Avertir le modérateur

guinée

  • Massacre de Conakry : Vers un procès

    IMG_6350_cmp.jpgLes auteurs du massacre du stade de Conakry seront jugés. Un processus long et complexe, oui, mais le statut de Rome, instituant la Cour Pénale Internationale, commence à faire sentir ses effets. 

    Le 28 septembre 2009, au stade de Conakry, va se tenir un grand meeting de l’opposition. Le capitaine Moussa Dadis Camara, président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), n’accepte pas, envoie des troupes spéciales, et c’est un carnage. Des témoignages, des images, et des récits horribles.

    L’ONU se saisit de l’affaire, et une commission d'enquête internationale publie le 21 décembre 2009 ses conclusions : « Il est raisonnable de conclure que les crimes perpétrés le 28 septembre 2009 et les jours suivants peuvent être qualifiés de crimes contre l'humanité ». De premiers chiffres sont publiés : au moins 156 morts ou disparus, et 109 femmes victimes de violences sexuelles. Justice doit être rendue aux victimes.

    Sous la direction du Général Sékouba Konaté, des militaires renversent le chef de l’Etat, qui entendait au mépris de ses engagements se présenter aux élections présidentielles, et Jean-Marie Doré, un leader respecté de l’opposition est nommé Premier ministre, à charge d’organiser la transition et des élections. Suit une commission d’enquête nationale, dont les conclusions paraissent bien aléatoires. Et on commence déjà à parler de loi d’amnistie.

    La CEDEAO, l’Union Africaine, l’ONU déclarent qu’il ne peut y avoir d’impunité pour les principaux responsables de ces crimes. La Guinée a signé le Traité de Rome, instituant la CPI, le 8 septembre 2000 et l’a ratifié 14 juillet 2003. Aussi, dès le 14 octobre, le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo annonce l’ouverture d’une analyse préliminaire à propos de la situation en Guinée, le statut lui donnant la possibilité d’agir, à ce stade de la procédure, de sa propre initiative. Le droit international n’est plus le même, et il impacte directement le droit national. justice%202008.jpg

    La semaine dernière, Fatou Bensouda, procureur adjointe, était sur place, à la tête d’une délégation. Elle a rencontré de nombreux témoins, et analysé maints documents, se rendant au stade où les massacres se sont déroulés, dans les camps Alpha Yaya Diallo et Samory, et dans les hôpitaux nationaux de Donka et d’Ignace Deen.

    Fatou Bensouda a expliqué qu’elle retenait de cette visite le sentiment que des crimes de l’ordre deu crime contre l’humanité avaient été commis. « C’est un traumatisme pour la Guinée, pour tous les voisins de la Guinée, pour toute l’Afrique et l’ensemble de la communauté internationale. Je voudrais dire aussi aux victimes que j’ai rencontrées et à la société civile l’importance que j’ai attaché à mes contacts avec elles. J’ai été particulièrement frappée par le courage des associations de femmes ».

    La suite ? Un procès, en Guinée… ou à La Haye.

    En signant le Traité de Rome, l’Etat s’engage à agir lui aussi contre les crimes les plus graves, les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les deux seules incriminations que connait la CPI. C’est dire que si la Guinée ne parvient pas organiser le procès, elle pourra confier cette compétence à la CPI. Mais la CPI pourrait agir d’elle-même si le système judiciaire guinéen s’avérait défaillant ou si étaient adoptées des lois d’amnistie permettant d’éviter toute procédure. Les crimes les plus graves sont une menace pour la paix, et doivent être poursuivis. Pour le nouveau gouvernement guinéen, ce sera un défi : organiser un vrai procès, correspondant aux normes internationales ou voir l’affaire jugée à La Haye.

    Alors, processus long, incertain, imparfait ? Sans aucun doute. Mais les règles se précisent, les mécanismes se rodent, et la jurisprudence s’affirme. Tout ceci pourrait aller plus vite, oui, certainement, mais il suffit de tourner quelques pages de l’histoire pour se rappeler des crimes de même nature commis il y a de çà quelques années, et pour lesquels l’idée même d’un procès était inenvisageable. La justice est une œuvre de longue haleine, surtout en droit international. L’absence de résultat immédiat ne doit pas détourner du but.

    Balanza.gif
  • Massacre en Guinée : On fait quoi ?

    Un massacre sous nos yeux, et le constat d’une immense impuissance : la Guinée, sous la direction de Moussa Dadis Camara part à la dérive. Le peuple paisible des guinéens est-il voué à la malédiction des dictateurs sanguinaires ?

