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  • Immunité de juridiction : L’impérialisme US en toute tranquillité

    Les parlementaires étatsuniens (Amérique du Nord, territoire indien occupé) ont l’impérialisme serein et tranquille. Ils viennent d’adopter une loi appelée Justice Against Sponsors of Terrorism Act (Jasta) qui permet de poursuivre devant le juge étatsunien des Etats accusés de terrorisme. Un culot d’acier de la part de l’Etat qui a déclenché toutes les grandes guerres du monde depuis 40 ans et le Vietnam. Culot d’acier de la part d’un Etat qui s’autorise à recourir à la première frappe nucléaire. Culot d’acier de la part d’un Etat qui décide 1000 assassinats ciblés par an en dehors de ses frontières, sur la base de renseignements informatiques. Culot d’acier pour un Etat qui assure chaque jour 1,8 milliard de dollars de dépense militaire.

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    Des familles avaient voulu engager des recours contre l’Arabie Saoudite suite aux attentats du 11 septembre 2001, mais elles butaient sur le Foreign Service Sovereignty Act, garantissant l'immunité aux officiels étrangers. D’où l’idée de voter une loi d’exception, et c’est la Justice Against Sponsors of Terrorism Act (Jasta). Obama avait opposé son véto, mais il vient de se faire laminer par deux votes de la Chambre des représentants (348 contre 77 voix) et du Sénat (99 contre 1). Ce qui au passage donne une juste idée de l’autorité réelle d’Obama en cette fin de mandat.

    Quel effet aura cette loi, et les juges sont-ils l’appliquer alors que le principe de l’immunité de juridiction des Etats étrangers, attaché aux principes d’indépendance, de souveraineté et d’égalité des Etats, est une norme de droit coutumier international ? C’est une règle universelle : un Etat ne peut s’ériger juge d’un autre Etat sans son consentement pour un acte accompli dans l’exercice de sa souveraineté. Un Etat ne saurait être jugé par son égal. Je souligne que nous parlons là de la responsabilité des Etats, pas des chefs d’Etat, pour qui s’est moins tranché.

    En France, la question serait pliée en deux minutes s’agissant d’actes d’autorité de l’Etat étranger, d’autant plus que la Cour européenne des droits de l’homme reconnait ce principe qui « ne fait qu’observer le droit international afin de favoriser la courtoisie et les bonnes relations entre Etats grâce au respect de la souveraineté d’un autre Etat » (CEDH, Al Adsani et Forgaty c/ Royaume Uni, 21 novembre 2001, § 53 et suivants).

    Quant à ce qui se passera aux Etats-Unis, je n’en sais rien, ne sachant pas comme le juge réagit devant une loi et une norme de droit international coutumier. La justice US patauge dans le tribalisme judiciaire, refusant toute application directe du droit international et toute soumission à une juridiction internationale. C’est la sauce maison des petits chefs… Alors, nous verrons ce que fera la juge de cette loi, qui ne vise pas que l’Arabie Saoudite, mais tous les Etats suspectés d’être impliqués dans le terrorisme.

    Alors, pour Alep, bientôt un procès contre la Russie, bande de rigolos ? Oh, pas vrai, un coup de mou ?

    Dans l’immédiat, on peut penser que cette initiative appellera des réponses symétriques. On pourrait commencer par des lois en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, pour juger les Etats-Unis…

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  • Ah oui, l’idée européenne serait zigouillée par un référendum ambiguë ?

    Royaume-Uni-carte-générale-Angleterre-Ecosse-Pays-de-galles-Irlande-du-Nord-Europe-de-l-Ouest.jpgC’est quoi le film ? L'Angleterre qui redevient une ile ? Mais Londres est une capitale totalement européenne ! Allez y passer quelques heures, et vous me direz si vous êtes sur une ile, fière et rebelle face au monde, ou dans la plus intégrée des Europe. Boostés par les programmes Erasmus, les étudiants savent qu’il faut raisonner européen, et tout se construit sur cette base. C’est une force immense qui existe à Londres, et croire que tout peut être remis par terre à cause de ce référendum ambiguë… Pour le moment, il y a une grosse tempête, qui peut avoir bien des effets vu le contexte politique, économique et social. Mais ce qui construit le monde, c’est la vraie vie, c’est-à-dire ce que vivent les gens, ce qu’ils construisent ensemble. On verra dans quelques années ce qu’il restera de ce référendum

    Quelques réflexions

    1/ Cameron l’irresponsable

    Ce référendum, c’est une invention d’un Cameron affaibli pour renforcer son assisse dans son camp. Il n’y avait aucune menace travailliste quand il s'est engagé dans ce programme insensé : affubler l’Europe de tous les maux, aller négocier des aménagements techniques à Bruxelles, aménagements inbitables et invérifiables car ils ne seront jamais mis en œuvre, pour finalement expliquer qu’il faut voter avec enthousiasme pour l’Europe, guérie de ses maux grâce au génie de Cameron... De ce point de vue, le Brexit est parfaitement logique.

