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droits fondamentaux

  • Il n'y a jamais eu autant de morts en Méditerranée, soit 880 la semaine dernière, mais il n’y a eu de photos, alors personne n’a pleurniché

    Pour les cinq premiers mois de 2016, on déplore la perte de 2510 vies humaines lors des traversées de la Méditerranée. Pour la même période, le chiffre était de 1855 en 2015 et de 57 en 2014. La probabilité de décès lors d’une traversée s’élève actuellement à une personne sur 81.

    Cette année, 204 000 personnes ont déjà effectué la traversée. Près des trois quarts sont partis depuis la Turquie vers la Grèce, et 47 000 ont effectué la traversée vers l’Italie. C’est l’itinéraire depuis l’Afrique du Nord vers l’Italie qui est le plus dangereux : 2119 décès ont déjà été signalés, avec une probabilité de décès à une personne sur 23.

    La majorité des bateaux au départ de la Libye sont actuellement signalés comme partant de la zone de Sabratah, à l’ouest de Tripoli. Souvent, ils comptent 600 passagers ou plus, et sont remorquées par de gros bateaux de pêche. Selon le HCR, qui constate une hausse des arrivées d’enfants non accompagnés, des femmes sont soumises à l’esclavage sexuel en Libye.

    Cette année, les principales nationalités sur la route depuis la Libye vers l’Italie sont des Nigérians et des Gambiens. On compte neuf pour cent de Somaliens et huit pour cent d’Erythréens.

    Face à ces drames humains, l’Europe renonce à son devoir juridique d'accueil, pour une politique raciste et ségrégationniste. Elle cherche à se faire peur en mettant en avant le si utile vote populiste - voir le délire à propos de l’Autriche - pour justifier qu'elle doit renoncer à son devoir d’accueil des personnes les plus vulnérables.

    L’idée du moment est de doper l’agence Frontex pour créer un corps européen de garde-côtes et de garde-frontières, qui agira de manière autonome, sans attendre la demande des Etats - et là, les souverainistes sont soudain muets - et gérera le retour au pays, sans examen sérieux des situations et sans recours au juge. On part de "Médecins sans frontière" et on arrive à "Garde-côtes sans frontière"... Quel bilan triste à pleurer...

    Donc trois violations graves des droits fondamentaux par cette Europe de l’égoïsme et des indignations sélectives :

    - violation du devoir de protéger la vie et la dignité des personnes ;

    - violation de la souveraineté des Etats par des gardes-frontières autonomes ;

    - violation des droits de réfugiés quant à l’examen individuel de situation, le recours à un juge et l’interdiction du retour dans un pay où la vie est menacée.

    Tout ceci par des tripotées de cornichons, qui nous expliquent devoir faire cela car l’Europe est menacée par les pauvres, et que le respect des droits fondamentaux, c'est un peu daté, et  ça fait le jeu des droites populistes…

    On est bas, bien bas, et on creuse… Allez-y... Faites en des tonnes morales à diaboliser le programme de Trump, pendant que vous réalisez sa politique vis-à-vis des refugiés.

    Ecœuré…

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  • Les traitements inhumains et dégradants dans la jurisprudence de la CEDH

    Comme suite de la publication de l’arrêt Bouyid (28 septembre 2015, n° 23380/09) voici la jurisprudence de référence de la CEDH sur la notion de traitement inhumain et dégradant, au sens de l’article 3 : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

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    Un droit lié au respect de la dignité

    L’article 3 de la Convention consacre l’une des valeurs fondamentales des sociétés démocratique. En effet, l’interdiction de la torture et des peines et traitements inhumains ou dégradants est une valeur de civilisation étroitement liée au respect de la dignité humaine (Selmouni c. France [GC], no 25803/94, § 95 ; Labita c. Italie [GC], no 26772/95, § 119 ; Gäfgen c. Allemagne [GC], no22978/05, § 87 ; El-Masri c. l’ex-République yougoslave de Macédoine [GC], no 39630/09, § 195 ; Mocanu c. Roumanie [GC], nos 10865/09, 45886/07 et 32431/08, § 315)

