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grèce

  • Ce farfadet de Varoufakis

    La grande victoire grecque « de Gauche », c’était il y a à peine un an, et tout allait changer : les nouveaux dirigeants de la Grèce allaient dresser les forces de l’État contre la mécanique libérale, et autres conneries du même genre.

    Un an plus tard, le peuple grec est humilié pour avoir dû tout lâcher quelques jours après un référendum qui concluait à ne rien lâcher, le « gouvernement » grec a accepté de mettre en œuvre un accord négocié en secret et jamais publié, bafouant le rôle du Parlement, ignorant l’idée de souveraineté, ce pour récupérer sept misérables milliards et les refiler une semaine après pour payer d’autres dettes bancaires. Ce de la part d’un gouvernement qui, au nom de la solidarité des peuples, a renforcé sa coopération avec Israël.

    Le grand leader révolutionnaire Alexis Tsipras est devenu le pote de Hollande, et quant au héros des bobos, Yanis Varoufakis, qui vote oui, qui vote non, se ridiculise avec un Plan B comme Bidon, qui abandonne ses électeurs, et fait le beau à côté d’un commercial d’Habitat, il cherche maintenant à se faire un peu de gratte avec des conférences. Conférences qui doivent être absolument passionnantes, venant d'un mec qui a tout misé à côté, et qui s’incarne parfaitement dans le tableau des vaches qui regardent passer les trains.

    grèce,gochmole,trahison

    Le gouvernement grec et la finance européenne

     

    C’est l’hebdo athénien Proto Thema qui a publié un échange de mails avec le London Speaker Bureau, une agence spécialisée dans le placement de personnalités, indiquant que les « frais standards de M. Varoufakis sont de 60 000 dollars [54 140 €] pour les engagements hors d’Europe », avec transport « en business class ». En Europe, ses tarifs sont entre 5 000 dollars, et à 1 500 dollars pour les interventions en université, selon l’hebdomadaire.

    Varoufakis a aussitôt répliqué sur son blog sous le titre « Transparence partout », en listant une série d’interventions effectuées entre septembre et octobre. Oki.

    On trouve d’abord une série de réunions politiques ou universitaires, et le mec met en avant que c’est gratuit ou presque… Il serait quand même incroyable qu’un homme politique se fasse inviter à des réunions politiques à condition d’être payé, et pour ce qui est des rencontres dans d’autres universités, tous les universitaires se déplacent gratis et en classe éco, arrêtez le délire. Le lascar se fait sa pub « genre : moi et la vertu », alors qu’il est au standard.

    On trouve ensuite les conférences payantes, 24 000 € pour une interview de 22 minutes, le 27 septembre, sur la télévision publique italienne RAI  – 1000 € la minute, pas mal – et 28.800 € pour une réunion à Singapore, voyage en classe affaire.

    Avec cette petite précision que les sommes indiquées le sont après paiement des cotisations sociales et des impôts. Précision qui n’est pas un détail, car les cotisations sociales et impôts représentent environ 50 % des sommes perçues, ce qui veut dire que la rémunération perçue était du double. C’est donc bien Proto Thema qui a raison, avec plus de 50 000 € pour une conférence. Pas plus compliqué.

    La conclusion ? C’est simple : ce mec est vraiment nul, car il fait à peine la moitié du tarif de Sarkozy...

    Ceux qui, à Gauche, sont encore vivants – et ils sont nombreux – persuadés que la solidarité doit être le centre de la vie sociale et économique, doivent se préoccuper d’abord du débat d’idées, au lieu de frétiller devant la question des leaders et des élections. La Gauche est par terre, et c’est une doctrine qu’il faut reconstruire. Si on ne trouve pas de doctrine, on devra tirer le rideau. Et pour ce qui est des pseudos leaders, de Hollande à Varoufakis ils ne sont que des marchands du temple, à virer sans ménagement.    

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  • Réfugiés : Les politiques nous font honte, il reste les hommes d’Eglise

    Maurice_Joyeux_sj (1).jpgL’Europe des droits de l’homme… et la Gauche radicale et morale qui gouverne la Grèce... Et si on parlait des faits ? Voici un excellent témoignage recueilli par Le Point du père Maurice Joyeux, responsable du Service jésuite des réfugiés (JRS) en Grèce, à propos des méthodes du gouvernement grec sur l'île de Lesbos. Un homme de grande expérience.

     

    Les politiques nous font honte, et heureusement, il reste les hommes d’Eglise : ça vous plait ou ça ne vous plait pas, c’est le même prix !

     

    *   *   *

    Le Point : Qu'avez-vous vu sur l'île de Lesbos ?

    Père Maurice Joyeux : J'ai vu le début d'un couloir que je qualifie d'inhumanitaire. Pendant quatre nuits, j'ai assisté au départ par ferry vers le Pirée des migrants. On dit qu'ils sont 2 000 chaque soir à grimper sur ces bateaux, c'est faux ! J'ai l'habitude de ces foules, et j'ai dénombré chaque soir au moins 4 000 personnes. Et chacun d'entre eux doit débourser 60 euros pour la traversée, alors que le prix normal est de 47 euros. On se fait de l'argent sur le dos des migrants ! C'est un scandale. Pour arriver jusqu'à l'île de Lesbos, ces hommes, ces femmes, ces enfants ont pris un bateau en plastique à partir de la Turquie, en déboursant 1 400 euros chacun. À l'arrivée, on voit des tonnes, des champs entiers de « life jackets » (gilets de sauvetage) abandonnés ; ils sont collectés puis ramenés à leur point de départ en Turquie pour être revendus aux candidats suivants à l'exil. Un vrai business s'est mis en place. Beaucoup d'argent est en jeu.

    Comment sont traités ces populations sur place ?

    On a installé deux centres d'accueil d'urgence sur l'île de Lesbos, près du port de Mytilène. Dans l'un sont concentrés essentiellement des Afghans. Il s'agit en fait d'un camp de rétention tenu par un énorme système policier. Médecins du monde est à l'intérieur et essaie de faire ce qu'il peut. Mais autour, la situation est terrible. Aucune assistance humanitaire n'a été mise en place alors que certains jours se pressent jusqu'à 1 500 personnes. J'y étais mardi, et je n'ai pas arrêté de rencontrer des réfugiés qui me demandaient à boire, à manger… L'hygiène est déplorable, le stress est immense.

    Et dans l'autre centre d'accueil, c'est la même chose ?

    La situation est très difficile aussi, mais elle est atténuée par la population accueillie. Dans ce centre se trouvent essentiellement des Syriens. Et ceux-ci appartiennent davantage à la classe moyenne, il y a beaucoup d'étudiants, des médecins, des ingénieurs… Ils ont davantage de moyens financiers, ils sont plus organisés, ils se serrent les coudes, la solidarité familiale joue beaucoup.

    Vous qui, pourtant, avez l'habitude de ces tragédies êtes très en colère. Pourquoi ?

    Tous ces individus n'ont qu'un rêve : monter vers le nord de l'Europe. Dès qu'ils arrivent à Athènes, des passeurs les prennent en charge pour les faire transiter vers la Macédoine. En cheville avec des entreprises de transport, ces passeurs les conduisent vers des impasses ! On en arrive à vouloir que ces réfugiés n'aillent pas trop vite, qu'ils prennent leur temps pour obtenir un droit d'asile en Grèce. Nous n'avons pas le droit de laisser ces gens errer ainsi et les abandonner entre les mains de passeurs. Voir ces milliers d'individus, dont la plupart sont de grande valeur, alignés comme des animaux, c'est un spectacle indigne ! Il faut plus de traducteurs, dès qu'ils sont présents, on peut faire passer des messages, cela va beaucoup mieux…

    Pourquoi n'ouvre-t-on pas un couloir humanitaire protégé par une force européenne vers les pays qui veulent bien les accueillir ? Je suis en colère. Quand j'étais dans les camps au Tchad-Soudan, par exemple, la protection d'une force internationale permettait d'avoir une présence humanitaire forte et durable. Nous n'avons pas le droit de laisser ces personnes supporter seules cet exode. Ils n'ont rien dans les mains. Pour pendre place à bord des bateaux en plastique, on leur demande de lâcher leur sac.

