10.10.2009
Drôles de zèbres au Figaro
Gaza à la Une du Figaro ! Je n’en croyais pas mes yeux ce samedi matin : enfin un titre de la grande presse française pour s’intéresser – modeste sujet – au plus grand crime contre l’humanité commis au cours des dernières années. La conscience s’éveille ? Il n’est jamais trop tard.
Mais l’espoir d’un instant s’est vite calmé. Le Figaro ne s’intéresse pas à Gaza pour rappeler le bilan : 1 400 morts, et 4 000 blessés graves, la première opération militaire de l’histoire ayant fait plus victimes chez les enfants que chez les combattants. Des bulldozers sont venus dessoucher systématiquement des vergers, pendant que d’autres déterraient les morts dans les cimetières. Le Centre Palestinien des Droits de l’Homme, jour après jour, établissait le bilan, qui n’a jamais été démenti. Les analyses ont été reprises par les ONG, mais aussi par des commissions internationales conduites par de grands juristes : celle du professeur John Dugard, pour la Ligue Arabe, ou de l’ancien procureur près le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, Richard Goldstone, pour le Conseil de Droits de l’Homme. 
Il est sans doute trop aventureux pour les vaillants esprits du comité de rédaction du Figaro de prendre un billet de train pour rencontrer à La Haye, le procureur Ocampo, qui plusieurs fois dans la presse de langue anglaise a dit qu’il envisageait d’ouvrir une enquête. Un voyage très périlleux, car il risque de faire changer d’avis, ce qui est une souffrance terrible pour les arthrosiques de la pensée.
Non, le Figaro a trouvé un sujet palpitant : l’astuce de Mahmoud Barghouti, le boss du zoo de Gaza qui, à coup de décolorant, a recréé des bandes zébrées sur un âne pour faire comme s’il s’agissait d’un zèbre. Car le Figaro n’hésite pas à nous donner la terrible nouvelle : « Les zèbres authentiques sont morts de faim pendant l'offensive israélienne de l'hiver dernier, comme la plupart des autres animaux. » Et d’expliquer que pour récupérer un vrai zèbre, il faudrait trouver 20 000 euros pièce, et passer le zèbre par les tunnels.
Et ces grands malins du Figaro nous précisent : « Depuis le début du blocus israélien, instauré en 2007 après la prise de pouvoir du Hamas, les boutiques croulent sous les produits égyptiens de mauvaise qualité ». Ah, le zèbre égyptien n’est plus ce qu’il était !
La question qui se pose, après ces brillantes explications est de savoir si le Comité de rédaction du Figaro n’est pas aussi un de ces produits égyptien de mauvaise qualité.
Aussi, je me permets de conseiller à l’illustre journal de se brancher sur le site de l’ONU, pour y découvrir le rapport de Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, publié ce 17 août. Que dit Navi Pillay : « Le blocus de Gaza et les restrictions aux mouvements de biens et de personnes en Cisjordanie par Israël constituent une punition collective aux termes de l'article 33 de la Quatrième Convention de Genève. » Donc un crime de guerre. Moins drôle que le faux zèbre.
Navi Pillay s'élève contre « l'impunité quasi-totale » qui recouvrent ces atteintes et souligne que la situation des droits de l'homme, déjà
critique dans les territoires palestiniens occupés, s'est dégradée pendant l'opération "Plomb durci" menée par l’armée israélienne : « D'importants éléments de preuve indiquent de prime abord que de graves atteintes au droit humanitaire international ainsi que des violations flagrantes des droits de l'homme ont eu lieu lors des opérations militaires conduites entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, qui ont été aggravées par le blocus enduré par la population de Gaza lors des mois qui ont précédé l'opération 'Plomb durci' et qui se perpétue encore ».
Aussi, le Haut commissaire aux droits de l’homme demande urgemment :
« - qu’Israël lève son blocus ainsi que ses restrictions sur les mouvements à destination et en provenance de l'enclave côtière palestinienne qui équivalent à un châtiment collectif illégal;
« - que les allégations de violations du droit humanitaire et des droits de l'homme pendant le conflit à Gaza fassent l'objet d'une enquête par des institutions indépendantes. »
La situation est assez simple. Après la victoire électorale, et démocratique, du Hamas à Gaza, Israël a imposé en 2007 un blocus, béni par l’Union européenne. Alors que l’ONU a dénoncé fin 2008, vu la dégradation des conditions de vie, une situation de punition collective, constituant un crime de guerre, Israël a engagé l’action militaire Plomb Durci, avec comme première victime une population qui ne pouvait ni fuir, ni se protéger. Après l’opération, Israël a maintenu le blocus, ce qui empêche la bonne arrivée de secours et la reconstruction. Les enfants victimes de l’opération militaire souffrent de l’insuffisance des secours due au blocus. Un scandale jamais vu.