    Aucune restriction, même pendant les temps troublés

    L’article 3 ne prévoit pas de restrictions, en quoi il contraste avec la majorité des clauses normatives de la Convention, et d’après l’article 15 § 2, il ne souffre nulle dérogation, même en cas de danger public menaçant la vie de la nation. Même dans les circonstances les plus difficiles, telle la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, la Convention prohibe en termes absolus la torture et les peines et traitements inhumains ou dégradants, quel que soit le comportement de la personne concernée (Chahal c. Royaume-Uni, 15 novembre 1996, § 79 ; Labita, Gäfgen et El-Masri ; Géorgie c. Russie (I) [GC], no 13255/07, § 192 ; Svinarenko et Slyadnev c. Russie [GC], nos 32541/08 et 43441/08, § 113).

    La preuve au-delà du doute raisonnable

    Les allégations de mauvais traitements contraires à l’article 3 doivent être étayées par des éléments de preuve appropriés. Pour l’établissement des faits allégués, la Cour se sert du critère de la preuve « au-delà de tout doute raisonnable », une telle preuve pouvant néanmoins résulter d’un faisceau d’indices, ou de présomptions non réfutées, suffisamment graves, précis et concordants (Irlande c. Royaume-Uni, 18 janvier 1978, § 161 in fine ; Labita, précité, § 121 ;Jalloh c. Allemagne [GC], no 54810/00, § 6 ; Ramirez Sanchez c. France [GC], no 59450/00, § 117 ; Gäfgen, précité, § 92).

    Présomption de fait lors des garde-à-vue ou autre privations de liberté

    Lorsque les événements en cause, dans leur totalité ou pour une large part, sont connus exclusivement des autorités, comme dans le cas des personnes soumises à leur contrôle en garde à vue, toute blessure survenue pendant cette période donne lieu à de fortes présomptions de fait. La charge de la preuve pèse alors sur le Gouvernement : il lui incombe de fournir une explication satisfaisante et convaincante en produisant des preuves établissant des faits qui font peser un doute sur le récit de la victime (Salman, précité, § 100 ; Rivas c. France, no 59584/00, § 38, 1er avril 2004 ;Turan Çakır c. Belgique, no 44256/06, § 54, 10 mars 2009 ; Mete et autres c. Turquie, no 294/08, § 112, 4 octobre 2012 ; Gäfgen, précité, § 92 ; El-Masri, précité, § 152). En l’absence d’une telle explication, la Cour est en droit de tirer des conclusions pouvant être défavorables au Gouvernement (El-Masri, précité, § 152). Cela est justifié par le fait que les personnes placées en garde à vue sont en situation de vulnérabilité et que les autorités ont le devoir de les protéger (Salman, précité, § 99).

    Contrôle « particulièrement attentif » du juge européen

    La Cour a également indiqué dans l’arrêt El-Masri précité (§ 155) que, si elle reconnaît qu’elle ne peut sans de bonnes raisons assumer le rôle de juge du fait de première instance lorsque cela n’est pas rendu inévitable par les circonstances de l’affaire dont elle se trouve saisie (McKerr c. Royaume‑Uni (déc.), no 28883/95, 4 avril 2000), elle doit se livrer à un « examen particulièrement attentif » lorsque des allégations sont formulées sur le terrain de l’article 3 de la Convention quand bien même certaines procédures et investigations auraient déjà été menées au plan interne (Ribitsch c. Autriche, 4 décembre 1995, § 32, série A no 336, et Georgiy Bykov c. Russie, no 24271/03, § 51, 14 octobre 2010), (Cobzaru c. Roumanie, no 48254/99, § 65, 26 juillet 2007). En d’autres termes, la Cour est disposée, dans un tel contexte, à examiner d’une manière approfondie les conclusions des juridictions nationales. Pour ce faire, elle peut prendre en compte la qualité de la procédure interne et toute déficience propre à vicier le processus décisionnel (Denissenko et Bogdantchikov c. Russie, no 3811/02, § 83, 12 février 2009).

