03.02.2012
Parrainages : La politique s’effondre devant le droit
Encore une bulle de mon ami Nicolas. Un journaliste l’interroge sur le fait que Marine – entre 15 et 20% d’intentions de vote – ne sera peut être pas candidate pour défaut de parrainages, et Nicolas réplique qu’il a autre chose à faire que de régler les problèmes du FN. Certes. Mais une heure plus tard, part de l’Elysée un communiqué expliquant que les élections présidentielles doivent correspondre aux réalités politiques du pays,… le pays concerné étant le Sénégal ! Sacré Nicolas, tu nous manqueras.
Hier, Marine a marqué un grand coup avec l’arrêt du Conseil d’Etat (2 février 2012, n° 355137) qui a transmis au Conseil Constitutionnel la question de savoir si exiger la publication du nom des maires qui parrainent les candidatures était conforme à la Constitution. Belle victoire, parce que la procédure n’avait rien d’évident, que le Conseil constitutionnel s’est déjà prononcéle 14 juin 1976 (n° 76-65 DC), et que le gouvernement avait déposé un mémoire soutenant que ce recours était nul.
L’arrêt du Conseil d’Etat ne se contente pas de donner raison au FN. Il file une bâche XXL au gouvernement. En d’autres temps, cela m’aurait consterné. Mais, depuis 2007, Nicolas squatte le fonds de commerce de la SARL Le Pen, et tous les thèmes FN sont mis en musique par son cabot triste à tête de Monseigneur. L’UMP et le FN se disputent le même butin : les fruits véreux des amours incestueux de la xénophobie et de la bêtise.
L’argument de Marine est bien vu : un changement de circonstances justifie un nouvel examen de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel s’était prononcé en 1976, mais la vie politique a changé.
En fait, car « le parrainage est devenu un véritable soutien politique », la décentralisation et l’intercommunalité « accentuant la dépendance des maires des petites communes à l’égard des collectivités de grande taille ». Qui peut dire le contraire ? 
En droit, car la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 a modifié l’article 4 de la Constitution, en ajoutant : « La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation ».
Oki, a répondu le Conseil d’Etat, par une décision très motivée : la question est suffisamment sérieuse pour être transmise au Conseil constitutionnel.
Et voilà notre impayable Conseil constitutionnel à nouveau au cœur de la vie politique.
Il va commencer par annuler la loi sur la pénalisation du génocide arménien de 2012, génétiquement inconstitutionnelle, et il fera tomber par voie de conséquence la loi de 2001. Je vois déjà le p’tit nerveux encore plus nerveux, et Erdogan offrant une grande réception à l’Ambassade. Ca sera très chou.
Quinze jours plus tard, le même Conseil constitutionnel, suivant la voie si bien ouverte par le Conseil d’Etat, va faire tomber la question des parrainages, demandant au Parlement de trouver d’urgence une solution pour que les candidats répondent aux « expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation ».
Quant la politique est faible, c’est le droit qui devient régulateur. Chères amies et chers amis, retirez de toute urgence vos enfants de Sciences-Po, et inscrivez les vite à la faculté de Droit. La Gauche (enfarinée ou non) est politiquement aussi faible que la Droite, et c’est à partir du droit que la société va s’organiser.

