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crime de guerre

  • Hollande, mis en cause pour des assassinats, en route vers la CPI

    Le Président de la République a ordonné l'exécution de quatre personnes. Avec cette information, ce qui reste de la Gauche s'écroule… et le silence qui accueille cette information confirme que la Gauche est en état de mort clinique.

    Au micro de Jean-Jacques Bourdin, les deux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont expliqué que le Président de la République avait décidé « au moins quatre assassinats ciblés », décisions mises en œuvre par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Aucun démenti n’a été publié.

    Cela se trouve en phase avec des informations parues en 2014. A la suite d’un accord passé dès 2012 entre Obama – le maître des assassinats ciblés, trois par jour – et Hollande, celui-ci avait donné pour ordre à la DGSE de « dégommer » Ahmed Godane, le leader des shebabs. La DGSE s’était occupée de la localisation, et l’assassinat avait été le fait des drônes US, informations données par Jean Guisnel et confirmées par les militaires US.

    Avec les révélations de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, nous passons à autre chose, à savoir l’ordre donné par Hollande et l’exécution par la DGSE.

    C’est d’abord infliger la peine de mort.

    C’est ensuite le faire en dehors de tout processus judiciaire. Aucune loi, aucune enquête, aucun procureur, aucun juge, aucun droit de la défense... C’est de l’assassinat, commis dans le cadre de conflits armés, l’armée française étant présente au soutien des gouvernements en place, confrontés à des conflits armés.

    Alors, quel régime de responsabilité pour le chef de l'Etat ? 

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    A – Juger le chef de l’Etat

    Selon l’article 67 de la Constitution, le Président de la République « n'est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68 ».

    L’article 68, c’est la destitution, prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour... On peut donc passer à autre chose. 

    L’article 53-2 est, lui, particulièrement pertinent : « La République peut reconnaître la juridiction de la Cour pénale internationale dans les conditions prévues par le traité signé le 18 juillet 1998 ». De fait, la France a reconnu la juridiction de la CPI, et le chef de l’État est donc justiciable. Pas d’immunité pour le Président de la République devant la CPI, qui a plusieurs reprises a poursuivi des chefs d’État, notamment quand à la demande du Conseil de sécurité, poussé par la France, elle a ouvert une enquête contre Kadhafi,… ou quand elle juge Gbagbo. D’ailleurs, la France vient de déclarer qu’elle voulait faire juger Poutine pour ce qui se passe en Syrie (où il n’y a aucune compétence de la CPI, la Syrie n’ayant pas ratifié le traité).

    B – Compétence de la CPI

    On ne sait pas encore où ont été pratiqués ces assassinats, mais c'est vraisemblablement au Mali, ce qui donnerait une double compétence à la CPI. D’abord, le Mali a ratifié le statut de la CPI le 16 août 2000, et un premier procès vient d’avoir lieu devant la Cour. De plus, la France est partie à la CPI, de telle sorte que tous ses ressortissants relèvent de la compétence de la Cour. La décision de l’assassinat, qui est l’acte criminel fondamental, a été prise à Paris, au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré, et il y a donc à la fois compétence territoriale et personnelle.

    C – Qualification juridique

    Selon le statut de la CPI, l’assassinat ciblé décidé par le pouvoir politique et commis dans le contexte d’un conflit armé, est un crime de guerre.

    La qualification correspond d’abord à l’ « homicide intentionnel » (Article 8, 2,a, i), dont les éléments constitutifs sont :

    1 – L’auteur a tué une ou plusieurs personnes.

    2 – Ladite ou lesdites personnes étaient protégées par une ou plusieurs des Conventions de Genève de 1949.

    3 – L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant ce statut de personne protégée

    4 – Le comportement a eu lieu dans le contexte de et était associé à un conflit armé international.

    5 – L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un conflit armé.

    Mais les faits doivent aussi être examinés sous l’angle « des condamnations prononcées et les exécutions effectuées sans un jugement préalable, rendu par un tribunal régulièrement constitué, assorti des garanties judiciaires généralement reconnues comme indispensables » (Article 8, 2, c, iv), ainsi défini :

    1 – L’auteur a prononcé une condamnation ou fait exécuter une ou plusieurs personnes.

    2 – Ladite ou lesdites personnes avaient été mises hors de combat ou étaient des civils, ou des membres du personnel médical ou religieux ne prenant pas activement part aux hostilités.

    3 – L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant ce statut.

    4 – Il n’y a pas eu de jugement préalable rendu par un tribunal, ou le tribunal qui a rendu le jugement n’était pas « régulièrement constitué », en ce sens qu’il n’offrait pas les garanties essentielles en matière d’indépendance et d’impartialité, ou le tribunal n’a pas assorti son jugement des garanties judiciaires généralement reconnues comme indispensables en droit international.

    5 – L’auteur savait qu’il n’y avait pas eu de jugement préalable ou qu’il y avait eu déni des garanties pertinentes et que ces éléments étaient essentiels ou indispensables à un jugement régulier.

    6 – Le comportement a eu lieu dans le contexte de et était associé à un conflit armé ne présentant pas un caractère international.

    7 – L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un conflit armé.

    D – Procédure

    A la suite des révélations des deux journalistes, révélations non contestées, le Parquet de Paris a suffisamment d’informations pour ouvrir une enquête à propos de ces assassinats. Si l’enquete conforte ces révélations, il suffira alors de transférer le dossier à Madame la Procureure près de la Cour pénale internationale. Le bureau de la Procureure sera assuré de la coopération de la France... qui a manifesté sa volonté de faire juger les chefs d'État syrien et russe pour des actes commis en fonction. Si rien ne se passe, il reviendra à des associations d’agir.

    La loi doit être la même pour tous, c’est la base de tout,.. pour que l’auteur des faits puisse bénéficier d’une retraite adéquate.

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  • Hôpital de Kunduz : MSF doit s’expliquer sur son attitude

    Quand les médecins font de la médecine, nous n’avons rien à en dire, mais tout change quand il s’agit de médecine humanitaire car cet exercice est intimement lié au droit.

    En cause, l’affaire de l’attaque par l’aviation étasunienne, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2015, de l’hôpital de Kunduz en Afghanistan, géré par Médecins sans frontières (MSF).

    En deux mots…

    La grande ville de Kunduz venait de passer aux mains des Talibans, une très grosse prise. L’attaque avait été fulgurante, et très vite le calme avait été rétabli. Au moment de l’attaque, la ville était tombée depuis quelques jours, et il n’y avait aucune activité militaire. 

    L’hôpital de Kunduz était le seul crédible de la région, parfaitement connu, ses coordonnées GPS étant enregistrées depuis des lustres par les armées afghanes et étasuniennes.  Un avion étasunien, un AC-130, après plusieurs survols, a bombardé le bâtiment central de l’hôpital par une série de rotations entre 2 h 08 et 3 h 15. MSF a donné l’alerte dès le premier tir, mais en vain. Bilan : 42 morts, et l’hôpital détruit. Motif : les US avaient repéré des appels téléphoniques d’un chef taliban soigné dans l’hôpital.

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    Et ensuite ?

    MSF réclame une enquête internationale… ce qui ne veut absolument rien dire et laisse donc toute opportunité aux États-Unis de faire la lumière sur propres méfaits.

    Conclusion ce vendredi par le général Joseph Votel, patron du commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient et l'Afghanistan (Centcom). C’est-à-dire que ce n’est pas un service d’instruction un peu autonome qui enquête, mais le commandement lui-même. Et bien le résultat est absolument surprenant : il y a eu des « erreurs » et des « ratés », mais rien qui ressemble à un crime de guerre. Joseph Votel adopte la ligne de défense de Sven Mary : les cadres militaires de l’aviation US sont des petits cons, qui ont l’intelligence d’un cendrier vide. Des buses, incapables de commettre un tel crime.

    Évidemment, ces conclusions étaient totalement attendues, et elles n’apportent donc rien. En revanche, ce qui est sidérant, c’est l’attitude de MSF.

    L’ONG réaffirme qu’il s’agissait bien d’un crime de guerre et « exige » l'ouverture d'une enquête « indépendante et impartiale » qui serait conduite par une « commission internationale humanitaire » afin d'établir les faits. Le tout entouré d’une logorrhée verbeuse, qui permet à une presse assoupie de parler de l’intransigeance de MSF. Sauf que dans ce que dit MSF, tout est bidon.

    MSF « exige »… mais auprès de qui ? et en fonction de quel texte ? quel cadre juridique ?  Ce n’est pas une exigence, mais un caprice. De plus, quel statut et quel pouvoir pour cette « commission internationale humanitaire » ? Le droit sans procédure ? C’est de la pure illusion, un spectacle de maniement des mots,… alors qu’il existe un moyen très simple d’avoir recours à une vraie justice, reposant sur de vrais textes, et pour prononcer de vraies sanctions.

