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  • Des nouvelles de Dilma, ma petite chérie : Objectif 2018

    Une pause dans le feuilleton de nos héros politiques locaux s'agitant dans leur bac à sable institutionnel : retour au sérieux, voici de la vraie politique avec une interview de Dilma, ma petite chérie, à l’excellent Le Temps. Dilma casse les tabous, et appelle à regarder la réalité telle qu’elle est : «  Je ne pense pas que la corruption au Brésil soit plus élevée qu’ailleurs. Ce sont les institutions qui sont plus fragiles. L’impunité produit la corruption ». Offert par Dilma à un éventuel candidat à la présidentielle qui serait mis en examen – indices graves ou concordants – pour détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux, manquements aux obligations de déclarations à la haute autorité de la vie publique, escroquerie aggravée, faux et usage de faux.

    - Là, tu parles de moi ?

    - Oui.

    Le soi-disant mouvement social au Brésil en 2016 a été d’abord et avant tout une manip’ géante de la droite revancharde et pourrie. Ça n’aurait pas marché sans les échecs du Parti des Travailleurs  et ses méthodes, certes, mais ce n’était qu’une entourloupe, avec les US qui tiraient les ficelles. Lisez ce qu’en dit Dilma.

    Désormais, sont en ligne de mire les élections de 2018, avec la volonté du Parti des Travailleurs de renverser la mécanique, et Lula reprend du service. Un Lula qui a fait des choses, et qui a des choses à dire. En un an, le bilan de la droite est tel que le Parti des Travailleurs a repris des couleurs, mais il faudra changer beaucoup de choses dans le Parti pour créer le mouvement dégageant une majorité parlementaire enfin stable, ce qui est la grande faiblesse institutionnelle du Brésil : cette proportionnelle qui a conduit à un multipartisme exacerbé, et au marécage des coalitions. Il faudra aussi éviter un excès de zèle des juges, alors qu’il y a des précédents qui inquiètent.

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    «Il est fondamental que Lula se porte candidat en 2018»

    Dilma Rousseff, Entretien avec Frédéric Koller, journal Le Temps

    – Votre Parti des travailleurs (PT) s’est battu pour les droits économiques et sociaux des plus pauvres. Sont-ils aujourd’hui remis en question ?

    – En 2014, le Brésil a quitté la carte de la faim dressée par l’ONU. Il l’a fait en définissant une politique de lutte contre la pauvreté extrême. Nous étions le dernier pays à avoir mis fin à l’esclavage, en 1888, il a pourtant subsisté dans les faits, c’était la logique du privilège. Voilà pourquoi la pauvreté a persisté. Comment l’éliminer? Nous avons combiné un ensemble de politiques. D’abord, en augmentant le travail formel de 20 % qui permet une meilleure protection des travailleurs et d’élargir les cotisations à la protection sociale.

    Ensuite, nous nous sommes concentrés sur l’agriculture familiale. La population rurale pauvre ne disposait pas de l’électricité quand Lula est arrivé au pouvoir en 2003. Nous avons universalisé l’accès à l’électricité. Puis nous avons réalisé un programme d’achat des récoltes destiné notamment à l’alimentation en milieu scolaires: 43 millions d’enfants en bénéficient. Enfin, il y a eu les allocations familiales (bolsa familia) destinées aux jeunes familles qui a mis en avant le rôle des femmes. Les enfants sont désormais enregistrés, doivent aller à l’école, être vaccinés, les femmes enceintes bénéficient de trois examens prénataux. 33 millions de Brésiliens sont ainsi sortis de la pauvreté. Lorsque mon gouvernement a été écarté, nous étions sortis de la misère. Je suis ici pour en témoigner. Mais je viens aussi dire ici que tout cela est menacé.

    – La semaine dernière, le Brésil faisait son retour comme membre du Conseil des droits de l’homme avec ce message: la démocratie fonctionne, les institutions fonctionnent. Qu’en pensez-vous ?