Platon et Socrate, revenez vite, ils sont tous devenus fous !
L'Ecole d'Arthènes, Raphaël, 1508, Musée du Vatican
00:46 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : politique, démocratie, droit, minorités politiques
26.12.2011
Tous mes vœux, mon Poutine
Mon Poutine, je t’ai apporté les étrennes pour la nouvelle année. Ce sont de magnifiques carottes, cuites bien sûr, aussi cuites que les tiennes. Bonne année 2012, et si tu ne veux pas finir en prison, écoute moi : tu fais voter une amnistie et tu dégages.
Plus de 100 000 personnes dans la rue à Moscou, et des manifs dans le tout le pays… Ils t’ont mis aux pâquerettes mon Poutine. 100 000 personnes en quelques jours… Et toi qui es au pouvoir car tu étais un boss du KGB, tu n’as rien vu venir. Comme un Ben Ali ou un Moubarak de base : rien compris, et rien vu. Je suis même sûr que tu avais fêté la « victoire » électorale.
J’ai adoré ton communiqué d’hier soir : ton parti a toujours la majorité ! Excellent…
Sur l’estrade de fin de manif, il y avait un leader, Alexeï Navalny, pour enflammer la foule, et ça c’est très mauvais pour toi. D’autant plus mauvais qu’Alexeï, jeune père de famille et très efficace blogueur, sortait juste de taule suite à la dernière manif,… et là tu n’as rien pu faire. Le mec est plus fort que toi. Si vous vous croisez, c’est toi qui baisseras les yeux. Il a donné rendez-vous dans quinze jours, avec un million de personnes dans la rue : « Nous sommes le pouvoir ! Notre patience n’est pas sans limite… ». A côté de lui, il y avait ton ministre des finances, Alexeï Koudrine. Même le papy Mikhaïl Gorbatchev est venu à la télé dire qu’il y a eu trop de fraudes, que tu dois partir et qu’il faut refaire les élections.
Eh oui, les carottes sont cuites. Tout le monde sait que les élections ont été truandées. Comme une signature, tu avais fait donner la mailloche contre les groupes d’opposants qui, le jour même du scrutin, pointaient les fraudes.
Pour diriger la Russie, il faut un tsar, au goût du jour, et pas un petit margoulin, bourreur d’urnes, et qui fait son petit jeu d’entrechats avec la doublette Medvedev. Mon Poutine, tu nous as bien amusés avec tes photos de judoka, tes parties de pêche à la ligne le torse nu, et tes virées en moto avec les poufs à deux balles qui se pâmaient... Mais maintenant, tchao… Qu’on retrouve vite une vraie Russie, on en a bien besoin.
Je te souhaite donc de bonnes vacances pour 2012, et n’oublie pas de te voter une loi d’amnistie avant de partir, car il te reste quelques sévères ardoises, à commencer par la Tchétchénie.

00:10 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : russie, démocratie, poutine, tchétchénie
19.12.2011
Moncef Marzouki, président de la République
Ancien prisonnier politique, ancien opposant tunisien méprisé en France, Moncef Marzouki est désormais président de la République de Tunisie. Alors, il faut remettre les compteurs à zéro… Juste élu président de la République, l’ami Moncef s’est exprimé dans les médias (JDD, France 24), et ça fait du bien là où ca fait mal.
« Je ne suis pas comme Ben Ali, je suis un président légitime, je tire ma force du peuple. Je n’ai pas besoin d’aller chercher ma légitimité à l’étranger Je suis désormais le président indépendant d'un pays indépendant. L'esprit colonial, c'est terminé ».
L’ancien gouvernement ?
« Une bande de malfrats gouvernait la Tunisie. Imaginez des mafieux de la Côte d’Azur ou Mesrine à l’Élysée : c’était ça, la Tunisie de Ben Ali, que les grandes puissances présentaient comme le sauveur de la démocratie ».
Chirac se demandait de quoi se plaignaient les Tunisiens alors qu’ils avaient à manger, et que son second mentor expliquait, l’air savant, que c’était Ben Ali ou les Talibans.
L’alliance avec Ennahda ?
« Notre société recèle une partie conservatrice et une autre moderne. L'expression politique du conservatisme, c'est l'islamisme. Vous avez des partis démocrates-chrétiens en Europe, nous avons un parti démocrate islamiste. Prétendre que nous avons vendu notre âme au diable en nous alliant aux islamistes relève du fantasme. J'ai aidé à rapprocher les islamistes de la démocratie et des droits de l'homme; eux m'ont influencé en me persuadant que vous ne pouvez pas réformer ce pays sans prendre en considération la religion et l'histoire ».
« La Tunisie ne peut être politiquement conduite que par les modérés, quelques soient leurs croyances idéologiques, pour faire face aux problèmes socio-économiques. Nous travaillons avec les islamistes modérés avec un contrat très net et très clair, à savoir qu’on ne touche ni aux droits de l’Homme ni aux droits de la femme. C’est à partir du moment où ils ont accepté cela que nous avons accepté de travailler avec eux ».
Exact, tout simple, et basta. Sous Ben Ali, l’UMP-PS n’a jamais rien eu à redire au 98% de Ben Ali. Là, le peuple vote, et le lendemain les mêmes crétins lui disent qu’il n’a pas voté comme il fallait !
Les Français englués dans leur miasme
« J’ai très peu apprécié des considérations culturalistes, pour ne pas dire racistes, formulées à Paris par certains. Comme si la démocratie était propre aux pays occidentaux ».
Dis mon Juppé pourquoi tu tousses… Juppé qui avait sorti sa ligne rouge après les élections tunisiennes. Et l’âne Védrine se demandant si la démocratie pouvait être exportée chez les Arabes…
Moncef Marzouki souligne que les petits Français vont devoir faire des efforts : « Je constate que les Français sont souvent ceux qui comprennent le moins le monde arabe, alors que ce devrait être l’inverse ».
La police en Tunisie ?
« La police a probablement été la première victime de la dictature. Ben Ali s’est servi de la police non pas pour protéger le peuple mais pour se protéger lui-même. Elle est devenue littéralement l’ennemi du peuple. C’est dommage, car 99 % des gens [qui la composent] sont des citoyens tunisiens qui souffrent d’être mal vus, mal jugés. Ils disent qu’ils sont en train de payer pour la petite minorité de criminels [faisant partie de la police] qui ont torturé et volé. Je fais la distinction entre le corps essentiel de la police, qu’il faut revaloriser, à qui il faut redonner sa dignité, et la petite minorité de criminels qui doit passer devant les tribunaux ».
La classe.

00:49 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, démocratie, colonisation
25.10.2011
Tunisie : La victoire du printemps arabe
Encore la Tunisie, et encore bravo ! Un parcours sans faute et une joie belle et simple : Ben Ali dégagé et jugé, le pays en bon ordre, des élections nickels, une participation électorale de 90%, un résultat pluraliste et une coalition qui se dessine pour faire une majorité.
Franchement, c’est génial. Je regrette de ne pas savoir faire les youyous, mais ils sont dans le cœur, l’âme et l’esprit.

Les résultats donnant la composition de cette future Assemblée constituante devraient être déclarés aujourd’hui par l'Instance supérieure indépendante des élections (ISIE).
En tête, Ennahda (Renaissance), un parti plutôt conservateur, et revendiquant un attachement musulman, qualifié dans toute la presse d’ici de parti islamiste, alors que lui-même refuse cette étiquette, comme l’explique son leader Hamadi Jebali : « Ennahda, à mon avis, n'est pas un parti islamiste. D'ailleurs cette appellation ne me dit rien du tout. Nous sommes un parti politique et civil, c'est-à-dire qu'il n'est pas théocratique, dans le sens que notre devoir et de proposer à notre peuple notre programme dans tous les domaines, et que nous voulons que les gens nous choisissent ou nous rejettent en fonction de ce programme. Pas comme étant religieux ou pas religieux ». Ennahda a été interdit par Ben Ali, l’ami de toutes les belles démocraties européennes, et il est pendant ces années de plomb resté très présent dans la société.
Se dégagent aussi les bons scores des deux partis plus à gauche, Ettakatol, de Mustapha Ben Jaffar et le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki, tous deux des opposants persécutés par Ben Ali.
C’est donc une page neuve, vraiment neuve.

La France officielle – La France rance – n’avait rien compris à la Révolution tunisienne, avec pour références inoubliables MAM offrant depuis l’Assemblée Nationale le concours de forces de police à Ben Ali, et l’enfoiré total Delanoë qui, l’après midi même du départ de Ben Ali, expliquait que de bonnes réformes avaient été adoptées et qu’il fallait leur laisser le temps de produire leurs effets…
Cette même France rance semble ne rien comprendre à ce vote, ne décryptant l’avenir qu’à travers son hypermoderne détecteur de poils de barbe islamiste. 40% des Tunisiens votent dans le calme pour un parti, et les grands instruits d'ici commencent à leur expliquer que ce n’est pas le parti qu’il fallait…. Ce parti détaille son programme, et ses leaders multiplient les prises de parole, mais ces Français rances expliquent doctement que la seule chose qui compte, c’est ce que le parti n’a jamais dit.
Le grand enseignement du printemps arabe, au delà des contingences électorales et politiques, est qu’il existe désormais une opinion publique arabe, dont on sait ce qu'elle veut, à savoir un attachement viscéral à l’égalité et à la liberté, mais dans le respect de sociétés qui s’expriment selon leurs valeurs, leur histoire et leur culture. Donc, respect, et basta.
Dans l’immédiat, le défi pour le nouveau pouvoir sera de remettre l’économie en œuvre et d’activer les régimes de solidarité. Ce sera ça la rupture définitive. C’est là que ça va se jouer, dans la vie de tous les jours.

