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discours de haine

  • Le tribunal du blog juge La Marseillaise

    La France est un Etat de droit, et elle doit donc éliminer tout ce qui est contraire aux droits de l’homme, cette action étant prioritaire quand il s’agit de l’Etat lui-même. Alors, notre hymne ? Le tribunal du blog s’est réuni en assemblée plénière pour ce cas difficile.  

    la-marseillaise.jpg

    Premier couplet

    Allons enfants de la Patrie
    Le jour de gloire est arrivé !
    Contre nous de la tyrannie
    L'étendard sanglant est levé
    Entendez-vous dans nos campagnes
    Mugir ces féroces soldats?
    Ils viennent jusque dans vos bras.
    Égorger vos fils, vos compagnes!

    Le tribunal. – Enfants de la Patrie, c’est très bien, mais le reste, c’est  non. Les étrangers qui viennent égorger en 1) les fils, en 2) les compagnes, ce qui signifie que La Marseillaise ne s’adresse qu’aux mecs… avec leur accessoire utile qu’est la compagne, car la femme est inexistante chez ces gens-là Quant aux filles, tant pis si elles se font égorger, elles comptent pour du beurre, le vaillant hymne les ignore. Autant appeler l’hymne « Le Marseillais ». Quand on sait le sort réservé aux femmes dans la société – inégalités salariales, marginalité dans les vrais postes de pouvoir, violences – le premier couplet est recalé.   

    Le refrain

    Aux armes citoyens
    Formez vos bataillons
    Marchons, marchons
    Qu'un sang impur
    Abreuve nos sillons

    Le tribunal. – Oh purée... Aux armes citoyens, je suis d’accord. La fonction de défense est inhérente à celle de République : tout citoyen doit prendre sa part à la défense du pays. Très bien, mais ça se gâte aussitôt. Les Conventions de Genève, qui sont de droit international coutumier, et donc opposables à tous les Etats, condamnent l’appel à « pas de quartier », et demandent que la riposte militaire soit, en toute hypothèse, proportionnée à ce qui est nécessaire pour repousser l’agresseur. Or, là, il faut éliminer. Le but n’est pas d'emporter la victoire, mais de faire couler le sang ennemi, et de le piétiner. Impossible, ça nous conduit direct à la Cour Pénale Internationale. Le refrain est recalé, c’est mal barré.

    Deuxième couplet

    Que veut cette horde d'esclaves
    De traîtres, de rois conjurés?
    Pour qui ces ignobles entraves
    Ces fers dès longtemps préparés?
    Français, pour nous, ah! quel outrage
    Quels transports il doit exciter?
    C'est nous qu'on ose méditer
    De rendre à l'antique esclavage!

    Le tribunal. – Oh purée, on est déjà dans le décor à la première ligne. La chanson prend pour référence « l’esclave », ce qui en 1792, date de l’écriture du texte par le Rouget de l’Isle est une réalité criminelle en droit français. La révolution de 1789 proclamait l’égalité humaine, mais la refusait pour les Noirs qui ne sont que des choses, sans existence juridique. Et cet être humain considéré comme une chose devient le moyen de qualifier l’ennemi… Une horreur juridique prise pour référence… Allez hop, le deuxième couplet passe aux équevilles.

    Troisième couplet

    Quoi ces cohortes étrangères!
    Feraient la loi dans nos foyers!
    Quoi! ces phalanges mercenaires
    Terrasseraient nos fils guerriers!
    Grand Dieu! par des mains enchaînées
    Nos fronts sous le joug se ploieraient
    De vils despotes deviendraient
    Les maîtres des destinées.

    Le tribunal. – Là, ça sent le retour chargé après l’apéro. C’est de l’incitation à la haine contre les étrangers, tombant sous le coup de l’article 24 alinéa 5 de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. La CEDH stigmatise comme limite à la liberté d’expression le « discours de haine ». Donc, c'est clair : le troisième couplet passe à la trappe. Et à titre amical, je vous déconseille vivement de la chanter, sinon vous êtes bon pour le tribunal sous l’angle de l’apologie.

    Quatrième couplet

    Tremblez, tyrans et vous perfides
    L'opprobre de tous les partis
    Tremblez! vos projets parricides
    Vont enfin recevoir leurs prix!
    Tout est soldat pour vous combattre
    S'ils tombent, nos jeunes héros
    La France en produit de nouveaux,
    Contre vous tout prêts à se battre.

