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03/01/2013

Rapt et torture : Les Etats-Unis pris la main dans le sac

Avec l’affaire Khaled El-Masri, la Cour Européenne des Droits de l’Homme met en évidence les crimes de torture et de détention arbitraire commis par les Etats-Unis sur le sol européen, ici avec la complicité de la Macédoine.

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Les Etats-Unis sont un Etat voyou qui ne perdure que par sa force armée et l’impunité qu’il s’est créé. Tout le monde le sait, et c’est la même chanson depuis la guerre du Vietnam. Ce petit pays de 320 millions d’habitants, une bricole sur les 7 milliards que connait la planète, assume 45 % des dépenses militaires dans le monde pour imposer sa puissance économique, au service de ses seuls intérêts. C’est la plus grande dictature du monde.

A ce niveau, les méthodes sont les pires : détention arbitraire, torture, absence de recours, atteinte à la vie, violation de souveraineté. Ses dirigeants, qui ordonnent la torture et les assassinats, mériteraient tous de passer devant un tribunal pénal et de finir leurs jours en prison. Mais ils ont deux atouts : leur argent, avec lequel ils corrompent tout ; leur système judiciaire, avec leur très blanche « Cour suprême », qui est la garantie suprême de leur impunité. Et pour blinder le système, ils refusent tout contrôle d’une juridiction internationale. C’est la mécanique du crime incestueux.

Heureusement, il reste l’analyse juridique qui permet de montrer comment tout est fait pour protéger la violence inouïe du système gouvernemental états-unien. De vrais prédateurs.

Heureusement aussi, il reste quelques failles judiciaires. Khaled El-Masri, citoyen allemand, a été arrêté en décembre 2003 à la frontière macédonienne en vertu d’un ordre de la CIA, du fait la proximité de son nom patronymique avec une personne recherchée. Il a été séquestré, battu, violé, emprisonné de manière clandestine en Afghanistan, maintes fois maltraité, pour être finalement relâché en mai 2004.

La réponse judiciaire est très simple :

- la Cour suprême des US a refusé d’examiner sa plainte ; 

- la CEDH a reçu cette plainte, et démontre tout le mécanisme.

La procédure a été dirigée contre le complice, la Macédoine, la CEDH ne pouvant rien faire contre l’auteur principal, les Etats-Unis.

En toute logique, le gouvernement allemand devrait engager des mesures de rétorsion contre le gouvernement états-unien qui maltraite ainsi ses ressortissants… 

Vous rappelez du sinistre John Kennedy et son « Ich bin ein Berliner »… Quelle plaisanterie…  

Voici ci-dessous le résumé de l’affaire par le greffe de la Cour. Je reproduis ce document tel que, hormis de minimes questions de présentation.

 

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I – Les faits

1 – L’arrestation (31 décembre 2003)

Le requérant, Khaled El-Masri, est un ressortissant allemand d’origine libanaise né en 1963 et résidant à Ulm (Allemagne). La police macédonienne l’a arrêté le 31 décembre 2003, à son arrivée en bus en « ex-République yougoslave de Macédoine ». Des policiers l’ont emmené dans un hôtel à Skopje, où il a été enfermé pendant 23 jours et interrogé en anglais, malgré sa maîtrise limitée de cette langue, sur ses liens présumés avec des organisations terroristes. On lui a refusé tout contact avec l’ambassade d’Allemagne. Lorsqu’un jour il déclara qu’il avait l’intention de partir, on le menaça de l’abattre.

2 – Les tortures et le transfert par la CIA

Le 23 janvier 2004, menotté et les yeux bandés, M. El-Masri fut emmené en voiture à l’aéroport de Skopje, où il fut alors roué de coups par des hommes masqués. Il fut déshabillé de force et sodomisé avec un objet. On lui mit une couche et on lui enfila un survêtement bleu foncé à manches courtes. Enchaîné et encapuchonné, soumis à une privation sensorielle totale, il fut traîné de force jusqu’à un avion de la CIA qui était encerclé par des agents de la sécurité macédonienne. Une fois à bord de l’avion, il fut jeté à terre, attaché et mis de force sous sédatifs.