    Seuil de gravité

    Pour tomber sous le coup de l’article 3, un mauvais traitement doit atteindre un minimum de gravité. L’appréciation de ce minimum dépend de l’ensemble des données de la cause, notamment de la durée du traitement et de ses effets physiques ou mentaux, ainsi que, parfois, du sexe, de l’âge, de l’état de santé de la victime, etc. (Irlande c. Royaume-Uni, précité, § 162 ; Jalloh, précité, § 67, Gäfgen, précité, § 88 ; El-Masri, précité, § 196 ; Svinarenko et Slyadnev, précité, § 114). Parmi les autres facteurs à considérer figurent le but dans lequel le traitement a été infligé ainsi que l’intention ou la motivation qui l’ont inspiré (Aksoy c. Turquie, 18 décembre 1996, § 64 ; Egmez c. Chypre, no 30873/96, § 78 ; Krastanov c. Bulgarie, no50222/99, § 53, 30 septembre 2004 ; Gäfgen, précité, § 88 ; El-Masri, précité, § 196), étant entendu que la circonstance qu’un traitement n’avait pas pour but d’humilier ou de rabaisser la victime n’exclut pas de façon définitive un constat de violation de l’article 3 (V. c. Royaume-Uni [GC], no 24888/94, § 71 ; Svinarenko et Slyadnev, précité, § 114). Doit également être pris en compte le contexte dans lequel le traitement a été infligé, telle une atmosphère de vive tension et à forte charge émotionnelle (Selmouni, précité, § 104 ; Egmez, précité, § 78 ; Gäfgen, précité, § 88).

    Traitement dégradant

    Un mauvais traitement qui atteint un tel seuil minimum de gravité implique en général des lésions corporelles ou de vives souffrances physiques ou mentales. Toutefois, même en l’absence de sévices de ce type, dès lors que le traitement humilie ou avilit un individu, témoignant d’un manque de respect pour sa dignité humaine ou la diminuant, ou qu’il suscite chez l’intéressé des sentiments de peur, d’angoisse ou d’infériorité propres à briser sa résistance morale et physique, il peut être qualifié de dégradant et tomber ainsi également sous le coup de l’interdiction énoncée à l’article 3 (CEDH, Vasyukov Russie, no 2974/05, § 59, 5 avril 2011 ; Svinarenko et Slyadnev, précité, § 114 ; Géorgie c. Russie (I), § 192). Il faut en outre préciser qu’il peut suffire que la victime soit humiliée à ses propres yeux, même si elle ne l’est pas à ceux d’autrui (Tyrer c. Royaume-Uni, 25 avril 1978, § 32 ; M.S.S. c. Belgique et Grèce [GC], no 30696/09, § 220).

    Référence à la dignité

    Le terme « dignité » figure dans de nombreux textes et instruments internationaux et régionaux. Si la Convention ne mentionne pas cette notion – qui apparaît néanmoins dans le préambule du Protocole no 13 à la Convention relatif à l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances –, la Cour a souligné que le respect de la dignité humaine se trouve au cœur même de la Convention (Svinarenko et Slyadnev précité, § 118) et qu’avec la liberté de l’homme, elle en est l’essence même (C.R. c. Royaume-Uni, 22 novembre 1995, § 42, série A no 335‑C, et S.W. c. Royaume-Uni, 22 novembre 1995, § 44, série A no 335‑B ; Pretty c. Royaume-Uni, no 2346/02, § 65, CEDH 2002‑III).

