Avertir le modérateur

gabon

  • Fraude : Ali Bongo aurait pu mieux faire

    Pour être franc, je dois dire qu’Ali Bongo m’a déçu. Connaissant son savoir-faire, je pensais à une jolie machinerie pour s’imposer comme vainqueur factice de la présidentielle. Or, notre ami nous a fait un coup de débutant… un accès de faiblesse pour ce candidat au prix Nobel de la rouerie politique.

     

    Au Gabon, l’élection présidentielle se joue à un tour. Donc c’est simple : il faut être en tête au premier tour, car c’est le seul. Alors que s’est-il passé pour parvenir à déclarer élu Ali Bongo avec 49,80% des voix, devant Jean Ping, à 48,23%, soit 5 594 voix d’avance ?   

     

    Dans huit provinces, les résultats sont acceptés de part et d’autre : Jean Ping sort en tête, avec 60.000 voix d’avance, soit 10% des électeurs. C'est net et propre. 

     

    Aïe, comment faire ? Heureusement, il reste la 9eme province, le Haut-Ogooué, qui est la terre natale de la famille Bongo. Alors, tout simple. On invente une participation maximale, avec un taux de participation de 99,93% soit 68 399 votants – quel sens civique exemplaire, alors que le taux national est à 59 % ! – et on ajoute un score de 95,46 % pour Ali Bongo. En pratique, le mec rafle 65 073 bulletins en sa faveur contre 3 071 pour Jean Ping. Miracle : il rattrape son retard, et se retrouve élu, avec les 5 594 voix d’avance sur Jean Ping. Elle est pas belle, la démocratie ? 

     

    L’opposition, qui était présente dans les bureaux de vote du Haut-Ogooué, a fait les comptes. Seules 29 114 personnes ont voté, et Ali Bongo arrive en tête avec 24 910 des voix, soit 86% des suffrages exprimés. Pas mal…. Mais cela fait 44 000 suffrages en moins, et au final c’est Jean Ping qui gagne la présidentielle avec 38 000 voix d’avance.

     

    Pour le reste, la situation est bien triste pour le peuple gabonais encore prisonnier de ce système Bongo, pur produit de la Françafrique. Ce petit pays d’1,8 million d’habitants dispose de richesses importantes, avec le pétrole, les bois précieux les ressources minières (manganèse, fer, uranium, diamants…).

     

    Mais tout est sous le contrôle du clan, et des parts entières du peuple restent dans la précarité. Jean Ping a été un membre éminent de ce clan, ex-beau-frère d’Ali, multipliant les ministères du temps d’Omar Bongo, et qui n’avait déclaré s’opposer à Ali qu’en 2014, pour préparer la présidentielle…

     

    La fraude est bien réelle, mais les 40 % d’abstention en disent long quant à la confiance de la population…

    ali_bongo_abcnews-2013-04-21_0.jpg

    " Pourtant, j'ai une bonne tête de président, non ? " 

  • Bongo n’a pas été élu : la France, puissance coloniale, reconnait son coup de force

    El Blanco, l’enfant de chœur de George W. Bush, déstabilisé par l’humoriste Jérémy Ferrari... C’était samedi soir lors de l’émission de variété On n'est pas couché  … et on se retrouve avec une crise au Gabon, à huit mois de présidentielles très incertaines pour le « président » Ali Bongo, qui est en réalité le concierge de Total, Bolloré et consorts, au détriment des intérêts de son pays et de son peuple.

    Jérémy Ferrari, excité comme une puce, branche El Blanco à propos de la présence de Bongo à la marche pour la liberté d'expression le 11 janvier 2015 à Paris, après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hypercacher, et suit ce dialogue, avec El Blanco qui réplique :

    - Vous retenez Ali Bongo, moi je retiens le président de l'Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien, mais surtout un autre Africain, élu lui, Ibrahim Boubacar Keïta.

    - Ah, parce qu'il n'est pas élu Ali Bongo finalement ?

    - Non. Pas comme on l'entend.

    Bingo ! Gros incident diplomatique le lendemain, consultations tous azimuts, rappel de l’ambassadeur du Gabon en France… Ali Bongo joue au grand fâché car il veut entretenir le mythe selon lequel il aurait été élu en 2009, alors que tout le monde au Gabon sait qu’il a été nommé comme pantin pour servir les intérêts de la puissance coloniale. Les pays africains, tel le Gabon, restent attardés car ils subissent le joug de la puissance politique et économique de la France. La décolonisation reste à faire, et le jour où elle se fera, ce sera pour virer la France qui maintient le peuple gabonais dans cette insupportable domination.

