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  • Entretien avec Renaud Girard (3) : La Chine ; Les relations US-Chine

    Troisième et dernière partie de l’entretien donné par Renaud Girard au Figaro… avec je l’espère, envie de retrouver l’ami Renaud via ses livres, sa chronique du mardi dans Le Figaro, et ses grandes interview.

    Petit retour sur celle-là, qui date du 25 mars dernier. Je cite ce passage sur la Palestine : « Sur le conflit israélo-palestinien, mettre le Hamas sur la liste des organisations terroristes sous Chirac a été une erreur. Ce mouvement islamiste a été élu démocratiquement en 2006 ; il a une assise populaire en Palestine. Mais depuis, les diplomates français n'ont pas le droit d'aller sur le territoire de Gaza ; cette absence de lien direct nous empêche de jouer un rôle de médiateur entre Israéliens et Palestiniens. Jamais la France n'acceptera que la sécurité d'Israël soit mise en cause, comme l'a redit de Gaulle en 1967. Elle lui a même fourni la bombe atomique. Mais pour autant, sa position doit être mesurée : elle n'a pas à accepter la colonisation illégale des territoires palestiniens ». 

     

    La troisième partie de l’entretien traite de la position internationale de la Chine, et des relations US-Chine. Passionnant… Bonne lecture à toutes et à tous !

     

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    « En Mer de Chine méridionale, une guerre totale pourrait éclater »

     

    Entretien d’Alexis Feertchak avec Renaud Girard

     

     

    A force de parler de la menace russe et du chaos moyen-oriental, n'a-t-on pas tendance à oublier l'Asie? Après qu'en juillet la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye a donné tort à la Chine, la crise en Mer de Chine méridionale risque-t-elle de s’envenimer ?

     

    Nous sommes aujourd'hui confrontés à des guerres de basse intensité. La guerre que nous fait l'Etat islamique est même une guerre de très basse intensité. La moyenne des pertes françaises, lissées sur quatre ans, pendant la Première Guerre mondiale, est de 1000 morts par jour. Au plus fort de la bataille de la Marne en 1914, c'est 20 000 morts en une seule journée.

     

    Le plus grand danger qui soit aujourd'hui, ce serait le retour à une guerre totale à grande échelle, du type de la guerre de 14-18. Je ne crois pas qu'une telle guerre puisse venir de la Russie, parce que Vladimir Poutine a montré finalement en Ukraine qu'il était raisonnable. Il aurait tout à fait pu prendre le port de Marioupol pour établir ensuite une continuité territoriale entre le territoire russe et la presqu'île de la Crimée. Il ne l'a fait pas. Vladimir Poutine teste plutôt notre résolution : c'est pour ça qu'il envoie des bombardiers et des sous-marins un peu partout jusque dans la Manche, et surtout dans la Mer baltique près des Pays baltes. Il faut alors lui montrer qu'on est là - en amis sûrs de notre droit, pas en ennemis - car c'est ce qu'il attend, et qu'il nous respectera davantage. Il faut lui montrer que nous avons des chasseurs Rafale et des sous-marins nucléaires d'attaque. Il faut lui montrer que l'Otan ne transigera pas avec la souveraineté territoriale de ses membres.

     

    En revanche, en Asie, l'expansionnisme maritime chinois est extrêmement préoccupant. Il peut déboucher sur une guerre d'un type que nous ne connaissions plus, c'est-à-dire une guerre totale à haute intensité. Il y a un mépris chinois évident pour tout droit international et pour toute négociation multilatérale sur ce dossier. Le mépris chinois pour la décision du Tribunal arbitral de La Haye est l'événement qui m'a le plus inquiété géopolitiquement au cours de cette année 2016.

     

    Les Chinois renversent l'argument en expliquant qu'ils souhaitent négocier, mais que les Philippins n'ont pas voulu de telles négociations et qu'ils sont allés directement devant la Cour Permanente d'Arbitrage de La Haye...

     

    Pour être parfaitement exact, les Chinois ne veulent jamais négocier multilatéralement. Ils ne sortent jamais du cadre bilatéral des négociations. On imagine bien que dans une négociation entre la Chine et le Brunei, Pékin serait très légèrement avantagé… C'est très dangereux. En mer de Chine méridionale, Pékin a eu une politique de fait accompli, en s'emparant de récifs qu'on appelle en droit international des terra nullius, des rochers qui n'ont jamais appartenu à quiconque. Voici que les Chinois veulent construire une «muraille de sable» en transformant les îlots Paracels et Spartleys en autant de bases aériennes. Par une stratégie de construction de grandes îles artificielles, la Chine s'est dotée de bases militaires, aériennes et navales, qui sont beaucoup plus proches des Philippines ou du Vietnam que de ses propres côtes… Elle prétend interdire à 12 milles marins des côtes autour de ces récifs l'accès aux navires étrangers et bénéficier de la zone économique exclusive à 200 milles des côtes qui accompagne un territoire.

     

    Aujourd'hui, les Chinois sont extrêmement violents contre les pêcheurs vietnamiens qui s'aventurent dans le prétendu espace économique chinois.

     

    L'appétit territorial de Pékin en Mer de Chine méridionale sur les archipels des Paracels et des Spratleys est proprement hallucinant - en mer de Chine orientale, il y a le problème des îles Senkaku avec le Japon, qui est tout aussi préoccupant. Les tensions sont encore gérées, mais vous ne pouvez pas exclure que Xi Jinping dérape un jour gravement. D'abord parce qu'il a davantage de pouvoirs qu’auparavant : il est moins contrôlé qu'il ne l'était avant par les six autres membres du comité permanent du bureau politique. Le pouvoir collégial chinois au sein du comité permanent est moins collégial qu'avant. Il y a un retour au culte de la personnalité et à un homme fort à la tête de l'Etat. L'économie, qui se tasse aujourd'hui, peut demain faiblir sévèrement, du fait notamment d'un système bancaire complètement opaque, qui peut s'écrouler. Vous ne pouvez pas exclure malheureusement que, à cause de telles insatisfactions internes en Chine, Xi Jinping fasse appel au nationalisme pour ressouder le peuple et que vous ayez ensuite un engrenage infernal.

     

    Il ne faut pas oublier que les Etats-Unis d'Amérique ont des accords stratégiques dans la région, notamment avec les Philippines, le Japon et la Corée du Sud. Les Etats-Unis d'Amérique ont même levé l'embargo des armes à l'égard du Vietnam! C'est extraordinaire, alors que l'embargo militaire américain et européen contre la Chine tient toujours depuis Tienanmen! En réalité, la Guerre de 1914 a commencé sur une situation de départ beaucoup moins explosive. Vous ne pouvez pas exclure un engrenage infernal suite à des incidents navals, etc. qui seraient possibles dans le cadre d'une Chine chauffée à blanc par le nationalisme. Ceci est déjà arrivé dans l'histoire récente, avec des pays évidemment moins importants, comme les dictateurs argentins qui ont tenté de ressouder le peuple en prenant de force les Malouines en 1982.41TAkxBVREL._SX317_BO1,204,203,200_.jpg

     

    Quelle est la stratégie américaine adoptée face à cet expansionnisme maritime chinois ?

     

    Les Etats-Unis d'Amérique ont réalisé leur changement stratégique de «Pivot towards Asia» (pivot vers l'Asie) et se désintéressent du Moyen-Orient, comme le montre la politique de «rule from behind» (gouverner par derrière) du président Obama au Levant. Ce n'est pas pour rien que les Etats-Unis cherchent aujourd'hui un compromis en Syrie avec les Russes, qui ont pris l'avantage.

     

    Comme l'a illustré la récente visite de Barack Obama au Vietnam (21-24 mai) puis au Japon (24-28 mai), les Américains ont un intérêt très clair pour l'Asie et l'Océan pacifique. Leur objectif est de maintenir coûte que coûte la liberté des mers. Washington ne peut accepter, dans ce cadre, l'appropriation des Paracels et des Spartleys par la Chine. Le pivot américain est clair au regard des forces navales américaines : plus de 60% de l'US Navy, qui est de très loin la première force navale du monde, est maintenant dans cette zone. Elle correspond avec la montée en puissance exponentielle de la flotte chinoise. Un signe de cette course aux armements est particulièrement éclatant. Jamais l'Australie, qui est un pays rationnel et non belliqueux, n'aurait acheté pour 34 milliards d'euros douze sous-marins au Français DCNS si le pays n'était pas extrêmement inquiet par la menace chinoise.