Le traitement auquel il fut soumis, très probablement par une équipe de remise spéciale de la CIA, avant de monter dans l’avion à l’aéroport de Skopje présente une ressemblance frappante avec celui décrit dans un document récemment publié par la CIA, qui détaille le protocole à suivre pour le traitement du « choc de capture » (« capture shock »treatment).

3 – La détention et les interrogatoires en Afghanistan

M. El-Masri fut emmené par avion dans un pays où il faisait plus chaud qu’à Skopje, ce qui lui suffit pour conclure qu’il n’avait pas été renvoyé en Allemagne, comme on le lui avait promis. Il déduisit par la suite qu’il se trouvait en Afghanistan. Selon lui, il fut emprisonné pendant quatre mois dans une petite cellule en béton, sale et sombre, dans une briqueterie près de Kaboul, où il dit avoir été battu à coups de pied et de poing et menacé à plusieurs reprises au cours d’interrogatoires. Le requérant demanda plusieurs fois mais en vain à rencontrer un représentant du gouvernement allemand. Il entama en mars 2004 une grève de la faim pour protester contre sa détention sans inculpation. En avril 2004, 37 jours après le début de sa grève de la faim, il a été nourri de force au moyen d’un tube qui l’a rendu gravement malade et l’a cloué au lit pendant plusieurs jours. En mai 2004, il a entamé une seconde grève de la faim.

4 – Le retour en Allemagne (28 mai 2004)

Le 28 mai 2004, il fut transporté par avion, menotté et les yeux bandés, tout d’abord en Albanie puis en Allemagne. Il pesait alors 18 kilos de moins.

II – Les procédures

Immédiatement après son retour en Allemagne, il prit contact avec un avocat, et il a engagé depuis lors plusieurs actions en justice.

1 – En Allemagne : le secret

En 2004, une enquête fut ouverte en Allemagne sur les allégations du requérant selon lesquelles celui-ci avait été illégalement enlevé, détenu et soumis à des sévices.

En janvier 2007, le procureur de Munich émit des mandats d’arrêt à l’encontre de plusieurs agents de la CIA, dont les noms ne furent pas rendus publics, en raison de leur implication dans la remise alléguée du plaignant !

2 – Aux Etats-Unis : le rejet de la procédure

La plainte déposée en décembre 2005 aux Etats unis par l’Union américaine pour les libertés civiles contre l’ancien directeur de la CIA et des agents non identifiés de la CIA a été rejetée. Selon la décision, qui devint définitive avec le refus de la Cour suprême américaine de contrôler l’affaire en octobre 2007, l’intérêt de l’Etat à préserver les secrets d’Etat primait l’intérêt individuel du requérant à obtenir justice.

3 – En Macédoine : le rejet de la plainte

M. El-Masri a déposé une plainte pénale en octobre 2008 en « ex- République yougoslave de Macédoine » contre des membres non identifiés des forces de l’ordre pour détention et enlèvement illégaux fut rejetée par le procureur de Skopje en décembre 2008.

Selon la version du gouvernement de « l’ex-République yougoslave de Macédoine », M. El-Masri serait entré sur le territoire de ce pays le 31 décembre 2003, aurait été interrogé par la police au motif qu’il était soupçonné de voyager avec de faux papiers, aurait été autorisé à entrer sur le territoire et aurait quitté celui-ci en franchissant la frontière vers le Kosovo, ce qui un mensonge grossier.

4 – Enquête du Conseil de l’Europe : le rapport Marty

Le cas de M. El-Masri a été discuté dans le contexte d’enquêtes internationales concernant des allégations de « remises extraordinaires » en Europe et l’implication des Etats européens. En particulier, en 2006 et 2007, la Commission des Affaires juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui désigna le sénateur suisse Dick Marty en tant que rapporteur, enquêta sur ces allégations.

Le rapport Marty de 2007 conclut que le cas du requérant était un « exemple documenté de remise », et que la version des faits du gouvernement macédonien était « indéniablement devenue insoutenable ».