    2/ L’Ecosse vers l’indépendance

    La réussite du stratège Cameron se confirme : l’Ecosse, pro-Europe à 62%, va demander son indépendance, et l’Irlande du Nord, pro-Europe à 56 % - qui sait ce que l’Europe lui a apporté – se pose des questions. Les entreprises britanniques n’ont donc pas besoin de s’installer en Ile de France, où les invite Mamie Pécresse. Il leur suffit de délocaliser leur siège social en Ecosse, et elles seront tranquilles. Déjà que l’Écosse fournit les meilleurs whiskies, cela devient vraiment une destination fameuse. Dans quelques années, les Anglais en train de s’inscrire aux agences de l’emploi en Ecosse… Wahou le référendum historique…

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    3/ Le Royaume Uni toujours membre du Conseil de l’Europe

    Le Royaume Uni reste totalement européen, inscrit dans les mécanismes contraignants du droit européen,… parce que, s'il va sortir de l’Union européenne, il reste membre du Conseil de l’Europe. Il est tenu d’appliquer la Convention européenne des droits de l’homme, la Charte sociale européenne et il reste soumis à la Cour européenne des droits de l’homme. Or, le Conseil de l’Europe, c’est tout ce qui concerne les droits fondamentaux, les libertés publiques, la vie privée, la liberté de religion, mais aussi les droits sociaux et la non-discrimination… Pour avoir une petite idée des sujets traités par la Cour européenne des droits de l’homme, vous pouvez cliquer ici.

    4/ Quelles critiques argumentées de l’Europe ?

    L’Union européenne peut mieux faire… c’est une évidence, il y a maintes crtiques à former, mais pour que ces critiques soient entendables, il faut qu’elles reposent sur un minimum d’élaboration, et dépassent le stade du miasme crispé contre les technocrates européens, ce bien connu rot populiste… Un exemple ? L’Union européenne, nous dit-on, nivelle la diversité des Etats. Si c’est vrai, c'est grave. Oki ? Mais donnez-moi un seul exemple significatif, précis et argumenté, avec please, les références en droit communautaire. Ça m’intéresse.

    5/ La faiblesse des Etats, le vrai problème

    Le vrai problème actuel n’est pas la crise de l’Europe – L’Europe est toujours en crise car elle est dans un processus de construction – mais la faiblesse des pouvoirs étatiques. Nous ne sommes pas dans une Europe fédérale, mais dans une Europe des Etats. Ces Etats sont indispensables car ce sont les seuls lieux où se créent les racines politiques et la solidarité. Or, à l’exception notable de l’Allemagne, les pouvoirs politiques dans les grands Etats européens sont par terre : Cameron faisant éclater son pays pour un petit arrangement interne à son parti ; l’Espagne paralysée par l’absence de majorité politique, avec de nouvelles élections ; Hollande sans aucune prise sur le pouvoir, et qui s’apprête à être éliminé au premier tour des présidentielles ; Razi, décrit hier encore comme le nec plus ultra du pouvoir moderne, qui est aujourd’hui humilié par un parti populiste amateur ; la Belgique et son gouvernement perpétuellement chancelant…

    L’Europe, ce sont des Etats qui discutent ensemble. Ce n’est pas une Europe fédérale. L’Union européenne se combine très bien avec des Etats forts, en rappelant que l'autoritarisme n’est pas un signe de force. Si l’on veut renforcer l’Europe, il faut d’abord renforcer les Etats, ce qui veut dire des dirigeants politiques à la hauteur, compétents, sachant décider, et ayant une vision de la politique interne et internationale de leurs pays. 

    Dans le monde bouleversé de la mondialisation, alors que tout dirige vers une gouvernance économique et militaire supranationale, les Etats restent la première garantie des peuples, et en Europe, ces Etats n’ont d’avenir que s’ils savent travailler entre eux. Il n’y a aucune opposition entre l’Union européenne et les Etats ; le seul problème est l’incompétence de la classe politique dirigeante. Incompétence et irresponsabilité, car ceux qui ne cessent de créer les difficultés se présentent toujours comme étant les seuls pouvoir les résoudre.

    Remontons les manches, il y a du travail.

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    Edimbourg, une grande destination européenne

  • Un vieux général réac’ invité sur le blog

    Le blog poursuit joyeusement la publication de textes qui éclairent nos temps obscurs. De bons textes qui permettent d’expliquer et comprendre, ce qui fait trembler notre tremblant El Blanco. Voici puisé dans Le Figaro de Dassault, une longue interview de Vincent Desportes, général à la retraite très active. Un ex-mirliton à étoiles, qui dézingue la politique de défense depuis Le Figaro, c’est suspect… Sauf qu’au même moment, Dassault tresse des louanges à Hollande et de notre Sinistre des Ventes d’Armes… et que le mec n'a pas attendu cet entretien pour dire ce qu'il pense.

    Vincent, qui connait son sujet, passe maints sujets en revue,… et on se régale, car on comprend très bien sa vision. Pas de diplomatie sans force armée, c’est une évidence, mais le dire fait du bien… La France qui s’engage dans des actions qu’elle ne peut consolider parce qu’elle se disperse… Suit une lucide analyse du rôle désastreux de l’OTAN sur notre souveraineté : « Finalement, l'OTAN est devenue une menace pour la sécurité des Européens, car elle les empêche de trouver leur autonomie stratégique. Ils s'en remettent, à tort, aux Américains pour les défendre ». Et puis depuis 2012 la gestion politique du ministère qui a détruit le ministère, avec les directeurs qui remplacent les généraux…

    Général de division et jeune retraité, Vincent est un vieux de la maison : saint-cyrien, ingénieur, docteur en Histoire et ancien directeur de l'Ecole de guerre, professeur associé à Sciences Po Paris, chargé de cours de stratégie à HEC… et piraté sur le blog, qui lui dit merci ! Si ces débats vous intéressent, je recommande son dernier livre « La dernière bataille de France », paru en octobre 2015 aux éditions Gallimard. Je l'ai commencé dans le TGV de retour de Paris, livre passionnant, et pour une fois, j'étais furieux... car le TGV n'avait pas de retard et le temps m'a manqué ! 

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    Général Desportes : «Les intérêts politiciens désorganisent l'armée française»

    LE FIGARO. - Alors que le 11 janvier 2016 marque le troisième anniversaire de l'engagement de l'armée française au Mali, vous estimez que celle-ci est atteinte du «syndrome de Sisyphe guerrier», reconquérant le matin ce qu'elle a abandonné la nuit précédente. Comment expliquer cette surexploitation de l'armée française ?

    Général Vincent DESPORTES. - Ce qui mine l'armée française, c'est la dégradation continue, depuis plus d'un quart de siècle, des moyens budgétaires dont elle dispose… et donc de ses capacités opérationnelles globales. L'évolution qu'a connue l'armée correspond à l'idée fausse que la guerre n'existe plus. L'armée s'est transformée progressivement, par contractions successives, en un kit expéditionnaire dont les résultats sont excellents… mais seulement aux niveaux techniques et tactiques, sur des espaces réduits, sur un temps court, alors qu'elle est déployée sur de vastes espaces (par exemple la zone sahélo-saharienne, plus vaste que l'Europe!) et que la guerre se gagne toujours sur le temps long: en bref, si les armées françaises sont toujours capables de gagner brillamment des batailles, elles peinent à gagner les guerres.

    On se désengage toujours trop tôt, sans avoir eu le temps de transformer les victoires tactiques en résultats stratégiques. De fait, la France s'engage sur un théâtre, puis, beaucoup trop rapidement, elle est obligée de se désengager pour aller s'engager ailleurs. C'est ce que j'appelle le syndrome de Sisyphe guerrier. Ce phénomène est caractéristique des opérations au Mali, puis en Centrafrique, puis dans la bande sahélo-saharienne, l'opération Barkhane. Après avoir brillamment remporté la bataille des Ifoghas au Mali, la France a été obligée de diminuer ses effectifs pour s'engager dans l'opération Sangaris - qui patine aujourd'hui, faute d'effectifs, puisque l'armée, a été obligée de monter l'opération Barkhane. Bref, on déshabille Pierre pour habiller Paul, puis Paul pour habiller Jacques…

    Dans un chapitre sur le mythe du soldat Ryan, vous écrivez que les Européens n'ont jamais autant délaissé leur autonomie stratégique aux Etats-Unis, notamment par le biais de l'OTAN. Comment cet abandon se manifeste-t-il ?

    Notons que la France a été moins frappée que les autres pays européens par ce mythe dangereux. La pensée gaullienne persiste en France, ce qui fait que nous avons, à juste titre, moins tendance que les autres à faire confiance aux Etats-Unis pour la gestion de nos affaires militaires, malgré l'épisode du retour dans le commandement intégré de l'OTAN en 2008 sous Nicolas Sarkozy. Progressivement, les différents pays d'Europe ont profité de l'aubaine qu'était l'OTAN pour faire des économies à bas coût politique sur la défense, en expliquant à leurs citoyens qu'ils étaient défendus dans le cadre de l'OTAN, et que par conséquent, les investissements en matière de défense étaient devenus superflus. Le bilan est terrible : aujourd'hui, l'Europe est largement désarmée - à l'exception de la France, qui a conservé un volume de forces, certes insuffisant, mais bien réel. Finalement, l'OTAN est devenue une menace pour la sécurité des Européens, car elle les empêche de trouver leur autonomie stratégique. Ils s'en remettent, à tort, aux Américains pour les défendre.

