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23/03/2013

Syrie : Importante interview d’Alain Chouet, ancien boss de la DGSE à Damas

« Livrer des armes aux forces d’opposition syriennes »… Cette déclaration de François Hollande m’avait sidéré tant elle bafoue les bases élémentaires du droit international. Nous avons très peu d’informations fiables sur la Syrie, et cela rend d’autant plus intéressantes les déclarations des connaisseurs, qui ne pas si nombreux. Aussi, je vous signale cette excellente interview d’Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets, très à jour sur le monde arabo-musulman, interview recueillie par Jean Guisnel, pour Le Point.

En résumé : le gouvernement a perdu la boussole…

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Sous ce post, vous avez le lien pour l’interview complète.

1/Totalement illégal

Hollande annonce ces livraisons d’armes avec une telle tranquillité qu’on peut en venir à penser que c’est légal, et que c’est juste un choix politique. Non, c’est totalement illégal. Aucun doute.

Le Point.fr : « Est-il opportun que la France livre des armes à l'opposition syrienne ? »

Alain Chouet : « Je suis confondu par cette affaire. On se trouverait complètement en dehors de la légalité internationale, dans une situation sans précédent. Pour prendre une comparaison, c'est comme si la France, en 1992, avait décidé unilatéralement d'armer le GIA (Groupe islamique armé) et le FIS (Front islamique du salut) algériens, sous prétexte qu'ils avaient gagné les élections et que les militaires avaient interrompu le processus électoral. Dans le cas de la Syrie, nous armerions des groupes non représentatifs et reconnus par personne, si ce n'est par nous ! L’ONU n'a pas reconnu l'opposition, et d'ailleurs, de quelle opposition parlons-nous ? Elle est totalement hétéroclite et divisée, les militaires ne reconnaissent pas l'autorité des politiques et, à l'intérieur de la composante militaire, les milices djihadistes ont pris le pas sur les autres. »

Pour Alain Chouet, parler d’armes « défensives » ou « non létales » n’a pas de sens, parce qu’il s’agit d’armes « offensives », et surtout il souligne « Et je ne sais pas à qui on va les donner... » Il explique que l’Armée syrienne libre (ASL) est composée d'officiers et d'hommes de troupe « qui ont déserté vers la Turquie », laissant la place aux groupes salafistes et aux djihadistes.

Et il insiste : « Je repose donc la question : quelles armes allons-nous donner et à qui ? »

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2/ Aucun mandat pour renverser Assad

Fabius avait appelé à l’élimination physique de Bachar el-Assad, et maintenant il veut le renverser. Alors ?

Alain Chouet : « Nous n'avons aucun mandat de l'ONU ou de qui que ce soit d'autre, ni de légitimité juridique pour renverser le président Assad quels que soient ses torts. Ce n'est pas aux Français ni aux Anglais de le faire, mais aux Syriens ».

Et il poursuit :

« Dès lors qu'un ministre des Affaires étrangères proclame qu'il va apporter une aide militaire à des étrangers désireux de renverser leur gouvernement, on entre dans une forme nouvelle et dangereuse de l'illégalité internationale ». 

J’attends l’argument contraire…

3/ Quel avenir pour la Syrie ? 

Jean Guisnel l’interroge sur son appréciation globale sur la situation. Je vous laisse apprécier.

Alain Chouet : « Depuis deux ans, la situation s'est gravement dégradée. On est dans un pays dévasté, ruiné, en proie à des affrontements ethniques et confessionnels, où rien ne sera plus jamais comme avant. On est entré dans une logique de guerre civile semblable à celle qui a ensanglanté le Liban pendant 15 ans. Mais je vous le dis nettement : ce n'est pas en armant des salafistes qu'on va arriver à une solution. D'une façon hypocrite, la France a appelé à une solution négociée en disqualifiant d'emblée une des parties sommée de ne pas se présenter à la table des discussions, en l'occurrence le pouvoir en place. Que reste-t-il alors à négocier ? Depuis le début de cette affaire, on se trouve dans le flou militaire, juridique, politique ou idéologique. J'ai le plus grand mal à m'y retrouver. On est dans une ambiguïté absolue en soutenant en Syrie ceux contre lesquels on lutte ailleurs ».