    L’élection de 2009 n’avait été qu’une mise en scène pour permettre à la France d’introniser Ali Bongo, qui était alors ministre de la défense de son papa.

    Pour montrer que tout était parfaitement clair dès 2009, je reproduis ici un entretien avec Odile Biyidi, présidente de l'association Survie, publié dans Le Monde du 14 septembre, juste après la nomination du pantin par la puissance coloniale.

    Un jour le Gabon accédera-t-il à l'indépendance, virera-t-il la puissance coloniale, et lui présentera-t-il l'addition ? May be...

    1387567_3_ef90_nicolas-sarkozy-et-le-president-du-gabon-ali.jpg

    L'élection gabonaise est un coup de force

    Interview d’Odile Biyidi par Antonin Sabot, Le Monde du 14 septembre 2009

    La commission électorale gabonaise a désigné Ali Ben Bongo comme vainqueur de l'élection présidentielle. Il succédera à son père qui avait dirigé le pays pendant 41 ans. Des émeutes ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, dénonçant des fraudes lors du vote. Les manifestants s'en sont aussi pris à des symboles de la présence française dans le pays, en attaquant une station essence Total et le consulat français à Port-Gentil. Odile Biyidi, présidente de l'association Survie – qui mène des campagnes d'information pour une réforme de la politique de la France en Afrique – dénonce elle aussi un coup de force et la perpétuation d'un système d'influence entre la France et l'Afrique.

    Pour vous, l'élection d'Ali Ben Bongo à la place que tenait son père depuis 1967 est entachée d'irrégularité ?

    Oui. Les premières constatations dans les bureaux montraient une avance considérable des deux candidats d'opposition (Pierre Maboundou et Andre Mba Obame) et Ali Bongo arrivait assez loin en troisième position. Ce résultat est un coup de force. Il n'a même pas été annoncé à l'unanimité car le procès-verbal n'a pas été signé par tous les membres de la commission. Il y a eu beaucoup d'affrontement au sein de cet organe qui a longtemps tergiversé pour remettre les résultats. Quoi qu'il en soit, la décision finale n'apparaît pas très correcte et légale. Mais aujourd'hui, il n'y a pas de possibilité de vérification car rien n'est transparent dans la procédure de dépouillement ou dans les chiffres. Ces derniers apparaissent très partiels et on n'a même pas de chiffre de la participation. Rien n'est correct dans ces résultats.

    Après 41 ans de règne sans partage, on attendait beaucoup de la première élection réellement pluraliste du Gabon. Est-ce un espoir déçu ?

    On a le témoignage de Marc Oma, un leader tout à fait reconnu de la société civile, qui dit que la victoire d'Ali Bongo était déjà annoncée avant même le dépouillement. C'est dans la continuité totale des années précédentes. C'est ça qui est le plus désolant, l'absence de changement dans les pratiques de fraude, de mainmise sur tous les organes du pouvoir, de la justice à la commission électorale. Avant les élections, Ali Bongo ne voulait même pas démissionner de son poste de ministre de la défense. Il a fallu qu'il y soit contraint, mais en fait c'est resté formel. Il détenait toujours tous les rouages du pouvoir pendant la campagne.

    Les manifestants s'en prennent notamment aux "intérêts français" au Gabon. Pourtant Paris s'est défendu de toute ingérence.

    Les Français peuvent croire les déclarations d'Alain Joyandet [secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie] selon lesquelles la France est restée neutre. Mais les Gabonais y voient une sacrée plaisanterie. Pour eux la présence des intérêts français est tellement évidente dans leur pays. La présence écrasante du contingent français reste intimidante pour les manifestations de l'opposition. Il y a aussi des intérêts dans le pétrole, le bois et l'uranium. Bolloré vient par exemple de créer une société de service et de transport pour aider les entreprises à venir exploiter les ressources du Gabon, notamment les entreprises chinoises. Et c'est Pascaline Bongo qui est présidente de cette société. On voit bien là les intrications d'intérêt des Français avec le clan Bongo.

    Là encore, pour vous on est dans une certaine continuité, mais quel est l'intérêt de la France à voir au pouvoir un candidat plutôt qu'un autre ?

