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  • Agression israélienne : Depuis Gaza, le témoignage de Maram

    Vous connaissez Maram Humaid, cette jeune habitante de Gaza, attachée à défendre l’histoire de son peuple,… et passionnée de la langue française, qui plusieurs fois s’est déjà exprimée sur le blog. Vous pouvez ici suivre soncompte twiter.

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    Le crime commis par les Palestiniens est terrible : poussés par leur histoire millénaire, nourris par les attachements familiaux, amicaux, religieux et politiques, les Palestiniens cherchent, au milieu des plus grandes difficultés, à construire leur unité. Une faute impardonnable… Et en plus, ce gouvernement transitoire, regroupant des techniciens, a pour mission d’organiser l’avenir du peuple palestinien par l’organisation d’élections… Absolument impossible…

    Israel a tout tenté pour faire échouer l’accord de réconciliation, et stigmatiser ce gouvernement d’union. Mais rien n’y faisait. L’accord Fatah-Hamas a tenu, et le discours à la Bush – la guerre contre le terrorisme – si partagé dans les gentilles sphères occidentales, se fracassait sur la réalité des faits : un peuple lutte pour sa libération.

    L’enlèvement, suivi de la mort, de trois jeunes israéliens faisant du stop en territoire occupé, entre deux colonies illégales, a été immédiatement instrumentalisé par le gouvernement Netanyahou : « Ils ont été enlevés par des gens du Hamas. Il y aura de graves conséquences ». La punition collective est un crime de droit international.

    Or, il n’a jamais été apporté la moindre preuve de l’implication du Hamas. Mieux, tout montre que le Hamas n’avait aucun intérêt dans cette opération, alors qu’il venait de donner son accord au gouvernement de transition. Du fait des accords d’Oslo, l’ANP doit collaborer avec la puissance occupante sur les questions de sécurité, et comment comprendre que le Hamas, qui a tant fait pour conclure l’accord politique avec la Fatah, allait le lendemain tout faire pour le torpiller, sans aucune maîtrise des évènements, et pour un fait qui relève du pur banditisme.

    Hier, Abbas a dénoncé cette agression comme "un génocide" à Gaza.

    Maram a écrit la suite. Je suis plus que touché par ce que nous dit Maram avec ce texte, comme sur son compte Twiter. Maram, comme tous les Palestiniens de Gaza vit avec la guerre, ses fureurs, ses peurs mais aussi cette calme résolution, avec le sang versé, les pleurs des victimes… Et au milieu de tout cela, je dois féliciter Maram pour ses progrès dans la maîtrise de la langue française. J’espère vivement, Maram, que tout ira pour toi, ta famille, et tous les Palestiniens, et j’espère que prochainement, tu obtiendras ce visa qui te permettra de venir quelques temps étudier en France, pour revenir, plus forte encore, dans ton magnifique pays.

     -   -   -   -

    Après des jours d’escalade en Cisjordanie et à Gaza, après que des colons aient tué et brûlé un enfant palestinien, l’armée israélienne a lancé son opération militaire contre le territoire palestinien de Gaza, nommée « Bordure Protectrice ».

    Premier jour

    Deux heures après l’annonce de cette attaque, des bombardements israéliens massifs ont commencé à frapper le peuple palestinien, sans la moindre alternative.

    La première nuit a été très violente. Israël a ciblé des maisons civiles dans différentes régions à la bande de Gaza. Par vagues successives, se sont répandues les nouvelles des blessés et des morts, et les photos de la violence massive utilisée contre Gaza, la prison à ciel ouvert pour la population civile. Impossible de fuir ou de se protéger.

    Les frappes  israéliennes n’ont pas cessé de la nuit. D’emblée, la situation était très grave car l’armée israélienne ciblait les domiciles dans des quartiers civils densément peuplés.

    C’est le Ramadan, le mois de jeune, nous avons les repas de souhour (le repas qui précède le jeûne), et d’Iftar (celui qui le rompt)  sous le feu des missiles israéliens…

    A cause des frappes continues, il n’y pas de chance de dormir. Israël a lancé plus de 300 raids depuis le commencement de sa troisième guerre.

    Hier, Israël a ciblé une maison à Khan Younis, dans le sud de Gaza, une grande maison familiale : le bilan est de 7 tués, et plus de 28 blessés en moins d’un minute ! Pourquoi ? Au nom de quoi attaquer les civils ?

    De nombreux raids israéliens ciblent des terrains vides, qui sont très proches des maisons d’habitation. Hier, une bombe a atteinte un terrain vide derrière notre maison, alors que des enfants jouaient au football. L’un a été tué, et les deux autres deux ont été gravement blessés. Quel est leur faute ? Qui répondra de ces morts d’enfants ?

    La nuit s’est approchée. L’électricité a été coupée, et nous sommes restés dans l’obscurité en écoutant les nouvelles à la radio. De toute la nuit, les bombardements n’ont cessé, frappant de partout : au nord, au sud, à l’ouest, l’est, sur notre territoire, qui n’est long que de 40 km.

    Deuxième jour

    Aujourd’hui, le deuxième jour de l’assaut sur Gaza, s’est ouvert par une série de bombardements massifs.

    Alors que j’écris ces lignes, des bombes, de très forte puissance, tombent sur des places différentes.

    Le bilan  est terrible : 35 tués, 300 blessés, 50 maisons détruites. Et c’est juste le deuxième jour d’agression…

    Israël  dit viser des sites de la résistance palestinienne et du Hamas, mais ce n’est pas vrai : la majorité des victimes sont des civils, avec une forte proportion d’enfants tués, des femmes…

    Je ne vais pas pouvoir continuer à écrire, car l’électricité va être coupée,…alors que les frappes continuent…

    Il faut que tout le monde soit en mesure d’agir pour arrêter Israël. Les roquettes de Hamas ne sont pas la raison de l’assaut. Nous sommes soumis à une action brutale d’Israël, et c’est tout.

    Il n’y a pas de comparaison entre les armes utilisées par l’Etat israélien contre nous, et les roquettes simples de la Résistance! Le nombre des morts et des blessés l’établit clairement. Quelle autre preuve apporter ? Pourquoi le monde est-il silencieux ? Pourquoi cette faveur avec Israël, l’Etat criminel ? Pourquoi cette partialité des médias occidentaux ?

    Le sang des enfants Palestiniens n’oubliera pas ceux qui sont restés silencieux quand ils ont été tués par Israël !

    Arrêtez ce massacre contre le peuple palestinien à Gaza ..

    Maram Humaid
    792014
    2:52 PM

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  • A Gaza, les intempéries frappent la population, par Maram Humaid

    Depuis cinq jours, notre territoire de Gaza est frappé par les intempéries, et la population souffre. Nous avons subi une vraie tempête glaciale, pas connue depuis soixante ans. Alors qu’il faisait très froid, tout a commencé avec quelques chutes de neiges, et ont suivies des pluies diluviennes. Toute la vie de Gaza s’en trouve paralysée. Plusieurs installations ont été atteintes par les eaux, et nous n’avons pas d’électricité depuis quatre jours. Le carburant est très rare, et peu de groupes électrogènes peuvent fonctionner. De nombreuses maisons ont dû être évacuées, et tout passe par l’entraide. Les municipalités et les services de protection civile font ce qu’ils peuvent, mais comment  être efficace, alors que du fait du blocus, les équipements collectifs sont insuffisants ? Et comment agir sans électricité ni carburant ?  

    Dans ce froid glacial, ces grandes nuits dans l’obscurité sont terribles...

     

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  • Nabil, un ami de Gaza, nous écrit

    Nabil Abu Shammala est un ami, qui habite Gaza. Ce blog lui est ouvert pour qu'il puisse nous parler de ce qui se passe à Gaza. Vous pouvez poser toutes vos questions, via les commentaires, et il cherchera à répondre à toutes, et au plus tôt. Voici son premier texte, arrivé cet après midi. 

    A nouveau Israël attaque la population de Gaza, et en 6 jours le bilan est lourd, avec des pertes touchant essentiellement la population civile. Beaucoup se demandent comment manifester sa solidarité.

    Il faut bien comprendre que c'est une question de normes, de justice et d'égalité. Et pour répondre à cette question, je pense qu'on doit trouver des réponses aux questions suivantes : qui donne la légitimité à un pays criminel de jouir de l’occupation illégale d’un territoire ? qui donne la légitimité à Israël de bombarder tous les coins et recoins de Gaza ?  

    Pour éclairer mon point de vue, je pose à mon tour des questions.

    Pourquoi la prise pour cible de Tel-Aviv est une ligne rouge, alors que le bombardement de Gaza est une ligne verte ?

    Pourquoi le bombardement des civils par Israël est une légitime défense, alors que l’attaque des civils de côté palestinien est une action terroriste ?

    Pourquoi un missile israélien tiré d'un F-16 qui détruit une maison et anéantit ses habitants est légitime, alors que le tir d’une roquette palestinienne qui cause des pertes humaines chez les Israéliens est un acte terroriste?

    Qui donne à Israël les batteries anti-missiles pour intercepter les roquettes palestiniennes, et qui intercepte les missiles de F-16 qui pleuvent abondamment sur les Palestiniens ?

    Comment peut-on justifier le bombardement d'un bâtiment de 5 étages avec une violence telle qu’il est rasé ? Si par  miracle, ses habitants sont sortis avec des blessures, cela n’a malheureusement pas été le cas pour une autre maison, dont la famille qui a été décimée. Tous des civils, dans une maison en plein centre de Gaza, sans aucun avertissement : douze morts, parmi eux 6 enfants, le plus âgé avait juste 7 ans.

    L'Europe impose ses normes. Mais par son soutien indéfectible aux agressions israéliennes, elle est la première perdante car elle perd sa crédibilité, et par conséquence son influence, dans tout le Moyen-Orient.

    Aussi, pour répondre à la question de la solidarité,  je pense que la révélation des crimes de l'Etat d'Israël est cruciale. La résistance au peuple palestinien est entièrement légitime, et elle est vitale, car un peuple sous l'occupation qui  ne résiste pas serait un peuple humilié et laminé.

    Nabil ABU SHAMMALA

    Gaza

    19/11/2012

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  • Drôles de zèbres au Figaro

    ALeqM5hSWHz9qolYbArXuxBc30PrhfbozQ.jpgGaza à la Une du Figaro ! Je n’en croyais pas mes yeux ce samedi matin : enfin un titre de la grande presse française pour s’intéresser – modeste sujet – au plus grand crime contre l’humanité commis au cours des dernières années. La conscience s’éveille ? Il n’est jamais trop tard.

    Mais l’espoir d’un instant s’est vite calmé. Le Figaro ne s’intéresse pas à Gaza pour rappeler le bilan : 1 400 morts, et 4 000 blessés graves, la première opération militaire de l’histoire ayant fait plus victimes chez les enfants que chez les combattants. Des bulldozers sont venus dessoucher systématiquement des vergers, pendant que d’autres déterraient les morts dans les cimetières. Le Centre Palestinien des Droits de l’Homme, jour après jour, établissait le bilan, qui n’a jamais été démenti. Les analyses ont été reprises par les ONG, mais aussi par des commissions internationales conduites par de grands juristes : celle du professeur John Dugard, pour la Ligue Arabe, ou de l’ancien procureur près le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, Richard Goldstone, pour le Conseil de Droits de l’Homme. 610xll.jpg

    Il est sans doute trop aventureux pour les vaillants esprits du comité de rédaction du Figaro de prendre un billet de train pour rencontrer à La Haye, le procureur Ocampo, qui plusieurs fois dans la presse de langue anglaise a dit qu’il envisageait d’ouvrir une enquête. Un voyage très périlleux, car il risque de faire changer d’avis, ce qui est une souffrance terrible pour les arthrosiques de la pensée.

    Non, le Figaro a trouvé un sujet palpitant : l’astuce de Mahmoud Barghouti, le boss du zoo de Gaza qui, à coup de décolorant, a recréé des bandes zébrées sur un âne pour faire comme s’il s’agissait d’un zèbre. Car le Figaro n’hésite pas à nous donner la terrible nouvelle : « Les zèbres authentiques sont morts de faim pendant l'offensive israélienne de l'hiver dernier, comme la plupart des autres animaux. » Et d’expliquer que pour récupérer un vrai zèbre, il faudrait trouver 20 000 euros pièce, et passer le zèbre par les tunnels.

    arton949.jpgEt ces grands malins du Figaro nous précisent : « Depuis le début du blocus israélien, instauré en 2007 après la prise de pouvoir du Hamas, les boutiques croulent sous les produits égyptiens de mauvaise qualité ». Ah, le zèbre égyptien n’est plus ce qu’il était !

    La question qui se pose, après ces brillantes explications est de savoir si le Comité de rédaction du Figaro n’est pas aussi un de ces produits égyptien de mauvaise qualité.

    Aussi, je me permets de conseiller à l’illustre journal de se brancher sur le site de l’ONU, pour y découvrir le rapport de Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, publié ce 17 août. Que dit Navi Pillay : « Le blocus de Gaza et les restrictions aux mouvements de biens et de personnes en Cisjordanie par Israël constituent une punition collective aux termes de l'article 33 de la Quatrième Convention de Genève. » Donc un crime de  guerre. Moins drôle que le faux zèbre.  

    Navi Pillay s'élève contre « l'impunité quasi-totale » qui recouvrent ces atteintes et souligne que la situation des droits de l'homme, déjà s1.ziare.jpgcritique dans les territoires palestiniens occupés, s'est dégradée pendant l'opération "Plomb durci" menée par l’armée israélienne : « D'importants éléments de preuve indiquent de prime abord que de graves atteintes au droit humanitaire international ainsi que des violations flagrantes des droits de l'homme ont eu lieu lors des opérations militaires conduites entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, qui ont été aggravées par le blocus enduré par la population de Gaza lors des mois qui ont précédé l'opération 'Plomb durci' et qui se perpétue encore ».

     

    Aussi, le Haut commissaire aux droits de l’homme demande urgemment :

    « - qu’Israël lève son blocus ainsi que ses restrictions sur les mouvements à destination et en provenance de l'enclave côtière palestinienne qui équivalent à un châtiment collectif illégal;

    « - que les allégations de violations du droit humanitaire et des droits de l'homme pendant le conflit à Gaza fassent l'objet d'une enquête par des institutions indépendantes. »

     

    La situation est assez simple. Après la victoire électorale, et démocratique, du Hamas à Gaza, Israël a imposé en 2007 un blocus, béni par l’Union européenne. Alors que l’ONU a dénoncé fin 2008, vu la dégradation des conditions de vie, une situation de punition collective, constituant un crime de guerre, Israël a engagé l’action militaire Plomb Durci, avec comme première victime une population qui ne pouvait ni fuir, ni se protéger. Après l’opération, Israël  a maintenu le blocus, ce qui empêche la bonne arrivée de secours et la reconstruction. Les enfants victimes de l’opération militaire souffrent de l’insuffisance des secours due au blocus. Un scandale jamais vu.

     

    Et les vrais zèbres du Figaro nous sortent  l’histoire des faux zèbres. J’ajoute : les autres grands titres, ce n’est pas mieux, ce qui nous fait un joli troupeau.

     

    Cet aveuglement de la presse française me sidère.

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  • Gaza : Plaidoyer pour la Cour Pénale Internationale

    La Cour Pénale Internationale n’est pas un idéal, mais l’idéal passe par la Cour Pénale Internationale, et après les massacres de Gaza, c’est l’heure du rendez-vous. D’où l’importance cette question qui tend à devenir un clivage : pour la CPI ? contre la CPI ? Sept ans après la création de cette juridiction, il reste de bon ton d’en parler avec un scepticisme évasif, feignant l’indifférence ou délivrant les critiques les plus vives. Que ces postures soient injustes vis-à-vis de l’institution est une chose. Mais il est plus préoccupant que plus d’une repose sur des analyses fausses. Les enjeux actuels appellent une clarification.  

     

    La justice : pragmatisme et idéal

     

    justice.1212490057.jpgAborder la question de la justice internationale place en situation périlleuse. Le décalage vertigineux entre le pragmatisme de l’outil judiciaire et l’idéal de justice devient un abîme quand il faut raisonner, et agir, après le carnage humain commis à Gaza entre le 27 décembre 2008 et le 17 janvier 2009.

     

    C’est une donnée classique de la justice, à la fois idéal, inatteignable, et outil contingent. C’est dire que pour avancer, il faut accepter d’avoir les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Les pieds sur terre, car rien n’est possible sans le respect des faits et une excellente pratique juridictionnelle. La tête dans les nuages, car l’oeuvre de tout procès est de s’approcher de l’idéal de justice, au regard de ce que peut faire – de ce que doit faire – la force humaine.

     

    Pour dire les choses franchement, la CPI, oui, est l’histoire d’une déception, et cela pèse. Car avant d’être un statut, la CPI a été un idéal raisonné, porté par une remarquable universalité des militants des droits de l’homme. Et force est de constater la différence entre le projet d’origine et le statut, avec à la clé une manip’ peu honorable. Le projet d’origine a été édulcoré pour permettre le plus large accord, et obtenir la signature, notamment, des Etats-Unis et d’Israël. Des concessions importantes à l’efficacité, et finalement ces deux pays ont signé le texte. Signé mais pas ratifié, ce qui est une funeste victoire, leur laissant la satisfaction d’avoir érodé un outil que finalement, ils ont rejeté.

     

    Mais ce n’est qu’une étape, et la CPI doit aussi être analysée telle qu’elle est, avec ses faiblesses mais aussi ses forces. Rien n’est possible sans le respect du Statut, certes, mais chaque juriste sait ce qu’il est en de la souplesse des textes, et de l’interprétation qui peut en être donnée dans la dynamique d’un procès. Surtout, n’oublions pas qu’à l’échelle de l’histoire, c’est le droit, et non la force qui l’emporte. Les puissants peuvent nuire, bloquer les évolutions, casser les énergies, nourrir l’injustice, causer des  crimes. Mais ils finissent toujours par lâcher, car s’ils peuvent beaucoup interdire, ils ne peuvent annihiler les aspirations humaines à la liberté et à la  justice. Alors, si cette CPI n’est pas la bonne, s’il faut faire mieux, on fera mieux. Ce mois de juillet, s’ouvrira la période de révision du traité. Et plus tard, d’autres traités viendront. Mais ce sera pour renforcer l’outil, et non le remplacer, car nous pouvons aller loin avec la CPI.

     

    Une justice internationale ?

     

    global_lightbulb.jpgVoyons d’abord les  critiques les plus globales : l’idée même de justice internationale est contestée. Bien sûr, c’est aux Etats, via la diplomatie et les instances internationales, de régler leurs relations et leur différends. La complexité des sujets à traiter, le calendrier de la vie internationale, le principe de souveraineté… tout légitime la diplomatie, et relativise le rôle des institutions juridictionnelles internationales. Relativise, oui, mais ne le fait pas disparaître, et le scepticisme désabusé exprimé encore dernièrement par l’ancien ministre Hubert Védrines est le fruit d’une pensée essoufflée.

     

    Les outils de la justice internationale ont plus de cent ans, et n’ont fait que se renforcer au fil du temps. Cette construction serait condamnée à se briser sur les souverainetés ? Allons… En réalité, on voit se reproduire pour l’ordre juridique mondial ce qui s’est passé pour l’ordre juridique européen. Des textes généreux et des juridictions qui, à leur création, paraissent  quasi-ésotériques, le tout nourrissant  des critiques abruptes, qui deviennent elles-mêmes des obstacles à la compréhension. Mais loin de la lumière, au jour le jour, ces textes et ces institutions se mettent à vivre, nourries par le besoin de justice, la créativité de ceux qui s’en saisissent et la gravité des situations qui leur sont soumises. A terme, elles s’imposent comme des références, surtout quand dans le même temps, le pouvoir politique reste velléitaire. 

     

    L’Etat est irremplaçable car il est lieu où s’exprime la souveraineté et se forgent les mécanismes de solidarité. Et l’Etat reste le cadre privilégié pour rendre justice. Mais les valeurs de la justice sont universelles, ce qui explique que la greffe internationale prenne si bien et soit si féconde. Dès qu’on s’approche du droit fondamental, il faut penser international. Il ne s’agit pas de remplacer la diplomatie par la justice, ni de diluer les Etats dans un ordre international incertain, mais dire, tout simplement, qu’un seuil d’injustice interdit la construction de la paix, et qu’au final la meilleure chose qui puisse arriver aux criminels est d’être jugés. Un ordre international qui exclut le crime de guerre, le crime contre l’humanité et le génocide… Oui, la justice internationale peut y contribuer, et la CPI est une pièce maîtresse.

     

    Le double standard

     

    injustice.gifLa seconde grande critique ne concerne pas le principe de la justice internationale, mais son mode de fonctionnement. La CPI  ne serait qu’un outil de la puissance occidentale, laquelle après avoir imposé sa force diplomatique et économique, achevait sa domination par un raffinement juridictionnel. Et de mettre en avant cette évidence : la CPI traite uniquement de dossiers africains. Oui, mais il faut tout de même analyser un minimum.

    Pour le Congo, République centrafricaine et l’Ouganda, ce sont les autorités étatiques elles-mêmes qui ont saisi la Cour Pénale Internationale : comme expression de l’impérialisme occidental, on fait mieux ! Oui, mais il y a le Soudan, me dira-t-on, et c’est la grande question. Le Soudan n’est pas partie au Traité de Rome, et fait l’objet d’une enquête, avec délivrance d’un mandat d’arrêt contre le chef de l’Etat, alors que bien d’autres crimes ont eu lieu dans bien d’autres pays et auraient justifié des mesures du même ordre. Il y a donc double standard, et ce double standard dans la pratique judiciaire est un scandale.  

    Mais, qui est l’auteur du scandale ? La CPI et son Procureur, aux poursuites sélectives ? Bien sûr que non. S’il y a des poursuites au Soudan, c’est parce que le Conseil de Sécurité a saisi la CPI. Le même Conseil de Sécurité qui a créé un Tribunal spécial pour l’assassinat de Rafic Hariri. Le même qui ne fait rien devant les massacres commis par les autorités israéliennes lors de l’opération « Plomb durci » : 1 300 palestiniens tués, dont une minorité de combattants, quatre mille blessés graves, et des destructions massives de biens civils et économiques. Le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a demandé qu’une enquête soit ouverte, de même que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Mais le Conseil  de Sécurité ne bouge pas. Là est le scandale du double standard. Il est l’oeuvre de cet organe politique qui voit les crimes au Darfour mais les ignore à Gaza. Au Soudan, l’auteur est jugé assez faible pour être poursuivi ; en Israël l’auteur est jugé trop puissant pour être inquiété. Il est bien évident que ça ne pourra pas toujours durer ainsi. Il y a aura aussi, un jour, tôt ou tard, une addition à présenter au Conseil de sécurité, quand des organes juridictionnels incontestables, dont la CPI, auront jugé les crimes contre l’humanité commis à Gaza.

    L’efficacité de la plainte

    ca-marche.jpgViennent ensuite les critiques contingentes : de toute manière, cette CPI ne peut rien faire contre Israël, alors, mieux vaut passer outre.

    D’abord, et même si c’était le cas, pourquoi passer outre ? La seule raison pouvant conduire à renoncer à saisir la CPI serait le risque d’affaiblir les actions engagées devant les juridictions nationales, dans le cadre de la compétence universelle ou en fonction de la nationalité des victimes (ex : victime franco-palestinienne). Or, ce risque est inexistant. Un échec à La Haye mettrait en évidence le caractère restrictif du traité, et c’est tout. Il n’affaiblirait en rien les autres procédures. En revanche, le moindre signe positif rendu par le Bureau des poursuites de la CPI serait un atout dans les procédures conduites en droit interne.

    Plus surprenant, et contradictoire : chacun peut déplorer le peu de place que laisse le statut aux victimes et aux ONG dans l’engagement des procédures. Aussi, il faut chercher à pousser les feux, pour donner toute leur ampleur aux textes au regard de la gravité des faits, en faisant intervenir massivement les ONG devant la CPI. Il est manifestement contre-productif de s’abstenir et d’implorer le Conseil de Sécurité. D’autant plus qu’à ce stade de la procédure, il est bien évident que le Conseil ne fera rien…

    Non, c’est là une vraie erreur d’analyse. La grande spécificité de la plainte est qu’elle est formée par les militants des droits de l’homme, en lien direct avec les victimes. Les ONG signataires viennent de toute la planète, à commencer par ceux de Palestine et du monde arabo-musulman. 450 ONG à ce jour, et il reste à élargir le cercle pour le rendre encore plus représentatif. Surtout, et ce dans le cadre d’un consensus politique, l’Autorité Nationale Palestinienne a donné compétence à la CPI pour les crimes commis à Gaza depuis 2002. Une déclaration de compétence à effet rétroactif, comme le permet le statut, passée trop inaperçue et qui assoit la compétence de la Cour pour enquêter sur le territoire de Gaza. Ce geste de l’Autorité Nationale Palestinienne est d’une importance historique. Il place la cause palestinienne sous l’angle du droit, permet d’agir en tant qu’Etat devant une juridiction internationale, et affirme publiquement où est l’agresseur et où est la victime.

    Jusqu’où ?

    1963_Jusqu_au_bout_du_monde.jpgJusqu’où pourra aller la Cour Pénale Internationale ? Le plus loin possible, et tout le chemin parcouru sera bénéfique pour la cause.

    Les faits sont avérés, et leur preuve n’est pas le plus complexe : Israël n’a pas imaginé la riposte juridique, et a laissé toutes les preuves de ses méfaits, de son absence de but militaire, de sa détermination à frapper la population civile. Les travaux du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU, s’il n’y avait qu’eux, établissent la pertinence des qualifications de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, au sens du traité de Rome. La réalité s’impose chaque jour davantage : il n’y avait pas de but militaire, mais uniquement un but civil, à savoir causer des pertes humaines chez les civils et des destructions. Sinon, pourquoi bombarder aux heures de sortie des écoles ? Pourquoi détruire systématiquement les centres de la Sécurité civile ? Pourquoi bombarder les écoles de le l’ONU, ou les réserves alimentaires ? Pourquoi avoir détruit le tiers des terres cultivées ? Pourquoi bombarder les équipements économiques ? Pourquoi après l’exécution sommaire de toute une famille et la destruction de la maison, avoir laissé seul l’aïeul qui implorait la mort en lui disant qu’il restait là pour témoigner ? On en sait bien assez pour conclure qu’il est nécessaire d’enquêter.

    La question de l’Etat ? La Cour vise la protection des peuples, et c’est bien parce que l’Etat palestinien est contesté que sa population a été victime d’un crime contre l’humanité. Aussi, il serait difficile d’envisager que la moins protégée des populations soit privée de la protection de la CPI, comme s’il fallait faire payer une seconde fois à ce peuple soixante ans de lâcheté de la communauté internationale. La CPI n’a pas à définir l’Etat, mais à s’assurer que l’Etat existe. Un peu comme un être humain qui s’adresse au juge. Le juge doit constater que cet être est vivant, mais il ne s’intéresse pas à sa structure biologique. Or, l’Autorité Nationale Palestinienne fournit maints exemples prouvant la réalité de son existence, en droit international. Le consensus existant autour de cette démarche en est le meilleur exemple.

    Alors, les documents nécessaires seront adressés au Bureau des poursuites. Dans le respect du Statut, le Procureur pourra saisir la chambre préliminaire, ce qui aura un impact considérable. Des investigations devront être conduites sur place, pour établir la réalité des crimes. On n’a jamais demandé à une victime d’élucider une affaire au moment où elle porte plainte. Que l’enquête progresse donc, pour à partir des faits dire s’il y a eu crime, et remonter vers les  auteurs.

    Il sera alors bien temps de s’adresser aux dirigeants d’Israël. Aucun peuple ne peut envisager de construire son avenir son avenir à partir d’ordres criminels. Que toute la lumière soit faite sur l’ampleur des crimes commis. Que l’on mesure l’horreur : nous verrons bien alors où en sera l’opinion internationale.

    Dans le même temps, les procédures vont se poursuivre dans le cadre de la compétence universelle, et devant les juges nationaux, au pénal et au civil. La CPI n’interdit rien. Elle facilite tout.

    Notre système de défense des droits de l’homme a de grands mérites, et a permis beaucoup de progrès. Mais les crimes commis à Gaza montrent ses limites : sous nos yeux, des innocents sont morts de la folie criminelle des dirigeants d’un Etat estimé fréquentable, défendus par les plus puissants des Etats de la planète. Il faut, par respect des victimes, revoir tout cela. L’immensité du crime de Gaza parle à toutes les consciences. Ce besoin de justice doit être la pierre fondatrice d’un nouvel âge des droits de l’homme. Et finalement, nous le savions : la Palestine est un berceau de la civilisation.

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