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hollande 2017

  • Déchéance de nationalité ou comment Hollande prépare sa réélection face au FN

    Excellente interview de Thomas Guénolé dans Le Figaro, sur les manips’ de Hollande pour chercher à se trouver face au FN pour 2017.  Thomas Guénolé, maître de conférence à Sciences Po, est l'auteur du très intéressant Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (Ed. Le Bord de l'eau), et il vient d’être viré de RMC pour avoir dit ce qu'il pensait, chose qui n'est pas trop d'époque... 

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    Malgré les propos de Christiane Taubira, le gouvernement maintient la déchéance de la nationalité. En récupérant les propositions de la droite sur l'antiterrorisme, François Hollande est-il en train d'essayer d'étouffer cette dernière entre lui et le FN?

    Entre ses propositions émises depuis les attentats du 13 novembre, et celles que défend historiquement le FN depuis des décennies, pour la droite l'espace d'expression d'un discours spécifique sur la sécurité et le terrorisme s'est extrêmement réduit. Parallèlement, la politique économique d'austérité et de compétitivité-coût conduite par le chef d'Etat est sensiblement la même que celle préconisée par la droite, qui n'a donc pas d'éléments non plus pour se différencier là-dessus. Cette stratégie d'étouffement de la droite semble donc fonctionner: les ténors du parti LR ne trouvent pas comment s'en dépêtrer.

    Le but de cette stratégie d'étouffement est-il de programmer un affrontement entre François Hollande et le FN au second tour de 2017?

    C'est manifeste. Son gouvernement s'oriente d'ailleurs de plus en plus dans des politiques ciblées sur les banlieues, les minorités et les discriminations, qui sont autant de chiffons rouges pour l'extrême droite. Procéder de la sorte est d'ailleurs la suite logique de la «stratégie Terra Nova». Préconisée par feu Olivier Ferrand pour gagner 2012, elle consiste en résumé à abandonner l'électorat populaire, à faire une politique destinée aux classes moyennes, et à ajouter des politiques ciblées envers les minorités discriminées. L'aboutissement de cette «stratégie Terra Nova», c'est de faire du Parti socialiste un parti doublement libéral - libéral sur l'économie et libéral sur les sujets de société - en affrontement existentiel avec le FN, qui est protectionniste sur l'économie et réactionnaire sur les sujets de société.

    A partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs ? Le PS version François Hollande est donc devenu un parti complètement libéral?

    Oui. A un moment donné, il faut regarder le PS de François Hollande tel qu'il est. A l'instar du Parti libéral au Canada, des Démocrates américains, ou du New Labour à l'époque de Tony Blair, c'est un parti pro-mondialisation et libéral sur les sujets de société, au sein duquel les porte-voix d'une ligne socialiste sont enfermés dans un statut minoritaire et cantonnés à un rôle de figuration. Jacques Delors en a rêvé, son fils spirituel François Hollande l'a fait. C'est un simple constat.

    Compte tenu de la volonté de François Hollande de transformer le PS en parti libéral, les derniers ministres incarnant un ancrage à gauche, comme Christiane Taubira, ne doivent-ils pas être évincés? À défaut, ne devraient-ils pas démissionner?

    Notamment du fait de son combat admirable d'éloquence en faveur du mariage pour tous, Christiane Taubira incarne un ancrage fort à gauche sur les valeurs. Pour autant, ce n'est pas lui faire insulte que de constater qu'en trois ans et demie, elle a avalé une quantité spectaculaire de couleuvres : qu'il s'agisse par exemple de la politique pénale, des positions sécuritaires de Manuel Valls, ou du «Patriot Act» français sous la forme de la Loi Renseignement. François Hollande a donc tout intérêt à conserver au gouvernement une personnalité qui incarne des valeurs ancrées à gauche, mais qui ne claque pas la porte quand la politique dudit gouvernement les prend à contrepied.

    Quant à la démission, la question est du même ordre : à partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs? Il est possible que la déchéance de nationalité, proposition de droite et d'extrême droite reprise à son compte par François Hollande, soit la couleuvre de trop. Mais il est également possible que Christiane Taubira privilégie à nouveau le maintien à son ministère.