    Force non strictement nécessaire

    Au regard des faits de la cause, la Cour estime particulièrement important de souligner que lorsqu’un individu est privé de sa liberté ou, plus généralement, se trouve confronté à des agents des forces de l’ordre, l’utilisation à son égard de la force physique alors qu’elle n’est pas rendue strictement nécessaire par son comportement porte atteinte à la dignité humaine et constitue, en principe, une violation du droit garanti par l’article 3 (Ribitsch, précité, § 38 ; Mete et autres, précité, § 106 ; El-Masri, précité, § 207).

    Liens entre peines et traitements dégradants

    Par ailleurs, il existe un lien particulièrement fort entre les notions de peines ou traitements « dégradants », au sens de l’article 3 de la Convention, et de respect de la « dignité ». Dès 1973, la Commission européenne des droits de l’homme a souligné que, dans le contexte de l’article 3 de la Convention, l’expression « traitements dégradants » montrait que cette disposition visait en général à empêcher les atteintes particulièrement graves à la dignité humaine (Commission européenne des droits de l’homme, Asiatiques d’Afrique orientale c. Royaume-Uni, nos 4403/70, 4404/70, 4405/70, 4406/70, 4407/70, 4408/70, 4409/70, 4410/70, 4411/70, 4412/70, 4413/70, 4414/70,4415/70, 4416/70, 4417/70, 4418/70, 4419/70, 4422/70, 4423/70, 4434/70, 4443/70, 4476/70, 4477/70, 4478/70, 4486/70, 4501/70,4526/70, 4527/70, 4528/70, 4529/70 et 4530/70, rapport du 14 décembre 1973, Décisions et Rapports 78-B, § 192).

    Quant à la Cour, c’est dans l’arrêt Tyrer précité, relative non à un « traitement » dégradant mais à une peine « dégradante », qu’elle s’est pour la première fois expressément référée à cette notion. Pour conclure que la peine dont il était question était dégradante au sens de l’article 3 de la Convention, la Cour a notamment tenu compte du fait que, « quoique le requérant n’[av]ait pas subi de lésions physiques graves ou durables, son châtiment, consistant à le traiter en objet aux mains de la puissance publique, avait porté atteinte à ce dont la protection figure précisément parmi les buts principaux de l’article 3 : la dignité et l’intégrité physique de la personne » (§ 33). De nombreux arrêts postérieurs mettent en exergue le lien étroit entre les notions de « traitements dégradants » et de respect de la « dignité » (Kudła c. Pologne [GC], no 30210/96, § 94, CEDH 2000‑XI, Valašinas c. Lituanie, no 44558/98, § 102, CEDH 2001‑VIII, Yankov c. Bulgarie, no 39084/97, § 114, CEDH 2003‑XII (extraits), et Svinarenko et Slyadnev, précitée, § 138).

     

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  • Réfugiés : Les politiques nous font honte, il reste les hommes d’Eglise

    Maurice_Joyeux_sj (1).jpgL’Europe des droits de l’homme… et la Gauche radicale et morale qui gouverne la Grèce... Et si on parlait des faits ? Voici un excellent témoignage recueilli par Le Point du père Maurice Joyeux, responsable du Service jésuite des réfugiés (JRS) en Grèce, à propos des méthodes du gouvernement grec sur l'île de Lesbos. Un homme de grande expérience.

     

    Les politiques nous font honte, et heureusement, il reste les hommes d’Eglise : ça vous plait ou ça ne vous plait pas, c’est le même prix !

     

    *   *   *

    Le Point : Qu'avez-vous vu sur l'île de Lesbos ?