  • Pacte militaire Grèce-Israël, par Manlio Dinucci

    Quand Tsipras est arrivé au gouvernement en Grèce, l’alarme a sonné en Israël : Syriza, soutien de la cause palestinienne, demandait de mettre fin à la coopération militaire de la Grèce avec Israël. Face à la brutale répression israélienne contre les Palestiniens, prévenait Tsipras, « nous ne pouvons pas rester passifs, parce que ce qui arrive aujourd’hui sur l’autre rive de la Méditerranée, peut arriver sur notre rive demain ». Sept mois plus tard, fin de l’alarme : Panos Kammenos, ministre de la défense du gouvernement Tsipras, est allé en visite officielle à Tel Aviv, où le 19 juillet il a signé avec le ministre israélien de la défense, Moshe Ya’alon, un important accord militaire. Pour ce déplacement, Kammenos, fondateur du nouveau parti de droite Anel, a choisi le moment où la Grèce était prise en tenailles par la question de la dette. L’ «Accord sur le statut des forces », communique le Ministère grec de la défense, établit le cadre juridique qui permet au « personnel militaire de chacun des deux pays de se rendre et résider dans l’autre pour participer à des exercices et activités de coopération ». Un accord semblable n’a été signé par Israël qu’avec les Etats-Unis. Dans l’agenda des entretiens on trouve aussi la « coopération dans le domaine de l’industrie militaire » et la « sécurité maritime », notamment des gisements offshore de gaz qu’Israël, Grèce et Chypre considèrent comme leur « zone économique exclusive », en repoussant les revendications de la Turquie.

    Sur la table de la rencontre « les questions de la sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Faisant écho à Ya’alon qui a dénoncé l’Iran comme « générateur de terrorisme, dont l’ambition hégémonique mine la stabilité d’autres Etats », Kammenos a déclaré : « La Grèce aussi est dans le rayon des missiles iraniens ; si un seul réussit à atteindre la Méditerranée, ce pourrait être la fin des Etats de cette région ». Il a ensuite rencontré les dirigeants des forces armées israéliennes pour établir une coordination plus étroite avec celles grecques. En même temps le chef de la marine militaire hellène, le vice-amiral Evangelos Apostolakis, a signé avec la contrepartie israélienne un accord de coopération sur des « services hydrographiques » non mieux précisés. Le pacte militaire avec Israël, stipulé au nom du gouvernement Tsipras, n’est pas seulement un succès personnel de Kammenos. Il entre dans la stratégie USA/Otan qui, dans l’offensive vers l’Est et vers le Sud, vise à intégrer toujours plus étroitement la Grèce non seulement dans l’Alliance mais dans la coalition plus ample comprenant des pays comme Israël, Arabie Saoudite, Ukraine et autres.

    Le secrétaire général  Stoltenberg a déclaré que le « paquet de sauvetage » UE pour la Grèce est « important pour toute l’Otan », la Grèce étant un « solide allié qui dépense plus de 2% de son PIB pour la défense »  (niveau atteint en Europe seulement par la Grande-Bretagne et l’Estonie). Particulièrement importante pour l’Otan la base aéronavale de la baie de Suda en Crète, utilisée de façon permanente par les Etats-Unis et d’autres alliés, dans ces dernières années pour la guerre contre la Libye et les opérations militaires en Syrie. Maintenant utilisable, grâce au pacte avec la Grèce, également par Israël surtout en fonction anti-Iran.

    Dans ce cadre stratégique se recomposent les conflits d’intérêt entre Grèce et Israël, d’un côté, et Turquie de l’autre. La Turquie, où l’Otan a plus de 20 bases et le Commandement des forces terrestres, au nom de la « lutte contre l’Isis » bombarde les Kurdes du PKK (vrais combattants anti-Isis) et, avec les USA et les « rebelles », se prépare à occuper la bande septentrionale du territoire syrien. En vertu de l’article 4 du Pacte Atlantique, car elle considère que sont menacées sa sécurité et son intégrité territoriale.

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    Convictions à vendre, bon état, pas cher, crédit possible  

  • Grèce : 7,16 milliards d'euros… et moi, et moi et moi…

    Tsipras l’avait bien expliqué : le peuple grec n’avait pas vu passer l’argent des précédents prêts, et il fallait que ça change. Ça m’a effectivement l’air bien parti.

    La Grèce éreintée et son premier ministre laminé ont obtenu via le Mécanisme européen de stabilité financière (MESF) un prêt relais de 7,16 milliards d'euros vendredi dernier, en attendant un autre à caler. Je souligne qu’il s’agit de prêt, donc d’argent à rembourser, alors que j’ai souvent entendu parler de plan d’aide. Et pour le moment, la Grèce a honoré tous ses engagements.  Il n’y a donc pas de « charge grecque », mais seulement des banques qui voient leurs prêts remboursés, même quand elles ont accordés ces fonds en dépit du bon sens.

    Donc 7,16 milliards d'euros pour le peuple grec, grâce à Tsipras et au référendum.