    C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite. Va-t-on vers un changement de nom du PS, qui s'appellerait «Les Réformateurs» ou «Les Progressistes»?

    C'est une des rumeurs qui circulent ces temps-ci. Mais beaucoup de rumeurs circulent.

    François Hollande peut-il aller au bout d'un rapprochement avec les centristes? Peut-il aller jusqu'à un gouvernement de coalition centrale à l'allemande?

    Je ne pense pas que ce soit possible. Peut-être François Hollande, et certainement Manuel Valls, y sont-ils favorables. Cependant les chefs de file centristes ont dans leurs fiefs respectifs une sociologie électorale qui penche nettement à droite, et qui condamne donc la plupart à perdre leurs députations, leurs mairies, et ainsi de suite, s'ils passent alliance avec la gauche. Donc, autant des débauchages marginaux de cadres centristes sont toujours possibles, autant l'émergence en 2016 d'une grande coalition entre le PS et les centristes est invraisemblable. J'ajoute qu'à un an et demi des élections générales, les chefs de file centristes ont objectivement intérêt à miser sur l'alternance en 2017 au bénéfice de la coalition habituelle de droite et de centre-droit, plutôt que de rejoindre un navire PS qui manifestement coule.

    François Hollande risque-t-il de découvrir son flanc gauche à force de migrer vers la droite sur l'économie et le sécuritaire?

    En allant braconner sur les thèmes de la droite, voire de l'extrême droite, pour étouffer le parti LR, François Hollande prend trois paris simples: d'une, les forces politiques à sa gauche sont trop éclatées et trop radicalisées pour représenter une concurrence sérieuse ; de deux, le traumatisme du 21 avril 2002 est encore suffisamment présent pour que l'électorat PS soit captif du «vote utile» en sa faveur ; de trois, en tant que président sortant et PS de la République, il est d'office candidat légitime de son camp pour 2017. C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite.

    Cette stratégie de braconnage à droite peut-elle être gagnante pour François Hollande?

    Je ne le pense pas. Il est aussi absurde pour un président de gauche de penser être réélu sur les positions économiques et sécuritaires de la droite, que pour un président de droite de tenter la réélection en se lançant dans des nationalisations et en triplant le montant du SMIC. Par ailleurs je constate qu'aux élections régionales les Français dans leur écrasante majorité ont en fait voté contre: contre François Hollande, contre la droite, contre le FN, contre le système ; mais rarement pour une offre politique qui les enthousiasme. Je suis donc sceptique sur l'inéluctabilité d'un jeu à trois Hollande-Sarkozy-Le Pen, et convaincu que pour 2017 le jeu est beaucoup plus ouvert que l'imaginent la plupart des commentateurs. Bref, je pense que comme d'habitude, dans l'année précédant le scrutin, nous aurons de grosses surprises. dans Le Figaro, sur les manips’ de Hollande pour chercher à se trouver face au FN pour 2017.  Thomas Guénolé, maître de conférence à Sciences Po, est l'auteur du très intéressant Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (Ed. Le Bord de l'eau).

    Malgré les propos de Christiane Taubira, le gouvernement maintient la déchéance de la nationalité. En récupérant les propositions de la droite sur l'antiterrorisme, François Hollande est-il en train d'essayer d'étouffer cette dernière entre lui et le FN?

    Entre ses propositions émises depuis les attentats du 13 novembre, et celles que défend historiquement le FN depuis des décennies, pour la droite l'espace d'expression d'un discours spécifique sur la sécurité et le terrorisme s'est extrêmement réduit. Parallèlement, la politique économique d'austérité et de compétitivité-coût conduite par le chef d'Etat est sensiblement la même que celle préconisée par la droite, qui n'a donc pas d'éléments non plus pour se différencier là-dessus. Cette stratégie d'étouffement de la droite semble donc fonctionner: les ténors du parti LR ne trouvent pas comment s'en dépêtrer.