01:04 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (43) | Envoyer cette note | Tags : tunisie, démocratie
19.06.2011
Un pouvoir judiciaire ? Pas si simple…
A un pas de la retraite, le procureur général près la Cour de cassation s’offre une tribune dans Le Monde pour revendiquer un pouvoir judiciaire, conçu comme un contre-pouvoir. Pas mal. Mais le pouvoir judiciaire vu comme un paradis… ce n’est peut-être pas si simple.
La séparation des pouvoirs
Jean-Louis s’est shooté au John Locke, qui en 1690 dans son « Second traité du Gouvernement Civil » a mieux quiconque théorisé la séparation des pouvoirs. Lisons le judicieux British.
« Lorsque, dans une même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n'y a point de liberté ; parce qu'on peut craindre que le même monarque ou le même séant ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.
« Il n'y a point de liberté, si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire, car le juge serait législateur. Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur.
« Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs ; celui de faire des lois, celui d'exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers. »
De 1690… à 2011 !
Chères amies, cher amis, c'est la Révolution : nous allons appliquer en 2011 les idées si bien proclamées en 1690. « Si elle [la justice] était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur ». On se croirait Place Tahir…
Je vois déjà le prochain sujet pour le concours d’entrée à l’Ecole de la Magistrature : « Depuis 1958, la Justice est jointe au Gouvernement, via le Ministère public. Décrivez les raisons de l’adhésion collective à cette hérésie, qui peut conduire le juge à avoir la force d’un oppresseur ». Je suis volontaire pour corriger les copies.
Alors que nous dit Jean-Louis ?
« L'autorité judiciaire est en passe de se muer en pouvoir judiciaire. Cette transition repose sur trois moteurs.
« Le premier est peut-être encore hoquetant, mais il tourne, c'est la volonté d'émancipation non seulement des juges mais aussi des parquets, qui, même si l'on peut déplorer des incidents isolés bien qu'emblématiques, sont attachés à leur statut de garants des libertés individuelles.
« Le deuxième de ces moteurs est appelé à prendre plus d'ampleur et nous vient de la construction européenne: il est à bien des égards dépassé de s'interroger sur les rapports de la justice et de l'exécutif quand ils sont dominés par un élément supérieur et extérieur, venant de Luxembourg et de Strasbourg.
« Le troisième moteur est le contrôle de premier niveau de la constitutionnalité des lois maintenant reconnu aux juridictions avec le mécanisme de la question prioritaire de constitutionnalité: les lignes ont ici bougé, qui séparent l'exécutif, le législatif et le judiciaire, et cela ne s'est pas fait en défaveur du judiciaire ».
C’est l’Europe qui est le vrai moteur
Ces moteurs n’ont pas tous la même importance, et l’évidence est qu’il y a un moteur principal et des annexes. Ce qui déclenche tout, c’est l’Europe, c’est-à-dire la création d’un ordre juridique supranational, qui définit un régime des libertés fondamentales et se donne les moyens de le faire respecter.
Si les magistrats relèvent la tête pour revendiquer cette émancipation et si la France a fini par ouvrir le contrôle de constitutionnalité aux citoyens, c’est bien parce que depuis des décennies, se construit un doit européen, partagé entre 47 Etats, qui a forgé, décision après décision, ce qui est actuellement la meilleure référence qu’il s’agisse de la manière de rendre justice ou des droits fondamentaux eux-mêmes.
Quid de la politique Jean-Louis ?
Jean-Louis fixe comme point de départ la suppression de la peine de mort, la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat, et l’introduction du droit de recours direct auprès de la Cour de Strasbourg. Très bien. Mais il attribue ces avancées à Robert Badinter, ce qui est du niveau d’analyse politique de Lisette.
Ces avancées, ce n’est pas la volonté d’un homme, c’était le programme commun de la Gauche. Et si le ministre avait été une chèvre, cette chèvre aurait fait voter les lois car il existait une majorité politique nette à l’Assemblée. Rétablissons les faits. C’est un procureur qui avait requis la peine de mort contre Philippe Maurice, c’est une cour d’assises qui a prononcé cette peine de mort, et c’est François Mitterrand qui le 25 mai 1981 a gracié Philippe Maurice. Le ministre de la Justice était Maurice Faure. Vive la politique !
