02.12.2011
Les millions de Ballamou
Il va avoir de belles histoires à raconter au juge, notre grand Ballamou ! 10 millions de francs en beaux billets pour financer la campagne… Sacré rigolo, et mes amitiés à l’équipe de campagne.
Ballamou avait choisi de se présenter contre Chirac, ce qui avait été une fine manœuvre politique, et il avait du financer sa campagne présidentielle sans avoir recours à l'argent du parti, car c’est Chirac qui tenait la caisse. Ah, ah… Comment faire ? Eh bien Ballamou nous l’avait gentiment expliqué : il vendait des tee-shirts à son effigie, et les foules en délire se précipitaient, les achetant par liasse de billets de 500 Fr tout neufs. Logique. Imparable.
Stop, ça suffat comme ci ! Arrêtons le délire, arrêtons les mensonges. Les sommes en liquide éteint très supérieures, et la légende des tee-shirts, c’est du bidon complet. Les comptes étaient ouvertement irréguliers avec 10 millions en liquide, et il a fallu que le Conseil constitutionnel fasse lui-même des faux, sur ordre de Roland Dumas, pour valider ce compte de campagne.
Pas banal, et pas banale non plus la personnalité de celui qui caviarde : Jacques Robert, 83 ans, ancien membre du Conseil constitutionnel, professeur de droit de renom et président honoraire de l’université Panthéon-Assas. Il siégeait lors de la séance qui devait se prononcer sur les comptes de campagne, et s’est décidé à raconter l’histoire au Parisien.
Les comptes sont épluchés par trois conseillers rapporteurs, issus de la Cour des comptes et le Conseil d’Etat, et leur rapport mettait en évidence « 10 millions de francs de recettes d’origine inconnue ».
Là, le Professeur Robert se lâche, racontant cette scène impensable, qui nous explique la magie des délibérés du Conseil constitutionnel sous la présidence de Roland Dumas :
" Nous étions tous très ennuyés. Roland Dumas, président du Conseil, a alors pris la parole. « Nous ne sommes pas là pour flanquer la pagaille, a-t-il dit. Les Français ne comprendraient pas qu’on annule l’élection pour une affaire de dépassement de crédits. Il faut trouver une solution. » Il s’est tourné vers les rapporteurs. « Des postes ont peut-être été majorés? Si vous baissiez cette somme, ce serait pas mal… » La séance a été suspendue. Les trois rapporteurs se sont retirés pour travailler. Au bout de cinq ou six heures, quand ils sont revenus, le montant avait été réduit, mais les comptes étaient encore largement dépassés. Roland Dumas leur a demandé de faire un effort supplémentaire. Les rapporteurs se sont retirés à nouveau. Ils ont fini par présenter des comptes exacts… à 1 franc près. Sans doute pour montrer qu’ils n’appréciaient pas d’être pris pour des imbéciles ".
Trois remarques.
Un, notre petit monde politique devrait la jouer mollo pendant quelques jours, et peut-être éviter de donner trop de leçons de démocratie à l’Egypte ou à la Tunisie. Qu’est que tu en dis, mon Juppé ? On a franchi la ligne rouge ou non, là ?
Deux, le Professeur Robert sait très bien l’importance de la règle qu’il viole, le secret du délibéré. Il accuse tout le monde : les rapporteurs de produire des faux sur ordre de Roland Dumas, le Conseil de les valider, et Balladur de se financer avec de l’argent sale.
Trois, ça se resserre sur Ballamou. Enfin ! Les déclarations du Professeur Robert sont corrélation exacte avec ce qu’explique depuis quelque temps Mediapart et l’ancien chargé de mission, qui racontait comment il maniait les sacs de billets. Le fait désormais bien établi, c’est cette masse d’argent. Reste juste une question : d’où venait cet argent ? Fais nous rire, sacré farceur…

00:18 Publié dans affaires judiciaires | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : gaullisme, délinquance, morale
11.10.2008
Qu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ?
Qu’est-ce qu’on fiche encore avec de Gaulle ? Après les avenues et les giratoires, voici le Mémorial. Et 4000 m² s’il vous plait ! Il ne manque que le jumelage avec Vercingétorix.
La France n’arrivera-t-elle jamais à se débarrasser de la tutelle du général de brigade à titre temporaire Charles de Gaulle ? Très franchement, cette religion républicaine reste une curiosité.
Je vous rassure. Il m’est arrivé de lire des livres d’histoire, et je n’ignore pas tout de ce qui s’est passé autour du général de Gaulle à Londres, à partir de la mi-juin 1940. Je sais aussi deux ou trois choses sur les réussites du gouvernement de la France, après 1958. Figurez-vous qu’il m’est même arrivé de lire la constitution, et d’en apprécier les vertus. Oui, mais il n’est pas la peine d’insister, car ces choses sont très bien vantées, et les plumes flatteuses bataillent encore par légion entière. 
Ce qui me gêne davantage, ce sont les bilans faits d’une seule colonne. Ce que je déplore, c’est l’instrumentalisation glorieuse d’une histoire, pour masquer les misères. Ce qui me peine, c’est la stagnation de la pensée politique qui entend, à partir de cette fiction entretenue, marquer une spécificité française devant le monde. L’avenir par une pensée de droite assumée ? Pourquoi pas, et pourquoi pas non plus, par une pensée de gauche sereine ? Mais qu’avons-nous à faire de ces falbalas d’un destin gaulliste de la France ?
Prenons le plus fameux. Tout ne m’émerveille pas dans l’action de de Gaulle depuis Londres. Loin de là. A commencer par cette volonté de refuser autour de lui toutes les personnalités qui traduisaient une continuité républicaine, et notamment Jean de Kerillis. Par ce choix de n’avoir rien entrepris pour libérer les célèbres prisonniers politiques de Pétain : Jean Zay, Georges Mandel, Paul Reynaud. Et puis, il y a cette réécriture de l’histoire sur son propre sort, dans les Mémoires de Guerre, en affirmant avoir été condamné à mort en août 1940 suite aux initiatives du ministre de la justice Raphael Alibert, alors que c’était sur le fondement de nouvelles poursuites engagées par le maréchal Pétain, le lendemain de sa prise de pouvoir. Epargner Pétain, en mentant avec les faits... Et les pratiques du pouvoir pour reprendre pied à Alger, et s’imposer. Bien sûr c’était la guerre, et la période était rude. Mais quand même ! Mystification ensuite d’une Libération qui devait tant aux Alliés, lesquels furent vite décrits comme des amis menaçants. Quel dommage.
La gloire politique ? Les chemins les plus sombres, oui. Rejeté en 1946 du fait de son insupportable autoritarisme, le grand homme eut pour seul but d’organiser sa revanche, multipliant les coups bas contre la IV République, à partir ce cette arme qu’était le RPF, Rassemblement du Peuple Français. La cible première étaient les instituions en place : une grande aide pour un pays confronté à la reconstruction et la Guerre froide. Merveilleux esprit républicain aussi, par l’instrumentalisation de la cause algérienne. Ceci pour revenir – enfin – au pouvoir, en 1958, et en repartir onze ans plus tard, laissant le pays sans réponse après les traumatismes mis en lumière par Mai 68. Visionnaire de la décolonisation ? Mais la France est-elle le seul pays à avoir géré pendant cette période la fin d’un Empire ? Et d’autres n’ont-ils pas choisi des voies aussi méritoires, et plus efficaces à long terme ? 
Le fait n’est pas dire qu’il n’y auarait eu que des erreurs et des échecs. Ce serait parfaitement idiot. Mais la gloriole du moment s’est transformée depuis en glorification, et là, ça tourne au ridicule. Il existerait ainsi une vision gaulliste du pouvoir. Comme cela, unique au monde, et rien pour nous, français de légende. Cette idée entretenue d’une France au dessus du lot est une catastrophe. Elle nourrit, encore, un nombrilisme pitoyable et redoutable dans ses effets, tant il empêche de voir le monde tel qu’il est. Notre histoire vaut celle des autres, arrêtons la fanfaronnade.
Ce qui est le plus affligeant, c’est la religiosité actuelle autour des reliques. Pour affronter les défis de 2008, ceux d’un monde ouvert aux quatre vents, mobile, réactif, la droite garde la référence à l’homme de la centralisation et du pouvoir personnel, à celui qui faisait rêver d’une France faite d’un trait depuis les gaulois, blindée dans ses frontières, et regardant l’Europe de haut.
Après une grosse intervention, un malade ne peut marcher sans ses béquilles. Soixante ans après, il peut remiser ses béquilles à la cave.
16:07 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (69) | Envoyer cette note | Tags : de gaulle, gaullisme, histoire, france