    En fait, c’est un peu différent.

    La somme débloquée vendredi a permis de régler ce lundi au FMI 1,5 milliard d'euros dus depuis le 30 juin, et 456 millions d'euros depuis le 13 juillet.

    L’Etat grec a également remboursé 4,2 milliards d'euros à la Banque centrale européenne (BCE), et 500 millions d'euros à la Banque de Grèce, un solde arrivé à échéance fin juin.

    Donc, sur 7,16 milliards empruntés vendredi, 6,65 milliards d'euros sont repartis lundi vers des institutions financières. A l’Etat, qui doit faire face à tant de besoins, il ne reste donc que 510 millions d'euros. De l’argent à garder bien au chaud, car le 20 août, la Grèce doit rembourser 3,2 milliards d'euros à la BCE.

    Le plan génial se met donc en place : pour rembourser 7 milliards, la Grèce emprunte 7 milliards, et règlera les intérêts sur cette somme. Ça tombe bien, le gouvernement vient d’augmenter la TVA, ce qui permettra de payer. Je pense qu’effectivement, c’est un très bon plan de sortie de crise, astucieux, progressiste et solidaire.  

    Chers amis banquiers, sachons défendre l'essentiel et restons unis, c’est la solidarité qui est notre force. 

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  • La France, Etat fédéré de l’Europe de la finance

    Que c’est beau la démocratie... Toute la presse était hier soir unanime : « C'est à une écrasante majorité de 412 voix contre 69 que l'Assemblée nationale a approuvé mercredi après-midi le troisième plan d'aide à la Grèce, pour permettre son maintien dans la zone euro » (Le Figaro) ; « Le Parlement français donne son feu vert à l'accord sur la Grèce » (Le Point) ; « Le Parlement français approuve l’accord sur la Grèce ».  (Le Monde).

    Mes gènes démocratiques en étaient tout ragaillardis. Bien sûr, je ne crois pas une minute au succès de ce plan de folie, injouable, et qui a pour seul objet de mater toute idée de vote populaire indocile. Mais je voyais là enfin, après des semaines de tractations occultes de groupes informels, un vrai vote dans un Parlement. La représentation populaire s’est exprimé, à tort ou à raison, mais ce plan bénéficie du feu vert parlementaire, donc de l’autorisation de la nation.

    Rien de plus normal, car tout le monde souligne l’importance de ce plan, qui sauve la Grèce, sauve l’euro et sauve l’Europe. Le Premier ministre était en transe : « Moment historique. La Grèce, c'est l'Europe ». Gouvernement ou Parlement, ils étaient tous là – quasi-lyrique – pour dire le caractère exceptionnel de cet accord.

    Mais, l’esprit à la fête, le juriste reste un juriste, et j’ai soulevé le capot de belle auto pour admirer la mécanique. Et là, boum badaboum : ce vote est de l’enfumage total, qui s’incrit dans un naufrage démocratique. Que reste-t-il de la souveraineté des peuples ? 

    Ce vote du Parlement est purement décoratif !

    Le vote est intervenu en application de l’article 50-1 de la Constitution :« Le gouvernement peut faire, sur un sujet déterminé, une déclaration qui donne lieu à débat et peut, s’il le décide, faire l’objet d’un vote sans engager sa responsabilité ». Ce qui signifie en clair que c’est un vote pour rien, sans aucun contenu juridique. Il ne s’agit pas d’une autorisation, ni d’une décision, ni d’une approbation d’un accord. D’ailleurs, si les parlementaires avaient voté non, cela n’aurait rien changé, la responsabilité du gouvernement n’étant pas engagée. Même salade au Sénat.

    Gros coup de blues pour mes gènes démocratiques… Patron, une autre, please…

    J’en étais resté à l’article 53 de la Constitution, aux si puissantes vertus démocratiques : « Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui engagent les finances de l'Etat, ceux qui modifient les dispositions de nature législative, ceux qui sont relatifs à l'état des personnes, ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu'en vertu d'une loi ». 

    Je suis allé boire un coup avec mes potes bac plus 10 en droit constitutionnel, avec option bac plus 10 en droit européen, qui m’ont dit keep cool… Tu parles… Pas cool du tout !

    Le mécanisme européen de stabilité (MES)

    Le truc, c’est le mécanisme européen de stabilité (MES). Le MES a pour but de « mobiliser des ressources financières et de fournir, sous une stricte conditionnalité adaptée à l'instrument d'assistance financière choisi, un soutien à la stabilité de ses membres qui connaissent ou risquent de connaître de graves problèmes de financement ».

