilité des familles, l’angoisse du bébé non-conforme, ou l’angoisse de l’enfant à naître tout court, l’anxiété de ne pas réussir à intégrer notre jeunesse, l’extension de l’usage des drogues, la montée de la violence sociale qui détruit, brûle, saccage et violente, les meurtriers aveugles de la conduite automobile… Je m’arrête car vous pouvez très bien compléter cet inventaire en y ajoutant vos peurs particulières. Comment des hommes et des femmes normalement constitués pourraient-ils résister sans faiblir à ce matraquage ? Matraquage de la réalité dont les faits divers nous donnent chaque jour notre dose. Matraquage médiatique qui relaie la réalité par de véritables campagnes à côté desquelles les peurs de l’enfer des prédicateurs des siècles passés font figure de contes pour enfants très anodins.

     

    Comment s’étonner que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri ? L’abri antiatomique pour les plus fortunés, abri de sa haie de thuyas pour le moins riche, abri de ses verrous, de ses assurances, appel à la sécurité publique à tout prix, chasse aux responsables des moindres dysfonctionnements, bref nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Nous empêcherons la convoitise et les vols, nous empêcherons les pauvres de prendre nos biens, nous empêcherons les peuples de la terre de venir chez nous. Protection des murs, protection des frontières, protection du silence. Surtout ne pas énerver les autres, ne pas déclencher de conflits, de l’agressivité, voire des violences, par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique.

     

    Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher.

     

    C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance ? Et, pour nous qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, l’espérance c’est la confiance en la parole de Dieu telle que le prophète l’a reçue et transmise : "Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants."

    "Mon rempart, c’est Dieu, le Dieu de mon amour."

    Amen !

    Cardinal André Vingt-Trois,

    archevêque de Paris.

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    Victime d'un crime 

  • Radicalisation expresse : Il nous faudra des preuves

    Moi, je suis un bon p’tit gars, et j’écoute beaucoup ce que disent les autorités, lesquelles sont informées et responsables m’avait-on appris quand j’étais à l’école.

    « Terrorisme islamique » ?

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    Pour ce qui est de la dramatique tuerie de Nice, Hollande et El Blanco ont très vite parlé de « terrorisme islamique ». Cazeneuve n’était pas d’accord, mais hier il a parlé d’une radicalisation très rapide. J’ai beaucoup de raisons de donner du crédit à ce que disent ces hautes personnalités, mais il se trouve que mon cerveau est encore à peu près en état de marche, et il a un peu de difficulté à assimiler les informations déraisonnables, et qui me prennent pour un cornichon.

    Le premier problème, c’est de parler sans savoir. Je sais que c’est très tendance, mais quand même, c’est pas fameux quand il s’agit de faits de cette importance. Pour parler des motivations du criminel, avec un acte si démesuré, il faudrait quand même disposer d'un minimum d’informations : recueil d’indices matériels liés à de la propagande, informations générales sur l’activité et le comportement de l’auteur, recueil de renseignements auprès de son environnement et de sa famille, perquisitions et fouille de l’appartement, étude de l’environnement informatique, du téléphone portable au PC, recoupement des infos… Ça prend un peu de temps, mais ce peu de temps est rien par rapport à la sincérité de l’information que l’on doit aux victimes, à leurs familles, et à la société qui, légitimement, s’inquiète. Par charité chrétienne, je ne listerai pas ici ceux qui savaient tout où presque alors que la police ne savait rien.

    Alors que sait-on trois jours plus tard ?

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    Au casier judiciaire, des faits de violences, désagréables, mais bon, une délinquance tellement partagée.

    Rien du côté des services de renseignements. Le mec n’était pas fiché « S ». Je rappelle au passage qu’être fiché S n’est pas une accusation, faute de quoi le procureur vous poursuit. Les « fichés S » sont des personnes susceptibles de fournir ou donner des informations.

    Lien avec les réseaux djihadistes ? Rien d’avéré pour le moment. Ecoutons Cazeneuve : « Il ne s'était pas distingué, au cours des années passées, soit par des condamnations soit par son activité, par une adhésion à l'idéologie islamiste radicale ».

    A priori, on aurait trouvé dans le téléphone le nom d’une personne qui elle-même pouvait être contact avec des réseaux. C’est plus que douteux. On ne sait rien de la fréquence et de la nature des appels, et un écho venu de la police indique que ce n’est pas une piste.

    En revanche, sur le plan du comportement individuel et de la fragilité psychologique, c’est plus consistant.

    Le type avait quitté sa famille dans la banlieue de Sousse depuis dix ans, pour rompre avec elle. Lors des derniers temps passés en Tunisie, le père avait invité son fils à consulter un psychologue, compte-tenu d’un comportement devenant erratique et violent. Cette mise en cause personnelle, avec la nécessité de se soigner, avait conduit à la rupture familiale.

    En France, il était marié depuis une dizaine d’années, père de trois enfants, et actuellement en procédure de divorce, un divorce décrit comme conflictuel avec des violences sur l’épouse, qui auraient conduit à des dépôts de plaintes. Il vivait depuis séparé, de nombreux témoignages des voisins le décrivant comme « solitaire » et « silencieux ».

    Sa sœur s’est manifestée auprès des services de police pour décrire les problèmes psychologiques rencontrés par son frère : « Nous avons remis à la police des documents qui prouvent qu'il a consulté des psychologues pendant plusieurs années ». Son père est intervenu dans les médias pour décrire les troubles de comportement de son fils, décrivant quelqu’un de colérique, qui cassait tout en cas de crise. Les proches de l’épouse décrivent des actes plus que borderline : défécations intempestives, peluches éventrées, violences sur la belle-mère…

    Le père confirme que son fils n'avait aucun lien avec la religion : « Il ne faisait pas la prière, il ne jeûnait pas, il buvait de l'alcool, il se droguait même ». Les voisins décrivent « un homme qui n’était pas religieux, qui aimait les filles et la salsa ».  Selon eux, il ne fréquentait pas la mosquée, ne priait pas, ne respectait pas le ramadan, buvait de l’alcool et mangeait du porc.

    Cette année, le ramadan a pris fin le 6 juillet, et le type n’avait pas été concerné. Il a loué le camion le 11 juillet, et on peut donc penser que sa décision a  été prise le 10. Ce qui signifie que lui qui se contrefichait de la religion est devenu musulman intégriste en 4 jours. Fulgurant dit la presse, fatiguée et fatigante… Je ne doute pas un instant qu’on va nous amener toutes les preuves, car les autorités de l’Etat ne parlent pas sans preuves, c’est certain. Ce sera très important et intéressant…

    - Les gens qui nous gouvernent, ou qui plutôt croient nous gouverner, devraient s’imposer un minimum de sérieux dans leurs méthodes.

    - Oui, c’est grave. Manier les grandes émotions collectives avec de telles manips, c’est destructeur. Il y a de grosses additions à attendre. 

    - Ce n'est plus un gouvernement, c'est la blaireau-compagnie...

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