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harkis

  • Le feuilleton Frêche

    actiondiscrete.jpgAction Discrète a-t-il dépassé les bornes ? Réponse dans quelques années devant la Cour de cassation, mais en attendant c’est la curie. Et pourtant…

    Regardez le sketch : c’est à vomir. Blagues lourdingues, puant les bières de trop, injures, propos innommables sur les homos ou les handicapés. Beurk. Dans les rues de Montpellier, les lascars d’Action Directe n’ont pas fait dans la demi-mesure. L’angélique Georges Frêche a aussitôt saisi le CSA ; le Collectif contre l'homophobie et la Lesbian and Gay Pride de Montpellier annoncent qu’ils vont porter plainte. L’Unapei, fédération d'associations de représentation et de défense des personnes handicapées mentales, demande à Canal+ des excuses publiques.

    En réalité, ce sketch est salutaire, car sans ambiguïté.  

    Le blème, ce n'est pas Action Discrète, c’est le président d’une région qui, du haut d’une tribune, traite les harkis de sous-hommes : « Vous n'avez aucun honneur, rien du tout… Vous faites partie de ces harkis qui ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps… Vous êtes des sous-hommes ! ». violence_affiche.jpg

    Frêche a été innocenté ? Certes, par la cour d’appel de Montpellier, confirmée par la Cour de cassation (Chambre criminelle, 31 mars 2009, n° 07-88021). Mais sur de purs motifs de forme. Lisez : « La communauté des harkis ne constitue pas un groupe de personnes entrant dans l'une des catégories limitativement énumérées par l'article 33, alinéa 3, de la loi du 29 juillet 1881, et l'interdiction de toute injure envers les harkis posée par l'article 5 de la loi du 23 février 2005 n'est assortie d'aucune sanction pénale ». Les harkis avaient voulu jouer collectivement, ce que la loi ne permet pas, mais le propos n’en est pas moins clairement injurieux. Oui, à vomir.

    Alors, Action Discrète reprend la même thématique : je t’injurie, mais je t’aime bien. Seulement, vis-à-vis d’autres groupes, et avec une réalisation qui percute. Là, on se retrouve dans la peau du harki.

    Essayons de raisonner.

    hors-jeu-744366.jpgLa liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels il n'est pas de société démocratique. Toute personne qui exerce sa liberté d'expression, assume des devoirs et des responsabilités. Le journaliste doit agir de bonne foi sur la base de faits exacts. Ca, c’est la CEDH  (Fressoz et Roire c. France, no 29183/95).

    Une autre affaire. L’association de l'image dénaturée d'une religieuse, de l'expression « Sainte Capote » et d’un dessin de préservatifs, créant un amalgame provocateur et de mauvais goût, ressenti comme une offense envers la communauté catholique en raison de sa croyance et de ses pratiques. « Si le tract litigieux a pu heurter la sensibilité de certains catholiques, son contenu ne dépasse pas les limites admissibles de la liberté d'expression ». Ca, c’est la Cour de cassation (14 février 2006, n° 05-81932).  

    Alors, le sketch d’Action Discrète, c’est une plongée dans ce qu’ont vécu les harkis. Que ce soit du mauvais humour, ce n’est pas le problème, car il est évident que ce sketch est de la fiction. Aucun doute n’est possible.

    Le message d'Action Discrète est net, pour qui use plus de trois neurones pour réfléchir. La patronne du bar lesbien comme la secrétaire du service social sont impeccables. Leurs réactions, passé l’instant de surprise, sont exemplaires, et le sketch d’Action Discrète est si bien fait qu’il nous amène immédiatement à vouloir virer à grands coups de pied dans le cul les empafés de la Frêche Touch.

    Finalement, la leçon est simple : l’usage de mots peut nous faire souffrir, terriblement souffrir. Celui qui a traité d’autres humains de sous-hommes n’a pas sa place dans une fonction officielle. La vraie violence est là, née de la culture de la domination.

    Mais, pour qui se prend-il ?

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    Frêche, fantasmant sa campagne électorale
  • Exclusif : Les harkis n’existent pas

    Toujours frais, Georges Frêche, président de la région Languedoc-Roussillon, s’adressant le 11 février 2006 à des responsables d’associations harkies : « Vous êtes allés avec les gaullistes (...). Ils ont massacré les vôtres en Algérie (...). Ils les ont égorgés comme des porcs. Vous faites partie de ces harkis qui ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps (...). Vous êtes des sous-hommes, vous êtes sans honneur ».