Le rapport se fondait notamment sur les éléments suivants :

- des registres de bord confirmant qu’un avion commercial affrété par l’administration fédérale de l’aviation américaine a atterri à l’aéroport de Skopje le 23 janvier 2004 et a redécollé le même soir pour Kaboul via Bagdad ;

- les registres de bord confirmant qu’un avion affrété par la CIA a décollé de Kaboul le 28 mai 2004 et a atterri à une base aérienne militaire en Albanie ;

- l’analyse scientifique des follicules pileux de M. El-Masri, effectuée au cours d’une enquête pénale menée en Allemagne, qui accrédite le récit du requérant concernant son séjour dans un pays d’Asie du Sud et sa privation prolongée de nourriture ;

- les enregistrements géologiques qui corroborent ses souvenirs concernant des tremblements de terre de faible amplitude survenus pendant sa détention alléguée en Afghanistan ;

- les croquis de la prison afghane dessinés par le requérant, qui ont permis à une autre victime d’une « remise », détenue elle aussi par des agents américains sur le territoire afghan, de reconnaître immédiatement les lieux.

4 – Le Bundestag : une enquête parlementaire

En avril 2006, le Bundestag allemand institua une commission d’enquête en vue d’examiner les activités des services secrets. Cette commission entendit M. El-Masri.

Dans son rapport, elle conclut notamment que le récit qu’avait fait l’intéressé de son emprisonnement en « ex-République yougoslave de Macédoine » et en Afghanistan était crédible.

5 – La saisine de la CEDH : la Macédoine reconnait le rôle de la CIA

Dans le cadre de la procédure devant la Cour européenne des droits de l’homme, M. H.K., qui fut ministre de l’Intérieur de l’ex-République yougoslave de Macédoine à l’époque de la détention de M. El-Masri, fit une déposition écrite en mars 2010.

Il y confirmait en particulier que les autorités macédoniennes, agissant en vertu d’un mandat d’arrêt international valablement émis par les autorités américaines, avaient appréhendé le requérant puis l’avaient détenu au secret et sous la surveillance constante d’agents des services secrets de l’Etat quelque part à Skopje. Il ajoutait que l’intéressé avait ultérieurement été livré à une « équipe de remise » de la CIA à l’aéroport de Skopje et avait quitté le territoire macédonien à bord d’un avion affrété par la CIA.

 

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III – Décision de la Cour

1 – Traitements inhumains et dégradants

La force physique n’a pas été employée contre M. El-Masri pendant son séjour à l’hôtel. Toutefois, sa mise à l’isolement pendant 23 jours dans cet hôtel, dans le cadre d’une opération secrète, dans un état d’angoisse permanent du fait de l’incertitude qui entourait le sort qui lui serait fait pendant les séances d’interrogatoire, n’a pu manquer de susciter chez lui un sentiment de détresse émotionnelle et psychologique. Ces traitements lui ont été infligés intentionnellement, afin de lui extorquer des aveux ou des renseignements sur ses liens présumés avec des organisations terroristes. De plus, la menace selon laquelle il serait abattu s’il tentait de quitter l’hôtel revêtait un caractère réel et immédiat.

Compte tenu de tous ces éléments, la Cour estime que l’épreuve infligée à M. El-Masri pendant son séjour à l’hôtel s’analyse à plusieurs égards en des traitements inhumains et dégradants contraires à l’article 3.

2 – Torture

Le traitement subi par M. El-Masri à l’aéroport de Skopje alors qu’il se trouvait aux mains d’une équipe de remise spéciale de la CIA – qui l’a roué de coups, sodomisé, enchaîné et encapuchonné et soumis à une privation sensorielle totale – l’a été en présence de fonctionnaires de « l’ex-République yougoslave de Macédoine » et sous la juridiction de celle-ci. La responsabilité du gouvernement macédonien était donc engagée concernant ces actes commis sur son territoire par des agents d’un Etat étranger. Il n’a présenté aucun argument propre à expliquer ou justifier l’intensité de la force utilisée contre le requérant ou la nécessité des mesures invasives et potentiellement dégradantes prises à son encontre. Ces mesures ont été employées avec préméditation dans le but d’infliger à M. El-Masri des douleurs ou souffrances aiguës pour obtenir de lui des renseignements.