    Le but de cette stratégie d'étouffement est-il de programmer un affrontement entre François Hollande et le FN au second tour de 2017?

    C'est manifeste. Son gouvernement s'oriente d'ailleurs de plus en plus dans des politiques ciblées sur les banlieues, les minorités et les discriminations, qui sont autant de chiffons rouges pour l'extrême droite. Procéder de la sorte est d'ailleurs la suite logique de la «stratégie Terra Nova». Préconisée par feu Olivier Ferrand pour gagner 2012, elle consiste en résumé à abandonner l'électorat populaire, à faire une politique destinée aux classes moyennes, et à ajouter des politiques ciblées envers les minorités discriminées. L'aboutissement de cette «stratégie Terra Nova», c'est de faire du Parti socialiste un parti doublement libéral - libéral sur l'économie et libéral sur les sujets de société - en affrontement existentiel avec le FN, qui est protectionniste sur l'économie et réactionnaire sur les sujets de société.

    A partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs ? Le PS version François Hollande est donc devenu un parti complètement libéral?

    Oui. A un moment donné, il faut regarder le PS de François Hollande tel qu'il est. A l'instar du Parti libéral au Canada, des Démocrates américains, ou du New Labour à l'époque de Tony Blair, c'est un parti pro-mondialisation et libéral sur les sujets de société, au sein duquel les porte-voix d'une ligne socialiste sont enfermés dans un statut minoritaire et cantonnés à un rôle de figuration. Jacques Delors en a rêvé, son fils spirituel François Hollande l'a fait. C'est un simple constat.

    Compte tenu de la volonté de François Hollande de transformer le PS en parti libéral, les derniers ministres incarnant un ancrage à gauche, comme Christiane Taubira, ne doivent-ils pas être évincés? À défaut, ne devraient-ils pas démissionner?

    Notamment du fait de son combat admirable d'éloquence en faveur du mariage pour tous, Christiane Taubira incarne un ancrage fort à gauche sur les valeurs. Pour autant, ce n'est pas lui faire insulte que de constater qu'en trois ans et demie, elle a avalé une quantité spectaculaire de couleuvres : qu'il s'agisse par exemple de la politique pénale, des positions sécuritaires de Manuel Valls, ou du «Patriot Act» français sous la forme de la Loi Renseignement. François Hollande a donc tout intérêt à conserver au gouvernement une personnalité qui incarne des valeurs ancrées à gauche, mais qui ne claque pas la porte quand la politique dudit gouvernement les prend à contrepied.

    Quant à la démission, la question est du même ordre : à partir de combien de couleuvres Christiane Taubira décide de partir par cohérence avec ses valeurs? Il est possible que la déchéance de nationalité, proposition de droite et d'extrême droite reprise à son compte par François Hollande, soit la couleuvre de trop. Mais il est également possible que Christiane Taubira privilégie à nouveau le maintien à son ministère.

    C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite. Va-t-on vers un changement de nom du PS, qui s'appellerait «Les Réformateurs» ou «Les Progressistes»?

    C'est une des rumeurs qui circulent ces temps-ci. Mais beaucoup de rumeurs circulent.

    François Hollande peut-il aller au bout d'un rapprochement avec les centristes? Peut-il aller jusqu'à un gouvernement de coalition centrale à l'allemande?

    Je ne pense pas que ce soit possible. Peut-être François Hollande, et certainement Manuel Valls, y sont-ils favorables. Cependant les chefs de file centristes ont dans leurs fiefs respectifs une sociologie électorale qui penche nettement à droite, et qui condamne donc la plupart à perdre leurs députations, leurs mairies, et ainsi de suite, s'ils passent alliance avec la gauche. Donc, autant des débauchages marginaux de cadres centristes sont toujours possibles, autant l'émergence en 2016 d'une grande coalition entre le PS et les centristes est invraisemblable. J'ajoute qu'à un an et demi des élections générales, les chefs de file centristes ont objectivement intérêt à miser sur l'alternance en 2017 au bénéfice de la coalition habituelle de droite et de centre-droit, plutôt que de rejoindre un navire PS qui manifestement coule.

    François Hollande risque-t-il de découvrir son flanc gauche à force de migrer vers la droite sur l'économie et le sécuritaire?

    En allant braconner sur les thèmes de la droite, voire de l'extrême droite, pour étouffer le parti LR, François Hollande prend trois paris simples: d'une, les forces politiques à sa gauche sont trop éclatées et trop radicalisées pour représenter une concurrence sérieuse ; de deux, le traumatisme du 21 avril 2002 est encore suffisamment présent pour que l'électorat PS soit captif du «vote utile» en sa faveur ; de trois, en tant que président sortant et PS de la République, il est d'office candidat légitime de son camp pour 2017. C'est donc parce qu'il se croit sans concurrence sérieuse à gauche, et parce qu'il croit l'électorat PS condamné à voter pour lui, qu'il ose aller si loin dans le braconnage idéologique à droite.

    Cette stratégie de braconnage à droite peut-elle être gagnante pour François Hollande?

    Je ne le pense pas. Il est aussi absurde pour un président de gauche de penser être réélu sur les positions économiques et sécuritaires de la droite, que pour un président de droite de tenter la réélection en se lançant dans des nationalisations et en triplant le montant du SMIC. Par ailleurs je constate qu'aux élections régionales les Français dans leur écrasante majorité ont en fait voté contre: contre François Hollande, contre la droite, contre le FN, contre le système ; mais rarement pour une offre politique qui les enthousiasme. Je suis donc sceptique sur l'inéluctabilité d'un jeu à trois Hollande-Sarkozy-Le Pen, et convaincu que pour 2017 le jeu est beaucoup plus ouvert que l'imaginent la plupart des commentateurs. Bref, je pense que comme d'habitude, dans l'année précédant le scrutin, nous aurons de grosses surprises.

  • Déchéance de nationalité : Un grand combat commence contre Hollande et Valls

    La France, ce n’est pas ce « gouvernement » en survie, mais le peuple, et le peuple français – uni et divers – doit se réveiller pour obliger Hollande et Valls à renoncer à leur funeste projet d’inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité d’enfants nés en France. Encore dans le choc émotionnel des tragiques événements du 13 novembre, plus d’un n’a pas compris le danger terrible contre l’unité de notre nation que représentait le discours de Hollande devant le congrès, affirmant qu’il fallait rendre constitutionnel une dualité de nationalité. Comme le souligne le Professeur Olivier Beaud, constitutionnaliser, c'est « institutionnaliser, banaliser, naturaliser ». Aussi, inscrire dans la constitution qu’il existe deux catégories de Français ceux qui ont une double nationalité et les autres, et d’une remise en cause fondatrice, et en l’occurrence destructrice. Elle crée du jour au lendemain des millions de Français de seconde zone.

    Voilà où nous en sommes : une proposition extrémiste du Front National devient la base d’un discours de Président de la République… Ajoutons, sur le plan opératoire, le caractère totalement débile de cette mesure : Imaginez le mec assez cinglé et drogué pour tirer à la kalachnikov – en faisant dans son froc – sur des passants innocents, avant de se faire exploser… Imaginez-vous ce mec renonçant à son projet parce qu’il risque d’être déchu de sa nationalité ?

    Chères amies, chers amis, il faut lancer une campagne pour l’unité de notre nation : tous différents mais tous égaux, la Constitution ne peut pas déroger. Il faut lancer une campagne qui refusera de donner aux barbares la satisfaction terrible de voir la République adopter des lois barbares.

    Le blog va donc s’intéresser à la déchéance de nationalité. Pour commencer cette série, voici un texte écrit par deux grands connaisseurs, Patrick Weil et Jules Lepoutre, publié dans Le Monde de ce 3 décembre.

    Patrick Weil est directeur de recherche au CNRS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne) et professeur invité à la Yale Law School (Etats-Unis).

    Jules Lepoutre est doctorant en droit public au Centre de recherche Droits et perspectives du droit de l’université de Lille et chercheur invité à la Westminster Law School (Royaume-Uni).