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     Réponse logique : plainte pour injure publique, pas de problème, formée par les associations, et là, problème. Hier, la Cour de cassation a rejeté la plainte. Frêche est innocent.

    Est en cause l’injure publique définie par l'article 33-3 de la loi du 29 juillet 1881, qui incrimine des injures proférées « à raison de l'origine, de l'ethnie ou de la religion d'une personne ou d'un groupe de personnes ».

    harkis_colonisation_suite.jpgOr, la jurisprudence de la Cour de cassation est faite, et depuis un arrêt du 12 septembre 2000 (n° 99-82281), confirmée plusieurs fois, dont encore le 29 janvier 2008 (n° 06-86474).

    - « Les propos incriminés fustigent les français musulmans non à raison de leur origine religieuse ou ethnique, mais à raison de leur choix politique au moment de la guerre d'Algérie en les qualifiant « de traître à la patrie ». Ils ne visent pas des personnes formant un groupe suffisamment restreint pour qu'un soupçon plane sur chacun de ses membres et leur donne le droit de demander réparation du préjudice résultant de l'infraction.

    - « En revanche, lorsque l'injure formulée de manière générale vise une pluralité de personnes formant un groupe restreint, chaque membre de ce groupe, atteint par l'injure dispose d'un droit individuel à demander réparation du préjudice qui lui a été causé. Un particulier, fils d'ancien harki, justifie de pouvoir se reconnaître légitimement offensé par les invectives mettant en cause « les harkis » filledeharki.jpg

    Je précise au passage qu’un arrêt (14 octobre 2003, n° 03-80852) concerne d’après la Cour de cassation un certain Raymond C. qui dans une haute analyse politique dénonçait ses adversaires politiques comme traîtres, expliquant qu’ils étaient « les harkis de Mitterrand. » A ceci prêt que le Raymond C. était un Raymond B, à savoir Raymond Barre. Ah, les balourds…

    Bref, la jurisprudence était faite : un particulier peut agir, pas une association. D’où la question : mais pourquoi le avocats se sont-ils embarqués dans cette fausse piste, en agissant contre Frêche à partir des associations ?

     

    Réponse : par une lecture simple de la loi, je veux dire de la loi n°2005-158 du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. » La fameuse loi qui enjoignait aux profs d’enseigner « le rôle positif de la colonisation ». Cet article a été abrogé, mais restent de grands morceaux de la loi.

     

    Voici le grandiloquent article 1 : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l'oeuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d'Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. 

    harkis_.jpg« Elle reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par les rapatriés, les anciens membres des formations supplétives et assimilés, les disparus et les victimes civiles et militaires des événements liés au processus d'indépendance de ces anciens départements et territoires et leur rend, ainsi qu'à leurs familles, solennellement hommage. » Beau comme de l’antique.

    Et l’article 5 précise qu'est interdite « toute injure ou diffamation commise envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur qualité vraie ou supposée de harki, d'ancien membre des formations supplétives ou assimilés ».  

    Les avocats des harkis estimaient donc que c’était l’occasion de sortir de la jurisprudence antérieure, car l’article 5 de la loi reconnaissait cette fois-ci « le groupe de personnes ». Oui, mais non… Car cette loi écrite avec les pieds et remplaçant l’encre par de la bibine n’avait pas prévu de sanction. C’est la loi sirocco, la loi qui brasse de l'air. « Mon petit Georges, ce que tu as fait ce n’est pas bien. Mais, on en tellement rien à fiche des harkis que l’on ne va tout de même pas leur donner les moyens d’agir en justice ».

    Je déplore donc que le sur-homme Frêche ne soit pas condamné pour ses propos injurieux. Injure car il n’y a aucune idée dans les propos traitant autrui de sous-homme. 

    Quant aux harkis, il faudra bien que nous arrivions à leur rendre un vrai hommage, ces hommes à qui l’ont fait depuis 50 ans le reproche d’avoir été fidèles au gouvernement de la République. Une faute impardonnable...

    N'est-il pas temps de regarder notre histoire en face?

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