De l’avis de la Cour, pareil traitement s’analyse en torture et emporte violation de l’article 3.

3 – « Remise extraordinaire » : le rapt international

La Cour estime que la responsabilité du gouvernement de « l’ex-République yougoslave de Macédoine » est engagée pour avoir exposé M. El-Masri à un risque d’autres traitements contraires à l’article 3 en le remettant aux autorités américaines. Elle relève que rien ne prouve que le transfert du requérant ait été effectué en vertu d’une demande légitime d’extradition. Il ressort à l’évidence des registres d’aviation que les autorités macédoniennes connaissaient la destination de l’avion. De plus, des documents rendant compte de pratiques employées par les autorités américaines pour interroger les personnes soupçonnées de terrorisme, qui sont manifestement contraires aux principes de la Convention, étaient déjà dans le domaine public.

Dès lors, les autorités macédoniennes savaient ou auraient dû savoir à l’époque des faits qu’il y avait un risque réel que le requérant fût soumis à des traitements contraires à l’article 3. Or elles n’ont demandé aux autorités américaines aucune assurance propre à éviter au requérant un tel risque. Pour la Cour, le transfert du requérant s’analyse en une « remise extraordinaire ».

Dans une de ses précédentes décisions, (Babar Ahmad et autres c. Royaume-Uni, nos 24027/07, 11949/08 et 36742/08 6 juillet 2010), la Cour a défini la notion de « remise extraordinaire », utilisée par les services secrets britanniques et le Conseil de sécurité, comme désignant le « transfert extrajudiciaire d’une personne de la juridiction ou du territoire d’un Etat à ceux d’un autre Etat, à des fins de détention et d’interrogatoire en dehors du système juridique ordinaire, la mesure impliquant un risque réel de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

4 – Mauvais traitements et absence de recours

La Cour observe que le requérant a porté ses allégations de mauvais traitements à l’attention du ministère public macédonien, en les étayant par des éléments venus au jour dans le cadre des enquêtes menées au niveau international et dans des Etats étrangers. L’Etat avait donc l’obligation de mener une enquête effective sur ces griefs.

Or, hormis une demande d’informations adressée au ministère de l’Intérieur, la procureure chargée de l’affaire n’a pris aucune mesure d’investigation relativement aux allégations du requérant avant de décider de rejeter la plainte pour insuffisance de preuves. En particulier, elle n’a pas entendu M. El-Masri ni le personnel qui travaillait à l’hôtel à l’époque où celui-ci y aurait été détenu. Elle n’a pas davantage pris de mesure pour établir le but de l’atterrissage de l’avion dont on soupçonnait qu’il avait été utilisé pour transférer le requérant vers l’Afghanistan, ou pour établir l’identité du passager qui se trouvait à bord de l’avion cette nuit-là.

L’attitude de la procureure qui s’est fondée exclusivement sur les informations données par le ministère - dont les agents étaient soupçonnés d’avoir participé au mauvais traitement allégué par M. El-Masri - n’est pas conforme à ce que l’on pouvait attendre d’une autorité indépendante. Dans ses observations, le Gouvernement admet aussi que l’enquête menée par les autorités de poursuite n’a pas été effective, mais il impute cette carence au retard avec lequel le requérant aurait présenté sa plainte pénale et au fait que celle-ci aurait été déposée contre X.

La Cour souligne la grande importance de la présente affaire non seulement pour M. El-Masri mais également pour les autres victimes de crimes similaires et pour le grand public, qui ont le droit de savoir ce qui s’est passé. Elle conclut que l’enquête sommaire qui a été menée dans cette affaire ne saurait être considérée comme une enquête effective propre à conduire à l’identification et à la punition des responsables des événements allégués et à l’établissement de la vérité. Dès lors, il y a également eu violation de l’article 3 en raison du défaut d’enquête effective sur les allégations de M. El-Masri.

5 – Satisfaction équitable

La Cour dit que « l’ex-République yougoslave de Macédoine » doit verser au requérant 60 000 euros (EUR) pour dommage moral.