    – Je ne suis pas d’accord. Nous avons un régime présidentiel. Pour pouvoir écarter un président, il faut qu’il ait commis un «crime de responsabilité»: trahison, corruption ou empêcher l’alimentation du pays, bref un crime grave qui déclenchent un processus de destitution. Dans mon cas, comme il n’y avait pas de tel crime, on m’a accusé de crime budgétaire. C’est ridicule. Les trois décrets qu’on me reproche d’avoir passé représentent 0,01 % du budget. On m’accuse d’un plan de financement de l’agriculture qui existe depuis 1994. Comme les taux d’intérêt au Brésil sont très élevés, le gouvernement a créé un taux bonifié et payait la différence entre ces deux taux. Depuis le début du XXe siècle, c’était la Banque du Brésil, une banque publique, qui s’occupait du crédit agricole. A partir de 1994, tout cela a été réglementé. En 2015, on m’a reproché un décalage dans les paiements, mais cela toujours été le cas. Cette fois-ci on m’a dit que j’en étais responsable. Au nom de quoi? Parce que j’étais présidente de la République. Mais le président n’intervient pas dans ce mécanisme. 

    Tout est organisé par la loi. Le Parquet a finalement déclaré que soit tous les présidents depuis 1994 ont commis un crime, soit la présidente de la République n’en a pas commis. Que s’est-il passé de spécial en 2015? Rien, sauf une chose: nous avions gagné la quatrième élection de suite. Pour l’opposition il était clair que nos programmes continueraient. Certaines personnes attribuent cette destitution aux manœuvres du PMDB. Sur l’enregistrement de la conversation de l’un des sénateurs, responsable du coup d’État, avec un collègue du PMDB, on peut l’entendre dire: «il faut virer la présidente du gouvernement parce qu’elle ne va pas s’opposer aux enquêtes sur la corruption du «lava jato» (ndlr, une vaste affaire de corruption en faveur de personnalités politiques impliquant l’entreprise pétrolière d’État Petrobras). Le saignement va continuer et cela va arriver jusqu’à nous.» Mais la vraie raison, c’est qu’en 2003 nous avons interrompu le processus de privatisation néolibéral pour réduire le rôle de l’État et le peu de protection sociale qui existait à l’époque. Notre projet de redistribution des revenus était gênant. Le renforcement de la position géopolitique du Brésil, appuyant les organisations régionales et l’indépendance du pays, était aussi devenu gênant.

    – Ce lundi devrait être publiée une liste de 77 noms liée au scandale de financement des partis par le groupe de construction Odebrecht. Si le nom de Michel Temer devait apparaître dans ce système de corruption, comme l’indique la presse, est-ce que vous appelleriez à sa démission ?

    – Les documents dont on parle représentent un dossier de deux terabytes qu’un juge de la cour suprême a remis à la presse. De quoi s’agit-il? Du contenu de dénonciations échangées contre des diminutions de peine. De qui parle-t-on? Je crois qu’il s’agit seulement de dénonciateurs de l’entreprise Odebrecht. Les autres entreprises, qui ont aussi signé de tels accords, ne sont pas incluses dans ce dossier. Le trésorier de ma campagne électorale de 2014, Edhino Silva, a pour sa part été dénoncé par Otavio Azevedo, le CEO d’une grande entreprise de BTP du nom d’Andrade Gutierres, pour avoir exercé des pressions afin d’obtenir des contributions légales, et d’autres contributions illégales, selon des fuites lors de l’instruction. Lorsque le dossier est arrivé devant la justice, elle a convoqué Otavio Azevedo qui a tout confirmé. Mais lorsque l’avocat de mon trésorier a voulu vérifier, on n’a rien trouvé.

    A la date évoquée par Otavio Azevedo, on sait par contre qu’un chèque a été déposé pour la campagne du PMDB au nom de Michel Temer. Le dénonciateur a du coup été une nouvelle fois convoqué par le juge. C’est un crime de mentir devant le juge. Otavio Azevedo a alors expliqué que c’était «une erreur», qu’il s’était «trompé», qu’il ne s’agissait pas d’un dessous de table. Vous comprenez ? Quand on nous incrimine nous, c’est un dessous de table. Quand c’est le PMDB, ce n’est plus un crime. C’est pourquoi il faut regarder de très près ces dénonciations, les examiner. Je vous le dis très calmement: mon pays n’a jamais enquêté sur la corruption. Disons-le clairement: jamais une personne riche n’est allée en prison. Avant l’arrivée au pouvoir du Parti des travailleurs, le procureur général de la République avait la réputation de mettre tous ses dossiers dans des tiroirs. Nous avons fait voter plusieurs lois pour lutter contre la corruption, la dernière, en 2013, inclus des réductions de peines en échange d’informations. C’est moi qui ait envoyé ce projet de loi au parlement. Il ne devrait pas être possible de faire un usage politique de la lutte contre la corruption. C’est pourtant ce qui s’est produit.

    Depuis un mois et demi, alors que l’enquête commence à atteindre une partie importante du gouvernement illégitime en place, on entend tout à coup parler de fuites illégales. C’est vrai, mais voilà deux ans que cela dure. Quand je me battais contre la violation du secret de l’instruction, on m’accusait de vouloir en finir avec l’enquête. Aujourd’hui, je ne me permettrai donc pas de commenter une procédure judiciaire en cours, même si la personne mise en cause est celle qui a opéré un coup d’État contre moi. On ne peut pas condamner quelqu’un sans un droit de défense. Pas moi. Je ne peux pas me permettre d’agir comme la reine d’Alice au pays des merveilles et dire «coupez-lui la tête !». C’est au tribunal de juger.

    – Deux de vos conseillers, Antonio Palloci, votre ancien ministre des finances, et Joao Santana, sont emprisonnés sous l’accusation de corruption en lien avec l’entreprise Petrobras. Des comptes en Suisse ont été bloqués par la justice. Comment expliquez-vous que votre parti ait été associé à une telle corruption ?

    – Antonio Palloci a été député fédéral du PT, et a été membre de mon gouvernement durant six mois. Joao Santana est un spécialiste du marketing politique qui a fait des campagnes dans toute l’Amérique latine. J’ai payé légalement M. Santana pour ses services (ndlr, lors de la campagne de 2014), au Brésil. S’il a reçu de l’argent hors du Brésil, c’est à lui de l’expliquer. Qu’a-t-il fait de son argent? Je n’en sait rien.

    – Mais on parle de rétrocession, à savoir de l’argent de Petrobras, une entreprise publique, qui verse de l’argent pour financer des partis politiques.

    – Je ne suis pas en mesure de vous dire si cela a été le cas, même la police n’en sait rien.

    - Vous étiez pourtant présidente de l’État et présidente du conseil d’administration de Petrobras.

    – Et alors, on peut être le président Bush ou Obama et ne pas savoir ce qui se passait dans ses banques. Pourquoi ne demandez-vous pas à vos gouvernements comment s’est produite la crise financière de 2008-2009, alors qu’il y avait de la corruption partout ? Comment voudriez-vous que je sache? La corruption se caractérise par le fait qu’elle est cachée. Oui, j’étais présidente du Conseil de Petrobras. Mais les banques centrales étaient-elles au courant de ce qui se passait dans les banques privées, les agences de régulations? Croyez-vous que le conseil d’administration soit au courant de tout ce que fait la direction d’une entreprise? N’est-il pas notoire qu’il y a une asymétrie d’information?

    – Préparez-vous le retour au pouvoir de M. Lula ?

    – C’est le Parti des travailleurs qui est responsable. Mais Lula est beaucoup plus grand que le PT. Il est fondamental qu’il se porte candidat en 2018 pour éviter une répétition de ce qui se passe aujourd’hui.

    La première mesure prise par ce gouvernement illégitime a été d’approuver un amendement constitutionnel qui gèle pour vingt ans toutes les dépenses de l’éducation, de la santé, de l’assistance sociale, des sciences et technologie, tout en libérant les dépenses financières, notamment le paiement de l’intérêt sur la dette. Nous avons un programme «ma maison, ma vie» de logement populaire pour l’accès des plus pauvres à l’habitat. Le programme du gouvernement illégitime de Michel Temer c’est «mon château, ma vie»: il ne prête qu’aux plus riches. Tous nos programmes avaient un point commun: commencer par les plus fragiles.

    – Comment lutter contre la corruption généralisée de la politique au Brésil ?

    – Je ne pense pas que la corruption au Brésil soit plus élevée qu’ailleurs. Ce sont les institutions qui sont plus fragiles. L’impunité produit la corruption. Je ne suis pas pour un Etat policier, mais je veux des institutions fortes, qui ne puissent pas être l'instrument du politique. C’est par contre une vision réductrice de dire que les partis politiques sont responsables de la corruption. Si vous dites cela, vous verrez émerger des sauveurs de la patrie, des fascistes.

  • Brésil : Les adversaires corrompus de Dilma Rousseff devant la justice

    J’adore les « déconneurs » du Monde : « La destitution de Dilma Rousseff n’a pas mis fin aux scandales de corruption… »

    Rappelons donc pour la 58ème fois que le destitution de Dilma, ma petite chérie, n’a rien à voir avec la corruption. Son éjection du pouvoir ne doit rien à la Justice, qui ne la poursuit pas, mais à une coalition des droites pourries pro-étatsuniennes, qui n’ont pas digéré sa réélection en décembre 2014, et qui ont organisé un coup d’Etat institutionnel en décembre 2015, en instrumentalisant une petite manip’ comptable : financer de la dette par l’emprunt pour améliorer un budget, ce qui est fait tant et tant de fois au Brésil et dans tous les pays. Pas un sou dans la poche de Dilma.

    Ce n'était pas une affaire judiciaire, mais purement parlementaire, avec à la manœuvre deux canailles de grande envergure : Eduardo Cunha, président de l’Assemblée, qui a lancé la procédure, Dilma étant écartée du pouvoir le 12 mai, et Renan Calheiros, président du Sénat, qui a rendu la sentence, le 30 août, au profit de ce pantin de Michel Temer, un apparatchik inconnu et impopulaire, qui a récupéré la fonction de Dilma, sans avoir à être élu.

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    Cunha, Temer et Calheiros

     

    Et depuis, comment s’écrit la glorieuse histoire ?

    D’abord, et de toute urgence, ces droites libérées ont multiplié les efforts pour faire voter des lois qui brident l’action des juges, ces juges auxquels le Parti des Travailleurs avait donné toutes les garanties d’indépendance et de fonctionnement. Avec la même précipitation, elles ont organisé la dislocation de Petrobras, qui est le garant de l’énergie du Brésil.

    Il faut dire qu’il y avait péril en la demeure, et on comprend mieux l’empressement à dégager Dilma, parce que les mecs avaient besoin de sauver leur peau. Mais ils n'ont pas été assez rapides.

    Eduardo Cunha, corrompu jusqu’à l’os, était poursuivi par les juges. Il a dû démissionner le 7 juillet. Au mois d’octobre, il a été inculpé et incarcéré. En cause des comptes planqués en Suisse, blindés d’argent pourri.

    Second acteur de la destitution de Dilma, le président du Sénat, Renan Calheiros.

    Le sympathique Renan Calheiros est poursuivi dans onze enquêtes pour corruption et détournements de fonds publics, et le 4 décembre, il a fait l’objet d’un jugement de destitution par le Tribunal suprême fédéral, en raison de son inculpation pour détournements de fonds publics.

    - Tchao Renan ?

    Eh non ! Ça ne se passe pas comme ça dans ces lieux de pouvoirs gangrénés par la corruption. Hier, le bureau du Sénat a refusé d’exécuter la décision de justice, affirmant, en violant la loi, vouloir attendre le résultat d’un éventuel recours.  

    A part ça, il parait que la destitution de Dilma était l’effet d’un mouvement populaire…

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  • Dilma : Eduardo Cunha, son accusateur, démissionne de la présidence de l’Assemblée

    unclesam-worldwarii-poster-6201136-o.jpgLe coup d’Etat brésilien, qui n’a pas fini ses dramatiques effets, sombre déjà.

    Le Parti des Travailleurs, minoritaire à l’Assemblée, avait grâce à son action et ses leaders charismatiques Lula et Dilma, emporté la présidentielle fin 2014, pour la troisième fois de suite. La Gauche démocratique s’installant en Amérique ? Insupportable pour Oncle Sam.

    Problème pour Dilma et chance pour Oncle Sam : pour gouverner, il ne suffit pas d’être présidente, il faut une majorité parlementaire.

    D’où la nécessité de s’allier avec ce désespérant mais incontournable PMDB, parti religieux et centriste, une sorte de grosse omelette.

    D’où l’opportunité pour Oncle Sam : casser cette coalition (Au passage : faute certaine de Lula d’avoir laissé ce régime des coalitions parlementaires, qui tiennent le pouvoir, tu avais assez la cote pour modifier la loi électorale parlementaire).