Et les vrais zèbres du Figaro nous sortent l’histoire des faux zèbres. J’ajoute : les autres grands titres, ce n’est pas mieux, ce qui nous fait un joli troupeau.
Cet aveuglement de la presse française me sidère.

23:52 | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note | Tags : gaza, crime de guerre, crime contre l'humanité
05.04.2009
Gaza : Plaidoyer pour la Cour Pénale Internationale
La Cour Pénale Internationale n’est pas un idéal, mais l’idéal passe par la Cour Pénale Internationale, et après les massacres de Gaza, c’est l’heure du rendez-vous. D’où l’importance cette question qui tend à devenir un clivage : pour la CPI ? contre la CPI ? Sept ans après la création de cette juridiction, il reste de bon ton d’en parler avec un scepticisme évasif, feignant l’indifférence ou délivrant les critiques les plus vives. Que ces postures soient injustes vis-à-vis de l’institution est une chose. Mais il est plus préoccupant que plus d’une repose sur des analyses fausses. Les enjeux actuels appellent une clarification.
La justice : pragmatisme et idéal
Aborder la question de la justice internationale place en situation périlleuse. Le décalage vertigineux entre le pragmatisme de l’outil judiciaire et l’idéal de justice devient un abîme quand il faut raisonner, et agir, après le carnage humain commis à Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 17 janvier 2009.
C’est une donnée classique de la justice, à la fois idéal, inatteignable, et outil contingent. C’est dire que pour avancer, il faut accepter d’avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Les pieds sur terre, car rien n’est possible sans le respect des faits et une excellente pratique juridictionnelle. La tête dans les nuages, car l’oeuvre de tout procès est de s’approcher de l’idéal de justice, au regard de ce que peut faire – de ce que doit faire – la force humaine.
Pour dire les choses franchement, la CPI, oui, est l’histoire d’une déception, et cela pèse. Car avant d’être un statut, la CPI a été un idéal raisonné, porté par une remarquable universalité des militants des droits de l’homme. Et force est de constater la différence entre le projet d’origine et le statut, avec à la clé une manip’ peu honorable. Le projet d’origine a été édulcoré pour permettre le plus large accord, et obtenir la signature, notamment, des Etats-Unis et d’Israël. Des concessions importantes à l’efficacité, et finalement ces deux pays ont signé le texte. Signé mais pas ratifié, ce qui est une funeste victoire, leur laissant la satisfaction d’avoir érodé un outil que finalement, ils ont rejeté.
Mais ce n’est qu’une étape, et la CPI doit aussi être analysée telle qu’elle est, avec ses faiblesses mais aussi ses forces. Rien n’est possible sans le respect du Statut, certes, mais chaque juriste sait ce qu’il est en de la souplesse des textes, et de l’interprétation qui peut en être donnée dans la dynamique d’un procès. Surtout, n’oublions pas qu’à l’échelle de l’histoire, c’est le droit, et non la force qui l’emporte. Les puissants peuvent nuire, bloquer les évolutions, casser les énergies, nourrir l’injustice, causer des crimes. Mais ils finissent toujours par lâcher, car s’ils peuvent beaucoup interdire, ils ne peuvent annihiler les aspirations humaines à la liberté et à la justice. Alors, si cette CPI n’est pas la bonne, s’il faut faire mieux, on fera mieux. Ce mois de juillet, s’ouvrira la période de révision du traité. Et plus tard, d’autres traités viendront. Mais ce sera pour renforcer l’outil, et non le remplacer, car nous pouvons aller loin avec la CPI.
Une justice internationale ?
Voyons d’abord les critiques les plus globales : l’idée même de justice internationale est contestée. Bien sûr, c’est aux Etats, via la diplomatie et les instances internationales, de régler leurs relations et leur différends. La complexité des sujets à traiter, le calendrier de la vie internationale, le principe de souveraineté… tout légitime la diplomatie, et relativise le rôle des institutions juridictionnelles internationales. Relativise, oui, mais ne le fait pas disparaître, et le scepticisme désabusé exprimé encore dernièrement par l’ancien ministre Hubert Védrines est le fruit d’une pensée essoufflée.