 

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Respect

30/10/2011

Obama va-t-il dégager de l’UNESCO ?

441px-Coat_of_arms_of_Palestine_svg.pngLes Etats-Unis veulent dégager de l’UNESCO parce que la Palestine va y entrer ? Banco ! Ça illustrerait un peu, pour ceux qui ont tant de peine à ouvrir les yeux, l’obscurantisme du gouvernement étatsunien.

Quand on focalise trop sur nos affaires européennes ou celles de l’Oncle Sam, on en arrive à oublier que pour la très grande majorité des Etats de la planète, la Palestine est un Etat. Un Etat sous occupation militaire, mais un Etat : les deux ne sont en rien inconciliables: l’Allemagne fédérale a été proclamée et reconnue alors qu’elle était sous occupation militaire, et l’occupation a ensuite pris fin. En réalité, tous les Etats sont d'accord pour la Palestine. Les seuls qui bloquent sont les US – on a vu comment Obama met en œuvre la politique que lui dicte Netanyahou – et ils mettent la pression au max.

Pour ceux qui auraient un doute, je précise que l’Europe a signé un traité de coopération économique avec l’Autorité Nationale Palestinienne. Cet accord reconnait comme territoire de la Palestine celui dit de la frontière d’avant 1967, et la Cour de Justice de l’Union Européenne a validé cette lecture du droit international, disant que seuls les dirigeants Palestiniens peuvent exercer l’autorité dans ce territoire (Arrêt Brita, 15 février 2010). Où est donc le problème ?

Les Palestiniens, qui siègent à l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) avec le statut de « mission d’observation », ont demandé l’adhésion de la Palestine comme Etat membre, et le vote est prévu ce lundi 31. Le vote doit être acquis à une majorité des deux tiers des 193 membres, mais l’évidence de la Palestine est telle que les Palestiniens sont assurés d’obtenir cette majorité.

Obama s’agite dans tous les sens, avec cet argument clé : si la Palestine est admise, on se casse avec notre contribution de 22% du budget. Eh, bien, qu’ils se cassent, et basta ! L’UNESCO a déjà vécu sans les US, de 1984 à 2003, et la terre avait continué de tourner. Tant pis pour eux, et tant mieux pour nous. La Palestine qui revendique sa place dans le monde de la culture et les Etats-Unis prennent peur... c’est un bel et bon aveu, qui ramène à peu de choses les déclarations faisandées de Barack et Hillary sur les valeurs US et toute la sauce. Au moins c’est clair.

J’espère que les dirigeants palestiniens et l’assemblée générale de l’UNESCO renverront les dirigeants US à leur inculture. Mais une petite question au passage. Pourquoi les Etats-Unis qui assurent à eux-seuls 44% des dépenses militaires dans le monde ne s’engagent-ils que pour 22% des dépenses pour la culture au sein de l'UNESCO ?

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Eglise de la Nativité, Bethléem, Palestine

22/06/2011

La peine de mort coûte trop cher !

bob-le-flambeur.jpg308 millions de dollars pour assassiner une personne : ce chiffre astronomique est le coût de la peine de mort en Californie.  

Dans cet Etat, on a compté en 32 ans 13 assassinats judiciaires, encore appelés « peines de mort ». Des chiffres plutôt faibles, au regard des belles moyennes nationales : en 2010, aux Etats-Unis, 46 personnes ont été victimes de ces meurtres avec préméditation dans les 34 Etats qui pratiquent cette grande valeur de civilisation.

46 par an, soit un par semaine, c’est un résultat très honorable, mais en réalité, le système est loin d’être performant : 3.200 détenus ont été condamnés à mort et cherchent à bloquer l’exécution en multipliant les recours, ce qui fait exploser les coûts. .  

Pour la Californie, ce coût s’est élevé à 4 milliards de dollars depuis 1978, soit 184 millions par an et 308 millions par personne assassinée, comme le révèle une étude de la très sérieuse Loyola of Los Angeles Law Review, rédigée par un juge, Arthur L. Alarcon, et un professeur de droit, Paul M. Mitchell.