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    Notre identité 

    *   *   *

    Refusons l’extension de la déchéance de la nationalité !

    par Patrick Weil et Jules Lepoutre

    Après que François Hollande a déclaré au Congrès du 16 novembre vouloir « pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français, je dis bien “même s’il est né français” dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité », voilà que le gouvernement demande au Conseil d’Etat s’il n’est pas nécessaire de modifier la Constitution pour mettre en œuvre la proposition du président. La réponse est doublement : Non ! Non, juridiquement, et non politiquement au sens le plus noble du terme.

    Certes, depuis les lois du 7 avril 1915 et du 18 juin 1917, devenues permanentes par l’effet de la grande loi du 10 août 1927 relative à la nationalité, la déchéance de la nationalité s’est installée dans notre droit en visant principalement le Français naturalisé. Durant la première guerre mondiale, 549 déchéances de nationalité ont concerné principalement des anciens de la Légion étrangère, restés ressortissants de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie ou parfois de l’Empire ottoman : ils avaient le plus souvent rejoint les armées ennemies et porté les armes contre la France. En 1945, après la Libération, entre 1949 et 1953, plusieurs centaines de Français naturalisés, d’origine allemande ou italienne, ayant collaboré avec l’occupant ont aussi ainsi été déchus.

    Mais depuis 1938, « le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français ». Cette disposition, issue du décret-loi du 12 novembre 1938 (l’un des fameux décrets-lois d’Edouard Daladier), a été maintenue après-guerre dans l’ordonnance du 19 octobre 1945 signée par de Gaulle. Elle concerne autant des Français de naissance que des Français par acquisition et est ainsi conforme à la jurisprudence du Conseil constitutionnel. Elle a été utilisée à 523 reprises à partir de 1949 et jusqu’en 1967 à l’encontre de Français binationaux, souvent issus de pays d’Europe de l’Est dans un contexte marqué par la guerre froide. Même si cette disposition n’a plus été utilisée par la suite, elle reste présente dans notre droit. Elle est devenue l’article 23-7 du code civil et a fait l’objet d’une significative jurisprudence du Conseil d’Etat.

    D’abord le 7 mars 1958, dans une décision d’assemblée « Epoux Speter » rendue sous les conclusions de Marceau Long, le Conseil d’Etat a organisé les droits de la défense des personnes risquant la perte de la nationalité pour s’être comportées comme un ressortissant d’un autre pays. Plus tard, il a dégagé des situations dans lesquelles le défaut de loyalisme de l’individu peut être retenu pour le priver de sa nationalité, par exemple « l’entretien avec des organismes (…) étrangers de relations incompatibles avec sa qualité de citoyen français » (conclusions de Michel Combarnous sous CE, Assemblée, 20 mars 1964, « Sieur et dame Konarkowski »).

    Ce défaut de loyalisme s’applique à n’en pas douter au Français qui se comporte comme un terroriste au service de Daech. Peut-on considérer qu’il se comporte comme le national d’un pays étranger ? La Cour de cassation a certes retenu qu’un Etat, même non officiellement reconnu, pouvait prendre des lois ayant des effets sur le territoire français (ce fut notamment le cas pour l’URSS avant sa reconnaissance par les autorités françaises en 1924), ce qui pourrait conduire à considérer que les ressortissants français agissant au nom de Daech en sont également les nationaux.

    Reste que l’utilisation de cette jurisprudence équivaudrait à une reconnaissance implicite de la qualité étatique de ce groupe terroriste. Pour s’appliquer au terrorisme international, l’article 23-7 du code civil devrait donc être amendé. Mais cette révision, législative, courte et simple, permettrait d’inscrire la proposition de François Hollande dans la continuité et le respect de la tradition républicaine en matière de déchéance de nationalité.