    Stratège avisé, de Gaulle avait compris dès la fin des années 1950 que les Américains ne reviendraient plus jamais défendre la «grand-mère patrie» européenne. Les liens entre Européens et Américains se sont distendus au fil des ans. A partir de 2040, la majorité des Etats-Uniens ne sera plus d'origine européenne et «Ramos» ne viendra plus se faire tuer pour nous. Le réflexe naturel de défense de la «grand-mère patrie» n'existera plus. Par ailleurs, il faut rappeler qu'en 1917 et en 1942, les Américains étaient avant tout venus remettre de l'ordre dans leur marché naturel, l'Europe. Aujourd'hui, les intérêts économiques étasuniens ont basculé de l'Atlantique vers le Pacifique. Enfin, les Etats-Unis sont fatigués par leurs guerres : ils ne peuvent que constater que, malgré leur énorme puissance, ils ont perdu toutes leurs guerres depuis un demi-siècle, l'Irak et l'Afghanistan n'étant que les derniers exemples d'une longue série de défaites.

    Le meilleur service que les Américains pourraient rendre aux Européens (et à eux-mêmes !) serait de sortir eux-mêmes de l'OTAN pour nous imposer ainsi notre prise de conscience et notre autonomie stratégique.

    Vous dénoncez également la dérive atlantique mortifère de notre modèle de forces et la transformation à l'américaine des armées de l'OTAN. Quel basculement s'est-il opéré entre le stratégique et le technique ? L'engouement technologique est-il en train de tuer l'armée française ?

    Les armées françaises ont continué à suivre le modèle américain, fondé sur la recherche permanente du meilleur technologique, sans souci de l'efficacité globale des systèmes. Cette logique est compatible avec les budgets militaires américains supérieurs à 600 milliards de dollars par an. Pas avec les budgets européens en général, français en particulier.

    Les Américains réussissent à conserver à la fois le meilleur technologique et les volumes de forces suffisants pour faire face à leurs missions. Mais le surinvestissement technologique français a conduit inexorablement l'armée à réduire ses volumes. La technologie a dévoré les formats, rendant finalement un bien mauvais service aux armées, parce qu'elle ne confère pas le don d'ubiquité. Quand les terrains d'interventions sont multiples, la réduction des formats, «l'échantillonnage» des forces, imposés par la dérive technologiste ne permet plus de faire face à la multiplication des missions. Cette dérive non maîtrisée de la technologie a conduit l'armée française à devenir une «armée coup de poing», incapable de gagner les guerres.

    Ce constat est d’autant plus aberrant que le modèle américain que nous nous acharnons à singer s'est avéré parfaitement inefficace : les Etats-Unis ont perdu toutes leurs guerres depuis cinquante ans.

    Depuis la publication de La France et son armée de Charles de Gaulle en 1938, nul n'ignore que «la France fut faite à coups d'épée» estimez-vous. Y a-t-il un lien spécifique entre la France et son armée ?

    Parce que depuis des siècles nos valeurs se sont répandues dans le monde, nous pensons qu'elles sont naturelles et immortelles, qu'elles se défendent d'elles-mêmes parce qu'elles s'imposent, parce qu'elles sont espérées, ailleurs, par les Autres. Nous nous aveuglons.

    Les valeurs, quelles qu'elles soient, ne valent que par la puissance de l'épée qui les répand ou les défend. La France est la France pour maintes raisons, mais ce sont ses valeurs qui font sa grandeur, sa place éminente dans le monde, souvent démesurée par rapport à sa réalité matérielle. Son histoire, sa vision d'elle-même, lui ont conféré des responsabilités auxquelles elle ne peut moralement échapper. Si la France est encore un acteur majeur des affaires du monde malgré ses difficultés économiques, c'est parce ce qu'elle en est moralement capable, parce qu'elle en a tant bien que mal préservé les moyens, qu'elle a le courage politique - à droite comme à gauche - de s'engager dans les crises et d'y jouer un rôle central.

    Notre place extraordinaire au Conseil de sécurité des Etats-Unis ne va pas de soi aujourd'hui, d'autant que les critères d'hier - démographiques en particulier - ne valent plus. Cette place est chaque jour remise en cause par d'autres postulants. Nul ne conteste la place des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. En revanche, celles de la Grande-Bretagne et de la France sont fragiles et doivent être défendues. Si Washington se charge personnellement de la Grande-Bretagne, la France est seule pour préserver la sienne. Elle ne peut affirmer sa légitimité qu'en montrant chaque jour sa capacité diplomatique mais surtout militaire à intervenir concrètement dans les affaires du monde et à prendre toute sa place dans leur règlement. Une France incapable d'intervenir militairement dans le règlement des conflits serait une France qui, en quelques mois, devrait laisser sa place à des puissances démographiques ou économiques plus légitimes. Ce que disait Bismarck est toujours vrai : «La diplomatie sans armées, c'est comme un chef d'orchestre sans orchestre !»