     

    Comment Barack Obama parvient-il à constituer un équilibre avec Pékin ? Cet équilibre régional est-il durable ?

     

    Les Chinois expliquent que les Etats-Unis n'ont rien à faire dans cette région. Ils ne manquent pas de rappeler que leur implication dans cette région a toujours été catastrophique, en faisant bien sûr allusion à la guerre du Vietnam. Pourtant, aujourd'hui, mêmes les premiers concernés de ces errances américaines passées, les Vietnamiens eux-mêmes, ont changé d'avis. Ce sont les Chinois, par leur maladresse, qui se sont aliénés tous les pays asiatiques alors qu'ils étaient plutôt bien vus au départ dans la région. Le retour triomphal des Etats-Unis en Asie n'est pas dû à une implication politique américaine impérialiste. Ils ont bien davantage répondu à la panique des autres pays face à la Chine. N'oublions pas que le précédent président philippin a comparé Xi Jinping à Hitler.

     

    Les Américains sont donc revenus en force, mais ils ont eu avec Barack Obama une politique assez balancée. Cela signifie que sur le fond l'affaire - par exemple les revendications de souveraineté en Mer de Chine méridionale - Washington ne se prononce pas. Les Américains acceptent en fait la première partie de la dialectique chinoise aux termes de laquelle Washington n'aurait rien à faire en Asie. Les Américains se placent non d'un point de vue asiatique, mais seulement du côté du droit international maritime dont ils veillent au respect. Les Américains n'ont pas à départager le Japon et la Chine sur la souveraineté des îles Senkaku ou la Chine et les Philippines sur celles des Spratleys. Ils n'ont pas davantage à déterminer comment les pays frontaliers pourraient répartir entre eux les richesses halieutiques et géologiques de la mer de Chine méridionale, etc. Au contraire, Barack Obama précise bien que c'est aux pays concernés de mener des conférences multilatérales pour gérer ensemble ces richesses marines.

     

    Il est certain que nous ne pouvons pas accepter la politique du fait accompli de Pékin. Les Chinois mènent en Mer de Chine méridionale une politique de force inadmissible. Toutes les puissances asiatiques, ainsi que l'Australie, sont inquiètes par la Chine. Jusqu'à maintenant, les choses sont contrôlées grâce au dialogue stratégique qui se tient chaque année au plus haut niveau entre les Etats-Unis et la Chine. La diplomatie fait tout à fait son ouvrage dans la mesure où Barack Obama accorde de la considération à la Chine, tout en étant ferme sur les principes de la liberté de navigation. C'est dans ce cadre qu'il donne régulièrement l'ordre aux destroyers de l'US Navy de longer les Spratleys et les Paracels à deux milles des côtes et non à douze, et sans demander l'autorisation aux Chinois.

     

    Pour l'instant, Donald Trump n'a pas pris la peine de décrire les contours précis de sa politique étrangère. Mais le fait qu'il privilégie l'intuition à la réflexion est loin d'être un bon signe. Inversement, on peut faire confiance à Hillary Clinton pour s'opposer avec fermeté au dangereux expansionnisme maritime chinois. Mais la candidate démocrate, si elle est élue, aura à gérer un dossier chinois beaucoup plus complexe que celui d'Obama car la Chine actuelle est beaucoup plus agressive que celle des Jeux Olympiques de 2008.

     

    Il demeure donc que le principal risque de guerre à grande échelle, demain ou plutôt après-demain, provient de cette région asiatique car on ne voit pour l'instant aucun début de solution globale se mettre en place. Et un engrenage des alliances et des représailles serait fatidique sur fond d'une population chinoise chauffée à blanc dans son nationalisme par un pouvoir autoritaire, qui n'arriverait pas à la maintenir tranquille par toujours plus de consommation.

     

  • Alep : Juste une question au gouvernement français

    Je vais bien me garder d’une analyse de ce qui se passe à Alep, vu la difficulté à disposer d’informations fiables sur un tel théâtre de guerre, où la désinformation est une arme.