    En République en effet, tous les nationaux sont égaux devant la loi. Dans la République américaine d’aujourd’hui, la déchéance est, depuis l’arrêt « Afroyim » de 1967 de la Cour suprême, quasi inconstitutionnelle. Contre Tsarnaev, le terroriste poseur de bombes du marathon de Boston 2013, naturalisé le 11 septembre de l’année précédente, le gouvernement américain a requis et obtenu la peine de mort, mais pas la déchéance de sa nationalité. S’il est exécuté, il le sera en tant que citoyen.

    Dans la tradition républicaine française, l’usage strictement encadré et limité de la déchéance est en fait une expression du libéralisme du droit français de la nationalité. La République est en effet traditionnellement indifférente à la double nationalité de ses ressortissants car elle y voit l’expression de sa souveraineté et un facteur d’intégration. Le débat a lieu en 1922. Des Allemands installés en Alsace avant 1914 voulaient devenir français tout en conservant leur nationalité d’origine. Le Parlement considère alors que l’on doit « admettre, jusqu’à preuve du contraire, qu’une personne ayant acquis la nationalité française n’est point suspecte et dangereuse par le seul fait qu’elle conserve des intérêts moraux et pécuniaires dans le pays qu’elle a quitté ». En retour, l’exercice de la nationalité étrangère ne doit pas conduire à ce qu’il soit porté atteinte aux intérêts fondamentaux de la France ; dans un tel cas, le gouvernement se réserve la possibilité de requérir une déchéance. Tel est le sens du droit de la perte de la nationalité, ainsi profondément inscrit dans le modèle libéral de notre République. Deux conséquences s’en déduisent. D’abord, la déchéance de nationalité ne doit jamais conduire à faire de l’individu un apatride. Hannah Arendt l’a déjà démontré en 1951, l’apatridie permet les atteintes les plus graves aux droits fondamentaux des individus. Ce constat a, depuis, acquis une force remarquable dans le monde contemporain ; toute personne, quel que soit la gravité des actes qu’elle a commis, conserve un droit à une nationalité devenu l’un des droits les plus absolus de l’homme. Du coup, le droit de la perte de la nationalité doit résolument s’inscrire dans le sillage des plus hautes garanties de l’Etat de droit et bannir toute forme d’arbitraire. Le gouvernement ne peut mettre en œuvre la déchéance de nationalité qu’en respectant scrupuleusement le principe de proportionnalité, mais aussi le droit à un contrôle juridictionnel, effectif et équitable, sous la conduite du Conseil d’Etat.

    Une Constitution a pour objet d’unir les citoyens, pas de les diviser. La réponse la plus fondamentale aux actes de terrorisme est aujourd’hui et demain dans la recherche incessante par tous, et d’abord par les plus hautes autorités de l’Etat, d’une plus grande cohésion de la société française. L’inscription dans la Constitution d’une distinction entre Français selon leur origine serait porteuse d’une violence et d’une division sociale profondes et durables qui dépasseraient de loin les avantages immédiats et hypothétiques de quelques déchéances de nationalité.

  • Hollande prépare le grand enfumage pour 2017

     « Face au mal qui est là, qui s'appelle le terrorisme, il y a le bien, celui de l'humanité. C'est celui que vous incarnez ». Le mal contre le bien, choisissez votre camp, et si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes alliés des terroristes... C’est la vieille musique de Georges W. Bush, mais c’était hier le discours de Hollande lors de la remise de Légion d’honneur aux quatre courageuses personnes intervenues sur le Thalys.

    - Ah bon ?

    - Oui, je t’assure !

    Quelques heures plus tôt, le Sinistre des transports, un dénommé Alain Vidalies, avait doctement expliqué à la radio qu’il fallait faire des contrôles discriminatoires pour être efficace. Bref, comme les zarabes nous menacent, et bien contrôlons les zarabes ! La politique du Sinistre inoculée par l’esprit du repris de justice, Éric Zemmour

    - Ah bon ?

    - Oui, je t’assure ! 

    Voilà où nous en sommes, et ces événements ne doivent rien au hasard.

    Hollande veut être réélu en 2017, et c’est à portée de main. Ceux qui imaginent qu’il est out du fait du chômage ou parce qu’il plafonne dans les sondages, sont bien à côté de la plaque. Je ne parle pas du résultat, mais de la méthode qui sera utilisée. 

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    À Gauche

    À gauche, c’est très simple : Hollande s’occupe à câliner les gentils, et diviser les autres. Ainsi, le microscopique parti des Radicaux de gauche est soigné comme un prince aux élections régionales, et lors du prochain remaniement, ce sera l’éclatement d’Europe Ecologie-Les Verts avec des ministres verts qui obtiendront leurs hochets : François de Rugy, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé, trois superbes serveurs de soupe.

    Pour le reste, c’est assez clair. Le Parti communiste roule sur la jante, décrédibilisé par ses alliances locales avec le PS. Mélenchonne traite les Verts de sectaires, alors qu’aux régionales, il y aura des listes d'union entre le Parti de gauche et les Verts dans une région sur deux. Bref c’est la grande débandade. Duflot et Mélenchonne seront tous les deux candidats à la présidentielle, avec comme perspective des scores à moins de 10. Tout bénef pour Hollande.

    Aussi Hollande peut se dire que tout est d’ores et déjà calé à Gauche : il sera le seul candidat présentable, et il est assuré de sortir en tête au premier tour. Il restera ensuite à culpabiliser les électeurs sur le thème du vote utile, et là, il y a du métier… et des postes à promettre aux gentilles filles et aux gentils garçons qui feront le choix judicieux de relayer de la bonne parole.

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    À Droite

    A Droite, la principale inquiétude de Hollande est le score du Front National, qu'il souhaite le plus élevé possible. Les bisbilles de la famille Le Pen ne sont pas une bonne nouvelle. Vous observerez d’ailleurs à quel point les leaders du PS sont discrets sur les difficultés actuelles du Front National

    Hollande va veiller à renforcer le Front National, en validant ses thèses. Hier matin, il reprenait la thématique de Bush sur la société clivée entre le bien et le mal, et son Sinistre des transports revendiquait les contrôles au faciès.

    - Comme Le Pen? 

    - Oui, comme le Pen.

    Dans le même temps, il fera les provocations nécessaires pour gonfler le FN, et bien entendu nous aurons droit au énième retour du vote des immigrés. Surtout, et de manière très pragmatique, on voit que c’est le service minimum pour empêcher des gros scores, et peut-être des victoires du FN aux régionales. En temps ordinaires, tout serait fait pour bloquer les listes EELV-Parti de Gauche qui vont affaiblir le PS. Non, l’idéal pour Hollande serait une victoire de Marine Le Pen dans la région Nord (qui de plus rétamerait l’influence de Martine Aubry, bon débarras). Soyons réalistes : il fera tout pour que le FN puisse se retrouver aux alentours de 25 %, ce qui est très réaliste vu les scores actuels des candidats de ce parti.

    Pour Hollande, c’est l’hypothèse de rêve parce qu’il ne reste plus alors que 25 % pour les autres candidats de Droite. Et même si ça déborde un peu, ce n’est pas un problème car il y aura plusieurs candidats pour se partager ces 25-30%. La campagne des primaires va être rude et laissera des traces. Le jeu sera de veiller à ce que les deux candidats se neutralisent. Qui peut croire que Sarkozy est prêt à renoncer, et à jouer le jouer le jeu s’il perd les primaires? Et même si Juppé devait renoncer, c’est Bayrou qui se présenterait, et qui viendrait disputer ce précieux score de la droite non-FN.

    Alors ?

    Au final, Hollande préférait se retrouver face à Marine Le Pen, car sa réélection serait plus facile, et il fera tout pour parvenir à ce résultat. Si c’est un non-FN, ce sera un peu plus délicat. En tout cas, ce sera une campagne minimale, genre le pépère de la continuité, plus conservateur que jamais, avec comme thème : « Vous ne m’aimez pas, je le sais, mais vous n’avez pas le choix. Vive la démocratie »

    En tout cas, Hollande n’a pas besoin de chercher un local de campagne. Ce local, c’est le Palais de l’Élysée, et ça, on l’a bien compris. 

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