    Père Maurice Joyeux : J'ai vu le début d'un couloir que je qualifie d'inhumanitaire. Pendant quatre nuits, j'ai assisté au départ par ferry vers le Pirée des migrants. On dit qu'ils sont 2 000 chaque soir à grimper sur ces bateaux, c'est faux ! J'ai l'habitude de ces foules, et j'ai dénombré chaque soir au moins 4 000 personnes. Et chacun d'entre eux doit débourser 60 euros pour la traversée, alors que le prix normal est de 47 euros. On se fait de l'argent sur le dos des migrants ! C'est un scandale. Pour arriver jusqu'à l'île de Lesbos, ces hommes, ces femmes, ces enfants ont pris un bateau en plastique à partir de la Turquie, en déboursant 1 400 euros chacun. À l'arrivée, on voit des tonnes, des champs entiers de « life jackets » (gilets de sauvetage) abandonnés ; ils sont collectés puis ramenés à leur point de départ en Turquie pour être revendus aux candidats suivants à l'exil. Un vrai business s'est mis en place. Beaucoup d'argent est en jeu.

    Comment sont traités ces populations sur place ?

    On a installé deux centres d'accueil d'urgence sur l'île de Lesbos, près du port de Mytilène. Dans l'un sont concentrés essentiellement des Afghans. Il s'agit en fait d'un camp de rétention tenu par un énorme système policier. Médecins du monde est à l'intérieur et essaie de faire ce qu'il peut. Mais autour, la situation est terrible. Aucune assistance humanitaire n'a été mise en place alors que certains jours se pressent jusqu'à 1 500 personnes. J'y étais mardi, et je n'ai pas arrêté de rencontrer des réfugiés qui me demandaient à boire, à manger… L'hygiène est déplorable, le stress est immense.

    Et dans l'autre centre d'accueil, c'est la même chose ?

    La situation est très difficile aussi, mais elle est atténuée par la population accueillie. Dans ce centre se trouvent essentiellement des Syriens. Et ceux-ci appartiennent davantage à la classe moyenne, il y a beaucoup d'étudiants, des médecins, des ingénieurs… Ils ont davantage de moyens financiers, ils sont plus organisés, ils se serrent les coudes, la solidarité familiale joue beaucoup.

    Vous qui, pourtant, avez l'habitude de ces tragédies êtes très en colère. Pourquoi ?

    Tous ces individus n'ont qu'un rêve : monter vers le nord de l'Europe. Dès qu'ils arrivent à Athènes, des passeurs les prennent en charge pour les faire transiter vers la Macédoine. En cheville avec des entreprises de transport, ces passeurs les conduisent vers des impasses ! On en arrive à vouloir que ces réfugiés n'aillent pas trop vite, qu'ils prennent leur temps pour obtenir un droit d'asile en Grèce. Nous n'avons pas le droit de laisser ces gens errer ainsi et les abandonner entre les mains de passeurs. Voir ces milliers d'individus, dont la plupart sont de grande valeur, alignés comme des animaux, c'est un spectacle indigne ! Il faut plus de traducteurs, dès qu'ils sont présents, on peut faire passer des messages, cela va beaucoup mieux…

    Pourquoi n'ouvre-t-on pas un couloir humanitaire protégé par une force européenne vers les pays qui veulent bien les accueillir ? Je suis en colère. Quand j'étais dans les camps au Tchad-Soudan, par exemple, la protection d'une force internationale permettait d'avoir une présence humanitaire forte et durable. Nous n'avons pas le droit de laisser ces personnes supporter seules cet exode. Ils n'ont rien dans les mains. Pour pendre place à bord des bateaux en plastique, on leur demande de lâcher leur sac.

  • Les pensionnats indiens du Canada

    - Quoi, tu ne connais pas l’histoire des pensionnats indiens du Canada ?

    - Ben,… euh,…non…

    J’ignorais tout de ces pensionnats, avant de tomber un peu par hasard sur ces faits, à l’occasion de recherches sur les droits des peuples autochtones. L’occasion d’appeler mon vieux copain Austin, qui m’a collé la plus amicale des soufflantes…

    - Comment peux-tu ne pas connaitre cette histoire, ce crime de déculturation des Indiens… 150 000 enfants séparés de leurs parents et reclus dans ces pensionnats disséminés dans le pays. Des conditions de vies très dures, et près de 6 000 morts… Un crime d’Etat qui a duré jusqu’en 1990.  