    Vous écrivez que «l'européisme militaire est un opium dangereux pour les peuples». Qualifiée d'«impasse conceptuelle» par un rapport du Sénat paru en 2013, la défense européenne est-elle néanmoins envisageable ?

    Notre horizon doit demeurer celui de la mise en place d'une armée européenne. Mais force est de constater que malgré plus de soixante ans d'efforts, cette idée n'a débouché que sur des résultats dérisoires. Tant que l'Europe restera incapable d'assurer la défense des pays européens, chaque pays devra conserver les moyens nécessaires pour assurer la sécurité et la défense de ses citoyens et de son territoire. Ce constat est particulièrement valable pour la France : surexposée stratégiquement, elle est sur-menacée par rapport aux pays qui ne s'engagent pas dans le monde. La France ne peut pas à la fois diplomatiquement prétendre défendre ses valeurs dans le monde, jouer un rôle important dans les relations internationales sans se doter d'une force armée capable de résister aux menaces ou aux risques qu'elle engendre en partie par sa propre posture. C'est une affaire de cohérence d'ensemble et de responsabilité vis-à-vis des citoyens.

    Vous pointez du doigt l'effet pervers de la dissuasion nucléaire. Quels sont les esprits que ce «marchand de sable nucléaire» a endormis ?

    Pour pouvoir réduire le budget des armées sans coût politique, les gouvernements successifs ont sacralisé l'arme nucléaire en expliquant aux Français qu'ils n'avaient rien à craindre: quoiqu'il arrive, ils seraient défendus par l'assurance-vie nucléaire. Les forces conventionnelles ont donc pu être continuellement réduites sans que cela émeuve grand monde ; hélas aujourd'hui, l'évidence de cette tromperie éclate au grand jour. On a ainsi endormi les Français dans un faux sentiment de sécurité en leur faisant croire qu'ils étaient défendus.

    La dissuasion nucléaire n'assure pas la paix et ne dissuade pas de tout ; elle a des angles morts de plus en plus ouverts, pour reprendre l'expression d'Alain Juppé : effectivement la dissuasion nucléaire dissuade l'étatique alors que les menaces sont essentiellement désormais infra-étatiques, le terrorisme par exemple. Ces «angles morts» de la dissuasion se multiplient quand la part budgétaire prise par notre arsenal nucléaire s'accroît. Or, la dissuasion nucléaire ne peut pas fonctionner sans forces conventionnelles robustes : la stratégie atomique suppose une approche intégrale dont les forces conventionnelles ne peuvent être exclues.

    En stratégie de défense - et c'est particulièrement vrai en termes de dissuasion - ce qui compte, c'est l'équilibre d'ensemble plus que la puissance de chacune des composantes. Dans le contexte budgétaire actuel, vouloir à tout prix préserver en l'état notre arsenal nucléaire, c'est altérer sa valeur dissuasive et mettre la France en danger. Stricte suffisance et équilibre global, voilà le véritable objectif ! L'intelligence stratégique ne consiste pas à sacraliser notre arsenal nucléaire, mais à assurer l'équilibre dissuasif entre les deux types de forces, nucléaires et conventionnelles, entre nos capacités de dissuasion et nos capacités d'action. Le coût d'opportunité de la sacralisation du nucléaire, c'est la mort de sa pertinence : sanctuariser la dissuasion, c'est la condamner. C'est cher payé.

    Quelle place le soldat occupe-t-il dans notre société ?

    Pour de multiples raisons, historiques et culturelles, la société française a mis au pas le soldat avant de le rejeter de son monde. Cette spécificité nous vient de la Révolution française qui a fait de l'État le référent suprême. Les armées doivent se plier sans un murmure au pouvoir politique ; c'est un changement complet par rapport aux usages en cours avant la Révolution où un équilibre harmonieux permettait au soldat de tenir toute sa place dans la Nation. Depuis la Première guerre mondiale, la voix des militaires a perdu en légitimité. Deux coups fatals leur ont été portés : la défaite de 1940 - et pourtant c'était la défaite d'un peuple et non pas simplement celle d'une armée - et le putsch des généraux du 21 avril 1961 à Alger. Depuis, l'expression militaire a été considérablement marginalisée et contenue aux problématiques techniques et tactiques. Pourtant, l'expression libre des militaires sur les problèmes stratégiques n'est pas seulement légitime, elle est nécessaire : les restrictions à la liberté d'expression sont les meilleures ennemies de la défense de la France. L'équilibre ne peut s'établir par décret, mais il est sûr que, dans l'intérêt même de la France, l'homme d'Etat doit tout mettre en œuvre pour favoriser l'esprit et l'expression critique dans les armées: or, force est de constater que la tendance est exactement inverse. Les Français doivent en être sûrs, parce qu'ils l'ont payé très cher, en souffrances et en humiliations : la négation des dimensions politique et stratégique du soldat, son cantonnement toujours plus étroit dans ce que l'on baptise à tort son «cœur de métier» constituent une menace directe sur leur sécurité.

    Aujourd'hui, l'image du soldat est rejetée par les nations européennes, qui se veulent «post-modernes», parce qu'il correspond à l'image même d'un monde que l'on souhaite oublier. Nous vivons dans une fausse bulle de sécurité dans laquelle nous voudrions que la violence soit exclue. Mais malheureusement, ce monde exécré existe : il reprend forme aujourd'hui sous ses expressions les plus barbares.

    La pensée stratégique militaire est-elle bâillonnée ?

    Depuis une quinzaine d'années, les officiers ont repris la plume et s'expriment plus fréquemment. Hélas, les publications de la très grande majorité d'entre eux constituent d'excellentes vitrines de leurs propres actions professionnelles au cours des engagements qu'ils vivent au quotidien sur le terrain… et donc d'excellentes vitrines de l'excellence encore maintenue des armées françaises. Mais le propos s'arrête là, parce que l'interdiction faite au militaire de participer au débat stratégique, sauf à exprimer la pensée officielle, a fini par l'écarter de la pensée stratégique qu'il a le devoir d'enrichir mais qu'il n'ose plus exprimer.

    C'est grave. Quand les militaires ne sont pas autorisés à formuler des idées ni à élaborer des stratégies, ils se cantonnent à la pure technicité de leur métier. Ils perdent le goût de la pensée et de son expression, et les meilleurs, ceux dont la France aura besoin aux heures noires ne sont plus attirés par une profession réduite à son rôle technique où ils ne pourront plus faire grandir le meilleur d'eux-mêmes.

    Le problème, c'est que les armées, bien que piliers de la nation, ne sont défendues par personne. Il n'existe pas d'organisme ou de syndicat dont la mission soit la défense des militaires. Le rôle du ministre de la Défense est d'abord d'être loyal vis-à-vis du président, pas de protéger les armées de la France. Depuis trop longtemps, les hommes politiques ont oublié l'intérêt général de la France vite sacrifié sur l'autel des intérêts politiciens ; c'est la première raison de la désorganisation de l'armée française.

    Pourtant les armées françaises ont été profondément réorganisées ?

    Oui, et le résultat est catastrophique car ces réorganisations se sont majoritairement faites au mépris de ce qu'est le soldat et de ce qui fait l'efficacité des armées, leur essence.

    En trois couches successives, au mépris de la spécificité de ce ministère et de sa fonction essentielle, un terrible excès d'interarmisation, de mutualisation mais aussi de civilianisation est venu à bout du bon fonctionnement des armées.

    L'application brutale de la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances), en 2006, a constitué un premier coup majeur. Par un double mouvement d'effacement des chefs d'état-major d'armée et de rehaussement des autres grands subordonnés du ministre, le chef d'état-major des armées reste le seul chef militaire en relation directe avec le ministre, à égalité désormais avec le Secrétaire général pour l'administration (SGA) et le Délégué général pour l'armement (DGA). Le ministère oublie définitivement qu'il est le ministère des armées et que les branches administratives sont là pour les soutenir ; le vieux principe militaire «soutenu/soutenant» est oublié.

    La deuxième étape, en 2009, c'est la RGPP ou révision générale des politiques publiques. Le ministère est profondément affaibli par l'application excessive de principes contraires à l'efficacité militaire. Il va se retrouver «matricialisé» - c'est-à-dire «déresponsabilisé», ce qui va produire le désastre du système de solde Louvois ou le scandale du dépôt de munition de Miramas - et «mutualisé», avec l'aberrante création des Bases de défense.

    Le troisième coup, depuis 2012, c'est la soi-disant «nouvelle gouvernance» du ministère, avec de nouveaux pans de responsabilité enlevés aux chefs militaires et attribués désormais aux grands directeurs : le commandement est dépossédé de la politique des ressources humaines, bien que «l'homme ait toujours été l'instrument premier du combat» et de la réflexion stratégique avec la création de la DGRIS. Au dysfonctionnement global s'ajoute hélas la décrédibilisation des chefs militaires qui se retrouvent impuissants à corriger les disfonctionnements et carences matérielles.

