11.04.2011
Une église va devenir un centre commercial
Une église transformée en temple… de la consommation. Le compromis est signé avec un investisseur spécialisé dans l’installation de centres commerciaux et le diocèse s’apprête à mettre la clé sous la porte, empochant au passage 1,3 million d’euros. Motif : des coûts de fonctionnement trop élevés pour des paroissiens dont le nombre est en chute libre. Un ca rare, mais tout à fait légal.
L’histoire est celle de l’église Saint-François d’Assises Vandœuvre-lès-Nancy, en Meurthe-et-Moselle. L’économe du diocèse de Nancy, Michel Petitdemange, explique : « Nous avons mis en vente cette église Saint-François d'Assises en 2007 car il y a eu une évolution de la pratique et du quartier : aujourd'hui, seule une petite centaine de fidèles s'y rendent, alors qu'elle peut accueillir plus de 700 personnes. Face à un public aussi restreint, les 1000 m² de l'église et les 6000 m² de jardin qui l'entourent devenaient trop coûteux pour le diocèse ». Et il ajoute « Evidemment, un certain nombre de paroissiens sont amers car ils l'ont construite, s'y sont mariés, y ont baptisé leurs enfants. Mais il faut s'adapter ».
Vendre une église à un investisseur ? Diable ! C’est pourtant tout-à-fait possible car cette église a été construite en 1960. Donc avec un financement privé, cent pout cent privé, comme pour la mosquée de votre quartier. 
On l’oublie souvent, mais l’essentiel du patrimoine religieux catholique est resté public : la loi du 9 décembre 1905 prévoyait des attributions gratuites aux associations catholiques qui se constitueraient au cours de l’année 1906. Mais il n’y en eu qu’une poignée, et le Législateur a du abdiquer en adoptant la loi du 2 janvier 1907 qui bouleversait la loi de 1905 : les églises sont restées publiques et l’entretien à la charge des collectivités publiques. Si l’église Saint-François d’Assises de Vandœuvre-lès-Nancy avait été construite avant 1905, les fidèles y seraient toujours bien au chaud, aux frais du Conseil municipal.
Le problème s’était ainsi posé, mais en sens inversé, à Plounérin, dans les Côtes-d'Armor. Une belle et imposante église de style néogothique, construite sur la fin du XIX°, fermée par arrêté préfectoral en 2007 car elle ne répondait plus aux normes de sécurité. Certes. Mais Plounérin compte 750 âmes, soit environ 400 foyers fiscaux, et quelques dizaines de fidèles pour la grande église. La mairie est propriétaire, et l’option était 250 000 euros pour la démolition ou plus de deux millions d'euros pour la rénovation. La mairie a organisé un référendum consultatif ce mois de juin, et c’est le oui qui l’a emporté. Il reste juste à faire un emprunt… qui sera payé par les impôts des habitants.
00:29 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : loi 1905, eglise catholique
20.03.2010
Le Pape en panne
En langage codé, on dit « des décennies d'abus sexuels dans des institutions religieuses ». En langage réel, c’est une série de viols, avec des vies brisées par centaines. D’un côté, des salopards qui ont abusé de leurs fonctions d’autorité. De l’autre, de jeunes hommes et de jeunes femmes qui ne demandaient rien à personne, et qui passeront des années à se débarrasser de la souillure.
En novembre dernier, la police irlandaise avait mis en lumière cette série de viols criminels, commis pendant des années par des prêtres catholiques sur des centaines d'enfants pendant plusieurs décennies. Le rapport de la police traitait de 320 plaintes contre 46 prêtres. Un document de synthèse de plus de 700 pages, stigmatisant l'attitude de la hiérarchie catholique dans l'archevêché de Dublin entre 1975 et 2004. Les quatre archevêques successifs avaient protégé les violeurs, choisissant de ne pas dénoncer ces criminels sans scrupules. L'Irish Times dénonçait « le silence bien étudié du Vatican ». Cela « alimentera les suspicions selon lesquelles l'Eglise reste obsédée par la protection de son image en lambeau », estimait le journal.
Six mois à attendre la réaction du Vatican. Et c’est nul. Dans une lettre aux catholiques d'Irlande publiée hier, Benoît XVI exprime la « honte » et le « remords » de toute l'Eglise. Les excuses ? Mot interdit. La sanction pénale pour les plus graves des crimes ? Inconnue au bataillon. Le droit disciplinaire pour virer ces vicelards ? Silence dans les rangs. Des réformes structurelles pour rompre avec la loi du silence, et assurer la coopération avec la justice dans d’autres cas ? Pas d’actualité. 
Face à ce crime institutionnalisé, La Vatican offre une réponse de guimauve : une « visite apostolique dans plusieurs diocèses d'Irlande», ainsi que dans « des séminaires » et « congrégations religieuses ». Foutaise ! Des enquêtes, de la taule et des dommages et intérêts, oui.
Maeve Lewis, la directrice générale du groupe de victimes One in Four dénonce « une absence d'excuses, douloureuse à l'extrême » et déplore que le Pape « néglige le rôle du Vatican » et « refuse encore d'admettre l'évidence ». John Kelly, représentant de la SOCA, un autre collectif de victimes, stigmatise « des aspirations plutôt que de la substance ». Une victime, Christine Buckley, a dit vouloir rencontrer le pape « en chair et en os » en présence de celle qui a « détruit sa vie ».
Pardonner ? Pourquoi pas, mais ça n’appartient qu’aux victimes. Et comment pardonner quand l’auteur ne s’est pas excusé ? Quand il se planque comme un rat. Est-ce si difficile de dire qu'un crime est un crime devant la loi ?

23:43 Publié dans justice pénale | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : pédophilie, crime, eglise catholique, pape