Là, on touche le fond. Au Mali, un djihadiste est un ennemi, qu’il faut éliminer. En Syrie, c’est un combattant de la liberté, qu’il faut armer. Il y a vraiment de quoi se poser des questions sur nos choix diplomatiques et militaires.

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25/02/2013

Arafat Jaradat : Un crime d’Etat

La mort du jeune Palestinien Arafat Jaradat est un crime d’Etat. La première main est celle des bourreaux, qui ont tué sous la torture ; la seconde, qui est la principale responsable, est celle des dirigeants politiques qui organisent cette gestion du sereine du crime.

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1/ Regardons les faits

La vie

Arafat Jaradat  était un Palestinien âgé de 30 ans, père de deux enfants : Yara,  4 ans, et Mohammed, 2 ans. Il vivait à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, territoire de Palestine occupée. Il était en bonne santé. C’était un militant du Fatah.

L’arrestation

Il a été arrêté par les services israéliens le 18 février, à la suite d’incidents du 18 novembre 2012, où des heurts avaient eu lieu près de la colonie de Kiryat Arba, à proximité d'Hébron. Un Israélien avait été blessé par des jets de pierre.

L’épouse d’Arafat, Dalal, a déclaré à l'agence Ma’an que l’officier du renseignement israélien avait ramené son mari un moment à son domicile, juste après son arrestation, et qu’il lui avait dit de dire adieu à ses enfants : « Pour cette raison, j’étais très inquiète. Mon mari a été arrêté plusieurs fois auparavant, mais cette fois, l’agent israélien du renseignement a parlé d’une façon étrange ».

Le transfert en Israël

Il a été emmené à la prison d’al-Jalama, dans le Nord de la Cisjordanie, avant d’être transféré à la prison Megido en Israël. Il était sous le contrôle du Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien.

La mort

Il est décédé dans cette prison samedi 23.

La preuve de la torture

Le corps d’Arafat Jaradat a été autopsié dimanche au Centre national médico-légal d'Israël. Selon le Shin Bet, le jeune homme a été « victime d'un malaise » samedi après le déjeuner. Le ministère israélien de la Santé a estimé que les premières constatations n'étaient « pas suffisantes » pour déterminer la cause de la mort.

Une autopsie a été pratiquée au retour du corps en Palestine. Issa Qaraqaë, le ministre palestinien des prisonniers, a divulgué des détails de l'expertise, mentionnant des blessures et des contusions sur le dos et à la poitrine, des traces de torture sur le haut de l'épaule gauche ainsi que deux côtes cassées. « Les résultats de l'autopsie prouvent qu'Israël l'a assassiné », a déclaré le ministre.

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2/ Que dit le droit ?

L’occupation et la résistance

La Cisjordanie est un territoire palestinien sous occupation militaire israélienne depuis 1967. La Palestine est un pays souverain, et l’occupation militaire légitime la résistance. C’était valable pour la France de Jean Moulin, c’est valable pour la Palestine et c’est valable pour toutes les occupations militaires.

La violation de la IV° Convention de Genève

Le droit est bien connu, car c’est celui défini par la 4° Convention de Genève de 1949. Sur tous les points en cause dans cette affaire, le texte reprend des règles existantes depuis le Règlement de la Haye de 1907, précisées par le Protocole additionnel de 1979, reposant sur maintes décisions de justice, et reprises dans le Statut de la CPI. Ces règles sont tellement sûres qu’elles sont considérées comme faisant partie de la coutume internationale, laquelle est opposable aux Etats n’ayant pas ratifié les traités.

Israël n’avait pas le droit de transférer Arafat Jaradat sur son territoire

La puissance militaire occupante ne peut arrêter, juger et emprisonner les ressortissants de la puissance occupée qu’à condition de rester sur le territoire occupé. C’est l’article 49 de la 4° Convention de Genève : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire de la Puissance occupante ou dans celui de tout autre Etat, occupé ou non, sont interdits, quel qu'en soit le motif ». Tout transfert de prisonnier est illicite  et constitue un crime de guerre (CPI, art. 8, 2, b, viii). Or, c’était le cas pour Arafat Jaradat, mais c’est le cas pour les 5000 prisonniers, ce qui rend toutes ces détentions irrévocablement illégales et désigne les dirigeants politiques comme principaux responsables.