    Ignorante d'une histoire qu'elle préfère ignorer, la société oublie que «l'homme est l'outil premier du combat» selon l'expression d'Ardan du Picq. On constate une double banalisation, celle des armées au sein du ministère, et celle du soldat. Mais on ne peut pas traiter un soldat comme un fonctionnaire ordinaire. Lorsqu'il s'engage pour la France, il reçoit une plaque qui symbolise son destin. Cette plaque a une valeur symbolique extrêmement forte ; le nom et le numéro de matricule sont inscrits sur les deux parties de la plaque. S'il meurt au combat, que l'on perd sa trace, on y retrouvera son identité, lorsqu’on le retrouvera plus tard. On coupe alors la plaque en deux, en en laissant une partie sur le cadavre et en conservant l'autre, que l'on ramène à l'arrière. Comme l'a écrit le colonel Michel Goya, pour le militaire, «la mort est la première hypothèse de travail». Le mépris du soldat, de sa spécificité est une très grave erreur politique.

    La morale chrétienne voudrait qu'on protège le muet. Ici, c'est le contraire. On tire profit du silence de la Grande Muette pour l'affaiblir à moindre coût politique et utiliser son budget comme une variable d'ajustement.

    Après les attentats du 13 novembre, des milliers de jeunes Français ont manifesté leur désir de s'engager dans l'armée. L'espoir est-il possible ?

    La France ne s'en sortira que si elle recrée l'État régalien qui a été bradé au profit de l'État providence. Les armées, la police, la justice, la diplomatie sont aujourd'hui dans un état lamentable. La dégradation des armées est un symbole fort de la déliquescence d'un État régalien qu'il faudra impérativement reconstruire.

    En effet, les jeunes Français se pressent à la porte des bureaux de recrutement. Cela s'inscrit dans un phénomène historique : la guerre appelle le soldat. Un état de guerre engendre la mobilisation. Le deuxième phénomène à souligner, c'est que les citoyens français sont désormais en avance sur leurs politiques. Ils sont prêts à entendre un discours fort, ils sentent que leur patrie est à défendre, et ils attendent que leurs politiques les conduisent vers cette France nouvelle à laquelle ils aspirent. L'indispensable prise de conscience du politique devra être à la hauteur du destin français.

  • Emploi illégal : Le Ministère de la Justice en correctionnelle ?

    Ça devient grave : le ministère de la Justice fait travailler illégalement 40.000 personnes,… et visiblement, ça ne le traumatise pas outre mesure !

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    Un rapport qui fait du bien là où ça fait mal

    Les inspections générales des Finances, des Services judiciaires et des Affaires sociales qui te tombent dessus quand tu n’es pas dans les clous pour l’emploi des salariés, c’est le genre de truc qui te fait oublier deux mois de vacances en moins de temps qu’il ne faut à un ver de terre pour se mettre à poil.

    Et là, les susdites inspections sont tombées sur un client sérieux : Taubira.

    - Tu crois que le ministère de la Justice est au courant ?

    - T’inquiète pas, s’il n’est pas au courant, il va ouvrir une enquête. La France socialiste, qui turlutte contre le mur de l’argent, ne rigole pas sur ce genre de sujet.

    - Mais qui va enquêter ?

    - Ben, le ministère de la justice, ils ont des équipes super-pros pour dénicher le travail illégal.

    - J’espère qu’ils ont assez d’effectifs pour cette enquête…

    - Non, ce n’est pas un problème. Comme il y a beaucoup de travailleurs illégaux au ministère, ce sont de vrais experts. Ils connaissent toutes les combines.

    Le rapport, dont les bonnes pages sont publiées par Le Canard enchaîné, explique que cela concerne les très nombreuses personnes sollicitées de manière quotidienne par les tribunaux : interprètes, experts, médiateurs ...

    Pour certains, c’est pratiquement un temps plein, et en tout cas, ce sont des tâches régulières, liées à l’exécution même de la mission du ministère, comme pour les médiateurs ou les interprètes. Pour d’autres, ce sont des missions plus occasionnelles, pour les expertises judiciaires, mais il s’agit bien de prestations professionnelles effectuées contre rémunération. Pour le moment, c’est du hors-la-loi pur sucre : ni impôt, ni cotisation, ni taxe…

    - On se croirait chez Ben Ali avant la révolution…

    - Tu n’as pas une autre référence, ça m’arrangerait…

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    Bon, tu régularises ou tu fais du boudin ?

    Si c’est un emploi régulier, entrant dans un service organisé, il te faut donner un statut d’emploi, et payer les cotisations sociales. Pour les autre missions, plus ponctuelles, ce sont des prestations rémunérées indépendantes, mais il faut alors payer la TVA.