    Au Canada, cette affaire est traitée par la Commission vérité et réconciliation, chargée globalement de la question du génocide des Premières nations, dont le site est ici. Austin me signale aussi ce site dépendant directement du gouvernement, spécifiquement sur la question des pensionnats. On y trouve beaucoup de références.

    Voici quelques documents et sites :

    - la liste des pensionnats

    - Nous étions si loin

    - Les enfants devenus

    - L’Ecole Saint-Joseph du Dakota

    - L’ONG Makivik

    - Manitoba Trauma Information

    - le blog Monde Autochtone

    - Le bâton de parole

    Comme synthèse pour découvrir ce sujet, voici un extrait d’un long et documenté article de Jules Dufour, un grand connaisseur canadien, publié sur Mondialisation.ca le 7 juin 2015, qui fait suite à la publication d’un rapport de la Commission sur ces pensionnats.

    Merci Austin, mais c’est effarant…

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    Voici l’extrait du texte de Jules Dufour

    La Commission vérité et réconciliation du Canada

    Selon les termes même de la commission, « jusqu’aux années 1990, le gouvernement canadien, avec le concours d’un certain nombre d’églises chrétiennes, a exploité un système de pensionnats pour les enfants autochtones. Ces écoles et pensionnats financés par l’État et généralement dirigés par une église ont été créés pour assimiler de force les Autochtones dans le courant dominant du Canada en éliminant la participation des parents et de la collectivité au développement intellectuel, culturel et spirituel des enfants autochtones.

    En règle générale, il était interdit à ces enfants de parler leur langue maternelle ou de se livrer à leurs pratiques culturelles et spirituelles. Des générations d’enfants ont été traumatisées par l’expérience. L’absence de participation parentale et familiale à l’éducation des enfants a également empêché ces derniers d’acquérir des compétences sur l’art d’être parent. On évalue à 80 000 le nombre d’anciens élèves qui sont encore vivants aujourd’hui. Puisque les pensionnats indiens ont fonctionné pendant plus d’un siècle, les répercussions qui en découlent se sont transmises des grands-parents aux parents puis aux enfants. Ces séquelles qui se sont transmises de génération en génération ont contribué à des problèmes sociaux, à une mauvaise santé et à de faibles taux de réussite scolaire dans les communautés autochtones d’aujourd’hui ».

    C’est dans ces conditions que plus de 150 000 enfants des Premières Nations, Inuits et Métis ont été placés dans ces pensionnats indiens » (trcnationalevents.ca)

    Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/04/26/002-pensionnats-autochtones-morts.shtml

     

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    De 2009 à 2011, la Commission de vérité et de réconciliation a participé à plus de 400 activités de sensibilisation et de collecte de déclarations. Durant son mandat, la Commission a fait la collecte de documents, a mené des travaux de recherche, préparé des rapports, organisé des actes commémoratifs et participé à des événements nationaux et à des activités communautaires. Avant la fin de juin 2011 la Commission avait recueilli 1157 témoignages individuels alors que 649 autres ont été donnés dans des cercles d’échange ou lors d’audiences publiques (trcnationalevents.ca).

    Les conclusions du rapport de la Commission

    Le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation juge que l’établissement des pensionnats autochtones au Canada a donné lieu à un « génocide culturel ». La commission estime que plus de 6000 enfants y auraient laissé leur vie. Les auteurs ont aussi rédigé 94 recommandations, allant de la réaffirmation de la relation entre la Couronne et les Premières Nations à la mise en place de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (ici.radio-canada.ca).

    La commission, dans son rapport intérimaire publié en 2012, concluait que « les pensionnats indiens ont représenté un assaut contre les enfants autochtones, les familles autochtones, la culture autochtone et des nations autonomes et autosuffisantes. Elle concluait également que la mise en place du réseau des pensionnats indiens a eu des conséquences immédiates, qui n’ont cessé de se répercuter depuis les premiers jours. Elle concluait, enfin, que les Canadiens n’ont jamais reçu d’éducation complète et équilibrée sur la nature des sociétés autochtones et non autochtones (trcnationalevents.ca).