En moyenne, un assassinat judiciaire coûte 20 fois plus qu'une autre procédure. La cause de l’envolée des coûts n’est pas l’exécution mais le couloir de la mort. Un délai de 25 ans d’attente n’a rien d’extraodinaire, et pendant ce temps les recours se multiplient, dont de nombreux à la charge de l’Etat. Pour ces Etats ploucs, c’est une double peine financière : on paie une longue peine et ensuite tout le fatras de l’assassinat judicaire.

En 2009, l’Etat du Nouveau-Mexique avait mis en avant le coût pour renoncer à cette crapulerie légale, mais récent un sondage Gallup montre que parmi les 64% d'Etats-Uniens qui se prononcent en faveur de l’assassinat judicaire seulement 11% d'entre eux prennent en compte l'argument économique. Peu importe le coût, il faut tuer.

C’est bien connu...

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20/05/2011

Je découvre la prison privée

go_to_jail.jpgOn apprend tous les jours : pour éviter la prison, il est possible de recourir à la prison privée. DSK a été remis en liberté… « en liberté » ? Que veulent dire les mots ?

Cette prison à domicile a pour acteur pivot des sociétés privées, agréées par la Justice US. D’abord, il faut trouver  un appartement offrant des garanties de sécurité, et cette société fait un rapport au tribunal pour dire que les lieux se prêtent à une détention. On installe aussi des caméras de surveillance, avec le plan qui montre que tous les espaces de l’appartement sont under control.

Ensuite, il faut de l’argent. Un dépôt de 1 million de dollars, et une garantie de 5 millions.

Ca ne suffit pas. La personne libérée remet son passeport, et se fait coller un bracelet électronique. Elle signe une déclaration sur l’honneur affirmant qu’elle ne quittera pas les lieux, qu’elle ne se rendra pas à l’ambassade et qu’elle renonce au bénéfice de la convention d’extradition. Les visites sont contrôlées, et limitées à moins d’une par jour dans la semaine.

Et vient le pire : une surveillance armée en permanence, pour un contrôle de visu.

Au moindre manquement, c’est le retour à la prison, celle de l'Etat.

Ce qui se passe à New-York nous pose une série de questions.jail%20n%20bail.png

Ce n’est plus la prison d’Etat, oui, mais ce sera une épreuve terrible que cette détention privée, et cette surveillance obsessionnelle – avec bracelet, caméra, surveillance des gardiens, armes, alarmes – et pendant quatre mois, le procès étant fixé pour le début septembre. J’imagine que les sociétés qui obtiennent les agréments pour ce genre de mission doivent avoir un cahier des charges impressionnant. Dans le régime juridique français, les personnes placées en résidence surveillée ou sous bracelet électronique, mais qui finalement restent libres chez elles, nous disent toutes qu’au-delà de deux ou trois mois, la pression psychologique, qui crée le sentiment de dessaisissement de soi-même, est terrible. Alors, évidemment c’est une bonne nouvelle pour DSK et ses proches, mais il lui faudra une force de caractère exceptionnelle pour tenir, et ce alors qu’il vivra dans l’incertitude du procès à venir.   

Ensuite, quelle méfiance de la part de la Justice ! Le juge ne fait confiance en rien. Il ne se fonde ni sur les dépôts d’argent – 5 millions de dollars – ni sur les engagements solennels pris par DSK, et il se moque de l’absence de précédent judiciaire. Non, il lui faut la garantie d’un contrôle effectif et permanent. La confiance ne fait pas partie du langage de cette décision de justice.

Et le budget,… La liberté, à supposer que cette détention privée puisse être qualifiée de liberté, n’a pas de prix, oui, mais elle a un coût. Astronomique. Louer l’appartement et l’équiper, mais surtout payer une société de surveillance qui assure la permanence de trois gardiens. Déposer cash un million de dollars et apporter une garantie bancaire pour cinq. Combien peuvent se payer ce luxe ? C’est donc une justice qui refuse d’entrer dans le jeu de la confiance et qui accepte les régimes les plus discriminatoires.  