Israël n’avait pas le droit de confier les interrogatoires  au Shin Bet

C’est le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure israélien, qui interrogeait Arafat Jaradat, et qui a annoncé son décès. Cela signifie que l’arrestation, la détention et l’accusation se joue sans le contrôle d’un juge. Or, même en temps d’occupation, la privation des règles du procès équitable est un crime de guerre. (CPI, art. 8, 1, a, vi). C’est une règle de jus cogens, indérogeable (CEDH Golder ; CIADH, Goiburú ; TPIY, Tadic).

Le Shin Bet n’a aucun droit de recourir à la torture

La torture comme cause de la mort est établie par l’autopsie pratiquée en Palestine, et elle est la seule cause possible. Il faut un cynisme infini pour évoquer un malaise après le déjeuner… La torture des prisonniers est interdite, comme tous les traitements inhumains, et aucun fait ne peut justifier le recours à la torture. C’est en toutes circonstances un crime (Art. 3 commun aux quatre conventions de Genève; CPI, art. 8, 1, a, ii ; TPIY, Furundzija, 1998 ; CEDH, Selmouni, 1999). La France peut juger les faits grâce à un régime de compétence universelle (CEDH, Ould Dah, 2009). En Israël, c’est une méthode d’enquête reconnue, ce qui engage la responsabilité des responsables politiques, dont le ministre de la défense, compétent pour les prisons israéliennes où sont détenus les Palestiniens.  

Les dirigeants israéliens n’avaient aucun droit de procéder à une autopsie

Les services israéliens n’ayant aucun droit pour transférer Arafat Jaradat chez eux, tout ce qu’ils ont pu faire, dont l’autopsie, est illicite. De même, ils ne pouvaient procéder d’autorité à l’autopsie sans demander l’avis de la famille, et sans processus judiciaire respectant les principes du droit. C’est une violation du cadavre (CPI, art. 8, 2, b, xxi).  

*   *   *

Arafat Jaradat sera inhumé ce lundi matin dans son village natal de Sa'ir, à côté d'Hébron.  

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19/11/2012

Nabil, un ami de Gaza, nous écrit

Nabil Abu Shammala est un ami, qui habite Gaza. Ce blog lui est ouvert pour qu'il puisse nous parler de ce qui se passe à Gaza. Vous pouvez poser toutes vos questions, via les commentaires, et il cherchera à répondre à toutes, et au plus tôt. Voici son premier texte, arrivé cet après midi. 

A nouveau Israël attaque la population de Gaza, et en 6 jours le bilan est lourd, avec des pertes touchant essentiellement la population civile. Beaucoup se demandent comment manifester sa solidarité.

Il faut bien comprendre que c'est une question de normes, de justice et d'égalité. Et pour répondre à cette question, je pense qu'on doit trouver des réponses aux questions suivantes : qui donne la légitimité à un pays criminel de jouir de l’occupation illégale d’un territoire ? qui donne la légitimité à Israël de bombarder tous les coins et recoins de Gaza ?  

Pour éclairer mon point de vue, je pose à mon tour des questions.

Pourquoi la prise pour cible de Tel-Aviv est une ligne rouge, alors que le bombardement de Gaza est une ligne verte ?

Pourquoi le bombardement des civils par Israël est une légitime défense, alors que l’attaque des civils de côté palestinien est une action terroriste ?

Pourquoi un missile israélien tiré d'un F-16 qui détruit une maison et anéantit ses habitants est légitime, alors que le tir d’une roquette palestinienne qui cause des pertes humaines chez les Israéliens est un acte terroriste?

Qui donne à Israël les batteries anti-missiles pour intercepter les roquettes palestiniennes, et qui intercepte les missiles de F-16 qui pleuvent abondamment sur les Palestiniens ?

Comment peut-on justifier le bombardement d'un bâtiment de 5 étages avec une violence telle qu’il est rasé ? Si par  miracle, ses habitants sont sortis avec des blessures, cela n’a malheureusement pas été le cas pour une autre maison, dont la famille qui a été décimée. Tous des civils, dans une maison en plein centre de Gaza, sans aucun avertissement : douze morts, parmi eux 6 enfants, le plus âgé avait juste 7 ans.

L'Europe impose ses normes. Mais par son soutien indéfectible aux agressions israéliennes, elle est la première perdante car elle perd sa crédibilité, et par conséquence son influence, dans tout le Moyen-Orient.