C’est la même chose pour l’Europe. Les rapports entre la justice et l'exécutif « sont dominés par un élément supérieur et extérieur, venant de Luxembourg et de Strasbourg ». Oui, mais parce que le pouvoir politique l’a voulu, et qu’il l’a encore renforcé ces dernières années. Et les magistrats français ont tout fait pour retarder ces inévitables évolutions voulues par le pouvoir politique. Ne racontons pas d’histoires : les grands arrêts de la CEDH ou de la CJUE ont été rendus en cassant des décisions des juges nationaux. Cette réussite, on la doit à la lucidité des citoyens qui, contre l’ordre établi, ont engagé les recours pour contraindre les juges à appliquer ce droit voulu par le pouvoir politique. On doit beaucoup à René Cassin qui a tant fait pour la rédaction de ces textes, mais on doit tout aux hommes politiques de la IV° République qui en 1950 ont instauré ces mécanismes, qui ont permis une telle modernisation de notre droit et l’émergence d’une conscience européenne.
La Cour de cassation a attendu le 15 avril 2011, dans l’affaire de la garde à vue pour dire que la jurisprudence de la CEDH s’imposait sans réserve. Que de temps perdu…
Que demande Jean-Louis ?
Jean-Louis demande les clés pour un pouvoir judiciaire. C’est-à-dire :
- des moyens,… ce qui est une revendication novatrice ;
- la fin du « cordon » avec l'exécutif, qu'il s'agisse des nominations ou de l'activité judiciaire qui « ne doit plus relever, pour la gestion des affaires individuelles, du contrôle politique » ;
- l'instauration d'un procureur général de la nation, qui « aurait, lui, autorité sur les parquets, mais qui serait déconnecté de l'échelon politique ».
Et Jean-Louis enchaîne avec son appel à établir un pouvoir de la justice : « Les droits des individus doivent aussi être protégés par des contre-pouvoirs, parmi lesquels la justice est un élément central ».
C’est la Révolution judiciaire. Les juges, ceux qui rendent les jugements, ont une indépendance reconnue. Mais le Parquet est placé sous l’autorité hiérarchique du garde des Sceaux, qui exerce des pouvoirs décisifs pour les nominations, les orientations de la politique pénale et dispose de la capacité de donner, comme autorité, des consignes dans des affaires.
Un débat déjà bien avancé
Pour ceux qui suivent de près ces questions, on retrouve, amplifiés les accents du discours de la rentrée solennelle. Il faut dire que là encore, la CEDH a donné le « la ». Elle estime, d’une manière générale, que le Parquet ne doit pas être lié à l’exécutif s’il veut prendre des mesures de contraintes contre les personnes. Comme personne n’envisage en France de transférer ce type de compétences au Siège, il faut bien faire bouger le Parquet. C’est-à-dire qu’avant d’être condamné, il faut se mettre au meilleur standard. Tout le monde s’en portera mieux.
Après, il y a deux solutions
On peu d’abord choisir une solution médiane. Le ministère de la Justice définit des orientations précises de la politique pénale, et celle-ci est mise en œuvre en coordination avec les procureurs généraux près les cours d’appel. La seule chose qui dans ce schéma est interdite au Garde des Sceaux, ce sont les consignes données dans des procédures individuelles. C’est déjà un grand progrès.
Jean-Louis veut aller plus loin en proposant la création d’un « procureur général de la nation », patron des parquets et déconnecté de l'échelon politique. Le pouvoir politique conserve l’essentiel, l’édiction de la loi, et le parquet la mettra en œuvre dans le cadre d’une justice réellement indépendante.
Ca pose bien des questions…
Pourquoi revendiquer un « pouvoir judiciaire » ? Une autorité judiciaire déconnectée du pouvoir politique, c’est déjà très bien. Dans « pouvoir judiciaire », on voit trop le pouvoir, et pas assez la justice.
Quel est le statut de ce procureur général de la nation ? Qui le nomme ? Le gouvernement ? Le parlement ? Les instances de la profession ? Devant qui répond-il ? Quelle est sa responsabilité ? Quels recours contre ces décisions ?
Quel rôle garde le Gouvernement dans la définition de la politique pénale ? Sarko a abusé de l’exploitation des faits divers, oui, et l’échec de sa politique pénale sera un des critères de la campagne. Un gouvernement doit pourvoir faire des choix politiques dans tous les domaines et en répondre devant les électeurs. Dans une République, il serait anormal que la politique pénale soit la seule sans sanction politique.
Quel renouveau des droits de la défense ? Les avocats ne demandent pas à exercer le pouvoir, mais la Justice suppose que les avocats puissent défendre les droits de leurs clients, à égalité du Parquet. Alors, si le Parquet monte en puissance en s’émancipant du pouvoir politique, il faut dans la même proportion, les droits de la défense soient renforcés. Les avancées que salue Jean-Louis sont le fruit des idées novatrices des avocats contre l’ordre judiciaire établi. C’est un travail commun.
La Justice, tout le monde l’admire, mais nous en sommes juste ses enfants.