    Or, que nous dit l’excellent rapport ? « Le ministère de la Justice n'applique aucun assujettissement aux cotisations sociales et assimile les indemnités de ses collaborateurs à des prestations sans pour autant mettre en place les conditions de leur assujettissement à la TVA ». Leur avocat, mon excellent confrère David Dokhan explique : « Ce sont des personnes qui travaillent exclusivement sur réquisition des autorités de police ou judiciaires. C'est 100 % de leur activité professionnelle. Or, ces personnes n’ont pas de bulletin de salaire et aucune protection sociale ».

    Face à une telle solution, il n’y a que deux solutions.

    La première est que tu régularises, en rétablissant les droits des travailleurs. Le rapport a chiffré le coût : un demi-milliard d'euros.

    L'autre solution est que tu fais le canard (non-enchaîné). Tu ne régularises pas,… mais là, tu vas morfler. Tu vas te prendre un recours XXL, et tu payeras le principal, les intérêts et pénalités. En gros, tu doubles, donc c’est un milliard d’euros.

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    On a envie de rire, mais c’est grave

    Du côté du ministère de la Justice (laïque, mais pas sociale…), on nous a refilé un commis d’office pour répondre : « La ministre a la volonté d'agir et de s'emparer du sujet, et un décret est prévu pour début 2016 pour clarifier le statut de tous les collaborateurs du ministère. Et il y aura un versement progressif des cotisations sociales ». Un problème connu il y a dix ans, un rapport de l’été 2014 et un projet de décret pour 2016… Rigolo,... mais pas amusant.

    Je me permets de suggérer à Taubira la lecture de cette excellente circulaire interministérielle du 11 février 2013 relative à la mise en œuvre du plan national de lutte contre le travail illégal 2013-2015, qui énonçait gravement : « La lutte contre le travail illégal est d’abord indispensable pour assurer le respect des droits des salariés : il est inacceptable que, dans une économie développée comme la nôtre, des situations de travail non déclaré perdurent, au détriment des droits essentiels de ceux qui y sont confrontés d’abord, mais aussi des autres salariés, du fait d’une forme de dumping social interne ».

    Au titre des sanctions, § 3.2, la circulaire était quasi-énervée : « Outre la réponse pénale, le procès-verbal établi en matière de travail illégal est une étape essentielle pour la mise en œuvre de la réponse appropriée que ce soit en termes de redressement de cotisations sociales, de redressement fiscal ou encore de sanctions administratives ». Donc on colle Taubira en correctionnelle, et on inflige au ministère un redressement social et fiscal…

    Cette splendide circulaire était signée par le ministère de l’intérieur, celui de l’économie et des finances celui du travail, et celui du budget… mais on avait oublié le ministère de la justice, quel dommage ! 

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  • Les déchets alimentaires pour les réceptions de l’Elysée

    9782369902058_cg.jpgLes destructeurs de la solidarité ont encore frappé. Eh oui, chères amies, chers amis, la France a trop de pauvres et elle ne peut plus nourrir sa population. Après la magnifique manip’ des Restos du cœur – merci à la charité car l’Etat est dépassé par les salauds de pauvres – voici une remarquable réussite socialiste, le libéralisme des poubelles : nourrissons les pauvres avec nos poubelles. Cette loi moderne a enfin été votée.

    Notre destructrice classe prolifique blinde le consensus idéologique pour une société toujours plus égoïste : « Allez, dégagez, bandes de pauvres, vous avez fait exploser la solidarité d’Etat, et bientôt nous n’aurons plus assez de poubelles pour vous nourrir ». Vraiment, on n’est pas déçu d’avoir voté Hollande pour faire barrage au libéralisme sauvage…

    Au passage, je signale, pour donner un ordre de grandeur, que le budget 2014 des Restos du cœur, c’est 180 millions €, dont 100 millions de subventions publiques, que la non-vente des Mistral, c’est une indemnisation de 1.100 millions € et que pour Ecoumov’, les portiques de l’écotaxe, le cachton a été de 800 millions €.  

    Le consensus qui accompagne cette loi « poubelles pour les pauvres », marquant la fin du devoir de l’Etat d’organiser la solidarité, me débecte au plus haut point, mais comme dit Monsieur le Curé, il faut rester positif.

    Alors je propose ceci, qui est simple et imparable :

    - on recycle les aliments des poubelles pour les réceptions de l’Elysée, des ministères et des assemblées parlementaires, parce que, tant qu’à être charitable, autant commencer par soi ;

    - on généralise ensuite aux mairies, aux collectivités locales et aux préfectures ;

    - on alloue les économies ainsi faites à un Fonds de solidarité nationale, destinés à accueillir toujours plus de pauvres, à les sortir de la misère ;

    - on remplace la devise de la République, qui n’est plus « liberté, égalité, égoïsme » mais redevient « liberté, égalité, fraternité ».  

    Vive la solidarité, gardez le cap, on y arrivera ! 

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