    La France a envoyé des observateurs complaisants qui ont déclaré avant même le moindre contrôle que les élections s'étaient bien passées. Un certain nombre de proches de Bongo sont venus se faire "briefer" en France avant les élections. De toute façon se sont des gens qui passent toutes les semaines en France, qui y ont des résidences, des proches. Leur staff est français. Tout ceci est dans la continuité d'une complicité qui repose sur beaucoup de trafics inavouables. Il n'y a pas que les activités commerciales "normales" comme le bois où le pétrole. Il y a tout le système occulte des commissions et rétro-commissions. S'il y avait un changement, beaucoup de choses pourraient être déterrées. Avec Bongo, il n'y aura aucun changement.

  • Grève du sexe : C’est la lutte finale !

    raffaele_fragile1.gifMarx et Freud ringardisés par les femmes kenyanes : grève du sexe pour la satisfaction de revendications non sexuelles, genre droits sociaux et égalité homme/femme. Mais où vont-elles chercher tout ça…

    La femme est l’avenir de l’homme, disait mon ami Louis Aragon. Mais, répondent les militantes  du Kenya, cette femme du désir peut te tuer avec la pire des grèves, et te transformer en légume dépressif. Et oui, un danger domine le monde : l’abstinence revendiquée pour faire plier l’homme ! Parce que la Veuve Poireau, ce n’est pas un avenir.

    En guise de préliminaires, c’était une grève perlée : dix associations de femmes avaient appelé les Kényanes à l’abstinence le 29 avril. Revendication : mettre un terme aux disputes entre le président Mwai Kibaki et le premier ministre Raila Odinga, un couple d’enfer qui bloque toute évolution du pays. Et ça ne rigolait pas : l’épouse du Premier ministre s’était jointe au mouvement. Euh, en fait, à l’absence de mouvements. 000256480.jpg

    Agnès Leina, chargée de programme à la Coalition sur la violence contre les femmes (Covaw), a souligné à Afrik.com que la cause était la situation sociale : « La grève n’était pas à propos de sexe mais de gouvernance et de la colère des Kényans. En ce moment, il y a une sévère sécheresse. Il n’y a pas assez à manger et le prix des denrées alimentaires est très élevé, ce qui pénalise en premier lieu les femmes et les enfants ». Et n'oublions pas les  violences post-électorales ont été terribles, et plombent l’avenir : « Beaucoup vivent encore dans des camps de déplacés. Ils manquent cruellement de nourriture, d’abri et demandent que des dirigeants s’occupent d’eux ». Pour finir, Agnès Leina soulignait que l’instabilité au Kenya « affecte les plus pauvres et les enfants, qui n’ont personne pour parler en leur nom. D’où cette grève ».

    Rukia Subow, présidente de Maendeleo Ya Wanawake Organisation (MYWO), la plus ancienne association de femmes du Kenya, avait ensuite appelé à une prolongation de la grève jusqu’au 6 mai, de quoi ébranler le système patriarcal du pouvoir. Miracle : menacés par le péril, les deux plus hauts responsables du pays ont accepté de reprendre leur travail en commun, avec le 4 mai, une entrevue entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, et le 7 une réunion de cabinet. Peut-être aussi de réunions de boudoir, mais le Journal Officiel est resté muet.

    Vous avez bien compris : cette grève est une forme nouvelle du blocage des trains, mais dont les effets sont radicaux.

    la greve du sexe pour stopper la guerre.pngHeureusement pour le moral des troupes, les échos de cette grève du sexe, une première dans l’histoire des luttes et de la turlutte, étaient restés confinés. Mais hélas, la menace réapparaît dans le contexte des élections gabonaises.

     

    Cette fois-ci, le jeu est franchement inattendu. C’est un homme, Samuel Ntoutoume Ndzeng, président du Mouvement de Libération des Gabonais (MLG),  qui appelle à une « grève du sexe illimitée » en cas de victoire d'un homme à la présidentielle du 30 août prochain. Samuel n’y va pas par quatre chemins : « Nous dormirons avec nos habits ». Bref, c’est la perspective d’une grève générale,  et en forme d’abnégation, car le but de cette grève est que « le pouvoir doit revenir aux femmes ».  Samuel lance les somations : « Les hommes commenceront leur mouvement dès le 30 au soir si c'est un homme qui est élu ».

     

    Dans ce genre de conflagration sociable, il faudra une voie sage pour se situer au dessus des partis, ce qui est possible, et au dessus des parties, ce qui semble plus difficile. Mais si la grève qu’envisage Samuel peut se comprendre – c’est le tour des femmes – peut-on raisonnablement envisager que la sagesse, niée par les urnes, puisse venir des burnes ?

    le-storyteling-sebastien-durand-conseil-communication-le-blog-lysistrata.jpg
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu