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  • Le Web sous contrôle : Tim Berners Lee alerte les foules (qui s’en fichent)

    Internet pour communiquer,… et Internet pour nous contrôler : c’est tout le problème. Le Web a permis la démultiplication des échanges, c’est un bienfait quotidien, et chacun le vérifie chaque jour. Mais c’est aussi un contrôle généralisé de nos données individuelles. Les grandes agences étatiques, genre la CIA et consorts, nous épient et contrôlent tout, et les grandes firmes du web, des groupes goulus prêts à vendre père et mère pour développer leur CA, espionnent, collectent et utilisent toutes les données de notre vie privée.

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    Pour le moment nous n’avons pas beaucoup de solutions de rechange. Quand tu achètes un ordi, on te colle d’office le système d’exploitation, et il faut vraiment être le dernier des crétins pour ne pas comprendre que nous sommes suivis à la trace. Nos ordinateurs sont de véritables mouchards, d’un côté pour les systèmes de surveillance, et de l’autre pour les magnats de la pub. Liberté de façade pour encore mieux nous contrôler, tout ce système est insupportable. Aussi, si vous avez des messages particuliers, que ce soit pour les affaires ou pour les amours, je ne peux que vous recommander le plus sérieux des systèmes : une enveloppe fermée et un timbre-poste.

    Ce week-end se tenait à San Francisco le premier Decentralized Web Summit, une réunion d’experts prenant la suite de biens d’autres, pour se poser la question : comment guérir le web de sa maladie de la surveillance, en niquant les flics, sécuritaires et financiers.

    L’un des principaux organisateurs n’est autre que Tim Berners Lee, qu’il faut considérer comme l’inventeur du Web il y a 25 ans, et qui explique dans The New York Times qu’il veut le réinventer : « Les revenus publicitaires sont devenus la principale source de revenus d’un trop grand nombre d’acteurs du Web. Tout le monde assume que le consommateur d’aujourd’hui est obligé de passer un deal avec un énorme appareil marketing en échange de services gratuits, quand bien même nous sommes horrifiés de ce qui est fait de nos données. Le problème provient du fait que le web est dominé par un seul moteur de recherche, Google, un seul service de microblogging, Twitter, un réseau social. Notre problème n’est pas technologique, il est social. » La question est de parvenir à une grande décentralisation, pour compliquer la surveillance par les services secrets et les publicitaires : « Ce fut génial, mais l’espionnage, le blocage de sites, le détournement du contenu des gens, vous faire aller sur les mauvais sites web… tout ça mine complètement l’esprit d’aider les gens à créer ».

    Dans GeekWire de ce 6 juin, Tim Berners Lee expliquait : « Nous sommes au bord de découvrir qu’une entreprise peut en arriver au point où en réalité elle contrôlera tout ce que chacun d’entre nous voit. Elle décidera des posts de ses amis et des articles de journaux qu’une personne voit, et nous réalisons que nous parlons d’une seule grande multinationale qui a soudainement le contrôle complet sur la perception qu’a quelqu’un de la planète sur laquelle il habite. C’est une bataille constante et nous en sommes très proches tout le temps ».

    Alors quoi ? Peut-être commencer par MeWe, qui se revendique comme débarrassé de la marchandisation des données de Facebook. D’autres structures, d’autres systèmes ?...  Je ne connais hélas rien au fonctionnement de ce monde-là, mais je veux bien croire que les informaticiens ont des moyens de nous faire échapper, et dès que possible, aux empires que sont Google, Facebook, Microsoft… et à leurs connexions scandaleuses avec les systèmes de renseignements des Etats. Les pouvoirs sont peureux… fondamentalement peureux car ils redoutent moins le terrorisme que leur propre population. Aussi, c’est le succès final : « c’est pour ton bonheur que je te contrôle ». Et ça marche…

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    - Oui, mais comprends, notre société est menacée, nous avons besoin de citoyens parfaits…

    - Mais je suis un citoyen parfait ! Je suis en règle avec la loi, et je n’ai jamais été condamné par un tribunal.

    - Allons, sois sérieux. Face à la rapidité des menaces, nous serions bien faibles si nous annoncions à l’avance par la loi ce que nous allons faire, et nous n’aurions aucune certitude si nous nous en remettions à des juges, en plus indépendants… Ça c’est bien, c’est intéressant, mais c’est d’une autre époque. Sois réaliste, un peu...

    - Et comment prouver alors que je suis innocent si le fait de ne pas être condamné par un tribunal ne suffit plus ?

    - C’est pour ça que nous sommes arrivés au contrôle, il n’y a pas d’autres solutions, sauf pour les rêveurs… et pour les amis des terroristes. Si tu n’as rien à te reprocher, pourquoi refuses-tu que je te contrôle ? Je fais cela dans ton intérêt. Si tu as le moindre problème, je pourrais attester que toutes les données personnelles sont vérifiées, et que tu es un honnête homme.

    - Donc, c’est pour assurer ma liberté que tu me contrôles.

    - Mais bien sûr. C’est aussi pour te rassurer, pour te prouver que nous te distinguons des méchants. Nous sommes en guerre, tu le sais, et il faut être avec nous ou contre nous.

    - Bien sûr, je suis avec vous.

    - J’en étais persuadé. D’ailleurs, tu te doutes bien que, vu l’intensité de la guerre que nous menons contre ceux qui luttent contre nos valeurs, nous ne pouvons pas cibler que nos ennemis. Ça n’aurait pas de sens. Nous sommes bien obligés d’élargir le cercle, pour remonter les filières et les discerner les parcours de ceux qui flanchent. C’est pour cela que nous surveillons tout le monde. Eh bien, je dois te dire que, jusqu’à maintenant, nous n’avons rien de compromettant contre toi. Mais quand même, un petit conseil : sois prudent, car tu ne te contrôles pas toujours assez…

    - Quoi ?

    - Bon ce n’est pas vraiment grave, mais c’est embêtant. L’autre jour, tu étais au stade, et tu as parlé de politique et des mouvements sociaux. Évite ce genre d'excès.

    - Mais ce n’est pas illégal… Et c’était pour dire du bien du gouvernement, je ne suis pas du tout du côté de la CGT.

    - Oui je suis au courant. Mais quand même, réfléchis un peu. Ça ne sert à rien de s’afficher ainsi. La politique, ce n’est pas ton truc. Mène ta vie tranquille, et on te laissera tranquille. Tu pourras apprécier pleinement ton bonheur, en toute sécurité.

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  • Gloire et honneur à la Cour de Justice de l’UE qui protège nos libertés contre les gouvernements policiers

    L-Espion-qui-venait-du-froid-affiche-9783.jpgHeureusement que l’Europe et ses juges sont là pour répondre à la vigilance des militants de la liberté, à l’heure où nos gouvernements redoublent d’énergie pour promouvoir le modèle moutonnier et faire de nous des numéros, espionnables à merci.

    Le genre de trucs qui me désespère : nos concitoyens adorent être surveillés, et trouvent logique de voir leur vie privée piétinée par leurs gouvernements, au motif que ce serait le prix à payer contre les méchants terroristes divers et variés… Avec ce cri angélique, pur produit de la culture de la soumission : « Ils peuvent bien me surveiller, moi, je n’ai rien à me reprocher ».

    Alors, un constat rassurant : les juges veillent sur nos libertés.

    Le juge à l’honneur, c’est la Cour de Justice de l’Union Européenne, celle qui siège à Luxembourg. Très sous-estimée dans la chronique ambiante, car c’est la cour du libéralisme débridé et de la déréglementation néo-capitaliste et autres salades. Très drôle… C’est la seule juridiction internationale qui s’est opposée aux décisions illégales du Conseil de sécurité, et a fait plier le Conseil (Arrêt Kadi, 2008),... mais il est tellement jouissif de critiquer sans savoir et en prenant l’air éveillé d’un cadre UMP.  

    Cette directive? 

    Le texte en cause est la directive 2006/24/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 sur la conservation de données générées ou traitées dans le cadre de la fourniture de services de communications électroniques accessibles au public ou de réseaux publics de communications. Conserver vos données personnelles, quel bonheur…

    Le but est de fournir un cadre aux mesures nationales sur la conservation du trafic internet des particuliers. Eh oui, il y a tant de vilains bandits qu’il faut rendre ces données disponibles à « des fins de prévention, de recherche, de détection et de poursuite des infractions graves, comme notamment les infractions liées à la criminalité organisée et au terrorisme. » Voilà, le mot magique est lâché : terrorisme. C’est le sésame bien connu pour faire n’importe quoi.

    En pratique, les fournisseurs d’accès se trouvent obligés de conserver les données relatives au trafic, à localisation ainsi que celles nécessaires à l’identification de l’abonné ou l’utilisateur. En revanche, ils ne peuvent conserver le contenu de la communication et des informations consultées. Génial, on va enfin pouvoir lutter contre les méchants terroristes en surveillant vos amis, vos contacts et l’autre moitié de votre cœur.  18910852.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

    La Haute Cour d’Irlande et la Cour Constitutionnelle d’Autriche avaient été saisies par de fiers citoyens, et ces deux juridictions ont demandé à la Cour de Justice de l'UE d’examiner la validité de la directive.

    Qu’autorise la directive ?

    Elle permet de savoir avec quelle personne et par quel moyen un abonné a communiqué, de déterminer le temps de la communication ainsi que l’endroit à partir duquel celle-ci a eu lieu et de connaître la fréquence de ces communications. Donc, un ensemble d'indications très précises sur la vie privée des personnes : habitudes de la vie quotidienne, lieux de séjour permanents ou temporaires, déplacements journaliers ou autres, activités exercées, les relations sociales et les milieux sociaux fréquentés.

    Pour la Cour, « imposant la conservation de ces données et en en permettant l’accès aux autorités nationales, la directive s’immisce de manière particulièrement grave dans les droits fondamentaux au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel ».

    De plus, tout se fait en douce, de telle sorte que la personne espionnée ne peut se défendre : « Le fait que la conservation et l’utilisation ultérieure des données sont effectuées sans que l’abonné ou l’utilisateur inscrit en soit informé est susceptible de générer dans l’esprit des personnes concernées le sentiment que leur vie privée fait l’objet d’une surveillance constante ».

    La directive ne permet pas de prendre connaissance du contenu des communications électroniques en tant que tel. Donc, ça c’est bon. Pour le flicage illicite, voir les méthodes de l’ami Obama, ce grand dépendeur d’andouilles.

    Tout se joue dans l’absence de proportion.

    Si la conservation prévues des données peut être considérée comme apte à réaliser l’objectif poursuivi de lutte contre les vilains bandits, « l’ingérence vaste et particulièrement grave de cette directive dans les droits fondamentaux en cause n’est pas suffisamment encadrée afin de garantir que cette ingérence soit effectivement limitée au strict nécessaire ». Oki ? Des méthodes de vilains bandits pour surveiller les vilains bandits ?

    Premier point. La directive couvre de manière généralisée l’ensemble des individus, des moyens de communication électronique et des données relatives au trafic sans qu’aucune différenciation, limitation ou exception soit opérée en fonction de l’objectif de lutte contre les infractions graves.

    en14950.jpgDeuxième point. La directive ne prévoit aucun critère objectif qui permettrait de garantir que les autorités nationales compétentes n’aient accès aux données et ne puissent les utiliser qu’aux seules fins de prévenir, détecter ou poursuivre pénalement des infractions susceptibles d’être considérées, au regard de l’ampleur et de la gravité de l’ingérence dans les droits fondamentaux en question, comme suffisamment graves pour justifier une telle ingérence. De plus, La directive ne prévoit pas les conditions matérielles et procédurales dans lesquelles les autorités nationales compétentes peuvent avoir accès à ces données et les utiliser. Et la Cour souligne : « L’accès aux données n’est notamment pas subordonné au contrôle préalable d’une juridiction ou d’une entité administrative indépendante ».

    Troisièmement.  La directive impose une durée d’au moins six mois sans opérer une quelconque distinction par rapport à l’objectif poursuivi, et cette durée se situe entre 6 mois au minimum et 24 mois au maximum, sans définir de critères objectifs pouvant le justifier.

    C’est donc l’arbitraire du flicage généralisé, mais ça ne suffit pas.

    L'absence de garantie de destruction 

    La directive ne prévoit pas de garanties permettant d’assurer une protection efficace contre les risques d’abus ainsi que contre l’utilisation illicites de ces données. Pour pas se fâcher avec les businessmen, la directive autorise les fournisseurs de services à « tenir compte de considérations économiques lors de la détermination du niveau de sécurité qu’ils appliquent ». Donc je prends un panier percé car c’est moins cher… Surtout, elle ne garantit pas la destruction des données au terme de leur durée de conservation… et vu les budgets à prévoir, les données seront donc gardées de manière illimitées…  

    La directive ne garantit pas non plus le contrôle par une autorité indépendante, alors qu’un tel contrôle « effectué sur la base du droit de l’Union, constitue un élément essentiel du respect de la protection des personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel ».

    La partie est donc gagnée pour nos amis irlandais et allemands. Il va falloir maintenant regarder de près ce vaut notre législation nationale, avec ces Sinistres de l’Intérieur qui frétillent tant devant Internet... L’arrêt de la Cour Européenne est un vrai encouragement à se battre pour nos libertés, contre les vilains maquereaux de l’espionnite aigüe.   

     

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  • Un relais wifi sur le clocher ? Mon Dieu !

    Les bienfaits du haut-débit autorisent la remise en cause de l’affectation exclusive des églises au service du culte… C’est un jugement hérétique du tribunal administratif de Montpellier de ce 21 octobre qui le dit.

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    L’abbé Didier Gounelle est le curé de la paroisse Pic Saint Loup-Hautes Garrigues dans le diocèse de Montpellier, qui comprend la commune de Causse-de-la-Selle. Un beau matin, le curé a eu la surprise de voir sur le clocher de cette église trois petites antennes relais et un boitier, installés par la mairie  dans le plan départemental d’accès au haut-débit de l’Hérault. Le clocher avait été choisi car c’était le bâtiment le plus haut de la commune.

    L’abbé a interrogé le maire, qui n’a pas répondu, et il a collé le maire au tribunal administratif, pour défendre la « dignité de l’édifice religieux ». Certes, l’église est un bien qui relève du domaine public de la commune, mais pour autant la commune ne peut faire comme si elle était chez elle. L’article 13 de la loi du 9 décembre 1905 a été interprété comme accordant la jouissance de ce bien public comme « gratuite, exclusive et perpétuelle ». 

    On peut citer l’arrêt Commune de Massat, rendu par le Conseil d'Etat, 25 aout 2005, n° 284307.

    « Considérant que la liberté du culte a le caractère d'une liberté fondamentale ;

    « que, telle qu'elle est régie par la loi, cette liberté ne se limite pas au droit de tout individu d'exprimer les convictions religieuses de son choix dans le respect de l'ordre public ;

    « qu'elle a également pour composante la libre disposition des biens nécessaires à l'exercice d'un culte ;

    « qu'à cet effet, en vertu des dispositions combinées de la loi du 9 décembre 1905 et de l'article 5 de la loi du 2 janvier 1907 concernant l'exercice public des cultes, en l'absence d'associations cultuelles et d'actes administratifs attribuant la jouissance des églises et des meubles les garnissant, ces biens sont laissés à la disposition des fidèles et des desservants ;

    « que leur occupation doit avoir lieu conformément aux règles générales d'organisation du culte ;

    « que les ministres du culte sont chargés d'en régler l'usage. »

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    Lors de l’audience, le rapporteur public avait pris position pour le curé, relevant qu’effectivement, un « régime particulièrement protecteur a été offert aux édifices cultuels ». Selon le magistrat, l’édifice religieux se rapproche d’un « sanctuaire », et ce même si le bien est une propriété communale : « Le desservant dispose d’un pouvoir de co-décision pour l’édifice dont il a la charge », avait-il soutenu, proposant que le maire procéde au démontage des relais dans un délai d’un mois.

    Pas d’accord a répondu le tribunal. Le début est bon pour le Curé : « Il résulte des seules dispositions de l’article 13 de la loi du 9 décembre 1905 que le maire de la commune ne pouvait décider de travaux à des fins civiles et nullement destinées à la conservation et à l’entretien de l’édifice, affectant le clocher de l’église, sans avoir au préalable recueilli l’accord préalable du ministre du culte ». Mais après, ça se gâte : « Toutefois les équipements installés dans le cadre de ce projet ne présentent pas d’incompatibilité avec l’affectation cultuelle de l’édifice et participent au développement numérique de la commune ».

    Le tribunal refuse l’absolu de la règle : la destination du bâtiment n’est plus « exclusive », et l’intérêt public conduit à remettre en cause le principe. Cette jurisprudence est donc hérétique, mais elle est susceptible d’être reprise, car il est bien certain que dans plus d’une commune, le clocher est le bâtiment le plus haut. La loi de 1905 se brise sur le haut-débit !

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  • WikiLeaks : La censure tranquille

    censored_poster.jpgBesson est un indécrottable pitre. Le grand timonier de l’Identité nationale reprend son air martial à la gomme pour dire qu’il va expulser WikiLeaks. Le plus célèbre réfugié politique de l’UMP a pris les habits d’Anastasie.

    C’est la bonne veille censure, à la chinoise ! A Pékin, tout est sous contrôle, et pas une trace de WikiLeaks. Notre gouvernement moderne adopte le discours chinois sur la liberté d’expression, ce qui permet d’éclaircir un point d’histoire. Sarko a bien parlé droits de l’homme lors de son repas de une heure avec Hu Jintao au restaurant La Petite Maison à Nice,... et Hu Jintao l’a convaincu.

    La censure, c’est çà : « La France ne peut héberger des sites internet qui violent ainsi le secret des relations diplomatiques et mettent en danger des personnes protégées par le secret diplomatique. Elle ne peut héberger les sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison des atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux ».

    Admettons que le recyclé de l’Identité nationale estime qu’il y a abus. Que faire ? Eh, bien saisir le juge, car il n’y a pas de liberté sans limite.

     

    Un pilier, l’article 10

     

    Il veut un texte, le converti au sarkozysme ?  En voici un qu’il n’aime pas trop, un texte casseur de statistiques, la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, et en particulier son article 10, relatif à la liberté d’expression.

     

    « 1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.9782765409519.jpg

     

    « 2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire ».

     

    Ce qui montre au passage que ce texte européen, si décrié par les ennemis des libertés, est tout en équilibre.

     

     

    La jurisprudence comme à la maison

     

    A partir de ce texte, la CEDH a élaboré sa jurisprudence (CEDH, Castells c. Espagne, 23 avril 1992 ; Fressoz et Roire c. France, no 29183/95, § 45 ; Ceylan c. Turquie, no 23556/94).

     

    La liberté d’expression, l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, vaut pour les idées qui heurtent, choquent ou inquiètent. La liberté d’expression constitue l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun. Sous réserve du paragraphe 2 de l’article 10, elle vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de « société démocratique » (Handyside c. Royaume-Uni, 7 décembre 1976).

     

     

     

    Cette liberté ne peut être limitée que pour « besoin social impérieux ».

     

     

    censure.jpgUne condamnation s’analyse en une « ingérence » dans l’exercice par l’intéressé de sa liberté d’expression, ce que reconnaît le Gouvernement. Pareille immixtion enfreint l’article 10, sauf si elle est « prévue par la loi », dirigée vers un ou des buts légitimes au regard du paragraphe 2 et « nécessaire » dans une société démocratique pour les atteindre (Lingens c. Autriche, 8 juillet 1986 ; Jerusalem c. Autriche, no 26958/95). Pour ce faire, la Cour EDH considère l’ingérence litigieuse à la lumière de l’ensemble de l’affaire pour déterminer si elle était « proportionnée au but légitime poursuivi » et si les motifs invoqués par les autorités nationales pour la justifier apparaissent « pertinents et suffisants » (Lindon, Otchakovsky-Laurens et July c. France, nos 21279/02 et 36448/02).

     

     

     

    L’article 10 ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou de questions d’intérêt général.

    L’article 10 § 2 de la Convention ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou de questions d’intérêt général (Wingrove c. Royaume-Uni, 25 novembre 1996 ;  Scharsach et News Verlagsgesellschaft c. Autriche, no 39394/98).

    De plus, les limites de la critique admissible sont plus larges à l’égard du gouvernement que d’un simple particulier, ou même d’un homme politique. Dans un système démocratique, les actions ou omissions du gouvernement doivent se trouver placées sous le contrôle attentif, non seulement des pouvoirs législatif et judiciaire, mais aussi de l’opinion publique (Incal c. Turquie, 9 juin 1998).anastasie-censure.jpg

     

    Pour la Cour, il est fondamental, dans une société démocratique, de défendre le libre jeu du débat politique, qui se trouve au cœur même de la notion de société démocratique (Almeida Azevedo c. Portugal, no 43924/02, 23 janvier 2007; CEDH, Feldek c. Slovaquie, no 29032/95).

    Si tout individu qui s’engage dans un débat public d’intérêt général est certes tenu de ne pas dépasser certaines limites quant au respect – notamment – des droits d’autrui, il lui est également permis de recourir à une certaine dose d’exagération, voire de provocation, c’est-à-dire d’être quelque peu immodéré dans ses propos (Mamère c. France, no 12697/03).

     

    Petit Besson ne deviendra pas grand

    Au lieu de s’engager dans ce débat, perdu d’avance pour notre héros en mal d'identité, Besson est allé saisir un truc, le Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) de lui indiquer « dans les meilleurs délais possibles quelles actions peuvent être entreprises afin que ce site Internet ne soit plus hébergé en France ». Preuve est ainsi rapportée qu’au ministère, il n’y a plus un seul cerveau disponible pour réfléchir un peu.  

    Si le contenu est illicite, il suffit d’un avertissement à l’hébergeur que semble être OVH, installé à Roubaix, et si l’hébergeur n’obtempère pas, notamment car il estime que les textes publiés s’inscrivent dans le cadre protégé par l’article 10, toute personne intéressée peut saisir le tribunal de grande instance, selon les procédures d’urgence, dans le cadre de la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) de 2004. Il y a débat, et le juge tranche.

    Débat ? C’est justement ce dont ne veut pas Anastasie Besson. Quelque chose à cacher ?

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    That is the question
  • Internet : Helsinki, centre du monde

    i_love_kala_mojaka_i_love_finland_mousepad-p144395199829308372trak_400.jpgInternet haut débit est un droit : « Aujourd'hui, l’obligation de service universel concernant l'accès à l'internet à un mégabit par seconde est entrée en vigueur », a déclaré à l'AFP le directeur du service des réseaux de communication au ministère des Transports et des communications. Eh oui, a very good news qui vous avait échappée, alors que notre bleu-blanc-rouge Hadopi démarre avec un diesel qui semble directement pompé des excédents de la BP dans le Golfe du Mexique. Même l’équipe de France était plus guillerette.

    Non.., on se calme. La déclaration est de Suvi Linden, la ministre des Communications… de Finlande. « Nous pensons être devenu le premier pays au monde à avoir fait de l'accès au haut débit un droit. Il s'agit là d’une des plus grandes réussites du gouvernement ». C’est la mise en œuvre d’une loi datant d’un an, prévoyant un service général dans le pays « au même titre que le téléphone et la poste ».

    A partir d’aujourd’hui, les fournisseurs d'accès sont obligés de proposer des connections à 1 Mbit/s à tous les foyers finlandais. Pour 2015, le débit minimal assuré serait de 100 Mbits/s, par la généralisation du câble. Oui, Suvi Linden, ma chérie, aide nous à coller un bonnet d’âne à notre «  gouvernementale » équipe de loosers, qui rêve d’un Internet aussi discipliné que les éditoriaux politiques du Figaro. Suvi Linden, une anarchiste absolue intégrée par mégarde au sein du gouvernent, ne parait pas d’accord : « Nous avons pris en compte le rôle d'Internet dans la vie quotidienne des Finlandais. Les services Internet ne servent plus seulement au divertissement ». Oui, ma chérie, c’est notamment un truc qui a créé un langage universel.

    L’Hadopi baltique s’appelle « l'Autorité finlandaise de régulation des communications ». Comme sa cousine gauloise, elle a pour outil une clé. Mais en Finlande, c’est pour ouvrir les portes, alors qu’en Sarkozie, c’est pour les fermer.Helsinki.gifLors des débats sur la félonne loi Hadopi, Christine Albanel, intérimaire rue de Valois – Est-elle encore vivante ? avait expliqué que l'accès à Internet n’était pas un droit fondamental, et notre toujours adolescent Conseil constitutionnel avait poussé l’effort jusqu’à dire que l'accès à Internet était « une composante de la liberté d'expression »,  mais rien de plus.

    Merci à la Finlande de le dire clairement : l’accès à Internet est un droit fondamental. C’est le seul lien possible entre les 6 milliards de personnes, qui cohabitent si transitoirement sur la planète. C’est, pour l’encravaté des cercles les plus hype, ou le plus démuni des étudiants, abonné au Cybercafé de son quartier, l’unique moyen de partager la connaissance, de peser les rapports de force, et d’inventer un langage commun. Pour celui qu’on menace au seul motif qu’il a dit ce qu’il pensait, c’est le seul moyen d’accès à la jurisprudence qui fonde la liberté, celle de la Cour Internationale de Justice, de la Cour Pénale Internationale, du Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie, du Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. C’est le réseau qui échappe aux pouvoirs. Ce sont mille services, l’accès à la culture, la confrontation des idées…

    Dans le même temps, Hadopi, créature UMPiste, s’apprête aux premières coupures. On peut remettre en cause un droit fondamental, mais il faut des procédures et des garanties au niveau. Rendez-vous devant les tribunaux ! Havis Amanda, la naïde sortant de l'eau, qui trône sur la fontaine devant la grande palce du marché d'Helsinki, nous appelle à défendre la liberté.

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    et pour la petite Sirène, il faudra aller à Copenhague

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