26.08.2009
Grève du sexe : C’est la lutte finale !
Marx et Freud ringardisés par les femmes kenyanes : grève du sexe pour la satisfaction de revendications non sexuelles, genre droits sociaux et égalité homme/femme. Mais où vont-elles chercher tout ça…
La femme est l’avenir de l’homme, disait mon ami Louis Aragon. Mais, répondent les militantes du Kenya, cette femme du désir peut te tuer avec la pire des grèves, et te transformer en légume dépressif. Et oui, un danger domine le monde : l’abstinence revendiquée pour faire plier l’homme ! Parce que la Veuve Poireau, ce n’est pas un avenir.
En guise de préliminaires, c’était une grève perlée : dix associations de femmes avaient appelé les Kényanes à l’abstinence le 29 avril. Revendication : mettre un terme aux disputes entre le président Mwai Kibaki et le premier ministre Raila Odinga, un couple d’enfer qui bloque toute évolution du pays. Et ça ne rigolait pas : l’épouse du Premier ministre s’était jointe au mouvement. Euh, en fait, à l’absence de mouvements. 
Agnès Leina, chargée de programme à la Coalition sur la violence contre les femmes (Covaw), a souligné à Afrik.com que la cause était la situation sociale : « La grève n’était pas à propos de sexe mais de gouvernance et de la colère des Kényans. En ce moment, il y a une sévère sécheresse. Il n’y a pas assez à manger et le prix des denrées alimentaires est très élevé, ce qui pénalise en premier lieu les femmes et les enfants ». Et n'oublions pas les violences post-électorales ont été terribles, et plombent l’avenir : « Beaucoup vivent encore dans des camps de déplacés. Ils manquent cruellement de nourriture, d’abri et demandent que des dirigeants s’occupent d’eux ». Pour finir, Agnès Leina soulignait que l’instabilité au Kenya « affecte les plus pauvres et les enfants, qui n’ont personne pour parler en leur nom. D’où cette grève ».
Rukia Subow, présidente de Maendeleo Ya Wanawake Organisation (MYWO), la plus ancienne association de femmes du Kenya, avait ensuite appelé à une prolongation de la grève jusqu’au 6 mai, de quoi ébranler le système patriarcal du pouvoir. Miracle : menacés par le péril, les deux plus hauts responsables du pays ont accepté de reprendre leur travail en commun, avec le 4 mai, une entrevue entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, et le 7 une réunion de cabinet. Peut-être aussi de réunions de boudoir, mais le Journal Officiel est resté muet.
Vous avez bien compris : cette grève est une forme nouvelle du blocage des trains, mais dont les effets sont radicaux.
Heureusement pour le moral des troupes, les échos de cette grève du sexe, une première dans l’histoire des luttes et de la turlutte, étaient restés confinés. Mais hélas, la menace réapparaît dans le contexte des élections gabonaises.
Cette fois-ci, le jeu est franchement inattendu. C’est un homme, Samuel Ntoutoume Ndzeng, président du Mouvement de Libération des Gabonais (MLG), qui appelle à une « grève du sexe illimitée » en cas de victoire d'un homme à la présidentielle du 30 août prochain. Samuel n’y va pas par quatre chemins : « Nous dormirons avec nos habits ». Bref, c’est la perspective d’une grève générale, et en forme d’abnégation, car le but de cette grève est que « le pouvoir doit revenir aux femmes ». Samuel lance les somations : « Les hommes commenceront leur mouvement dès le 30 au soir si c'est un homme qui est élu ».
Dans ce genre de conflagration sociable, il faudra une voie sage pour se situer au dessus des partis, ce qui est possible, et au dessus des parties, ce qui semble plus difficile. Mais si la grève qu’envisage Samuel peut se comprendre – c’est le tour des femmes – peut-on raisonnablement envisager que la sagesse, niée par les urnes, puisse venir des burnes ?

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