    Oncle Sam est passé par la Droite, défaite par les élections, sans programme et sans leader, et l’a linkée à de grands groupes de presse, pour monter de grandes manifs de manipulés heureux… sur fond d’une économie en progrès mais fragile. Et Oncle Sam a excité les instances du PMDB : « Et si, maintenant que Dilma vous a conduit à la victoire, pourquoi ne pas devenir président à sa place ? » Le coup d’Oncle Sam, c’est l’opportunité de prendre la place sans passer par le vote des électeurs, en inventant une procédure de destitution : prendre le pouvoir contre la volonté du peuple, ça s’appelle un coup d’Etat.

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    1/ Oncle Sam, qui veut bloquer les poursuites contre Petrobras, pour récupérer la firme, et s’assurer une maîtrise durable sur le Brésil

    2/ Michel Temer, PMDB, 75 ans. Il était vice-président, et à ce poste parce que Dilma l’avait nommé, et elle l’avait nommé parce que ce boss de PMDB était un inconnu : 1% dans les sondages. 

    3/ Eduardo Cunha, PMDB, président de l’Assemblée nationale, mandaté pour conduire la manip’ de la destitution. Un rôle parfait, parce que cet évangéliste allumé représente tout ce qu’il y a de plus corrompu dans la société brésilienne. Fragile, donc docile. Début 2016, tout le monde savait qu’avait été découvert son compte secret en Suisse, avec 5 millions de dollars, venant de Petrobras. Ce pour un mec qui n’a jamais travaillé de sa vie. La justice allait donc bloquer ce corrompu ? Non, elle lui a fiché la paix, le temps qu’il joue son rôle : écarter Dilma.

    Le 17 avril, Dilma, à l’encontre de laquelle aucune charge judicaire n’a été notifiée, a été suspendue de sa fonction présidentielle par un vote de l’Assemblée, pour un « pédalage budgétaire », le financement transitoire par un prêt bancaire, qui n’a rien coûté au contribuable.

    Cunha ayant fait le job, il a alors été suspendu de ses fonctions de président de l’Assemblée le 5 mai, par une décision de justice, qui s’est soudain réveillée. Quel miracle… Lisons le Tribunal suprême fédéral (STF), onze juges à l’unanimité : « Il n'existe pas le moindre doute que le suspect ne présente pas les conditions personnelles minimales pour exercer en ce moment, dans leur plénitude, les fonctions de président de la chambre des députés ».

    Incapable d’être président de l’assemblée,... lui a conduit la chasse contre Dilma. Lamentable.

    attachment_41577206.jpgLe sort de Dilma est désormais entre les mains du Sénat, où elle est minoritaire à 70%. On attend un vote le 4 août, par une commission d’instruction très hostile au PT, puis un vote en formation plénière des 81 sénateurs, entre le 25 27 août. A ce jour, la majorité politique des deux tiers, soit 54 voix, est acquise, et Dilma sera destituée, laissant la place à la marionnette Temer. Oncle Sam apprécie.

    Dilma a fait connaître sa défense : « Le destin m'a toujours réservé de grands défis. Certains me paraissaient insurmontables, mais j'ai réussi à les vaincre. J'ai déjà subi la douleur indicible de la torture et ce qui me blesse le plus en ce moment, c'est l'injustice, c'est de réaliser que je suis victime d'une farce juridique et politique. Je n'ai commis aucun crime de responsabilité budgétaire. Jamais je n'ai détourné un seul centime public pour mon enrichissement personnel ou de tiers ».

    Hier, Cunha a démissionné de la présidence de l’Assemblée. Oncle Sam n’a plus besoin de lui, et on va trouver un mec cool, ou mieux une femme coole, pour le remplacer.

    Commentaire de Dilma : « La seule chose que je regrette, c'est qu'il soit parvenu à présider ce lamentable processus d'’impeachment’ comme si de rien n'était. »

    Dilma, je souhaite que le PT retrouve le pouvoir. Mais cette fois-ci, ajustez un peu vos analyses sur le fonctionnement de la justice. Ce n’est pas de la science pure. Oki ? Tu verras, ça vous fera gagner du temps.