Aussi, pour répondre à la question de la solidarité,  je pense que la révélation des crimes de l'Etat d'Israël est cruciale. La résistance au peuple palestinien est entièrement légitime, et elle est vitale, car un peuple sous l'occupation qui  ne résiste pas serait un peuple humilié et laminé.

Nabil ABU SHAMMALA

Gaza

19/11/2012

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09/11/2012

Le droit de l’enfant à être entendu en justice

Dans le cadre du divorce de ses parents, l’enfant mineur capable de discernement doit être entendu par le juge dès lors qu’il en fait la demande, et son audition est de droit et à tout moment. Par un arrêt du 24 octobre 2012 (n° 11-18849, publié), la Cour de cassation remet les pendules à l’heure, et rappelle la place éminente des droits de l’enfant.

Le jugement (14 décembre 2009)affiche_3_droits_enfant.jpg

C’est l’histoire d’un mariage puis d’un divorce. Un mariage en août 1995, un enfant né en 2000 et une procédure de divorce engagée par la mère, avec une ordonnance de non-conciliation en mai 2006.

On comprend que le mari ne voulait pas divorcer et que l’épouse ne voulait invoquer les griefs. Elle a donc attendu le délai de deux ans de fin de la vie commune pour faire délivrer, en juin 2008, l’assignation en divorce pour altération définitive du lien conjugal, et décembre 2009, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse a prononcé le divorce.

Pour ce qui concerne l’enfant, le juge a rejeté la demande du père d'instauration d'une résidence alternée, pour préférer le classique : résidence de l'enfant chez sa mère, droit de visite et d'hébergement pour le père, et contribution du père pour l'entretien de l’enfant.

Pas content, le père fait appel.

L’arrêt de la Cour d’appel (21 mars 2011)409328464.jpg

L’affaire a été plaidée, le 5 janvier 2011, et le 6 janvier, le lendemain, l’enfant, âgée de 10 ans, a adressé une lettre au greffe de la Cour demandant à être entendue.

La demande a été rejetée par la Cour d'appel de Lyon (21 mars 2011, n° 10/01771).

La Cour a d’abord relevé que l’enfant avait déjà été entendue par le juge aux affaires familiales le 18 juin 2008 en présence de son avocat.

La Cour a ensuite estimé que si le mineur capable de discernement a le droit d'être entendu dans toute procédure le concernant lorsqu'il en fait la demande, ce texte ne lui confère cependant pas la possibilité d'exiger d'être entendu à tous les stades de la procédure, et donc notamment après l’audience de plaidoirie.

Aussi la cour a rejeté cette seconde audition de l’enfant, décidant par ailleurs de maintenir la résidence de l’enfant chez la mère avec un droit de visite pour le père.

Le père n’a pas lâché l’affaire, et il a formé un pourvoi en cassation, posant notamment la question du refus d’entendre l’enfant.

L’arrêt de la Cour de cassation (24 octobre 2012)logo20anscideweb.jpg

La Cour de cassation vise les deux textes qui régissent cette question.

D’abord, l’article 388-1 du code civil, issu de la loi 2007-308 du 5 mars 2007.

"Dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge ou, lorsque son intérêt le commande, par la personne désignée par le juge à cet effet.

"Cette audition est de droit lorsque le mineur en fait la demande. Lorsque le mineur refuse d'être entendu, le juge apprécie le bien-fondé de ce refus. Il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix. Si ce choix n'apparaît pas conforme à l'intérêt du mineur, le juge peut procéder à la désignation d'une autre personne.

"L'audition du mineur ne lui confère pas la qualité de partie à la procédure.

"Le juge s'assure que le mineur a été informé de son droit à être entendu et à être assisté par un avocat".

Oki. En comment faire ? L’article 338-2 du code de procédure civile vient simplifier la vie de l’enfant, en prévoyant la procédure la plus souple :  

"La demande d'audition est présentée sans forme au juge par le mineur lui-même ou par les parties. Elle peut l'être en tout état de la procédure et même pour la première fois en cause d'appel".

La cour d’appel a rejeté la demande d’audition, en estimant que l’article 388-1 ne lui confère pas la possibilité d'exiger d'être entendu à tous les stades de la procédure.