    En pratique :

    - le but est la stabilité financière de la zone euro et des États membres ;

    - lorsqu’un État dans la mouise ne peut plus emprunter à des taux corrects, il fera appel au MES qui empruntera à sa place, en levant des fonds garantis par les dépôts des Etats, 700 milliards d’euros, par des accords passés avec ses membres, des institutions financières ou d'autres tiers, dont le FMI.

    - la demande est d’abord analysée par la troïka : FMI, BCE et Commission européenne. Notez que le parlement européen est passé à la trappe.

    Un CA gère les affaires courantes, mais les décisions sont prises par le « Conseil des Gouverneurs », qui regroupe les ministres des finances des États membres. Et comme patron, c’est l’Eurogroupe, soit la réunion informelle des ministres des finances, ou des chefs d’Etats de la zone euro.

    Cet Eurogroupe met son poids dans la balance pour assurer une coordination des politiques économiques entre des États de la zone euro. Ben oui, pas de monnaie commune si l’on ne conduit pas les mêmes politiques… C’est tout le problème. En mai 2013, ont été adoptés deux règlements - the Two-Pack – qui formalisent les mécanismes de surveillance des Etats.

    En France, le Parlement n’a aucune vision des décisions prises par le ministre des finances : il vote une enveloppe, mais n’a aucun pouvoir sur l’utilisation. La France est engagée pour 142,7 milliards d’euros. En Allemagne, les parlementaires exercent ce contrôle.

    Ce traité, ratifié par 17 Etats – la zone euro –  est entré en vigueur le 27 septembre 2012.

    Par un arrêt du 27 septembre 2012, la Cour de Justice de l’Union européenne a validé le processus, laissant toutefois en suspens quelques effets du principe de « non-renflouement » (TFUE, art. 125) aux termes duquel un Etat ne peut renflouer un autre. De fait, le MES ne prend pas à sa charge la dette de l’État membre bénéficiaire.

    Le Conseil constitutionnel a validé le système, au motif que ce mécanisme de contrôle s’inscrivait dans les objectifs de stabilité économique déjà pris (Décision n° 2012-653 DC du 9 août 2012).

    Donc tout est juridiquement parfait ? Aaaaah non pas du tout !

    Eh bien, si c’est le cas, c’est une catastrophe, et il faut d’urgence changer ces traités et ces lois qui bafouent le principe de souveraineté, en retirant tout pouvoir et tout contrôle aux parlements, et rejettent comme illusoire la solidarité sociale.

    Le plus invraisemblable est qu’il n’existe aucun document juridique officiel exposant le plan qui a été adopté. Juste un communiqué. Quel est le contenu précis ? Qui a signé ?

    Dans un Etat de droit, tout citoyen peut, seul ou par d’autres procédés, attaquer toute décision faisant grief s’il estime que cette décision est contraire à l’application des principes du droit. Ici, c’est impossible, car cet acte qui engage le destin du peuple grec n’est ni formalisé, ni publié. Nous n'avons droit qu'à un communiqué. C’est sidérant.

    Alors, on trouvera un rectificatif avec le Parlement européen ? Rien du tout. Le Parlement a eu droit la semaine dernière à un débat sans vote, général et qui n’a pas porté sur le contenu de cet accord. Et lors des discussions de ce week-end, il y avait beaucoup de monde autour de la table, mais aucune représentation du parlement. C’est un mépris institutionnalisé de la séparation des pouvoirs.

    Et alors, que vaut le vote de notre Parlement, qui aurait « approuvé » l’accord ? Il n’a approuvé rien du tout parce que l’accord n’est pas formalisé,… et que son vote ne fait que répondre à une déclaration du gouvernement, et sans aucune responsabilité (Constit., Art. 50-1). De ce que j’ai pu lire, pas un seul parlementaire n’a protesté contre ce vote bidon, le transformant en singe savant…

    Franchement, ça me fait flipper. C'est une logique d'Etat fédéré, dans une fédération dominée par la finance européenne. On engage des milliards et on impose à un Etat des contraintes jamais imaginées sans vote parlementaire. On culpabilise les abstentionnistes, mais là c'est de l’abstentionnisme institutionnalisé.  

    On commence légalement avec une monnaie unique ; on crée légalement des mécanismes de stabilité, puis des mécanismes de contrôle ; on ajoute légalement des procédés de garantie. Tout ceci est bel et bon, et avec la crise grecque, on voit la violence du procédé qui, par des décisions non publiées et prises à huis clos, sans contrôle parlementaire ni recours judiciaire possible, vient casser un pays.  

    La pantalonnade du Parlement français ajoute au désarroi. D’autres pays connaissent un vrai vote, mais si l’Allemagne et la France sont d’accord, il est en pratique quasi-impossible de rejeter l’accord.  

    Et ce vote français ?

    Il faut envisager un recours contre la décision de passer par le procédé décoratif de l’article 50-1, en évitant l’article 53. Nous devons nous battre pour la démocratie, et savoir engager les vraies batailles.

    Sur le plan formel, la France a déjà affecté des fonds au MES, et les fonds sont mis en œuvre par l’exécutif, donc tout va bien. Oui, mais on ne peut se satisfaire de cette approche formelle, alors que le système français est déjà tellement faible, le parlement n’ayant aucune vision de l’affectation des fonds, comme exposé ci-dessus, et que l’ampleur des mesures prises sort d'un simple jeu de garantie.

    Lorsque l’on dit d’accord au MES, on dit d’accord à un mécanisme de financement, qui comme tous, suppose de montrer un bon dossier qui inclut les capacités de remboursements. Mais, pas d’histoire, il faut analyser les faits, et nous sommes passés à autre chose.

    Cet accord grec a été imposé en ignorant la logique économique, ce que le FMI a souligné par un rapport communiqué dans le cours des discussions. Le premier ministre grec dit qu’il ne croit pas à cet accord, maints avis autorisés dénoncent cet accord anti-économique, et le Premier ministre a même dit à la tribune de l’assemblée qu’il faudrait des abandons de dettes… ce que l’accord écarte ! C'est du n'importe quoi.

    De plus, l’accord a instauré des mécanismes de tutelle, dans des termes qu’on ne peut pas lier à de simples mécanismes de garantie. C’est là que l’analyse bascule :

    - l’accord considère nulles des mesures prises par le gouvernement Tsipras car elles contreviennent à des choix faits par les précédents gouvernements avec accord avec l’Eurogroupe ;

    - il oblige le gouvernement grec à soumettre à l’Eurogroupe les projets de lois, qui ne seront acceptés que s’ils sont jugés conformes au plan ;

    - il crée des mécanismes de coupes budgétaires automatiques si les objectifs financiers ne sont pas considérés comme tenus ;

    - il supprime la souveraineté budgétaire, obligeant l’Etat grec à voter un budget excédentaire de 3% après le service des intérêts de la dette, dès 2017 ;

    - il livre les plus beaux actifs du pays aux rapaces de la finance, en imposant 50 milliards de privatisation, et les fonds obtenus seront gérés par l’Eurogroupe.

    Ce qu’on a sous nos yeux, c’est un organisme informel qui par une décision secrète prise à huis clos, sans contrôle parlementaire ou judiciaire, crée de toute pièce un mécanisme « d’organisation internationale », ce selon la formule de l’article 53.

    Pour conclure, il faut savoir introduire la politique dans le droit, lorsqu’il s’agit de l’avenir de la démocratie. A l’évidence, la question n’est pas la Grèce. La Grèce n’est qu’un prétexte. Les patrons de la finance européenne ont voulu éradiquer l’idée de gauche sociale et solidaire en Europe, et tant pis pour le peuple grec, l’essentiel étant que tout le monde comprenne que c’est l’argent qui dirige.

    Tsipras, qui n’avait rien à proposer, a pris une responsabilité écrasante en organisant ce référendum, qui a été une aubaine pour les requins de la finance. Hollande a joué le rôle parfait de l’idiot utile en amenant la gauche institutionnelle à se coucher. La finance se choisit une opposition de rêve, avec les groupes d’extrême-droite. Et demain, on nous demandera de manifester notre soutien aux banques, pour faire barrage à cette extrême droite.

    Tout ceci est la matière profonde de l’accord. Les parlementaires sont marginalisés et ne s’en plaignent pas. Dans ce tableau à pleurer, le recours au juge reste la meilleure piste. Alors que tout acte public est soumis au contrôle la légalité, ce jusqu'au règlement intérieur d’une école, comment admettre que de telles décisions puissent échapper au contrôle du juge, au regard de ce qui fait notre droit et notre histoire ?   

    Ça, c'est une histoire de civilisation.

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