  • « Coup d'État de velours » au Brésil : Réponse dimanche

    C’est ce dimanche que se tiendra le vote crucial dans la procédure d’impeachment qui vise à renverser Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue il y a eu an.

    La démocratie, c’est le respect des règles, et quand les tractations politiques conduisent à renverser ces règles, c’est un coup d’Etat. Le modèle basique du coup d’Etat, c’est l’armée qui s’empare des lieux du pouvoir et destitue par la violence le pouvoir légitime. Ça se voit encore, mais c’est un trop visible, alors les complotistes jouent plus malin. Comme l’égyptien Al Sissi qui en juillet 2013 a organisé en sous-main de grandes manifs, pour paralyser le pays et se dire obligé de répondre à l’appel du peuple.

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    C’est un scénario à l’égyptienne que tente la droite brésilienne. Il y a un an, la Droite a perdu les élections, et bien perdu, et les sondages d’aujourd’hui montre que, pour la suite, c’est Lula qui ressort en tête, avant la Droite, n’en déplaise aux énervés.    

    Il est clair que le Brésil est miné par deux maux : la crise économique et la corruption. Battue dans les urnes, la Droite a attisé le mécontentement – pas trop difficile – pour mettre la pression par de grandes manifs. Puis est venue l’idée d’une procédure d’impeachment contre Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue.

    L’impeachment, ce n’est pas une motion de censure à l’assemblée pour renverser le gouvernement… Non, c’est reprocher au chef de l’Etat une faute d’une gravité telle qu’il doit être déchu du pouvoir que lui a donné le peuple. D’une manière ou d’une autre, cette procédure existe dans tous les Etats,… et dans tous les Etats elle est réservée aux faits les plus graves, du registre de la trahison.

    Au Brésil on appelle cela « crime de responsabilité ». Quel est donc le crime commis par Dilma Rousseff ? On imagine une implication lourde dans le scandale Petrobras… Ca ne risque pas : il n’existe aucun acte de procédure, ni aucune preuve judiciaire mettant en cause Dilma dans l’affaire Petrobras. Aucune. Rien. Rien à part les caviardages d’autres corrompus de Droite, joyeusement montés en épingle par la presse.

    Le « crime » est d’avoir, lors du dernier exercice comptable, fait financer transitoirement des dépenses sociales par un prêt bancaire, remboursé depuis et sans dommage pour le Trésor public. C’est ça le « crime » ! Et c’est aussi cela le coup d’Etat : utiliser la procédure en dehors de son cadre constitutionnel, pour dédire le vote populaire de l’an dernier. La démocratie, c’est la force de l’expression populaire, et comment peut-on admettre qu’un an après une élection présidentielle, les parlementaires puissent organiser la destitution du président pour avoir financé pendant six mois des dépenses sociales par un prêt…

    Hier, une commission parlementaire, par une décision attendue, a officiellement ouvert la première phase de la destitution, avec comme grande étape un vote devant la chambre des députés du Brésil se prononcera dimanche à 14H00, soit 19H00 à Paris. Chaque député sera appelé par son nom et devra se lever pour aller annoncer son vote au micro.  Le résultat devrait être connu en fin de soirée.

    Pour que la procédure se poursuive, il faudra un vote de deux tiers des députés (342 sur 513). Si le chiffre n’est pas atteint, ce sera fini.

    Si le seuil est atteint, l’affaire ira au Sénat, qui devra approuver à la majorité simple la mise en accusation de la présidente. En cas de vote favorable, Dilma Rousseff sera alors écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours, en attendant un vote définitif du Sénat sur sa destitution, prononcée aux deux tiers des suffrages des sénateurs.

    Pronostic ? Il y a un courant ascendant pour la destitution, depuis que le grand parti centriste PMDB a annoncé rejoindre la Droite. Des convictions profondes : le parti espère pouvoir installer à la place de Rousseff son insipide leader, Michel Temer,… qui à ce jour est le vice-président de Rousseff. Un drôle de gus qui s’est enregistré sur son téléphone portable à essayer un discours d’investiture… et qui a fait fuiter ce document en l’adressant à des amis… «Je confesse qu'après, quand j'ai voulu envoyer l'enregistrement à un ami, c'est parti à un groupe et le message s'est diffusé». Commentaire de Rousseff : «Nous vivons des moments étranges de coup d'Etat, de farce et de trahison ».  