Les outils de la justice internationale ont plus de cent ans, et n’ont fait que se renforcer au fil du temps. Cette construction serait condamnée à se briser sur les souverainetés ? Allons… En réalité, on voit se reproduire pour l’ordre juridique mondial ce qui s’est passé pour l’ordre juridique européen. Des textes généreux et des juridictions qui, à leur création, paraissent quasi-ésotériques, le tout nourrissant des critiques abruptes, qui deviennent elles-mêmes des obstacles à la compréhension. Mais loin de la lumière, au jour le jour, ces textes et ces institutions se mettent à vivre, nourries par le besoin de justice, la créativité de ceux qui s’en saisissent et la gravité des situations qui leur sont soumises. A terme, elles s’imposent comme des références, surtout quand dans le même temps, le pouvoir politique reste velléitaire.
L’Etat est irremplaçable car il est lieu où s’exprime la souveraineté et se forgent les mécanismes de solidarité. Et l’Etat reste le cadre privilégié pour rendre justice. Mais les valeurs de la justice sont universelles, ce qui explique que la greffe internationale prenne si bien et soit si féconde. Dès qu’on s’approche du droit fondamental, il faut penser international. Il ne s’agit pas de remplacer la diplomatie par la justice, ni de diluer les Etats dans un ordre international incertain, mais dire, tout simplement, qu’un seuil d’injustice interdit la construction de la paix, et qu’au final la meilleure chose qui puisse arriver aux criminels est d’être jugés. Un ordre international qui exclut le crime de guerre, le crime contre l’humanité et le génocide… Oui, la justice internationale peut y contribuer, et la CPI est une pièce maîtresse.
Le double standard
La seconde grande critique ne concerne pas le principe de la justice internationale, mais son mode de fonctionnement. La CPI ne serait qu’un outil de la puissance occidentale, laquelle après avoir imposé sa force diplomatique et économique, achevait sa domination par un raffinement juridictionnel. Et de mettre en avant cette évidence : la CPI traite uniquement de dossiers africains. Oui, mais il faut tout de même analyser un minimum.
Pour le Congo, République centrafricaine et l’Ouganda, ce sont les autorités étatiques elles-mêmes qui ont saisi la Cour Pénale Internationale : comme expression de l’impérialisme occidental, on fait mieux ! Oui, mais il y a le Soudan, me dira-t-on, et c’est la grande question. Le Soudan n’est pas partie au Traité de Rome, et fait l’objet d’une enquête, avec délivrance d’un mandat d’arrêt contre le chef de l’Etat, alors que bien d’autres crimes ont eu lieu dans bien d’autres pays et auraient justifié des mesures du même ordre. Il y a donc double standard, et ce double standard dans la pratique judiciaire est un scandale.
Mais, qui est l’auteur du scandale ? La CPI et son Procureur, aux poursuites sélectives ? Bien sûr que non. S’il y a des poursuites au Soudan, c’est parce que le Conseil de Sécurité a saisi la CPI. Le même Conseil de Sécurité qui a créé un Tribunal spécial pour l’assassinat de Rafic Hariri. Le même qui ne fait rien devant les massacres commis par les autorités israéliennes lors de l’opération « Plomb durci » : 1 300 palestiniens tués, dont une minorité de combattants, quatre mille blessés graves, et des destructions massives de biens civils et économiques. Le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a demandé qu’une enquête soit ouverte, de même que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Mais le Conseil de Sécurité ne bouge pas. Là est le scandale du double standard. Il est l’oeuvre de cet organe politique qui voit les crimes au Darfour mais les ignore à Gaza. Au Soudan, l’auteur est jugé assez faible pour être poursuivi ; en Israël l’auteur est jugé trop puissant pour être inquiété. Il est bien évident que ça ne pourra pas toujours durer ainsi. Il y a aura aussi, un jour, tôt ou tard, une addition à présenter au Conseil de sécurité, quand des organes juridictionnels incontestables, dont la CPI, auront jugé les crimes contre l’humanité commis à Gaza.
L’efficacité de la plainte
Viennent ensuite les critiques contingentes : de toute manière, cette CPI ne peut rien faire contre Israël, alors, mieux vaut passer outre.
D’abord, et même si c’était le cas, pourquoi passer outre ? La seule raison pouvant conduire à renoncer à saisir la CPI serait le risque d’affaiblir les actions engagées devant les juridictions nationales, dans le cadre de la compétence universelle ou en fonction de la nationalité des victimes (ex : victime franco-palestinienne). Or, ce risque est inexistant. Un échec à La Haye mettrait en évidence le caractère restrictif du traité, et c’est tout. Il n’affaiblirait en rien les autres procédures. En revanche, le moindre signe positif rendu par le Bureau des poursuites de la CPI serait un atout dans les procédures conduites en droit interne.
Plus surprenant, et contradictoire : chacun peut déplorer le peu de place que laisse le statut aux victimes et aux ONG dans l’engagement des procédures. Aussi, il faut chercher à pousser les feux, pour donner toute leur ampleur aux textes au regard de la gravité des faits, en faisant intervenir massivement les ONG devant la CPI. Il est manifestement contre-productif de s’abstenir et d’implorer le Conseil de Sécurité. D’autant plus qu’à ce stade de la procédure, il est bien évident que le Conseil ne fera rien…
Non, c’est là une vraie erreur d’analyse. La grande spécificité de la plainte est qu’elle est formée par les militants des droits de l’homme, en lien direct avec les victimes. Les ONG signataires viennent de toute la planète, à commencer par ceux de Palestine et du monde arabo-musulman. 450 ONG à ce jour, et il reste à élargir le cercle pour le rendre encore plus représentatif. Surtout, et ce dans le cadre d’un consensus politique, l’Autorité Nationale Palestinienne a donné compétence à la CPI pour les crimes commis à Gaza depuis 2002. Une déclaration de compétence à effet rétroactif, comme le permet le statut, passée trop inaperçue et qui assoit la compétence de la Cour pour enquêter sur le territoire de Gaza. Ce geste de l’Autorité Nationale Palestinienne est d’une importance historique. Il place la cause palestinienne sous l’angle du droit, permet d’agir en tant qu’Etat devant une juridiction internationale, et affirme publiquement où est l’agresseur et où est la victime.
Jusqu’où ?
Jusqu’où pourra aller la Cour Pénale Internationale ? Le plus loin possible, et tout le chemin parcouru sera bénéfique pour la cause.
Les faits sont avérés, et leur preuve n’est pas le plus complexe : Israël n’a pas imaginé la riposte juridique, et a laissé toutes les preuves de ses méfaits, de son absence de but militaire, de sa détermination à frapper la population civile. Les travaux du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, s’il n’y avait qu’eux, établissent la pertinence des qualifications de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, au sens du traité de Rome. La réalité s’impose chaque jour davantage : il n’y avait pas de but militaire, mais uniquement un but civil, à savoir causer des pertes humaines chez les civils et des destructions. Sinon, pourquoi bombarder aux heures de sortie des écoles ? Pourquoi détruire systématiquement les centres de la Sécurité civile ? Pourquoi bombarder les écoles de le l’ONU, ou les réserves alimentaires ? Pourquoi avoir détruit le tiers des terres cultivées ? Pourquoi bombarder les équipements économiques ? Pourquoi après l’exécution sommaire de toute une famille et la destruction de la maison, avoir laissé seul l’aïeul qui implorait la mort en lui disant qu’il restait là pour témoigner ? On en sait bien assez pour conclure qu’il est nécessaire d’enquêter.
La question de l’Etat ? La Cour vise la protection des peuples, et c’est bien parce que l’Etat palestinien est contesté que sa population a été victime d’un crime contre l’humanité. Aussi, il serait difficile d’envisager que la moins protégée des populations soit privée de la protection de la CPI, comme s’il fallait faire payer une seconde fois à ce peuple soixante ans de lâcheté de la communauté internationale. La CPI n’a pas à définir l’Etat, mais à s’assurer que l’Etat existe. Un peu comme un être humain qui s’adresse au juge. Le juge doit constater que cet être est vivant, mais il ne s’intéresse pas à sa structure biologique. Or, l’Autorité Nationale Palestinienne fournit maints exemples prouvant la réalité de son existence, en droit international. Le consensus existant autour de cette démarche en est le meilleur exemple.
Alors, les documents nécessaires seront adressés au Bureau des poursuites. Dans le respect du Statut, le Procureur pourra saisir la chambre préliminaire, ce qui aura un impact considérable. Des investigations devront être conduites sur place, pour établir la réalité des crimes. On n’a jamais demandé à une victime d’élucider une affaire au moment où elle porte plainte. Que l’enquête progresse donc, pour à partir des faits dire s’il y a eu crime, et remonter vers les auteurs.
Il sera alors bien temps de s’adresser aux dirigeants d’Israël. Aucun peuple ne peut envisager de construire son avenir son avenir à partir d’ordres criminels. Que toute la lumière soit faite sur l’ampleur des crimes commis. Que l’on mesure l’horreur : nous verrons bien alors où en sera l’opinion internationale.
Dans le même temps, les procédures vont se poursuivre dans le cadre de la compétence universelle, et devant les juges nationaux, au pénal et au civil. La CPI n’interdit rien. Elle facilite tout.
Notre système de défense des droits de l’homme a de grands mérites, et a permis beaucoup de progrès. Mais les crimes commis à Gaza montrent ses limites : sous nos yeux, des innocents sont morts de la folie criminelle des dirigeants d’un Etat estimé fréquentable, défendus par les plus puissants des Etats de la planète. Il faut, par respect des victimes, revoir tout cela. L’immensité du crime de Gaza parle à toutes les consciences. Ce besoin de justice doit être la pierre fondatrice d’un nouvel âge des droits de l’homme. Et finalement, nous le savions : la Palestine est un berceau de la civilisation.

18:13 Publié dans Droit international, Histoire, Libertés | Lien permanent | Commentaires (72) | Envoyer cette note | Tags : cpi, gaza, droit international
04.04.2009
Une enquête de l’ONU pour Gaza
Martin Ihoeghian, Président du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, a annoncé vendredi l’organisation d’une mission d'information indépendante chargée d'enquêter sur les violations des droits de l'homme et du droit humanitaire suite à l’opération « Plomb durci » conduite par Israël.
La mission est dirigée par Richard Goldstone, ancien procureur en chef des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda. Elle comprend également Christine Chinkin, professeur en droit international à la London School of Economics and Political Science, Hina Jilani, avocate à la Cour suprême du Pakistan et ancienne représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU sur les défenseurs des droits de l'homme, et Desmond Travers, colonel à la retraite de l'armée irlandaise, membre du conseil des directeurs de l'Institut pour les enquêtes criminelles internationales (IICI). L'équipe bénéficiera du soutien des employés du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. La nécessité de cette enquête avait été reconnue par le Conseil dès le 12 janvier, et un récent rapport présenté au Conseil par Richard Falk avait confirmé le besoin d’investigations, vu la gravité des faits. 
« L'ambition du Conseil des droits de l'homme est de disposer d'un rapport qui reflète fidèlement les évènements, et cela nécessite de prendre en compte toutes les violations », a déclaré Martin Ihoeghian Uhomoibhi lors d'un point de presse. « Je suis persuadé que la mission sera en position d'évaluer de manière indépendante et impartiale toutes les violations des droits de l'homme et du droit humanitaire commises dans le contexte du conflit qui a eu lieu du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009 et de fournir une clarification plus que nécessaire sur la légalité des milliers de morts et de blessés et des destructions », a-t-il ajouté.
M. Goldstone a estimé qu'il était « dans l'intérêt des Palestiniens et des Israéliens que les allégations de crimes de guerre et de graves violations des droits de l'homme commises de tous les côtés fassent l'objet d'une enquête ». M. Goldstone a admis qu' « en tant que Juif », cela avait été un « choc » de recevoir l’invitation à diriger cette mission : « Cela étant dit, je pense être capable de m'acquitter de ma tâche imposante d'une manière équilibrée et impartiale ».
L'ambassadeur de Palestine auprès de l'ONU à Genève Ibrahim Khraishi a « accueilli favorablement » cette désignation, considérée comme « un pas important » pour la mise en oeuvre de la résolution du 12 janvier.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Yigal Palmor a déclaré a l’AFP : « Ceci n'est pas une tentative de connaître la vérité mais de nuire à la réputation d'Israël et de se joindre aux efforts déployés par certains pays pour diaboliser Israël »
Je rappelle que le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait demndé qu’il soit enquêté sur les attaques contre des installations de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à Gaza, en particulier des écoles, qui ont causé des dizaines de morts chez les civils palestiniens, dont des femmes et des femmes.
M. Goldstone a prévenu que les résultats de sa mission pourraient être utilisés dans le cadre d'enquêtes criminelles sur un plan national ou de juridictions internationales.
Le 8 mars dernier, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l'Argentin Luis Moreno Ocampo, avait déclaré au journal dominical Perfil, à Buenos Aires qu’il envisageait d'enquêter sur Israël pour crimes de guerre après son intervention militaire qui a fait 1.300 morts à Gaza : « Nous évaluons le sujet, nous sommes dans une phase d'analyse. Je n'ai pas encore décidé si nous lancerons des investigations, mais il y a une possibilité que cela arrive ». Le 22 janvier, l’Autorité Nationale Palestinienne avait donné compétence à la Cour, et ce depuis 2002, comme le permet le statut, pour qu’une enquête soit ouverte. Dans le même temps, 450 ONG se sont regroupées pour dénoncer auprès du procureur près la CPI des violations du droit international humanitaire, constituant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

11:40 Publié dans Droit international | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : palestine, gaza, onu, crime contre l'humanité
15.01.2009
Lettre de Gaza
« Bonjour, on est toujours vivant… » Voici un texte de Dania, épouse de Mohamed Mussalem, un artiste de Gaza et professeur au département des beaux arts de l'université Al Q'sa.
Bonjour,
on est toujours vivant ... jusqu'à maintenant au moins ..... après plus d'une semaine de stress et d'horreur qu'on a vécu pendant les bombardements continus sur Gaza. Autour de notre maison plus de 15 missiles de f16 sont tombés. Vous imaginez la suite. Des fenêtres qui ont éclaté, la maison et le sol qui tremblent au dessous de toi, les enfants terrorisés… On n’ose même pas aller aux toilettes de peur d'avoir le plafond sur la tête.
Dès que les opérations des forces terrestres ont commencé, le 10° jour, il y a eu des incursions au quartier Atatra et Salatine à 500 mètres de chez nous. C'était l'enfer toute la nuit. On entendait des explosions, très fort. On dirait qu’ils sont justes devant ta porte. On voit de la fumée partout. Le ciel gris toute la journée. Des accrochages continus, des Apatchis, de la mer, on nous attaque de partout. Le pire est que dès le premier jour on n’avait pas d'électricité et bien sûr pas d'eau. Même les citernes sur le toit étaient trouées par les éclats d'obus. Les seuls moyens d'info qu'on avait étaient le téléphone et la radio. On entendait les histoires de massacres et on recevait des nouvelles sur des amis, des proches, massacrés. Croyez-moi, des familles entières qui ont été massacrées. Le frère d’un voisin était à la mosquée quand on l’a bombardée. Ses deux autres frères sont partis pour essayer de le trouver au dessous des murs, quand ils ont reçu un 2° missile sur leurs têtes. Les trois frères sont devenus des morceaux de viandes pour ne pas dire des cadavres. On parle rarement de cadavres mais des morceaux de corps. A peine on reconnaît les morts.
Après deux nuits d'enfer, on a décidé de sortir. Mes beaux-parents refusaient de sortir mais on les a forcés. On était en danger. Les chars bombardaient sans avoir des cibles précises, et on n’était pas en sécurité. On a pris le risque de sortir avec un drapeau blanc, moi mon mari, mes deux enfants et mes beaux-parents. Mon sac était déjà prêt. Je savais que ce moment va venir. Dieu merci, personne n'a été touché.
Sur les medias, on parlait d'une trêve quotidienne de 13 h - 16 h pour des raisons humanitaires. Mais c’était des mensonges. Deux femmes de mon quartier sont sorties chercher des provisions pour leurs enfants. Ils les ont tuées. On était hébergé par la sœur de mon mari au centre de la ville de Gaza. D’autres, ils n’avaient pas où aller. Dans les rues, des milliers, des familles qui se sont sauvés de leurs maisons… Une nouvelle génération de refugiés.
Deux heures après, quelques voisins qui ne sont pas encore sortis nous ont informés qu'une bombe d'un char est tombée sur un côté de notre toit.
Après trois jours, La Croix Rouge nous a informé qu'il y a une trêve entre 7 h et 11 h, pour les femmes, pour revenir chercher le reste de leurs affaires et le reste des corps qui sont restés, parce que l'on empêchait les ambulances de passer à cette zone devenue militaire. Dans le quartier Al Atatra, la Croix Rouge a découvert 4 enfants à côté de leur mère morte depuis 7 jours et qui mourraient de faim. On les a sauvés à la dernière minute.
Ma belle mère est partie. Toutes les portes des maisons sont cassées et des fois explosées. L’armée israélienne a fouillé toutes les maisons dont la nôtre. Tous nos meubles sont abimés et nos affaires par terre.
Je ne peux vous résumer ces 2 semaines en quelques lignes. Je suis sortie de ma maison pour un appartement où il y a plus de 30 personnes de refugiées ! Tous les gens qui habitent sur les limites Est, Nord, Sud, Ouest se sont déplacés au centre en disant qu’ils sont plus en sécurité. En fait, personne n'est en sécurité. Aucun palestinien à Gaza…
On nous dit que l'objectif de cette guerre est d'exterminer les membres de Hamas. Un autre prétexte comme les précédents pour exterminer et terroriser le peuple palestinien. Plus de 900 morts « civils » dont 275 enfants, 97 femmes « des mamans », 15 ambulanciers et 5 journalistes en 2 semaines. Le message est clair : on fait payer au peuple sa liberté d'expression parce qu’il a voté pour Hamas. Comme çà, les gens vont détester Hamas.
On n'arrête pas de transmettre ces messages et franchir les ondes des chaines locales pour nous dire tout ce que vous subissez c'est à cause de Hamas qui vous a trahi et n’a pas pris la responsabilité de vous protéger. Voilà. J’étais toujours contre Hamas. Je n'aime pas les islamistes extrémistes mais je ne suis pas imbécile pour croire à ces mensonges ! Même avant Hamas, on nous bombardait, on nous insultait sur les frontières, on nous emprisonnait à l'intérieur de Gaza. Devant le monde, ils disent qu'ils se sont retirés de Gaza et « ils ont leur liberté, pourquoi se plaignent-ils ? » C'était clair que depuis que Hamas était dans le gouvernement, cela fait 2 ans, on souffre du blocus qui nous étrangle. Je rêve d'avoir le droit de voyager et de me déplacer comme toute autre personne dans le monde, d'avoir une paix nationale libre.
Les lanceurs de roquettes sont un autre prétexte pour convaincre le monde que les Israéliens sont victimes et qu’ils ont le droit de se protéger contre les roquettes fabriquées localement avec toutes sortes d'armes militaires même qui sont interdites internationalement (bombes phosphoriques). La plupart des Israéliens transportés aux hôpitaux - on a décrit leur état de « blessure » comme état de panique et peur - on les compte comme victimes ! Alors que 1 million et demi de palestiniens sont terrifiés et les hôpitaux de Gaza n’ont même pas les moyens de faire des interventions chirurgicales pour les vrais blessés.
Le conflit palestinien, le complice des gouverneurs Arabes, a été aussi une couverture pour ces attaques. Je doute qu'après tous cela Gaza aura une vie normale. On est sous le choc et je doute qu'on va se remettre. Je doute que après cette guerre - si elle se termine - j'aurai une maison. Je prie Dieu que mes enfants restent vivants et si on va mourir, qu'on meurt tous ensemble. Je ne veux pas vivre pour voir mes enfants massacrés devant mes yeux.
Merci à tous nos amis de nous avoir envoyés des messages pour nous soutenir. J'apprécie les manifestations qu’on fait partout dans le monde, les aides qu'on reçoit, les actes de solidarité. Mais excusez-moi, je suis tellement désespérée et en même temps convaincue que Israël est bien protégé et qu'il ne va cesser le feu qu’après avoir atteint tous ses objectifs imaginaires, parce qu’en fait c’est les civils qui sont ciblés. La décision de la fin de ces opérations va venir de ces Généraux, et pas de la pression de la communauté internationale.
Il ya des grands problèmes pour la distribution d'aide à cause de l'absence des autorités spécialisées. Il n'y a que l'Unrwa et la Croix Rouge et qui exerce son rôle dans des conditions très difficiles. Les gens n’ont pas perdu l'esprit de solidarité, mais la catastrophe est sur tout le monde. Chacun a sa propre triste histoire. Moi-même, je suis en état de choc et à peine j'ai eu la force de vous écrire.
Dania et Mohamed

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