Erreur d’analyse répond la Cour de cassation. Après l’audience de plaidoirie, l’affaire est en délibéré, mais la procédure en cours. Aussi, la Cour d’appel devait entendre l’enfant qui en avait fait la demande.

En tranchant de cette manière aussi nette, alors qu'il y avait déjà eu audition de l'enfant, que l'on allait vers une confirmation et que l'affaire avait été plaidée, la Cour de cassation fait de l'audition de l'enfant un principe. 

Le droit est dit, alors, enfants, exprimez-vous ! 

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10/08/2012

Syrie : Sarko a tout faux, mais que faire ?

Sarko, le nouveau leader de l’opposition, aurait bien tort de ne pas brancher Hollande qui, du temps de la campagne – quand il parlait comme Mitterrand – annonçait qu’il fallait « chasser Assad » et que pour ce faire il allait convaincre la Chine et la Russie. Aujourd’hui, il achète des cartes postales à Bormes-les-Mimosas (L'opération a été réussie 5/5). Il y a trois semaines, Fabius, devenu un quasi-militant altermondialiste, appelait à la victoire de la rébellion et soutenait que l’urgence était de constituer un gouvernement de transition. Aujourd’hui, il envoie une équipe médicale pour les camps de réfugiés. Ca permettra de faire de belles images...

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Pour autant, en identifiant la Libye et la Syrie, le leader de l’opposition se plante totalement.

Au bon vieux temps de la Sarkozie...

Suite à une interview de BHL, le maréchal des allumés à retardement, depuis Benghazi Sarko avait annoncé qu’il allait envoyer l’aviation sur la Libye. On lui a vite expliqué que ce serait un désastre militaire et une agression contre un Etat souverain, engageant sa responsabilité, et il s’est ravisé.

Le Conseil de sécurité ne pouvait intervenir sur le fondement du risque pour la paix internationale (Chapitre 7 de la Charte de l’ONU) car l’affaire était interne à la Libye. On a utilisé, c’était une première, le régime dit de la responsabilité de protéger les populations civiles et a été adopté la résolution qui permettait une neutralisation de l’espace aérien (N° 1973 du 17 mars 2011). Devant le caractère limité de cette mesure, la Chine et la Russie se sont abstenues et la résolution a été adoptée.

Dans les 48 heures, le système de contrôle aérien libyen a été anéanti… non pas par les vaillantes forces françaises, bien incapables de le faire, mais par le tir de 200 tomawaks US depuis les navires installés en face de la côte libyenne  (Voyez caisse). Mais cela n’a pas suffi, et des mois de bombardements non plus, pour atteindre le but véritable qui était de départ de Kadhafi. Le trio – US, Grande-Bretagne et France – a donc organisé une opération terrestre pour renverser Kadhafi.

Tout le problème est que cette phase – victorieuse – de l’opération est illégale car contraire à la résolution 1973 et aux principes de bases de la charte de l’ONU, à savoir l’article 1.2 de la Charte : « L’Organisation est fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous ses Membres. » Egalité souveraine… Ce n’est pas moi qui le dit mais la Charte, et elle est signée par les Etats membres de l’ONU. Le trio a roulé dans la farine la Russie et la Chine, et aujourd’hui le peuple syrien paie l’addition.

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Alors, que peut faire l'ONU pour le peuple syrien ?

En droit, on peut envisager une résolution pour la Syrie fondée sur le devoir de protéger. Mais, outre le fait qu’elle serait très difficile à mettre en œuvre car la géographie et la puissance de l’armée syrienne n’ont rien à voir la Libye, une telle résolution serait bloquée par la Russie et la Chine qui ont particulièrement mal apprécié de se faire truander par le forçage de la résolution 1793. Sur le fond, ces puissances sont excédées par l’interventionnisme US qui sème la terreur dans le monde du Vietnam au Chili, de l’Irak à l’Afghanistan. Ce petit peuple de 300 millions de personnes s'est organisé, car c'est un vrai dictateur, pour dominer les six milliards d’habitants de la planète. Il s'est pour cela doté de 45 % des dépenses militaires dans le monde et décide, au nom de ses intérêts, des régimes à renverser. Eh bien la Russie et la Chine lui disent que c'est too much. L’affaire de Syrie est un tournant dans les relations internationales.

Le leader de l’opposition a un argument facile pour asticoter Hollande et les boss du PS… car ils avaient tous applaudi au renversement de Kadhafi obtenu par la violation du droit international. Deux poids deux mesures ? On y est.

Le peuple syrien vit dans la peur et aucun Syrien ne peut envisager son avenir sans la menace immédiate de la violence des armes. Je n’ai pas publié sur la Syrie et ne le referai pas de sitôt car il se trouve que je compte beaucoup d’amis, et de toutes les communautés, qui vivent en Syrie. La peur et l’incertitude sont leur quotidien et leur vie peut basculer en un instant pour des enjeux qui les dépassent. Beaucoup de routes sont interdites car trop dangereuses, et des frères et des sœurs ne savent pas s’ils pourront se revoir. L’activité économique est en survie. De nombreux syriens ont préféré fuir pour rejoindre des camps de réfugiés sur les frontières.

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Quelques remarques...

Je ne ferai donc que quelques remarques très générales et qui ne concernent pas la situation politique et militaire intérieure à la Syrie.

1/ Je suis d’abord scandalisé de découvrir que la France attend août 2012 pour envoyer une mission médicale auprès des réfugiés. C’est absolument scandaleux. Une honte.

2/ C’est un non-sens de faire de la Syrie LE grand échec de l’ONU. Bien sûr, un émissaire de l’ONU, ancien secrétaire général, a une grande influence et le renoncement de Kofi Annan est plus que regrettable. Mais n’oublions pas les bases : l’ONU a une compétence de principe sur les affaires internationales et elle n'a qu'une compétence d’exception, très limitée, sur les affaires intérieures. La Palestine, où Israël conquiert par la force armée des territoires, est un échec cinglant de l’ONU. L’attaque de l’Irak par les US, sans autorisation de l’ONU et par le mensonge d’Etat sur les armes de destruction massive, est un échec honteux de l’ONU. Les assassinats ciblés commis par les drones US en dehors de leur territoire national et contre la volonté des gouvernements montrent l’impuissance pathétique de l’ONU. Mais on ne peut avoir la même analyse lorsqu’il s’agit d’affaires internes à un Etat. Les conflits armés internes à un Etat sont reconnus en tant que tels par le droit international, mais aucun texte n’autorise une intervention libre de la communauté internationale au sein des Etats. Ce qui se passe est d’abord un échec pour Assad qui n’a pas été à la hauteur des évolutions de son pays et n’a rien vu venir. L’ONU s’est aventurée sur un terrain d’exception, la vie interne d’un Etat, et elle ne peut être jugée sur cet échec, aussi regrettable soit-il.

3/ Dans la région, les principaux alliés de la Syrie sont l’Irak, son voisin direct, et l’Iran, puissance économique, très impliqué dans les échanges internationaux. Kofi Annan a demandé que ces deux pays soient inclus dans le tour de table permettant de trouver une issue à la crise, c’est un fait. Cela lui a été refusé, c’est un autre fait.

4/ Hollande doit choisir : envisage-t-il une opération comme en Libye, c’est-à-dire l’envoi de troupes au sol pour renverser le régime et en dehors d’un mandat de l’ONU ? Visiblement, il renonce pour la Syrie à ce qu’il avait applaudi en Libye. Pourquoi pas, mais qu’il le dise ! Qu’il dise enfin quelle est sa politique sur la Syrie ! Qu’il dise enfin à partir de quels critères la volonté d’un gouvernement de rétablir l’ordre intérieur n’est plus admissible ! Mais qu’il parle, enfin, et clairement. Qu’il dise quelle est la politique de la France. C’est une urgence.

5/ A supposer qu’elle le décide, la France dispose-t-elle des moyens militaires pour conduire une opération gagnante en Syrie, c’est-à-dire vaincre l’armée syrienne ?  

6/ A supposer qu’elle le décide, l’OTAN dispose-t-elle des moyens militaires pour conduire une opération gagnante en Syrie, c’est-à-dire vaincre l’armée syrienne ?

7/ Dans les camps de réfugiés syriens, nombre de personnes exténuées par cette précarité demandent à venir en Europe. La France est-elle prête à accueillir des réfugiés syriens, et combien ? Je sais que la réponse est zéro et c'est pourquoi je me permets de traiter ces phraseurs de parfaits hypocrites. Ils m'écoeurent.

Toutes mes pensées pour les Syriennes et les Syriens. Gardons l'espoir.

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