    Alors, l’ascendant est favorable, mais la chambre, c’est 25 partis, et les tractations sont intenses ces jours-ci. Et puis le réflexe légaliste – refuser cette procédure car le fait reproché n’est pas un crime – peut jouer pour quelques-uns.  

    Si elle prospère, la procédure de destitution « restera dans l'Histoire comme le coup d'Etat d'avril 2016 », a mis en garde dans la matinée l'avocat général du gouvernement, José Eduardo Cardozo. Et Lula en écho : « Je n'aurais jamais imaginé que ma génération verrait des putschistes en train d'essayer de renverser une présidente démocratiquement élue».

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  • Lula devient ministre de Rousseff

    51diA2qN5JL._SX301_BO1,204,203,200_.jpgOn en parlait depuis quelques jours,…et c’est fait : Lula a été nommé par ma petite chérie Dilma chef de la Maison civile, soit l'équivalent de premier ministre. Un bouleversement politique, qui est une carte de la dernière chance.

    Difficile de ne pas faire le lien avec l’implication de Lula dans le scandale de corruption de la compagnie d'hydrocarbures nationale Petrobras. Lula était en garde-à-vue la semaine dernière à propos des conditions d’acquisition d’un appartement de luxe, et étaient annoncées des réquisitions de mandat de dépôt… Nommé ministre, il ne dépend plus de l’enquête de droit commun, conduite par le juge Sergio Moro, mais de la Cour suprême… Et Lula se voit rappeler une de ses phrases restées célèbres : «Au Brésil quand un pauvre vole, il va en prison. Quand un riche vole, il devient ministre ! ».

    Alors, une mise à l’abri ?  Pas si simple : la Cour suprême est une juridiction très efficace, et surtout, l’affaire qui concerne Lula est de type familial : son épouse et son fils sont visés comme lui par l’enquête, et une incarcération de ses proches l’atteindrait tout aussi bien.

    Sauver Dilma ? Cette femme qui sait affronter l’adversité a écarté l’idée de démissionner malgré les difficultés du pays et sa cote de popularité cramoisie. Par ailleurs, la procédure de destitution n’est pas une menace immédiate. Les délais sont longs, et la procédure suppose des votes à majorité qualifiée, qui sont loin d’être acquis. En cas de destitution, la présidence reviendrait à Michel Temer, le patron du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), l’allié centriste, qui patauge lui aussi dans l’affaire Petrobras. De plus, Dilma n’est pas concernée juridiquement par l’affaire Petrobras. La demande de destitution est liée à la régularité d’écritures comptables : elle aurait financé des dettes sociales par des emprunts pour arranger les comptes. Oki. Mais bon….

    En réalité le problème est essentiellement politique et économique.

    Au plan politique, il n’y a à ce à jour pas d’alternative crédible à Droite, et le problème n’est donc pas là. Le danger est du côté de l’allié centriste. Dilma, piètre négociatrice politique, est en passe de perdre le soutien PMDB, l’indispensable allié du Parti des Travailleurs pour faire une majorité parlementaire. Sans majorité au Parlement, Dilma ne gouvernerait plus… Là, il y a urgence.

    Le retour de Lula, c’est d’abord la volonté de rétablir la coalition avec le PMDB. Donc, au menu, de la bonne soupe parlementaire… Ca ne sera ni lisible, ni joyeux, mais c’est la première étape : Lula doit parvenir à restaurer une majorité pour gouverner, ce qui dans le même temps, éloignera la procédure de destitution.

    Mais Lula avait également critiqué les choix économiques de Dilma, comme trop marqués par la logique de l’austérité, avec une récession pouvant atteindre une pente annuelle de 7%. Lula plaide pour une autre politique économique, avec un solide plan de relance, et s’il a accepté la nomination à ce poste difficile, c’est qu’il a obtenu une marge de manœuvre.

    C’est un pari qui se joue sur quelques mois, pour inverser le jeu politique et économique d'ici les Jeux olympiques. S’il réussit, il va asphyxier les groupes d’opposition, et banco ! Mais si ça ne marche pas, ce sera un échec, cuisant à titre personnel cuisant, et explosif pour le Parti des Travailleurs.

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