    Le tribunal. – Lourdingue, mais correct en droit.

    Cinquième couplet

    Français, en guerriers magnanimes
    Portez ou retenez vos coups!
    Épargnez ces tristes victimes
    À regret s'armant contre nous
    Mais ces despotes sanguinaires
    Mais ces complices de Bouillé
    Tous ces tigres qui, sans pitié
    Déchirent le sein de leur mère!

    Le tribunal. – Correct, mais en apparence seulement. C’est de la méthode Hollande. Le petit baume au cœur  planqué en cinquième couplet, c’est une ruse, pour tenter d'émouvoir le juge, alors que tout le mal a été fait par les premiers couplets, et le terrifiant refrain. Donc, on ne pourrait le garder que si on élimine tout le reste. Le tribunal du blog prononce une condamnation avec sursis.

    Sixième couplet

    Nous entrerons dans la carrière
    Quand nos aînés n'y seront plus
    Nous y trouverons leur poussière
    Et la trace de leurs vertus
    Bien moins jaloux de leur survivre
    Que de partager leur cercueil
    Nous aurons le sublime orgueil
    De les venger ou de les suivre!

    Le tribunal. – Le tribunal commençait à espérer, mais voici une grave rechute par l’appel à la vengeance, qui est à l’opposé de l’esprit de la justice. C’est un vice rédhibitoire, et il faut donc rejeter le sixième couplet.

    Septième couplet  

    Amour sacré de la Patrie
    Conduis, soutiens nos bras vengeurs
    Liberté, Liberté chérie
    Combats avec tes défenseurs!
    Sous nos drapeaux, que la victoire
    Accoure à tes mâles accents
    Que tes ennemis expirants
    Voient ton triomphe et notre gloire!

    Le tribunal. – Bon, le sixième couple n’était pas une rechute, mais une philosophie profonde, comme le montre ce septième couplet écrit deux ans plus tard. Récidive dans l’appel à la vengeance, encouragé par des sentiments primaires tels que « l’amour sacré », nourri par la puanteur macho des « mâles accents », le désir de mort des « ennemis expirants »… Non, nous sommes aux antipodes du droit et de la civilisation. Recalé.

    Le verdict est donc net : le bel hymne viole les droits fondamentaux, et comme « force droit rester à la loi », le bel hymne est recalé. Ceci étant, de par sa nature, l’homme est amendable, et le tribunal du blog décide d'envoyer l’hymne en centre fermé, mais mixte, de rééducation. Et oui, le bel hymne, tu vas voir les filles…  Désolé si ça te fiche les jetons...

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    Mesures provisoires

    Dans l’attente, et vu la nécessité d’adopter des mesures provisoires, le tribunal remplace le rétréci Rouget par le grand et généreux Boris Vian, auteur de L’automne à Pékin, J’irai cracher sur vos tombes, et Elles se rendent pas compte (ce que constate tous les jours). Voici…

    Le déserteur

    Monsieur le Président je vous fais une lettre
    Que vous lirez peut-être
    Si vous avez le temps
    Je viens de recevoir
    Mes papiers militaires
    Pour partir à la guerre
    Avant mercredi soir
    Monsieur le Président
    je ne veux pas la faire
    je ne suis pas sur terre
    Pour tuer des pauvres gens
    C’est pas pour vous fâcher
    Il faut que je vous dise
    Ma décision est prise
    je m’en vais déserter

    Depuis que je suis né
    J’ai vu mourir mon père
    J’ai vu partir mes frères
    Et pleurer mes enfants
    Ma mère a tant souffert
    Qu’elle est dedans sa tombe
    Et se moque des bombes
    Et se moque des vers
    Quand j’étais prisonnier
    On m’a volé ma femme
    On m’a volé mon âme
    Et tout mon cher passé
    Demain de bon matin
    Je fermerai ma porte
    Au nez des années mortes
    J’irai sur les chemins

    Je mendierai ma vie
    Sur les routes de France
    De Bretagne en Provence
    Et je dirai aux gens
    Refusez d’obéir
    Refusez de la faire
    N’allez pas à la guerre
    Refusez de partir
    S’il faut donner son sang
    Allez donner le vôtre
    Vous êtes bon apôtre
    Monsieur le Président
    Si vous me poursuivez
    Prévenez vos gendarmes
    Que je n’aurai pas d’armes
    Et qu’ils pourront tirer.

     

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