Ces régimes, parfaitement rodés aux US, risquent-ils de débarquer en France ? A priori, on en est loin. Mais quand je lis ce soir les réactions enthousiastes, je m’inquiète. Cette détention privée pour DSK est un précédent pour un Français, et je parie que cette idée commence déjà à tourner dans les hautes sphères : les prisons étant débordées, pourquoi ne pas permettre cette prison privée à ceux qui en ont les moyens ? Quitte à vendre l'idée même de liberté...

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02/03/2011

US : Petite leçon sur la liberté d’expression

FirstAmendment.jpgLa scène se passe en 2006, dans le Kansas. Une famille célébrait religieusement les funérailles de leur fils, Lance Matthew Snyder, un jeune soldat de 20 ans, tué cinq semaines après son arrivée en Irak. La guerre du Bien contre le Mal.

Devant l’Eglise, et dans le silence du recueillement familial, un groupe de fachos illuminés, l'église Westboro, a envoyé ses sbires pour lesquels les soldats américains tombent au combat parce que l'Amérique s'est perdue dans le péché. « Dans le péché » ? Traduction : l'homosexualité, le mère de tous les vices.

La famille du défunt avait été accueillie par les membres de cette secte homophobe, vomissant ses slogans de merde sur le cercueil : « Merci mon Dieu pour les soldats morts ! », « Soldats pédés ! ».

Il s’en est suivi, on le devine, une série de recours, et hier la Cour suprême a rendu son arrêt : huit voix sur neuf… pour refuser de condamner les membres de la secte, au regard du Premier amendement, qui garantit la liberté d'expression.

Dans un silence religieux, si j’ose dire, je lis cet arrêt de la Cour.

« La parole est puissante. Elle peut pousser les gens à agir, les faire pleurer, de joie ou de tristesse, et leur infliger, comme c'est le cas ici, une grande souffrance", explique la Cour suprême dans son arrêt.

« Mais nous ne pouvons répondre à cette souffrance en punissant celui qui s'est exprimé.

« En tant que nation, nous avons choisi une voie différente, qui est de protéger la liberté d'expression, même quand elle peut blesser, sur les questions de société, pour faire en sorte que nous n'étouffions pas le débat public ».phelpswestchurch.jpg

Une révolution ? Non, juste le rappel des base. La jurisprudence de la Cour suprême ne fixe comme limites au Premier amendement que les propos obscènes et l'incitation au crime. Une immense liberté qui, en 1989, l'a conduit à direcontraire à la constitution les lois interdisant de brûler le drapeau américain.

L’église de Westboro, une bouse dégénérescente ? Oui, assurément. Mais l’idée de munir une idée qui s’exprime, aussi pourrie que soit cette idée, et tant que c’est une idée, doit pouvoir s’exprimer, … pour être combattue dès le lendemain.

Albert Snyder, le père du jeune soldat, avait obtenu en première instance 11 millions de dollars de dommages et intérêts pour s'être vu infliger une « détresse morale ». Mais la décision avait été cassée en appel. Le premier amendement, c’est du solide, une base d’identification.

Si une idée existe, elle doit s’exprimer. Etre là, dans le champ démocratique, soumises à tous les vents de la contradiction. Pour conclure, comme le fait la Cour suprême : « L'église de Westboro pense que les Etats-Unis sont moralement corrompus. Mais il est fort probable que les Américains pensent de même à son endroit ».

Si on veut combattre les plus pourries des idées, il faut les laisser s’exprimer. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Un dernier point, qui fonde ce régime vrai de la liberté d’expression. Depuis la nuit de temps, confirmée par le sort tragique de Galilée, les idées nouvelles destinées à devenir des piliers du pacte social, sont toujours au départ ressenties comme de destructrices lubies. Laissons donc toutes les idées dans le champ social, permettons leur de librement s’exprimer, et encourageons les plus frontales des critiques. C’est la méthode de la sagesse, loin des lois qui prétendent faire le tri entre les pensées autorisées et celles qui sont interdites. Des pensées légales et d'autres illégales : la fin d'un monde.

En clair, ce sont des salopards. Mais comment combattres les salopards si on ne connait pas leurs idées ?

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