00:27 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : parquet, cedh, loi, démocratie
13.06.2011
Turquie : Victoire de la Turquie
Un beau dimanche électoral en Turquie. Le Parti de la justice et du développement (AKP), emmené par le Premier ministre Recep Erdogan, rafle plus de 50% des voix. 326 députés sur 550 sièges. Une sacrée victoire, la troisième d’affilée… J’en vois plus d’un qui en rêve... Et pourtant, cette victoire a des airs d’inachevé pour l’AKP et de réussi pour la Turquie. Si je puis me permettre…

Le Parti républicain du peuple (CHP) arrive à 25,8% des voix, alors que les nationalistes du Parti de l'action nationaliste (MHP) peinent avec 13,2%. Les Kurdes du Parti de la paix et de la démocratie (BDP) atteignent 10%.
Commençons par le plus simple. Les ravagés du bulbe – hémisphère droit et hémisphère gauche – addicts au choc des civilisations et qui estiment que l’islam et la démocratie sont incompatibles peuvent aller se faire reluire chez Plumeau. S’ils peuvent imprimer, je leur conseille : la Turquie est un pays dont la population est très majoritairement musulmane et qui se régale avec des élections démocratiques. J’espère que cette réalité ne leur sera pas trop douloureuse. La fin du film va leur arracher quelques larmes, c'est sûr.
Le second constat est que l’AKP est freinée, ne racontons pas d’histoires. Erdogan avait tout promis, mais surtout, il amenait sur un plateau un pays qui gagne, avec taux de croissance annuel à 9%. Mieux que la Chine. Chaque fois que j’arrive à Istanbul, je vois que la ville bouge.
Sur cette piste de lancement, Erdogan visait une majorité des deux tiers pour pouvoir changer la Constitution à sa guise. Les vieux militaires n’ont pas su se réformer, et la Constitution de 1980 est cuite. Mais Erdogan va devoir trouver le consensus avec l’opposition, et nous aurons donc de nouvelles institutions, qui resteront laïques. Le vote d’hier est clair : impossible de rejeter le Gouvernement qui amène la Turquie si haut ; mais impossible aussi de laisser le Gouvernement changer la nature du régime, vers trop de place pour la religion, et trop de pouvoir à un homme. Les Turcs, musulmans laïcs, ont dit stop ; les Turcs, musulmans démocrates, ont dit stop aussi.
Quel avenir ? De fins connaisseurs de la Turquie pouraient répondre, et ce sera très intéressant de voir. La Turquie, cette grande puissance, n’a pas fini de nous surprendre.
Le grand atout de l’AKP est cette révolution économique conduite depuis 2002 et cette remarquable adhésion populaire. Mais Erdogan, grand personnage, identifie un AKP qui est resté très bureaucratique. La structure reste trop rigide pour répondre aux attentes d’un pays qui a pris le goût de la réussite économique. L’ouverture de la société est là, et les modèles du passé, quels qu’ils soient, ne font plus l’affaire.
En attendant, il fait très bon ce soir à Sultanahmet. Je ne suis que de passage dans ce pays si accueillant, mais je suis admiratif. Les mouettes, inlassablement, dansent entre les minarets de la Mosquée Bleue. Il y a une force éternelle dans la Turquie.

01:17 Publié dans Politique dans les pays étrangers | Lien permanent | Commentaires (102) | Envoyer cette note | Tags : turquie, démocratie, islam
03.06.2011
Zone euro : Papy Trichet se lâche
La finance veut gouverner le monde, et l’Europe en particulier. DSK vantait « la gouvernance mondiale », pour se débarrasser des peuples. Papy Trichet rêve de la « gouvernance européenne ». La tyrannie de l’argent…

Pour son départ à la retraite, Papy Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), s’est vu remettre un hochet mignon, le « prix Charlemagne pour la Jeunesse européenne », organisé par le Parlement européen et la Fondation internationale du Prix Charlemagne d'Aix-la-Chapelle.
Ah Charlemagne… Ah, Aix-la-Chapelle… Papy Trichet n’a pas résisté, et après avoir convoqué comme alibis Érasme, Kant et Hugo, Papy Trichet a déclaré sa flamme à un ministère des Finances de la zone euro pour poursuivre le processus d'intégration économique. Ben voyons.
Pas de quoi bouleverser l’opinion française, qui, bien éduquée par le formatage UMP-FN, guette la menace du côté des pauvres, des Tunisiens, des Roms ou des patients-psy. En revanche, pour les groupies assistant à la remise du prix, ce fut un grand bonheur. Et face au déprimé dollar des super-endettés US – la dette publique atteint 100% du PIB, et les obligations à court terme sont flapettes – l’euro a connu une fière érection à 1,4487 dollar.

Alors l’idée de Papy Trichet ? L’exercice de la souveraineté à un niveau collégial, avec un ministre des finances européen. Lequel bien entendu lira Érasme, Emmanuel Kant et Victor Hugo chaque matin en se rendant au bureau… Comique, mais grave. Lisons, chères sœurs et cher frères.
« Serait-ce aller trop loin que d’envisager, dans cette deuxième phase, de permettre aux autorités de la zone euro d’exercer une influence beaucoup plus forte et plus décisive sur l’élaboration de la politique économique au sein du pays concerné si celle-ci dérape dangereusement ? Une influence directe, allant bien au-delà de la surveillance renforcée que l’on propose actuellement ?
« En effet, l’appartenance à l’Union européenne, et plus encore à l’UEM, implique l’exercice de la souveraineté à un niveau collégial.
« Dans cette Union que nous aurons demain, ou après-demain, il y aura bien évidemment un marché unique, une monnaie unique et une banque centrale unique. Serait-ce une idée trop hardie que d’envisager, sur le plan économique, un ministère des finances de l’Union ?
« Celui-ci ne gérerait pas nécessairement un important budget fédéral, mais exercerait directement des responsabilités dans au moins trois domaines :
- premièrement, la surveillance des politiques budgétaires et des politiques en matière de compétitivité, ainsi que les responsabilités directes mentionnées plus haut concernant les pays engagés dans une « deuxième étape » au sein de la zone euro ;
- deuxièmement, toutes les responsabilités assumées généralement par les gouvernements en ce qui concerne le secteur financier intégré de l’Union, afin d’accompagner l’intégration complète des services financiers ;
- troisièmement, la représentation de la confédération de l’Union au sein des institutions financières internationales ».

Parfait. Une question à Papy Trichet.
Dans la mesure où, dans tous les pays européens, seule une minorité d’électeurs est fidèle au droit de vote, peux-tu me dire combien il en restera quand ton cénacle obséquieux aura désigné la tête de nœud qui dictera les politiques budgétaires, assurera l’intégration complète des services financiers des Etats, et représentera l’Europe au sein des institutions financières internationales ?
Les gens ? La société civile ?... Ca te parle ?
Rassurez-vous, Papy Trichet ne les a pas oublié, les braves citoyens, et il a trouvé le meilleur guide pour comprendre la société contemporaine : Paul Valéry. Oh Putain… Le mec a bloqué le compteur au CM2…
D’où cet éloge du caractère spirituel de l’Europe dans « l’Européen », écrit en 1924.
« Partout où les noms de César, de Gaius, de Trajan et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de St Paul, partout où les noms d’Aristote, de Platon et d’Euclide ont eu une signification et une autorité, là est l’Europe ». Et Papy Trichet de conclure : « Ici, à Aix-la-Chapelle, je dirais que partout où le nom de Charlemagne a une signification, là est l’Europe ». Il a tout vu, tout compris...
De tout cela, je relève une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne, c’est que Papy Trichet part à la retraite.
La mauvaise, c’est que son discours a été applaudi.
L’un des fronts prioritaires se situe donc contre ces financiers incultes, qui discernent de la vie dans un compte de résultat mais ne savent pas croiser un regard humain, qui se méfient du peuple au point de vouloir à tout jamais l’asservir, en lui retirant ses prérogatives les plus essentielles. Enfin un monde où rien ne résisterait…

Enfin, un monde sans vie
00:43 Publié dans Répression politique | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, liberté, europe, banque
15.03.2011
La vie est belle
« Je suis très fier d'appartenir à cette belle démocratie démocratie française ».
« Je vous aime tous et toutes, la vie est belle ».

23:18 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, parlement, santé
13.02.2011
Boutef’ dégage !
30 000 policiers pour 2 000 manifestants ! 15 flics pour un manifestant : record battu… Record pour la bêtise d’un gouvernement en perdition et pour le courage des manifestants. L’Algérie officielle se racornit à vue d’œil…
15 flics pour un manifestant, il sera difficile de faire mieux. Difficile aussi de faire plus qu’interdire les trains et les cars, bloquer les accès routiers à la capitale, réquisitionner l’ensemble des hôtels du centre ville et imposer la fermeture des campus universitaires. Des flics dans toutes les rues, et l’interpellation dès que plus de dix personnes sont réunies. Ajoutons les groupies pro-Boutef’ qui agressent les manifestants devant des flics impassibles…
Hier, l’Algérie a montré son pire visage. Ce matin, Alger est calme et l’Algérie disparait de la une. Les affaires vont pouvoir reprendre. Les mirlitons qui hier faisaient dans leur froc ont ce matin les intestins qui se détendent : tant mieux pour eux. Je me permets toutefois de leur conseiller une cure de riz à l’eau et de stocker les Smecta par boîte spéciale pour colonies de vacances, car leur trouille ne fait que commencer.
L’opposition politique algérienne, qui résiste et veut avancer, a bien des défauts : divisée, confuse, vélléitaire, récupératrice… Oui, et alors ? En 18 ans d’état d’urgence, et après une guerre, une vraie, contre les groupes terroristes intégristes, que pouvait-on attendre d’autre ? Il n’empêche qu’un regroupement a eu lieu, et que 2 000 manifestants se sont retrouvés Place du 1° mai, à 1 contre 15. Franchement, je les salue, car il faut du courage.
Ce sont les militaires cachés dans leurs costumes civils qui ont peur, et ce sont les manifestants qui font tomber le mur de la peur.
Maintenant, l’Algérie n’est ni la Tunisie de Ben Ali, ni l’Egypte de Moubarak, ni l’Iran de Khamenei. Ne confondons pas tout. Mais justement, on attend beaucoup. L’Algérie est un grand pays, riche et dont l’histoire parle. Si elle cherche un peu, l’Algérie a en elle toute la culture pour devenir un modèle. Il faut juste qu’elle remette en cause les rentes de situation, écarte les corrompus, et rétablisse un peu de justice dans la gestion des richesses. Il faut aussi qu’elle dégage Boutef’, réélu à la suite d’une violation flagrante de la Constitution et d’élections bidons.
Le régime mise tout sur l’immobilisme. Il ne veut traiter ni la corruption, ni les chasses gardées, ni l'étouffement des oppositions. Il veut faire croire qu’il n’est pas miné par les injustices qu’il a lui-même créées. Ce cinéma ne durera qu’un temps.

01:15 Publié dans Répression politique | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : algérie, liberté, démocratie
11.02.2011
Egypte : Le monde bascule ?
Leon Panetta, le patron de la CIA, qui se fourre le doigt dans l’œil sur l’Egypte, et en direct…
Hier matin, il exposait savamment le travail de ses services lors d’une audition devant une commission du Congrès : « J'ai les mêmes informations que vous, à savoir qu'il y a une forte probabilité que Moubarak démissionne ce soir ».
Quelques heures plus tôt, un des boss de l’armée s’était présenté Place Tahrir, pour annoncer de grands changements dans la soirée. Déjà tout était à la fête.
Moubarak allait prendre la parole dans la soirée. Son départ pour raison de santé, c’est comme si c’était fait. Son rat busqué, Omar Souleimane, l’homme de toutes les crapuleries, n’était plus chargé de la transition, mais juste de la corvée des chiottes.
Et quand Moubarak prend la parole, c’est pour dire qu’il reste. Obama mange son chapeau. Le guignol du discours du Caire et de grandes négociations israélo-palestiniennes, patauge dans le caniveau.
Si Moubarak s’est rebiffé, c’est parce que l’Arabie Saoudite a dénoncé les ingérences extérieures dans les affaires égyptiennes et assuré Moubarak de son soutien financier. L’Arabie Saoudite, qui a accueilli Ben Ali, avance son fric et son influence sur les marchés pétroliers en croyant pouvoir étouffer l’idée de démocratie. Tout devient plus clair.
« Plus tu montes dans l’arbre, mieux on voit tes fesses » dit le dicton. Grâce au courage et à l’intelligence des manifestants de la Place Tahrir, on voit bien ce soir le jeu des affairistes qui nourrissent l’intégrisme pour conforter leur pouvoir moyen-âgeux et leur fric.
Les chevaliers du choc des civilisations et les traqueurs de poils de barbe musulmane sont ce soir plantés devant l’abîme de leur prétention. Ouvrez les yeux : ce sont les Saoudiens qui sauvent la tête de Moubarak, pendant que les Frères musulmans reconnaissent eux-mêmes la limite de leurs forces. Tu piges, mon pote ?
Il va falloir une grande douche de la pensée pour se débarrasser de la propagande US, avec la lutte contre l’Empire du mal.
La grande culture de l’Islam, sunnite et chiite, est celle de la paix et de la civilisation, qui lui a permis de briller pendant de siècles. Pour contrôler les richesses du pétrole et conforter Israël, l’Etat colonisateur qui chasse les Palestiniens de leur maison, les US ont tout accepté et tout financé. L’intégrisme est leur affaire. La lutte contre cet intégrisme qu’ils ont créé et financé est le pilier de leur action.
Avec la Révolution égyptienne, un mouvement de masse, ils sont perdus, loin du contrôle des commandos et de leurs coups tordus. L’Afghanistan, comme l’Irak, ont montré qu’ils n’assuraient rien ; la journée égyptienne d’hier marque leur nullité. Les Saoudiens, alliés – pour combien de temps encore ? – des US, financent l’avenir des dictateurs.
Le revirement de la journée d’hier marque un cap : les US sont dépassés.

Trop compliqué pour Obama
01:31 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (90) | Envoyer cette note | Tags : egypte, us, démocratie, liberté










