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  • Que se passe-t- il au procès Erignac ?

    66061_2659469.jpgLe procès Erignac est-il entrain de basculer ? Rien n’est fait, et nous en sommes loin, mais ce troisième procès ne ressemble pas aux deux premiers. Avec cette question lancinante : la police et la justice parviendront-elles à dénouer cette affaire ?

    Ajaccio,  le 6 février 1998 : Claude Erignac, préfet de Corse, est tué de trois balles dont deux à bout portant en pleine rue. Le 21 mai 1999, quatre personnes sont interpellées : Didier Maranelli, Pierre Alessandri, Alain Ferrandi, Marcel Istria. L’une d’elle a livré les noms des trois autres membres, et Yvan Colonna est alors désigné comme le tueur. Un commando, trois balles, un tueur.

    Yvan Colonna prend la fuite, et pour 4 ans. Le 4 juillet 2003, il est arrêté près d’Olmeto, dans le sud-ouest de la Corse. Le jour même, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, déclare : « La police française vient d’arrêter Yvan Colonna, l’assassin du préfet Erignac ». Le culte de la présomption d’innocence.

    Cette arrestation ne remet pas en cause la tenue du procès du commando. Le 11 juillet 203, la Cour d’assises de Paris condamne Pierre Alessandri et Alain Ferrandi à la réclusion criminelle à perpétuité , Jean Castela et Vincent Andriuzzi à 30 ans de prison. Pour Joseph Versini, Marcel Istria, Martin Otaviani et Didier Maranelli, des peines allant entre 15 et 25 ans. Un arrêt partiellement confirmé, pour les peines les plus lourdes, le 23 février 2006.

    Yvan Colonna nie les faits, mais il est condamné à perpétuité, avec une période de sureté de 22 ans. Il fait appel, et le second procès confirme la condamnation et la peine. Le 30 juin 2010, la cour de cassation casse l’arrêt d’appel, et le 3° procès s’est ouvert ce mois de mai devant la cour d’assises de Paris.Apprendre-a-douter.jpgYvan Colonna a tellement été désigné par le coupable, et d’abord par le commando, et sa fuite a plus que de quoi interroger. Il a été condamné à perpétuité en premier degré et en appel, et l’arrêt n’a été cassé que pour des motifs de forme, aussi importants soient-ils.  

    Alors, le troisième procès s’annonçait comme celui qui allait s’inscrire dans le sillon creusé, en écartant les vices de procédure dénoncés par la Cour de cassation.

    Or, tout semble beaucoup plus compliqué.

    Il faudrait suivre les audiences, et avoir étudié le dossier, pour parler de l’évolution du procès. Donc prudence, évidemment, mais pour autant les meilleurs chroniqueurs judiciaires sont présents, et vu de loin, ce troisième procès, pour le moment, ne prend pas le chemin attendu.  

    Incontestablement, la défense marque des points. Hier la Cour admis le principe d’une reconstitution, retenant la date du 6 juin, ce sous réserve des dépositions à venir d’ici cette date. L’accusé est devenu loquace, les déclarations recueillies en garde-à-vue et sans avocat sont désormais fragilisées, les expertises balistiques sont rudement contestées, et plusieurs témoins clés sont en recul.

    Alors que va-t-il se passer ?

    Je n’en sais absolument rien, et je veux bien croire que le dossier de l’accusation repose sur des éléments tangibles qui ne dépendent pas tous du déroulement oral des débats. Mais je ne peux qu’attirer votre attention sur ce procès, de la plus haute importance. 

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  • Affaire Erignac : Un défi pour la Justice

    yvan_colonna_juge_en_appel_dans_le_proces_erignac_mode_une.jpgVendredi 4 juillet 2003, Yvan Colonna des policiers du Raid pénètrent dans la bergerie Margaritaghia, à Porto-Pollo en Corse du sud, entre Ajaccio et Propriano.

    Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, est aussitôt informé. Il est meeting à Carpentras, et interrompt son discours : « J’ai quelque chose de très important à vous dire : il y a vingt minutes, la police française a arrêté Yvan Colonna, l’assassin du préfet Erignac ». Et la foule UMP applaudit à tout rompre. Le référendum sur l’avenir institutionnel de l’île, une invention du ministre de l’Intérieur, a lieu le 6 juillet, mais il sera rejeté.

    Ce 30 juin 2010, la Cour de cassation casse l’arrêt de la Cour d’assises de Paris, qui le 27 mars 2009 avait condamné Yvan Colonna la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté pour l’assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998.20071116Erignaccorse.jpg

    Aujourd’hui, Sarkozy se tait, et les militants ne sont plus là pour applaudir l’arrestation de « l’assassin ». C’est MAM qui doit monter au créneau pour se fendre d’un communiqué, affirmant que cet arrêt « ne porte en rien sur la question de fond de la culpabilité » du berger de Cargèse. Cette incapacité à respecter la justice est un grand aveu de faiblesse.

    La cassation ne repose pas sur un motif anodin, genre « purement formel »… Lors du procès, les 12 et 13 février 2009. Aurèle Mannarini, balisticien amateur, est cité comme témoin. Il doit selon la procédure faire une déclaration spontanée, avant d’être interrogé par le président, puis la partie civile, puis le Parquet et enfin par la défense. Le plus souvent, ça se passe bien. Par fois, ce genre d’exercice fini un peu en vrac, et le président doit tailler dans le vif pour que trouver une issue. Mais chacun a pu se faire une idée, car la déclaration spontanée a été faite dans la sérénité

    Le problème est double : Aurèle Mannarini ne semble pas dégager une autorité naturelle, et ses analyses vont à l’encontre de la thèse de l’accusation sur un point majeur : les tirs mortels.

    Aurèle Mannarini commence son exposé, mais il est rapidement contesté par certaines parties civiles et le ministère public, qui cherchent à discréditer son propos en pointant des incohérences. La défense proteste, et demande que ce témoin, pour elle important, puisse déposer dans la sérénité, observations écartées par le président de la cour d’assises.

    2007-12-13T112949Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRTP-FRANCE-JUSTICE-COLONNA-20071213.jpgEt la Cour de cassation n’est pas d’accord.  « La cour d'assises a imposé à l'accusé une charge disproportionnée qui rompt le juste équilibre entre, d'une part, le souci légitime d'assurer le respect des conditions formelles pour la saisir et, d'autre part, le droit d'accès de ce dernier à cette instance». En refusant de prendre en considération, lors de l'audience, les observations de la défense, le président de la cour d’assises a péché par « excès de formalisme », portant ainsi « atteinte à l'équité de la procédure ».

    La Cour casse l’arrêt de la cour d’assises, et ajoute qu’ainsi elle n’a pas à examiner les autres moyens formés contre cet arrêt.

    Yvan Colonna est ainsi en détention depuis sept ans, alors qu’il est toujours présumé innocent. Un délai tout de même peu raisonnable, alors que l’un de points d’achoppement est la réalisation d’actes d’instruction sur les circonstances des faits, douze ans après les faits. Ce qui pose la question du délai raisonnable de cette détention provisoire. C’est le débat qui va être tranché dans les jours qui viennent, et la remise en liberté de celui qui reste accusé mais innocent, est désormais loin d’être une hypothèse d’école. Le point faible reste sa longue fugue, mais sept ans c’est trop long.

    Dominique Erignac a ce soir de quoi être amère, si ce n’est écœurée. Son mari, préfet de la République, a été abattu de dos, en pleine ville. Douze ans après les faits, la justice n’a su dire qui a été l’assassin, et le procès a montré que c’est toute la machine qui s’est enraillé, dès les premiers instants de l’enquête judiciaire, ce qui laisse autant d’incertitudes sur le troisième procès.  

     

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  • Colonna : Gravissime

    mensonges_salades_verite_Boite.jpgTruandage de l’enquête à une échelle inconnue. Je suis atterré par ce que j’ai lu. Et tout risque de dégringoler avec la plainte pour « entrave à la manifestation de la vérité » déposée aujourd'hui par les avocats d'Yvan Colonna.

    Didier Vinolas. Notez bien le nom de Didier Vinolas, qui était le secrétaire général de la préfecture lorsque Claude Erignac était en fonction. C’était en quelque sorte son bras droit. Depuis l’origine, la thèse de l'accusation est que le préfet Claude Erignac a été abattu le 6 février 1998 par un commando de six hommes. Cinq condamnés lors du premier procès, et Yvan Colonna pour être le sixième. A ces six hommes se serait ajouté Joseph Versini pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997 au cours de laquelle l'arme ayant servi à tuer le préfet a été dérobée. Mais vendredi devant la cour d'assises de Paris, Didier Vinolas est venu expliquer qu’il détenait les noms de deux suspects qui seraient « peut-être » encore en liberté. « Il y a peut-être deux hommes dans la nature qui ont participé à l'assassinat du préfet. Ça m'est insupportable. »

    Un rigolo ce Vinolas, qui attend les derniers jours du procès en appel – vendredi soir – pour faire ces déclarations ? Et non, Didier Vinolas est tout sauf un rigolo. Ce haut fonctionnaire a expliqué devant la cour d’assises, sous la foi du serment, avoir transmis cette information au procureur de la République de Paris, Yves Bot, dès 2002, au président de la cour d'assises Didier Wacogne, ainsi qu'au procureur général Laurent Le Mesle par lettre fin décembre 2008.

    Et cette information n’a pas été versée au dossier. Rien. Rien, en attendant l’incroyable témoignage.corse.jpg

    « Le procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, a effectivement reçu un courrier d'une personne disant avoir témoigné lors du premier procès d'Yvan Colonna. Cette personne indiquait que si elle était appelée à témoigner à nouveau, elle apporterait de nouvelles précisions. Il convient de rappeler que la procédure devant la cour d'assises est orale. Le seul devoir du parquet général était de convoquer Didier Vinolas pour qu'il puisse faire à la barre les déclarations qu'il souhaitait. C'est ce qui a été fait", indique le texte. »Un peu court, s’agissant d’un témoignage qui fait s’écrouler toute la thèse de l’accusation. 

    D’après un Didier Vinolas très sûr de lui, les deux personnes font partie de la sphère de Pietrosella, que M. Vinolas a dit qu’il détenait leurs noms d'un informateur fiable. C'est en partant de ce constat, sachant que les deux actions ont été revendiqués par le même groupe, que Didier Vinolas s'est dit "qu'il y a peut-être d'autres personnes ayant participé à l'assassinat" qui n'ont jamais été arrêtées.

    Corse-plage.jpgL’ancien procureur de la République de Paris Yves Bot aurait été en possession de ces informations  dès 2001-2002, a expliqué Me Patrick Maisonneuve. Me Antoine Sollacaro, autre défenseur du berger de Cargèse, souligne : « Ce qui est grave, c'est que des policiers, des magistrats ont mis sous le coude des éléments à décharge pour Yvan Colonna. Cela s'appelle une entrave à la manifestation de la vérité. Par conséquent, nous n'avons pas d'autres choix que de déposer plainte contre X, car une telle entrave constitue un délit. À son sens, le président de la cour d'assises d'appel spéciale, Didier Wacogne, ne peut plus siéger, car il aurait reçu une lettre du témoin qu'il affirme ne pas avoir ouverte et dont il n'a pas fait état à la défense. » Pour Me Pascal Garbarini, autre artisan de la défense, le nouvel élément intervenu vendredi « devrait conduire à la remise en liberté d'Yvan Colonna détenu depuis juillet 2003 ».

    Samedi dans la soirée, c’était une conférence de presse Me Gilles Simeoni. « On a fabriqué un faux coupable ! Nous avons aujourd'hui lavillage_de_zilia.jpg preuve que des éléments de nature à démontrer l'innocence d'Yvan Colonna ont été délibérément écartés. De façon délibérée, organisée, réfléchie, de hauts magistrats et de grands policiers antiterroristes ont décidé de taire, parfois de détruire des éléments à décharge pouvant conduire à démontrer l'innocence d'Yvan Colonna. Sans crainte d'être démentis, nous l'affirmons solennellement. Le témoignage de Didier Vinolas est d'une gravité extrême, d'autant qu'il était l'ami et le collaborateur direct de Claude Erignac. Tout cela révèle que, dès 1999, une vérité d'Etat a été décrétée et que plus personne n'a voulu s'en écarter. Dans ce dossier, il y a déjà eu la révélation au procès Castela et Andriuzzi d'un faux rapport d'enquête antidaté ; puis la disparition d'écoutes téléphoniques judiciaires dont a témoigné Roger Marion, le chef de la DNAT (Division nationale antiterroriste), sous serment devant le Sénat, lors de l'enquête parlementaire – ces écoutes d'Yvan Colonna le mettaient hors de cause. Il y a eu la deuxième voiture sur les lieux du crime dont on n'a jamais identifié les occupants. Puis la fameuse empreinte relevée sur le ruban adhésif à la gendarmerie de Pietrosella qui n'appartient à aucun membre du commando et encore moins à M. Colonna ! Le légiste dit que le tireur était aussi grand que le préfet et aujourd'hui, on apprend que d'autres éléments capitaux ont été étouffés ! C’est scandaleux. »

    N’accusons pas sans preuve. Mais cette fois-ci, l’accusée est la Justice. Nous attendons sa défense. Avec une certaine impatience. Bien sûr, cette exigence de vérité ne crée aucune sympathie pour ceux qui ont décidé de tuer un homme de dos. Et j’ose à peine imaginer les pensées de Mme Erignac.

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