    Ceci dit. Tous les jours, on nous parle d’une ville assiégée par les troupes du régime. Or, les trois quarts de la ville sont restés loyaux au régime et l’armée nationale conduit les opérations militaires contre la zone contrôlée par des rebelles, soit l’Est de la ville, et les voies de communication pour les troupes, les armes et le ravitaillement. Donc ce n'est pas la ville qui est assiégée par l'armée, mais la zone passée sous le contrôle armée des rebelles. Avec cette donnée de fait, je n’ouvre aucun débat mais je cadre ma question.

    La France s’est déclarée « en guerre contre le terrorisme », ce qui suppose d’identifier avec précision les terroristes, et on a pu voir ces derniers mois qu’il n’était pas besoin d’être un soldat enrôlé pour être gratifié de la qualification. À tort ou à raison, nous en reparlerons, mais j’en viens à Alep.

    La-bas, le gouvernement français s’affiche pour obtenir le départ d’el-Assad, et il soutient donc l’action des rebelles, qu’il souhaite voir accéder au pouvoir et qui pour le moment maintiennent une résistance armée à Alep, avec l’ « Armée Syrienne Libre ».

    Or, toutes les informations qui circulent nous expliquent que cette Armée Syrienne libre est en recul, épuisée, et que les véritables fers de lance de la bataille armée sont le groupe Ahrar Al-Sham et le Front Fatah Al-Sham.

    Alors, qui dans cette terrible bataille d’Alep ?  

    D’un côté, l’armée nationale. Vous n’aimez pas le  chef de l’Etat, oki, mais les combattants, c’est l’armée régulière, et le gouvernement a appelé à la rescousse les Russes et les Iraniens, dans le cadre des accords de coopération militaire.

    De l’autre ?

    D’abord Ahrar Al-Sham, qui est un puissant groupe salafiste syrien, dopé par les Saoudiens, qui dépense beaucoup d’argent pour tenter de vendre ses mérites dans l’opinion.

    Ensuite, le Front Fatah Al-Sham, le nouveau nom que le Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida s’est donné fin juillet. Je rappelle que le Front Al-Nosra avait approuvé les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Le changement d’appellation, c’est une petite ruse faite en accord avec les dirigeants d'Al-Qaida, parce que le groupe a vu qu’il allait devenir leader du fait de l’affaiblissement de l’Armée syrienne libre, et a voulu faire croire aux idiots qu’il n’avait plus de liens avec Al Qaïda.

    En résumé, d’un côté l’armée régulière, de l’autre un groupe armé salafiste et une filiale d’Al Qaïda.

    Ma question est donc la suivante : dans la mesure où il faut savoir nommer les terroristes, comment le gouvernement français qualifie-t-il le groupe Ahrar Al-Sham et le Front Fatah Al-Sham, qui combattent l’armée régulière syrienne ?

    Bref, à Alep, le terroriste, c’est Al-Qaida ou El-Assad ? Vu qu’on est en « guerre contre le terrorisme », il faudrait savoir.

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  • Qui a décidé que la Russie était notre ennemi principal ?

    L’anaconda est le sympathique serpent qui s’enroule autour de ses victimes pour les étouffer. Mais « Anakonda », c’est aussi l’un des plus importants exercices militaires conduits par l'Otan, en Europe, et qui se tient depuis 10 jours en Pologne.  Plus de 30 000 hommes de 19 nationalités qui s’organisent contre une invasion par « l’Union des Rouges »…

    Dans cette coalition européenne contre la Russie, les soldats les plus nombreux sont… les étasuniens : 14.000. Hé oui… Dans le même temps, l’Otan renforce systématiquement les structures militaires aériennes en Europe et met la pression sur les Etats-membres pour augmenter les budgets militaires. Donc, pas de bases de l’Otan dans les anciens pays du pacte de Varsovie, selon l’engagement pris, mais une mainmise aussi indirecte que ferme des États-Unis (Amérique du Nord, Territoire indien occupé).

    Vu qu’on parle de référendum ces jours-ci, ce serait peut-être bien un référendum européen pour déterminer si la Russie, ce grand voisin si proche de nous, doit devenir notre ennemi principal…

    Sur le sujet, voici un intéressant texte de Manlio Dinucci, publié le 7 juin.