    L’Afghanistan a ratifié le traité de la Cour pénale internationale (CPI), et tout crime de guerre commis sur le territoire peut être jugé par la CPI. Il suffit de déposer plainte. Le gouvernement afghan ne le fera jamais car il en a pris l’engagement auprès des États-Unis, conditions imposées pour que les troupes US restent sur place. En revanche, une ONG peut parfaitement déposer plainte.

    Donc c’est très clair :

    - soit MSF dépose plainte devant la Cour pénale internationale, il y aura alors une enquête internationale visant l’application du droit ;

    - soit MSF ne le fait pas, et se contente de ses discours verbeux, et chacun comprendra que l’ « ONG » (ie : non gouvernementale) est tellement liée au système occidental qu’elle ne peut rien faire contre les États-Unis. Dont acte.

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  • La guerre des vingt-cinq ans, par Manlio Dinucci

    Le 17 janvier 1991, une coalition internationale sous commandement et prédominance US engage la guerre contre l’Irak. C’est, après la chute du Mur de Berlin, la première des « opérations humanitaires de maintien de la paix ». Si les Etats-Unis interviennent, c’est pour rétablir le droit et la démocratie. Le début d’une sinistre série, qui a détruit le Moyen-Orient, et nous lègue le terrorisme international. Ceci étant, l’industrie de l’armement US est florissante, finançant à dessein la vie politique : c’est bien là l’essentiel. Ci-dessous, le très salutaire rappel de Manlio Dinucci, dans il manifesto, traduction de Marie-Ange Patrizio. 

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    La guerre des vingt-cinq ans, par Manlio Dinucci

    Il y a vingt-cinq ans, aux premières heures du 17 janvier 1991, commence dans le Golfe Persique lopération « Tempête du désert », la guerre contre lIrak qui ouvre la phase historique que nous sommes en train de vivre. Cette guerre est lancée au moment où, après l’écroulement du Mur de Berlin, vont se dissoudre le Pacte de Varsovie et lUnion soviétique même. Cela crée, dans la région européenne et centre-asiatique, une situation géopolitique entièrement nouvelle. Et, à l’échelle mondiale, disparaît la superpuissance en mesure de faire face à celle des Etats-Unis.

    « Le président Bush saisit ce changement historique », raconte Colin Powell. Washington trace tout de suite « une nouvelle stratégie de la sécurité nationale et une stratégie militaire pour la soutenir ». Lattaque irakienne conte le Koweit, ordonnée par Saddam Hussein en août 1990, « fait que les Etats-Unis peuvent mettre en pratique la nouvelle stratégie exactement au moment où ils commencent à la rendre publique ». Saddam Hussein, qui devient « ennemi numéro un », est celui-là même que les Etats-Unis ont soutenu dans les années Quatre-vingt dans la guerre contre lIran de Khomeiny, alors « ennemi numéro un » pour les intérêts étasuniens au Moyen-Orient. Mais quand en 1988 se termine la guerre conte lIran, les USA redoutent que lIrak, grâce aussi à lassistance soviétique, nacquière un rôle dominant dans la région. Ils ont donc recours à la traditionnelle politique du « diviser pour régner ». Sous régie de Washington, change aussi lattitude du Koweit : il exige le remboursement immédiat de la dette contractée par lIrak et, exploitant le gisement de Rumaila qui s’étend sur les deux territoires, porte sa production pétrolière au-delà du quota établi par lOpec. Il porte ainsi préjudice à lIrak, sorti de la guerre avec une dette extérieure de plus de 70 milliards de dollars, dont 40 dus au Koweit et à lArabie Saoudite. En ce point Saddam Hussein pense sortir de limpasse en « se ré-annexant » le territoire koweitien qui, sur la base des frontières tracées en 1922 par le proconsul britannique Sir Percy Cox, barre laccès de lIrak au Golfe.

    Washington laisse croire à Bagdad quil veut rester en dehors du contentieux. Le 25 juillet 1990, tandis que les satellites du Pentagone montrent que linvasion est désormais imminente, lambassadrice étasunienne à Bagdad, April Glaspie, assure Saddam Hussein que les Etats-Unis désirent avoir les meilleures relations avec lIrak et nentendent pas interférer dans les conflits interarabes. Saddam Hussein tombe dans le piège : une semaine après, le 1er août 1990, les forces irakiennes envahissent le Koweit. 

    Washington, ayant formé une coalition internationale, envoie alors dans le Golfe une force de 750 mille hommes, dont 70% sont étasuniens, aux ordres du général Schwarzkopf. Pendant 43 jours laviation US et alliée effectue, avec 2800 avions, plus de 110 mille sorties, larguant 250 mille bombes, dont celles à fragmentation qui diffusent 10 millions de sous-munitions. Participent aux bombardements, avec celles des USA, des forces aériennes et navales britanniques, françaises, italiennes, grecques, espagnoles, portugaises, belges, hollandaises, danoises, norvégiennes et canadiennes. Le 23 février les troupes de la coalition, comprenant plus dun demi million de soldats, lancent loffensive terrestre. Elle se termine le 28 février avec un « cessez-le-feu temporaire » proclamé par le président Bush. A la guerre succède lembargo, qui provoque dans la population irakienne plus de victimes que la guerre : plus dun million, dont environ la moitié sont des enfants.

    Immédiatement après la guerre du Golfe, Washington lance à adversaires et alliés un message sans équivoque : « Les Etats-Unis restent le seul Etat avec une force, une portée et une influence dans toute dimension - politique, économique et militaire- réellement mondiales. Il nexiste aucun substitut au leadership américain » (Stratégie de la sécurité nationale des Etats-Unis, août 1991).

    La guerre du Golfe est la première guerre à laquelle participe sous commandement étasunien la République italienne, violant ainsi larticle 11 de la Constitution. LOtan, tout en ne participant pas officiellement en tant que telle à la guerre, met à disposition ses forces et structures pour les opérations militaires. Quelques mois plus tard, en novembre 1991, le Conseil Atlantique promulgue, dans le sillage de la nouvelle stratégie USA, le « nouveau concept stratégique de lAlliance ». Dans la même année est promulgué en Italie le « nouveau modèle de défense » qui, renversant la Constitution, indique comme mission des forces armées « la tutelle des intérêts nationaux partout où cest nécessaire ».

    Ainsi naît avec la guerre du Golfe la stratégie qui conduit les guerres successives sous commandement étasunien, présentées comme des « opérations humanitaires de maintien de la paix » : Yougoslavie 1999, Afghanistan 2001, Irak 2003, Libye 2011, Syrie depuis 2013, accompagnées dans le même cadre stratégique par les guerres dIsraël contre le Liban et Gaza, de la Turquie contre les Kurdes du PKK, de lArabie Saoudite contre le Yémen, de la formation de lIsis (Ei) et autres groupes terroristes fonctionnels de la stratégie USA/OTAN, de lutilisation de forces néo-nazies pour le coup d’état en Ukraine servant à la nouvelle guerre froide contre la Russie.

    Prophétiques, mais au sens tragique, les mots du président Bush en août 1991 : « La crise du Golfe passera à lhistoire comme le creuset du nouvel ordre mondial ».

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    Des criminels jamais jugés 

  • Armée israélienne : L’expérience du crime de guerre

    Breaking the silence est une ONG israélienne qui cherche à faire parler ceux qui ne parlent pas, les soldats. L'association a publié hier un document de 240 pages regroupant les témoignages de plus de 60 officiers et soldats engagés dans la guerre à Gaza durant l’été 2014, sous couvert d'anonymat.

    Des témoignages concordants et précis, qui recoupent ce qu’on décrit les Palestiniens. Une armée qui a l’expérience du crime de guerre. Voici quatre témoignages.

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    1 

    Une unité avait identifié deux personnes marchant dans un verger, à 800 ou 900 mètres d'elle.

    Le commandant de l'unité demande aux observateurs de confirmer : « Que voyez-vous ? ». Il demande si les deux jeunes femmes sont dangereuses. C'était la journée, à peu près vers 11h ou midi.

    Les guetteurs ne pouvaient pas très bien voir. Le commandant envoie alors un drone afin d'observer de haut les deux personnes. Le drone voit les deux jeunes femmes avec des téléphones, en train de parler et de marcher.

    Ils ont alors tiré sur ces filles. Et elles ont été tuées.

    Après qu'elles aient été éliminées, j'ai eu le sentiment que c'était des conneries. Sur quoi repose l'incrimination des deux jeunes femmes ? L'observation.

    Après cela, le commandant demande au chef de char d'aller parcourir l'endroit. Trois chars sont allés vérifier les corps. Ils ont pu constater que c'était deux femmes, âgées de 30 ans. Elles étaient désarmées. Le chef de char est revenu et nous avons changé de position.

    Les deux jeunes femmes abattues ont été répertoriés comme des terroristes. On leur a tiré dessus. Alors forcément, elles devaient être des terroristes ...

     

    2 

    C'était notre premier chabbat. Plus tôt ce jour-là, l'une des unités a été la cible de missiles anti-chars. L'unité est allée attaquer la zone d'où ont été tirés les missiles. Les gars qui sont restés se souciaient beaucoup moins des civils.

    Je me souviens m'être dit que je me foutais complétement d'eux, des citoyens de Gaza.  Ils ne méritaient rien. Et s'ils méritaient quelque chose, c'était d'être blessés ou tués. Voilà ce que je pensais.

    A ce moment-là, il y avait un vieil palestiniens qui approchait de la maison. Tout le monde se souvenait alors de l'histoire du vieil homme piégé avec des explosifs.

    Le vieil homme s'est approché et le gars qui était de faction - je ne sais pas ce qui lui a traversé la tête - il a vu le civil et il lui a tiré dessus. Mais sans succès. Le vieil homme, qui était à terre, se tordait de douleur. Nous nous sommes tous souvenus de l'histoire du vieil homme piégé et aucun des infirmiers ne voulaient aller le soigner.

    Il était clair pour tout le monde que deux options s'offraient à nous : soit nous le laissions mourir lentement, soit nous le sortions de sa misère.

    Finalement, nous l'avons sorti de sa misère. Un D9, un bulldozer blindé, est venu. Le bulldozer a laissé tomber un monticule de gravats sur le vieil homme et ce fut tout. Afin d'éviter de se poser la question de savoir si le vieil homme portait une bombe ou non - parce que cela n'intéressait personne à ce moment – le bulldozer est venu et a laissé tomber un tas de gravats sur son corps et ce fut tout. Tout le monde savait que, sous ce tas de gravats, il y avait le cadavre d'un homme.

    Selon l'enquête, lorsque le commandant de la compagnie a demandé au soldat ce qu'il s'était passé, le soldat a déclaré avoir repéré un homme âgé de 60 à 70 ans et approchant de la maison. L'unité était stationnée dans une grande maison, avec un bon point de vue. Le soldat a repéré le vieil homme venant dans sa direction, vers son poste. Alors le soldat a affirmé avoir tiré près des pieds du vieil homme. Le soldat assure ensuite que le vieil homme a continué de se rapprocher de la maison. Il a donc tiré une balle et touché le côté gauche du vieil homme. Rein, foie, je ne sais pas ce qu'il y a à cet endroit. Mais c'est un endroit dans lequel vous ne voulez pas recevoir une balle.   Selon le soldat, le vieil homme a reçu la balle et s'est couché sur le sol. Un ami du soldat en poste est venu et a également tiré sur l'homme, alors qu'il était déjà à terre.  Il a ensuite tiré deux balles dans ses jambes.

    Pendant que le soldat expliquait la situation, il y a eu une conversation avec le commandant. Parce que cela s'était passé en plein milieu d'une offensive du bataillon, l'histoire du vieil homme n'intéressait personne.

     

    3 

    Au bout d'un moment, nous avons compris que ça marchait comme ça. Vous quittez une maison et c'en est fini de cette maison. Le D9 (un bulldozer) arrive et l'écrase (...) on a commencé comme ça dans un quartier, du nord vers le sud (...) après notre départ, le quartier était un champ de ruines...

    A ce stade, nous sommes retournés dans un secteur où nous avions stationné auparavant. On ne reconnaissait pas le quartier parce que la moitié des maisons avait tout simplement disparu. Tout ressemblait à un film de science-fiction, des vaches errant dans les rues (...) un degré de destruction que nous n'avions pas vu lors de l'opération Plomb Durci.

     

    4

    Un jour, le chef du bataillon nous a réunis, pour nous briefer. « Demain soir, on entrera dans la bande de Gaza, nous a-t-il dit. Il faut penser à nos familles, à nos foyers. Ce qu’on fait, c’est pour leur sécurité. » Il nous a parlé des règles d’engagement. « Il y a un cercle imaginaire de 200 mètres autour de nos forces. Si on voit quelque chose à l’intérieur, on a le droit de tirer. » 

    J’étais le seul à trouver ça bizarre. Il m’a répondu : « Si une personne voit un char et ne s’enfuit pas, elle n’est pas innocente et peut être tuée. » A ses yeux, il n’y avait pas de civils. Si quelqu’un peut nous causer du tort, il est coupable. La marge de manœuvre était très large, ça dépendait de moi et de mon commandant. On n’enquêtait pas sur la cible, comme on me l’avait enseigné pendant la formation. C’était du genre : je vois quelque chose de louche à la fenêtre, ou bien cette maison est trop proche de nous, j’ai envie de tirer. « OK ! », disait le commandant.

    On est entré dans la bande de Gaza le 19 juillet. On cherchait des tunnels du Hamas construits entre Gaza et Israël. On devait aussi détruire les infrastructures du Hamas et causer les plus grands dégâts possibles au paysage, à l’économie, aux infrastructures, pour que le Hamas paie le prix le plus élevé pour le conflit et qu’ils y réfléchissent à deux fois, pour le conflit prochain. C’est de la dissuasion. On visait des fermes, des bâtiments, des poteaux électriques. Si des immeubles civils sont élevés, on peut les viser. Officiellement, on nous disait qu’il fallait éviter les victimes civiles, mais en même temps, faire le plus de dégâts possibles. J’étais le seul que ça dérangeait dans mon bataillon. Les autres disaient : « On doit le faire, c’est eux ou nous, ils finiront par nous tuer sinon, c’est OK… » 

    Au lever du soleil, après notre arrivée, vers 8 heures ou 9 heures, le commandant a demandé à six chars de s’aligner devant Al-Bourej [vaste zone d’habitation au centre de la bande de Gaza]. J’avais réglé ma radio pour entendre les autres chars, chaque tireur pouvait choisir sa cible, au hasard. C’était du genre : « Moi, je vise le bâtiment blanc, là ». Et il fallait attendre le décompte. Personne ne nous avait tiré dessus avant, ni pendant, ni après. Le commandant a appelé ça « Bonjour Al-Bourej ! » A moitié en plaisantant, il disait qu’il voulait leur adresser le bonjour de l'armée. Officiellement, c’est de la dissuasion. On a donc tiré sur des bâtiments civils ordinaires, au hasard. Al-Bourej, c’est un nid de frelons du Hamas, nous a-t-on dit, il serait suicidaire d’y entrer. On le contrôlait par le feu. Chaque jour, toutes les trente minutes, un char s’installait en face et tirait. Lorsqu’un jour, l’un de nos soldats a été tué par un tir de mortier, le commandant nous a dit de le venger, en souvenir. On s’est mis en position. J’ai choisi au hasard un immeuble à 3-4 km, près de la mer, et j’ai visé le 11e étage avec un obus. On a peut-être tué des gens.

    Pendant tout ce temps, on était surtout stationné dans une zone rurale autour du village de Juhor ad-Dik, très verte, avec des fermes, beaucoup d’arbres. Quand on est parti, il ne restait qu’un ou deux bâtiments debout. Ils ont pris le bulldozer blindé, le D-9, et ont travaillé cette zone vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, pour la transformer en désert. Le D-9 sert d’abord pour ouvrir la voie aux chars, pour nettoyer les obstacles, les éventuels engins piégés. On nous a dit qu’on voulait aplanir cette zone pour avoir une capacité d’observation pour la prochaine fois.

    Il est arrivé, une fois, la 3e semaine, qu’on soit posté en un endroit d’où l’on voyait la route Salaheddine, la grande artère qui traverse la bande du nord au sud. Les gens y circulaient car elle était hors de la zone de combat. On était trois chars. On s’est dit : OK, voyons qui arrivera à atteindre un véhicule ou un vélo. Le commandant a dit : « OK, rendez-moi fier ! » On a parié entre nous, mais c’était trop dur, personne n’a réussi. Mon char datait des années 1980, il ne peut atteindre des cibles se déplaçant vite. Je devais tout calculer dans ma tête en cinq secondes pour anticiper la trajectoire. Et je ne voyais qu’une partie de la route. Il y avait un cycliste. On l’a visé avec une mitraillette de calibre 50, une arme pas du tout précise. J’ai tiré à côté et devant lui. Je l’ai pas vraiment ajusté. Il a détalé si vite, plus vite qu’Armstrong, que tout le monde a ri. C’est l’épisode dont j’ai le plus honte.

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    Détruire le plus possible 

  • Le nord de Gaza en ruine

    L’armée moderne du démocratique Etat d’Israël est venu détruire des tunnels,… et voici le résultat : le Nord de Gaza est en ruine. Une armée qui ne fait pas la distinction entre des immeubles d'habitation et un tunnel... Toute la formation de ces braves soldats est à revoir...

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