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  • L’histoire du prince qui rêvait de devenir un chef

    Le Général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, publie régulièrement des lettres aux jeunes soldats. Je vous propose cette excellente lettre du 14 juillet 2017, intitulée « Confiance ».

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    Confiance

    Mon cher camarade,

    « Confiance, confiance encore, confiance toujours ! ». C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute « mentalité de chien battu ou d’esclave ».

    Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.

    Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni « en qui », ni « en quoi » avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier – cet « optimisme de volonté » - qui choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.

    La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.

    Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.

    La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !

    La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».

    La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !

    Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.

    Une fois n'est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.

    Fraternellement,

    Général d’armée Pierre de Villiers

  • Un bébé en prison

    Un bébé en prison. « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux ». Oui, même si c’est moins évident quand la vie commence en prison.

    L’histoire n’était pas passée inprison.gifaperçue. C’était en mars dernier, à Saint-Nicolas-du-Pélem, (Côtes-d’Armor), dans la maison d’habitation d’un couple marié, avec deux enfants de 5 et 2 ans. Le grand-père, fortuitement, avait fait une découverte macabre dans le congélateur : le corps d’un nourrisson. L’autopsie avait mis en évidence des traces de violences graves sur le corps. Quelques jours plus tard, la mère, Valérie Le Gall, avait été arrêtée. Au cours de la garde à vue, elle avait reconnu le meurtre. Le juge d’instruction l’avait mise en examen le 26 mars pour « homicide volontaire sur mineur de moins de quinze ans », et elle avait été écrouée.

    La naissance avait eu lieu en juin ou juillet 2007. La mère avait expliqué son geste par son incapacité à faire face, dans un contexte d’immense solitude et de vie de couple qui n’en était pas une. Le mari soutenait qu’il ne s’était pas aperçu de la grossesse, et il avait été mis hors de cause. Depuis, le couple est en procédure de divorce.

    Ce 3 septembre, toujours détenue, la jeune femme s’est plainte de douleurs au ventre auprès du personnel pénitentiaire. En fait, elle était enceinte, sans que personne ne s’en soit aperçu, et il s’agissait des contractions. Elle accouché d’une petite fille dans l’ambulance du SAMU qui la conduisait au CHU de Rennes.

    Dissimulation de grossesse ?  Une réalité connue, mais qui laisse toujours septique. Dans un milieu doux et aimant, c’est effectivement impossible. Dans un cadre rude et distant, ça devient possible. Cette affaire, mieux que tout l’atteste. Le directeur adjoint interrégional de l'administration pénitentiaire pour le grand Ouest, Yves Bidet, a déclaré que cette femme « faisait l'objet d'un suivi médical régulier » et que « l’examen médical d'entrée avait bien eu lieu ». Et oui, ça arrive.5180.jpg

    L’enfant et sa mère ? Les textes, regroupés dans le Code de procédure pénale,  ne disent pas grand-chose. Les D. 400-1 et D. 401 prévoient que les détenues qui ont gardé leur enfant auprès d'elles, bénéficient de « conditions de détention appropriées », et les enfants peuvent être laissés auprès de leur mère en détention jusqu'à l'âge de dix-huit mois. Le séjour doit être aménagé, et les services d’insertion organisent des sorties avec l’enfant « pour préparer, le cas échéant, la séparation de l'enfant d’avec sa mère, au mieux de son intérêt. « 

    Des droits sociaux ? La mère détenue peut bénéficier de la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) qui comprend la prime de naissance et une allocation de base mensuelle jusqu’aux trois ans de l’enfant. Les femmes incarcérées avec leur enfant ont également la possibilité de percevoir l’allocation de parent isolé (API) pendant leur incarcération aux mêmes conditions que si elles étaient libres, dans la mesure où elles sont seules à élever l’enfant.

    La filiation ? Conçu pendant le mariage, l’enfant a pour parents le mari et la femme. Tout deux exercent l’autorité parentale, et le père peut demander – le souhaite-t-il ? – la résidence de l’enfant. La mère étant mise en examen pour des faits de meurtre sur un de ses enfants, et témoignant par cette nouvelle dissimulation de grossesse, de difficultés graves dans la relation aux autres, un juge pour enfants a été saisi. Il lui reviendra de décider les mesures qui paraissent les plus appropriées. Pas facile. Car il ne s’agit pas ici de la sanction de la mère, mais de l’intérêt de l’enfant. Dont celui d’avoir des relations affectives avec sa mère.

    Et la petite fille ? Quand tous les indicateurs sont au vert, la vie semble parfois bien difficile. Alors, pour cette petite fille qui n’a rien demandé à personne, et qui va ouvrir ses yeux dans une prison… Les épreuves peuvent être révélatrices, et quelques que soient les drames du passé, les parents sont en mesure de lui transmettre l’affection et des valeurs éducatives. Même la mère, qui sera pourtant condamnée pour l’avoir privée d’un grand frère ou d’une grande sœur.  Surtout, cette petite fille a la chance de naître dans un pays de grande civilisation, avec des services publics attentifs et pertinents. L’éducation, la culture, l’ouverture au monde sont à portée de main. Et puis bien d’autres enfants sont nés ce début septembre : des futurs copains et copines pour la maternelle. Parmi eux, à coup sûr, un grand chéri et les histoires d’amour pourront commencer.

    A cette petite fille, nous souhaiterions tous faire un cadeau. Mais le cadeau, c’est elle qui nous l’offre en nous permettant, par cette belle journée de septembre, de réfléchir à l’espoir.images.jpg

     

     

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