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    Dans les anneaux de l’Anaconda

    Manlio Dinucci

    Aujourd’hui en Pologne commence l’Anakonda 16, « le plus grand exercice allié de cette année » : y participent plus de 25mille hommes de 19 pays Otan (USA, Allemagne, Grande-Bretagne, Turquie et d’autres) et de 6 partenaires : Géorgie, Ukraine et Kosovo (reconnu comme Etat), de fait déjà dans l’Otan sous commandement USA  ; Macédoine, qui n’est pas encore dans l’Otan du fait seulement de l’opposition de la Grèce sur la question du nom (le même que celui d’une de ses provinces, que la Macédoine pourrait revendiquer) ; Suède et Finlande, qui se rapprochent toujours plus de l’Otan (elles ont participé en mai à la réunion des ministres des affaires étrangères de l’Alliance). Formellement l’exercice est sous conduite polonaise (d’où le « k » dans le nom), pour satisfaire l’orgueil national de Varsovie.  En réalité il est sous commandement de l’US Army Europe qui, avec une « aire de responsabilité » comprenant 51 pays (y compris toute la Russie), a la mission officielle de « promouvoir les intérêts stratégiques américains en Europe et Eurasie ». Chaque année il effectue 1000 opérations militaires dans plus de 40 pays de l’aire.

    Le US Army Europe participe à l’exercice avec 18 de ses unités, parmi lesquelles la 173ème Brigade aéroportée de Vicence. L’Anakonda 16, qui se déroule jusqu’au 17 juin, est clairement dirigé contre la Russie. Il prévoit « des missions d’assaut de forces multinationales aéroportées » et d’autres y compris dans l’aire baltique au bord du territoire russe. 

    A la veille de l’Anakonda 16, Varsovie a annoncé qu’en 2017 elle augmentera les forces armées polonaises de 100 à 150 mille hommes, en constituant une force paramilitaire de 35 mille hommes dénommée « force de défense territoriale ». Distribuée dans toutes les provinces à commencer par celles orientales, elle aura comme mission d’ «empêcher la Russie de s’emparer du territoire polonais, comme elle a fait en Ukraine ».

    Les membres de la nouvelle force, qui recevront un salaire mensuel, seront entraînés, à partir de septembre, par des instructeurs étasuniens et Otan sur le modèle adopté en Ukraine, où ceux-ci entraînent la Garde nationale comprenant les bataillons néo-nazis. L’association paramilitaire polonaise Strzelec, qui avec plus de 10mille hommes constituera le nerf de la nouvelle force, a déjà commencé son entraînement en participant à l’Anakonda 16. La constitution de la force paramilitaire, qui sur le plan intérieur fournit au président Andrzej Duda un nouvel instrument pour réprimer l’opposition, participe à la montée en puissance militaire de la Pologne, avec un coût prévu de 34 milliards de dollars d’ici 2022, encouragée par USA et Otan en fonction anti-russe.

    Les travaux ont déjà commencé pour installer en Pologne une batterie de missiles terrestre du système étasunien Aegis, analogue à celle qui est déjà en fonction en Roumanie, qui peut lancer aussi bien des missiles intercepteurs que des missiles d’attaque nucléaire. En attendant le sommet Otan de Varsovie (8-9 juillet), qui officialisera l’escalade anti-Russe, le Pentagone se prépare à déployer en Europe une brigade de combat de 5 mille hommes qui roulera entre la Pologne et les pays baltiques.

    En même temps s’intensifient les exercices USA/Otan dirigés contre la Russie : le 5 juin, deux jours avant l’Anakonda 16, a commencé en Mer Baltique le Baltops 16, avec 6100 militaires, 45 navires et 60 avions de guerre de 17 pays (Italie comprise) sous commandement USA. Y participent aussi des bombardiers stratégiques étasuniens B-52. A environ 100 miles du territoire russe de Kaliningrad.

    C’est une escalade ultérieure de la stratégie de la tension, qui pousse l’Europe à une confrontation non moins dangereuse que celle de la guerre froide. Sous la chape de silence politico-médiatique des « grandes démocraties » occidentales.

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    Edition de mardi 7 juin 2016 de il manifesto

    http://ilmanifesto.info/nelle-spire-dellanaconda/

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

    Liste des participants sur : http://www.eur.army.mil/anakonda/default.htm

     

  • Terrorisme, guerre : Chercher à comprendre, avec Gérard Chaliand

    Dès qu’il entend le mot « terrorisme », le citoyen pavlovien doit aussitôt se lever, l’air, comme un soldat sur ressort pour s’écrier « guerre contre le terrorisme », et « il ne faut pas chercher à comprendre ». Bon,… et ça marche. L’exercice a aussi ses limites, et ça fait du bien de réfléchir, pour faire naitre de vrais désaccords.

    Voici deux interviews de Gérard Chaliand, données à l’occasion de la publication de « Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental », aux éditions Odile Jacob, que je recommande vivement. 

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    « L'impact du terrorisme est surévalué »

    Entretien avec Jean Guisnel, Le Point

    Le Point.fr : Vous évoquez dans votre livre un « phénomène terroriste surévalué ». Pourquoi « surévalué » ?

    Gérard Chaliand : Si on se reporte en 2001, Oussama Ben Laden avait promis l'apocalypse pour l'Occident. Nous avons connu des attaques en Espagne en 2004, Londres en 2005. En France, il ne s'est rien passé entre 1996 et 2011. Et depuis, nous déplorons deux tragédies à Paris en 2015, Charlie Hebdo et le 13 novembre. Puis Bruxelles, le 22 mars dernier. Statistiquement, depuis 2001, l'Occident au sens large a subi 2 % des attentats mondiaux. C'est la raison pour laquelle je parle de surévaluation. Le terrorisme a beaucoup tué en Asie et en Afrique. Mais beaucoup moins que la drogue. C'est pourquoi, notamment, je pense qu'il s'agit d'un phénomène mineur. Largement amplifié par les réseaux sociaux, mais aussi par la propagande des groupes djihadistes, ces enfants d'Hollywood qui nous connaissent parfaitement. Nos médias relaient leur propagande à gogo, en relayant l'angoisse et en participant allègrement à la psychose.

    Vous écrivez que l'Afghanistan, l'Irak, la Libye sont des guerres « sans victoire ». Pourtant, depuis 2001, toutes les armées justifient leurs missions par ce type d'opérations…9782738134059.jpg

    Certaines guerres ne doivent pas être menées. Celle de 2003 en Irak s'est faite sans la France et l'Allemagne qui, très intelligemment, n'y ont pas consenti. Les néoconservateurs se sont crus omnipotents et se sont lancés dans cette aventure sans préparation ni connaissance du terrain, contrairement à Bush senior qui, en 1991, s'était bien gardé de déloger Saddam Hussein. Les Américains ont ensuite voulu tordre le bras de Bachar el-Assad pour qu'il cesse d'aider le Hamas et le Hezbollah, pensant ainsi rendre service à leur allié principal, Israël. Ils n'auraient donc pas dû faire cette guerre en 2003, ou bien alors la préparer de façon intelligente. En Irak, c'est une caricature. Paul Bremer, qui ne connaissait rien au dossier irakien, a multiplié les bêtises. Le seul qui avait compris quelque chose, c'est le général David Petraeus, nommé trop tard. Quant à la Libye, l'ONU était d'accord pour protéger la population de Benghazi, mais c'est une guerre pour un changement de régime qui a été conduite. Il a fallu sept mois pour venir à bout d'un dictateur de troisième ordre et il faudrait que ce soit un succès ? Si les Russes avaient agi ainsi, on aurait hurlé au scandale, nous l'avons fait la main sur le cœur. En Afghanistan, j'ai très bien compris l'opération punitive après le coup du 11 septembre. Mais à partir de 2002, on a laissé les Pakistanais renforcer les talibans… Obama a été élu pour se dégager de ces bourbiers. Nous restons militairement excellents pour les guerres classiques. Pour les guerres irrégulières, c'est moins vrai.

    Pourquoi écrivez-vous que l'État islamique est un « mouvement révolutionnaire condamné à perdre » ?

    En Syrie, ce mouvement implanté à l'extrême est, à Raqqa, demeure marginal. Tous ses cadres importants sont irakiens et tous les volontaires qui l'ont rejoint depuis l'été 2014 sont des étrangers. Ce ne sont pas des Syriens, ils ne parlent pas la langue et s'il est possible de les utiliser pour faire la guerre, c'est impossible pour la mobilisation et le travail politique. C'est une autre paire de manches en Irak, il sera difficile de les déloger de la zone sunnite avec des troupes kurdes, donc pas arabes, et des chiites dont on sait très bien qu'ils n'ont cessé depuis dix ans de brider les sunnites. Leur problème, c'est qu'ils ont trop d'adversaires. Les bombardements les ont initialement contenus, mais ils les font désormais reculer.

    Vous n'êtes pas seul à penser que la France n'est pas « en guerre » contre l'État islamique, ce serait leur faire « trop d'honneur ». Dès lors qu'elle répond aux attaques avec des moyens militaires et ses forces armées, ne jouez-vous pas sur les mots ?

    Nous sommes partie intégrante d'un conflit qui nous concerne fort peu. Si nous étions en guerre, connaissant le fabuleux impact psychologique du terrorisme, la France suggérerait aux moyens d'information continue de se censurer. Que les chaînes d'information permanente arrêtent de relayer sans arrêt la propagande de l'autre ! La guerre imposerait une mobilisation, alors que la nôtre est nulle, inexistante. Nous avons une nuisance face à nous, c'est certes désagréable, mais nous ne sommes pas en danger. Les risques de mort par attentat terroriste sont inférieurs à un sur un million. C'est plus dangereux de traverser la rue. Le phénomène de la drogue sur le plan économique et social est autrement important que celui du terrorisme ! Sauf dans sa dimension psychologique, son impact est tout à fait mineur.

    guerre,terrorisme

    « Pourquoi perd-on la guerre ? »

    Entretien avec Pascal Bonniface, IRIS

    En forte infériorité numérique, les Occidentaux ont néanmoins gagné la guerre durant la colonisation et, en supériorité technologique et numérique, ils les ont toutes perdues dans la période récente. Comment expliquer ce paradoxe ? 

    Ce paradoxe apparent s’explique historiquement. Au XIXe siècle, la Révolution industrielle permet un bond en avant des Européens, qui est incompréhensible pour les sociétés afro-asiatiques, d’autant plus que celle-ci est préparée par le mouvement des idées depuis le XVIIIe siècle. Les sociétés asiatiques, bien que plus avancées, sont subjuguées par l’irruption brutale de l’Europe, origine du véritable choc de civilisations de l’époque contemporaine. Celles-ci tendent à se réfugier comme recours dans le religieux (comme les musulmans) ou la morale (comme les confucéens), mais elles sont divisées, sans cohésion nationale (cette idée nouvelle étant inconnue) et, du point de vue militaire, sans sanctuaire et sans soutien extérieur, deux facteurs indispensables dans le cadre des guérillas. 

    Par la suite, les élites urbaines qui parlent peu ou prou la langue du colonisateur ou de l’adversaire, cherchent à imiter les institutions de celui-ci (parti, parlement, constitution, république, révolution jeune turque 1908, république chinoise 1910). En vain. Il faudra s’emparer de l’idée nationale et la retourner contre les Européens. Ce processus a lieu entre la Première et la Seconde Guerre mondiale, notamment « grâce » aux défaites infligées par les Japonais en 1942-43 en Asie aux Européens et à l’idéologie marxiste-léniniste très mobilisatrice. Ce processus avait été entamé en Chine par Mao qui transforme la guérilla en véritable guerre révolutionnaire dont le but est de s’emparer du pouvoir à travers la mobilisation des populations par les cadres, via la persuasion et/ou la coercition. Cet exemple est suivi par les Vietnamiens et l’aide extérieure est souvent fournie par l’Union soviétique.

    En réalité, le prestige des Européens est perdu lors des occupations japonaises et l’esprit du temps se modifie de façon décisive. Le racisme ne peut plus être défendu (défaite de l’Allemagne hitlérienne), le droit à l’auto-détermination est accordé (1948), le colonialisme des Européens est condamné (les Américains y sont hostiles) et les luttes de libérations se multiplient. La France, pour sa part, livre en Indochine et en Algérie des combats retardateurs.

    41yltBy-ZAL._SX327_BO1,204,203,200_.jpgLes troupes coloniales étaient immergées dans la population locale. Les troupes actuelles sont « bunkerisées ». Est-ce la raison de ce changement ? 

    Bien sûr, les troupes coloniales étaient immergées dans les pays dominés. Les officiers - comme les troupes - restaient présents des années et connaissaient le terrain et les coutumes locales, sinon les cultures.

    Aujourd’hui, la rotation des troupes est « au mieux » d’une année depuis la guerre du Vietnam, souvent moins pour les forces spéciales ,avec pour souci premier de ne pas avoir de pertes, ce qui tend à créer une mentalité de « bunker ». En dehors des opérations « coup de poing » on est plus gibier que chasseur. Et il faut noter que l’asymétrie la plus importante est non pas dans les armes ou la technologie mais dans l'idéologie. C’est l’Autre qui est intensément motivé.

    Faut-il, dès lors, éviter toute intervention militaire occidentale sur des théâtres extérieurs ?

    Les modifications dans les rapports démographiques dont nous n’avons pas encore pleinement pris conscience ; jouent leur rôle dans le paradoxal « zéro mort ». Il ne faut pas intervenir à tort et à travers sans connaissance du milieu concerné et sans une perspective politique destinée à créer une solution favorable justifiant l’investissement militaire.

    À cet égard, la guerre d’Irak (2003), qui était une guerre de choix destinée à remodeler le « Grand Moyen-Orient », s’est révélée un fiasco, dû aux erreurs des néo-conservateurs qui s’imaginaient être omnipotents. « L’État islamique » est en grande partie le résultat de cette guerre de choix à laquelle étaient opposés bien des secteurs de l’establishment, notamment au Département d’État.

    Que dire du désastre du conflit libyen dont les dégâts collatéraux dans la zone sahélo-saharienne sont essentiellement à la charge de la France ? Un engagement militaire est en principe destiné à déboucher sur une paix favorable.

  • Les bonnes affaires de l’armement : Plus 14% en cinq ans

    Si vos affaires vont couci couça, je ne saurais que trop vous conseiller de vous reconvertir dans les ventes d’armes, car le marché est en pleine forme, comme le montre l’étude publiée hier par le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri). Dans ce monde de l’obscurité, les réalités sont sans doute plus complexes, mais le rapport du Sipri donne de bonnes infos. Tout le monde le reconnaitra : War on terrorism reste une grande réussite économique.

    Le volume du commerce mondial d'armement, qui avait baissé entre 1980 et 2000, est en augmentation continue depuis 2001. Sur les quatre dernières années, 2011-2015, il a progressé de 14 % par rapport au quinquennat précédent. Pas si mal. Donc, si on voit tous les jours des images de guerre, il y a une raison.

    Côté vendeurs

    Les Etats-Unis demeurent premier exportateur d’armes dans le monde avec 33 % des parts de marché, suivie par la Russie à 25 %, la Chine à 5,9%, la France à 5,6% et l’Allemagne à 4,7 %.

    Les pays européens sont en recul. Sur les cinq dernières années, la France voit ses exportations diminuer d'un dixième par rapport aux cinq années précédentes (mais ne sont pas pris en compte les commandes ces derniers temps, avec les Rafale, Mistral,…) tandis que celles de l'Allemagne chutent de moitié.

    Côté acheteurs

    Le premier acheteur est l’Inde, avec 14 % des importations sur les cinq dernières années, suivie par l’Arabie saoudite à 7 %, la Chine à 4,7 %, les Émirats arabes unis à 4,6 % et l’Australie 3,6 %.

    Le Moyen-Orient est en pointe, les importations ayant augmenté de 61% entre les périodes 2006-2011 et 2011-2015. Le Qatar a augmenté ses dépenses militaires de 279 % et l’Arabie Saoudite de 276 %. Quand même…

    En Afrique, les trois grands importateurs sont l’Algérie à 30 % (en baisse), le Maroc à 26 % (en hausse), et l'Ouganda à 6,2 %.

    A noter, un loupé dans la superproduction War on terrorism : le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria - engagés contre Boko Haram – n’ont acheté que pour 0,6 %, soit en cinq ans neuf avions, 20 hélicoptères et 5 drones. Ah ces pays africains qui ne savent pas entrer dans l’histoire….

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