    Les pensionnats indiens ont représenté un assaut contre les familles autochtones

    - Le réseau des pensionnats indiens a été mis en place dans l’intention avouée d’empêcher les parents d’influer sur le développement scolaire, spirituel et culturel de leurs enfants;

    - Non seulement les pensionnats ont-ils séparé les enfants de leurs parents et de leurs grands-parents, mais aussi, du fait de la séparation rigoureuse des filles et des garçons, les sœurs de leurs frères. Les enfants plus âgés étaient aussi séparés de leurs frères et sœurs plus jeunes;

    - Le passage de chaque nouvelle génération dans le réseau des pensionnats donnait lieu à un affaiblissement des liens familiaux qui, à la longue, s’est soldé par la destruction virtuelle de ces liens;

    - Étant donné les taux de mortalité élevés enregistrés pendant la majeure partie de l’histoire des pensionnats, nombre de parents ont passé leur vie à pleurer la mort d’un enfant, sans jamais savoir dans quelles circonstances il était mort ni ou il avait été enterré, et sans pouvoir tenir de cérémonie mortuaire appropriée (trcnationalevents.ca).

    Les pensionnats indiens ont représenté un assaut contre la culture autochtone

    - Le réseau des pensionnats indiens avait pour objet de « civiliser » et de « christianiser » les enfants autochtones, en substituant les valeurs euro-canadiennes aux valeurs culturelles autochtones;

    - Le réseau des pensionnats indiens a déprécié et réprimé la culture et les langues autochtones. En inculquant aux élèves la honte de leurs origines, le système a sapé leur fierté et leur estime de soi. Il les a du même coup empêchés de bénéficier des avantages économiques et culturels associés à la connaissance de deux langues (trcnationalevents.ca).

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  • La Suède rompt sa coopération militaire avec l’Arabie Saoudite

    6,4 milliards de dollars : en 2014, l’Arabie Saoudite a augmenté ses importations d'armement de 54%, et est devenu le premier acheteur d'armes dans le monde.

    A part ça, tout va bien. Pour les décapitations au sabre, en public, l’Arabie Saoudite fait le match avec Daech. Lundi, Juvini Estelí, un Philippin, a eu la tête tranchée pour avoir poignardé à mort un Saoudien. C’est la quarantième exécution depuis le début de l’année. Le ministre de l’Intérieur, qui commente les exécutions, a expliqué que ce Philippin avait tué son employeur. Le blogueur Raïf Badawi, condamné en novembre à 10 ans de prison et à 1000 coups de fouet – flagellation en public, bien sûr – poursuit son calvaire, et cette fois-ci c’est le ministre des affaires étrangères qui a dénoncé les critiques internationales. Et je ne reviens pas aujourd’hui sur le financement du terrorisme par l’Arabie saoudite. On a déjà bien parlé, et tôt ou tard, on en saura plus.

    Pour la France, renouer avec la croissance vaut bien quelques sacrifices à la noble doctrine des droits de l’homme, et en 2014, l’Arabie Saoudite est devenue le premier client de la France, avec 3 milliards de dollars. Pas mal !

    Pour la Suède, le marché était bien moindre, 338 millions de couronnes, soit 50 millions de dollars, en exécution d’un accord de coopération militaire signé avec l'Arabie saoudite en 2005. Hier, Stefan Löfven, le premier ministre (social-démocrate) a annoncé la rupture de cet accord en raison de la question des droits de l'homme.

    La coalition au pouvoir (sociaux-démocrates et Verts) débattait du sujet depuis octobre, mais cette fois-ci, c’est fait. Bravo, tout simplement.

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    La photo d'une décapitation en publique 

    et il y aussi des vidéos ou là 

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