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droits des détenus

  • "Je vous écris depuis la prison"

    « Je vous écris depuis la prison ». C’est ce que voulait faire un prisonnier américain, Victor L. Martin, mais l’administration pénitentiaire s’est opposée à la publication de son roman. Pas de liberté d’expression pour les détenus ?

     

    Victor L. Martin, âgé de 32 ans, est détenu depuis 9 ans à la prison d’Etat à Elisabeth City en Caroline du Nord. Il purge une peine de 23 ans pour une série de vols à main armée et divers faits de gangstérisme. Un bandit, oui, mais un bandit écrivain. Victor L. Martin s’est toujours essayé à l’écriture, et depuis sa prison, il a publié quatre recueils de nouvelles aux éditions Triple Crown Publications, entre 2004 et 2008. L’auteur parle de ce qu’il connaît bien : le milieu, les truands, la vie urbaine et ses trafics. Ces quatre ouvrages peuvent être achetés via  Amazon.com.

     

    Tout allait bien… jusqu’à ce que l’administration pénitentiaire découvre ces publications, et le tout dernier texte, qui est un roman. Et décide d’interdire notre écrivain de publication. Les autres livres étaient passés bien innocemment à travers les mailles du filet. Il n’en sera pas de même pour celui-ci. « Voici une personne qui tente de faire quelque chose de bien de sa vie après sa sortie de prison. Victor L. Martin souhaite sortir de prison et offrir quelque chose à la société, pour ne pas retourner dans le milieu criminel. Et l'écriture est son horizon », explique son éditeur, Marcenia Waters, qui a décidé de saisir la justice. Nous sommes aux Etats-Unis et la liberté d’expression, garantie par le premier amendement de la Constitution, n’est pas rien. C’est dire que l’affaire va prendre une autre tournure.

     

    Ce n’est pas le contenu du roman qui est en cause. A bien lire ce que dit l’administration pénitentiaire, ce n’est pas non plus le fait pour un détenu d’écrire qui est l’angle d’attaque. Ce qui est mis en avant, c’est une disposition légale qui interdit de mener une activité commerciale depuis la prison. Ainsi, qu’il s’agisse de gérer une entreprise ou de publier un livre, peu importe : l’activité procure du chiffre d’affaires et des revenus. On sent derrière la règle un moralisme profond : impossible d’avoir une activité créant un profit quand on purge une peine criminelle.

     

    Dire que le prisonnier peut écrire mais ne pas publier est contraire à la liberté d’expression. Toute liberté d’opinion ou de pensée suppose une extériorisation, car si la sanction tombe dès qu’il y a publication de l’opinion, il n’y a plus de liberté. Seule l’utilité sociale, qui fonde le droit pénal, pourrait permettre de limiter la liberté d’expression. Mais tel n’est pas le cas avec le roman de Victor L. Martin. L’ouvrage ne remet pas en cause l’autorité de la chose jugée, ne constitue pas l’apologie de crimes, n’est pas une insulte aux victimes et n’est pas cause de troubles à l’ordre public. La Cour Suprême aux Etats-Unis a reconnu que le fait d’être détenu ne devait pas remettre en cause l’exercice des libertés fondamentales. Il reste à vérifier que la règle est effective. Et tant pis, ou tant mieux, pour le profit.

     

    Le droit français, avec l’article D 444-1 du Code de procédure pénale, offre à peine plus de garanties. La sortie des écrits faits par un détenu en vue de leur publication doit être autorisée par le directeur interrégional des services pénitentiaires. Ce droit n’est pas arbitraire, car l’administration devrait motiver une éventuelle décision de refus, notamment s’il s’agissait de sanctionner l’apologie de crimes. Mais ce décret, qui a été modifié récemment, le 15 mars 2007, ajoute que « tout manuscrit rédigé en détention peut au surplus être retenu pour des raisons d’ordre, pour n’être restitué à son auteur qu’au moment de sa libération ». Raisons d’ordre ? C’est dire tout et rien, entre zéro et l’infini.

     

    Il faut donc attendre ces décisions de justice pour remettre un peu d’ordre dans les prisons et faire respecter les libertés fondamentales. Il suffit de penser à toute la magnifique littérature qui nous est venue de prison pour attendre une condamnation ferme des abus de l’administration. Toute sanction pénale n’est pas strictement nécessaire est illégale.

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