     

    africain.jpgQue s’est-il passé ? Une grande manifestation populaire était prévue ce lundi 28 septembre, à l’appel de l’essentiel des forces de l’opposition. Le but était clair : refuser de voir le dirigeant actuel Moussa Dadis Camara se présenter aux élections présidentielles du 31 janvier 2010. Le capitaine Dadis était venu au pouvoir par un coup de force militaire le 24 décembre 2008, le lendemain de la mort du dictateur Lansana Conté, qui exerçait le pouvoir après un autre dictateur SekouTouré. Quarante de règne à eux deux. En décembre 2008, c’était un capitaine au discours moderne, avec de grands et nobles objectifs : restaurer l’autorité de l’Etat, reprendre le contrôle sur les richesses de l’économie et organiser une transition démocratique. La France, l’Europe, les Etats africains ont dit banco.

     

    Les promesses n’ont pas duré. Cela a vite été le retour au népotisme, aux combines et à la spoliation, le tout dans le contrôle du trafic de la cocaïne. La France, l’Europe, les Etats africains n’ont pas réagi. Et, désormais bien installé,  contrôlant l’économie – alors que nombre de besoins vitaux manquent à la population –  la police et les médias, Moussa Dadis Camara, à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) aisse entendre que, nouveau reniement, il pourrait bien se présenter aux élections présidentielles. Mais le peuple n’en veut pas, et les dirigeants de l’opposition savent qu’il faut réagir dès maintenant, avant que se mette en place un processus électoral qui ne serait qu’une farce, ouvrant sur de nouvelles décennies de dictature. dyn007_original_564_368_gif_2595555_0fa4033d8ecb5a5546c3f6a201bd3bce.gifLe 31 janvier 2010, c'est demain.

     

    Malgré l’interdiction de la manifestation, les guinéens ont afflué par dizaines de milliers vers le stade de Conakry où devait se tenir le meeting, en présence des principaux leaders d’opposition, dont Aziz Diop, qui préside le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne. Les forces de police ne pouvant contenir cette foule, les commandos du capitaine Dadis ont tiré. Ce mardi soir, l’organisation guinéenne de défense des droits de l’Homme (OGDH) annonce 157 morts par balles, et 1200 blessés, avec des tirs à bout portant. L'ONG fait état de viols de femmes par les soldats et d'actes de torture. Des témoins parlent de camions militaires qui ramassaient des morts pour les emmener vers des destinations inconnues.

     

    Que faire ?

     

    Qui peut réellement envisager une enquête sérieuse ? Dans l’immédiat, ce n’est même pas la peine d’en parler. Aider les forces d’opposition, qui ont su se monter unies, appelant à une vraie démocratie ? Oui, mais comment ? Et quel pays est près à s’impliquer pour la Guinée et ses 10 millions d’habitants, qui connaissent tous les signes de la grande pauvreté : espérance de vie à 54 ans, scolarisation d’un enfant sur deux, un PNB par habitant de 400 dollars.

     

    Il n’y a pas trois jours, Kadhafi s’illustrait à la tribune de l’ONU, et stigmatisait le Conseil de sécurité, dénonçant la loi internationale des Etats puissants. Je veux bien prendre au sérieux Kadhafi, car son discours ne se résume pas aux pitreries passées en boucle sur nos écrans. Mais alors, c’est le moment pour ces responsables politiques africains, et pour l’OUA, de se manifester, de dire qu’on ne peut pas accepter cette impunité du crime. Je rêve, me direz vous…

     

    arton579.jpgLa France et l’Europe semblent les plus à même de jouer sur la contrainte économique. Mais il sera difficile d’aller alors que la population manque de tout. Alors, il faudra entrer dans le marécage des relations avec la junte. Retour aux vieilles habitudes, mais il est difficile de croire que la France ait du attendre lundi 18 septembre et les tirs des commandos sur la foule pour comprendre que c’était à bas devenu n’importe quoi. Hélas, on retrouve le miasme français, avec Patrick Balkany, député maire UMP de Levallois-Perret et grand ami de Sarkozy, jugeant auprès de la presse de Guinée que la candidature à la présidentielle de Moussa Dadis Camara « ne pose pas de problème, car il est un guinéen comme un autre ».

     

    L’ONU, sans doute par le Conseil des droits de l’homme, pourrait exiger une enquête. Au moins pour retirer au capitaine Dadis les insignes de respectabilité dont il veut se parer. Il doit être dit que le capitaine Dadis a pris la responsabilité de tirer sur son peuple, de cacher les morts et de refuser toute enquête, que sa place est devant un tribunal et que sa candidature, en sa qualité de chef de la junte et de sanguinaire, n’est pas recevable. Vous me direz qu’il n’en a que fiche. Je crois que ce n’est pas si simple.

     

    CNDDadisTaureau_%202.jpg
    Dadis à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD)
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu