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italie

  • Leoluca Orlando, maire de Palerme

    - Eh, mais Gilles, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu deviens ouf, ou c’est d’avoir ralenti le Côtes-du-Rhône qui te déprime ? Il y a une semaine, tu appelles à voter Juppé…

    - à la primaire...

     - … et voilà que tu viens nous faire de la pub pour Leoluca Orlando, le maire de Palerme, ce vieil oiseau de la simili-gauche ! 

    - Bien sûr, et j’assume. D'abord, j’ai remplacé le Côtes-du-Rhône par le Cahors et le Madiran, alors c’est no problem. Ensuite, laisse-moi te parler ce qui me parle. Je ne te demande pas l’amour, mais juste de voir le monde tel qu’il est.

    - Et tu vas encore nous faire le coup de l’Italie ?

    - Bien sûr, Italie... Notre civilisation doit plus à l’Italie qu’aux Gaulois, parole de Gaulois. Prends le temps d’écouter et d’étudier, et tu verras où sont nos racines. Les Romains se sont débarrassés de l’esclavage il y a des siècles, alors que nous l’avons gardé, juridiquement jusqu’en 1848, et économiquement bien après. En bien et en mal, l’Italie est la source de l’Europe, c'est ainsi, soyons réalistes. Et plus on va vers le Sud, plus j’adore. Parce que là-bas, on est dans le réel, et le réel, c’est la Méditerranée.

    - Mare Nostrum ?

    - Chut ! Fais par le con,... ou tu vas te trouver fiché S.

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    Le Palais de Justice de Palerme

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    2012, euronews

    Palerme appartient à nous, pas à la mafia

    Leoluca Orlando, qui a déjà été maire de Palerme à trois reprises dans les années 80 et 90, après avoir gouté aux délices frelatés de Rome, revient à Palerme, et emporte les élections municipales. Interview par Cecilia Cacciotto, d’euronews : 

    - Comment expliquez-vous votre succès ?

    - Je pense que ma candidature est considérée comme une candidature anti-castes. Je pense que les gens apprécient que je me rende disponible pour revenir à Palerme. J’ai la conviction profonde qu’en cette période il est plus important d‘être ici que de rester à l’abri avec des privilèges.

    - Aux dernières élections locales les grands partis se sont effondrés : quelles sont les conséquences pour l’Italie

    - Ca a été l’effondrement de tous les partis, pas uniquement des grands partis. L’Italie des valeurs, ma formation, n’a obtenu que 11% des voix, le PD et le PDLont fait 8 à 9%. Les partis politiques traversent une crise profonde, ils n’arrivent pas à comprendre les besoins de la population.

    - Palerme est une ville d’espoir et une ville de mafia. Il y a vingt ans, après l’attaque de Capaci dans lequel le juge Falcone est mort, l’Etat et la mafia ont commencé à négocier. C’est toujours le cas ?”

    - Heureusement qu’il y a des négociations. Parce qu’avant le printemps de Palerme, juste après la mort de Falcone, il n’y avait pas de négociation. C’est un maire comme Vito Ciancimino qui avait l’habitude de s’asseoir sur cette chaise derrière moi. Il ne négociait pas avec la mafia, parce que la mafia c‘était lui. Il incarnait l’Etat et la mafia. Quand la société, ce bâtiment, le palais de justice, l‘église, Palerme ont commencé à résister et à réagir, Cosa Nostra a été contrainte d’ouvrir un dialogue. C’est pour cela que je dis que l’existence de négociations ou de tentatives de négociation entre l’Etat et la mafia prouvent que l’Etat combat la mafia.

    - Par le passé le mafieux avait un rôle légitime aux yeux de la société. Ce n’est plus le cas, mais la mafia existe toujours, il y a toujours une culture mafieuse, et pas seulement en Sicile. Que faut-il faire aujourd’hui pour vaincre la mafia ?

    - Aujourd’hui combattre la mafia est moins dangereux, physiquement, mais c’est plus difficile, c’est plus difficile. Parce qu’aujourd’hui la mafia ne cherche plus le contrôle physique du territoire, mais elle veut le contrôle immatériel, c’est à dire financier et médiatique. Si les banques, les hommes d’affaires dans la finance, les Etats, ne comprennent pas que l’argent a une odeur, alors une idée, une certitude va se répandre dans toutes les branches de la société au niveau d’un pays et d’un continent comme l’Europe : l’idée que si même les grandes banques, qui me prêtent de l’argent pour créer mon entreprise, pour acheter ma maison, ne sont pas regardantes, ne font pas attention à la provenance de l’argent. Alors pourquoi moi le devrais-je ?

    - En Italie, un homme politique mis en examen pour des infractions par exemple d‘échange de votes politico-mafieux ne démissionne pas alors qu’ailleurs en Europe de simples soupçons de plagiat entraînent sa démission. Pourquoi ?

    - C’est pour cela que l’Italie n’est pas en harmonie avec le reste de l’Europe. Je pense que l’Italie n’est pas totalement civilisée, parce que si un homme politique fait l’objet d’une enquête de la justice sur un éventuel délit dans le cadre de ses fréquentations mafieuses, quelle est sa première réaction ? Il va devant les caméras et déclare “C’est vrai, j’ai fréquenté un membre de la mafia, mais je n’ai pas commis de délit. Je fais confiance à la justice.” Mais qu’est-ce que ça veut dire ! Il doit s’en aller ! Parce que la Constitution impose de respecter la loi, c’est-à-dire de ne pas commettre de délit, elle impose discipline et honneur. Ce qui manque en Italie c’est un code éthique pour les partis politiques. J’ai honte. J’ai honte. Député, j’avais proposé une loi pour exclure du Parlement quelqu’un qui a été condamné pour un délit grave. Mais faut-il vraiment qu’il y ait une loi pour que ça se passe ?

    - En 1996, vous avez fait l’objet d’une enquête pour corruption après qu’un repenti, Tullion Cannella, vous a accusé d’avoir reçu de l’argent de la mafia.

    - Pas du tout.

    - Au final il n’y a pas eu de suites judiciaires. Avez-vous déjà eu des contacts personnels avec la mafia ?

    - Premièrement je n’ai jamais eu de contact avec la mafia. Deuxièmement, depuis le début de ma carrière politique, je dis que je n’ai rien à partager avec la mafia, et c’est pour cela que la mafia n’essaie même pas de s’approcher de moi. En 1985, quand j’ai été élu maire de Palerme pour la première fois, j’ai fais construire le tribunal-bunker pour le gigantesque procès contre la mafia et je me suis porté partie civile pour que les condamnations soient confirmées par la justice. Toute mon histoire fait que la mafia ne cherche pas à m’approcher, je ne dis pas qu’elle n’essaie pas de se placer près de là où je suis. Il est évident que les mafieux n’essaient pas de m’approcher mais je ne peux pas exclure qu’ils essaient d’entrer dans ce bâtiment.

    - Y sont-ils déjà parvenus ?

    - Oui, plusieurs fois, mais ma réaction a été très simple, j’ai coupé les liens, j’ai annulé tous les contrats avec les entreprises qui sentaient la mafia.

    - Palerme, ville d’espoir et ville de mafia. Quel avenir souhaitez-vous à Palerme ?

    - Je veux dire que Palerme nous appartient à nous, pas à la mafia. Pour ma part, j’ai décidé de me mettre au service de ma ville, et seulement de ma ville, et aider à lui donner plus de visibilité avec mes contacts nationaux et internationaux, dans le monde de la culture, dans le monde politico-économique et financier. Parce que ces dernières années Palerme était invisible, même pour ce qui est de sa mafia. Les activités criminelles se sont poursuivies, mais aucune décision importante n’a été prise pour donner à Palerme une visibilité. Je veux que Palerme redevienne visible pour de grandes choses et pas pour sa mafia.

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    Notre mer, et un peu de terre

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    2016, Le Monde

    J’ai honte d’être européen,

    quand on voit le sort qui est fait aux migrants

    - Quel regard portez-vous sur l’intégration des migrants à la société palermitaine ?

    - J’estime et j’affirme que tous les résidents de la ville de Palerme sont Palermitains. Il n’y a pas de différence entre les Palermitains qui sont nés à Palerme et ceux qui y arrivent, et c’est pour ça qu’il faudrait abolir le permis de séjour. Ce permis de séjour est la peine de mort de notre temps, c’est une nouvelle forme d’esclavage pour les gens qui arrivent.

    Je suis convaincu que la mobilité internationale est un droit humain. Une personne ne peut pas mourir car un pays refuse de l’accueillir. C’est pour cette raison que nous avons adopté la Charte de Palerme et que nous avons créé le Conseil de la culture, qui est le seul dans le monde à représenter les migrants politiquement. Les membres de ce conseil sont démocratiquement élus par les migrants, ils sont 21 membres, dont 9 femmes. Je ne crois pas qu’on puisse parler de ces proportions au Parlement français, ni au Parlement italien !

    - Estimez-vous que l’Europe en fait assez pour les migrants ?

    - Non. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’accueillir les migrants. Les gens qui me disent « Vous êtes fou ! », je leur réponds : « Non, je ne suis pas fou, je pense au futur ! ».

    - Beaucoup de Palermitains vous reprochent votre engagement vis-à-vis des migrants et réclament des actions concrètes contre le fort taux de chômage de la ville. Que leur répondez-vous ?

    - Il n’y a pas d’intolérance et de racisme à Palerme, et vous ne me le ferez pas dire. Nous avons un problème économique, certes, mais comme partout. C’est un problème pour les Palermitains comme pour les gens qui viennent d’ailleurs. Je crois que la grande puissance de l’expérience palermitaine est que tout le monde a le même problème, tout le monde est logé à la même enseigne.

    - Ballaro, un quartier de Palerme, est souvent montré comme un exemple de cette mixité sociale dont la ville se réclame.

    - Ballaro, c’est l’endroit où des marchands issus de l’immigration ont fait arrêter des mafiosi palermitains. Voilà. (Rires). Est-il possible ensuite de parler contre les migrants ? Je ne crois pas. C’est un bon exemple, cela signifie que les personnes migrantes qui vivent à Palerme pensent que cette ville est leur ville. Et quand on fait partie d’une ville, on va la défendre. L’accueil est la plus puissante arme pour la sécurité. Par exemple, je dialogue avec la communauté musulmane pour intégrer au mieux les plus radicaux qui arrivent dans la ville.

    Les musulmans qui vivent en banlieue parisienne parlent-ils avec leur maire ? Est-ce qu’il les intègre dans une représentation politique ? C’est la marginalisation, l’ostracisme, qui sont un problème. Chaque fois que les gens sont tentés de faire une distinction entre les migrants et les Palermitains, je leur réponds qu’il faut garder à l’esprit que les migrants ne votent pas. Nous sommes dans une dimension utilitariste de ces gens, il faut que la politique européenne comprenne que cet utilitarisme est en contradiction totale avec le respect des droits humains.

    - Vous pensez que les migrants devraient voter ?

    - Ce n’est pas encore possible aujourd’hui. Mais oui, j’ai espoir qu’un jour, toutes les personnes qui vivent en Italie, de nationalité italienne ou non, puissent voter et participer à la vie démocratique de ce pays. Mon premier acte en tant que maire a été de déclarer citoyens honoraires tous les habitants de Palerme. Tous, pas seulement le dalaï-lama, pas seulement le roi Juan Carlos… mais tous les résidents, italiens ou non.

    - Mais Ballaro, par exemple, c’est aussi le repaire d’une nouvelle mafia nigériane…

    - Oui, et c’est la preuve qu’il n’y a pas de différence entre les Palermitains et les Nigérians ! Il y a des Nigérians mafiosi, il y a des Nigérians bons citoyens. C’est pareil pour les Palermitains. Il ne serait pas normal de n’avoir que des Nigérians bons citoyens, et que des Palermitains criminels (rires). La grande chance de Palerme est sa normalité. Palerme est devenue une ville normale, sans sa mesquinerie politique d’autrefois.

    - Qu’est-ce qui manque pour que l’accueil des migrants soit efficace ?

    - Il manque la normalité des migrations, partout. Palerme est une ville migrante : il est possible d’y voir des monuments arabes, français, baroques, espagnols… Il y a quelque temps, des journaux anglais et allemand ont écrit : « En pensant à Palerme, l’Europe devrait avoir honte. » Aujourd’hui, je dis que j’ai honte d’être européen, quand on voit le sort qui est fait aux migrants. Je suis européen mais, dans les valeurs migratoires, je suis surtout palermitain. Nous sommes responsables d’un génocide en mer Méditerranée. Nos petits-fils nous diront qu’on a tué des milliers de personnes. Et nous ne pourrons pas dire que l’on ne savait pas.

    - Vous sentez-vous plus palermitain qu’européen ?

    C’est parce que je suis fier d’être européen que je me permets de mal parler de l’Europe quand elle fait des erreurs. Mon premier ennemi est celui qui a la même identité que moi. Mon ennemi, ce n’est pas l’imam rigoriste qui soutient les terroristes, mon ennemi, avant lui, c’est le cardinal catholique qui soutient les mafiosi.

    - Quel regard portez-vous sur l’accueil des migrants en France ?

    Aujourd’hui, en France, les migrants ne pensent pas avoir trouvé leur nouvelle maison. Il y a un vrai problème, car, si je ne pense pas être chez moi, pourquoi me lèverai-je pour défendre une maison qui n’est pas la mienne ? Je ne défends pas la maison où je pense qu’il ne m’est pas possible de vivre, je ne défends pas la maison de mon ennemi. Je pense que c’est la situation dans laquelle est bloquée la France. Je ne comprends pas pourquoi la France a changé. Parlez mal de Palerme, de sa mafia, mais en même temps, s’il vous plaît, parlez mal de la France ! Une Europe des droits ne peut pas exister sans la France, il faut que la France change de position sur les migrants.

    Nous vivons dans un temps qu’on appelle la globalisation, avec une mobilité financière, une mobilité industrielle, une mobilité économique… Mais comment peut-on penser pouvoir vivre dans un monde qu’on dit globalisé sans une mobilité des êtres humains ? Les migrants ont donné un visage à la globalisation, parfois tristes, parfois heureux, mais ils ont donné un visage. Avant, la globalisation était égoïste, financière. Aujourd’hui, il faut remercier les migrants pour avoir donné un visage à cette globalisation.

    - Beaucoup de personnalités appellent à une coopération plus importante entre les pays européens d’accueil des migrants et les pays d’Afrique d’où ils partent. Qu’en pensez-vous ?

    En tant que maire de Palerme, j’ai beaucoup de relations avec les maires africains. Fin septembre, j’ai signé un nouveau jumelage avec Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire. Nous avons des relations avec des maires libyens, des maires tunisiens, marocains… Je crois qu’il est nécessaire d’aider ces maires et ces pays, de les aider pour permettre à leurs habitants de participer au développement de leur pays sans avoir besoin de venir en Europe. Les migrations ne sont pas un problème sicilien, il est tragique qu’on pense comme cela aujourd’hui. C’est un problème européen, c’est un problème mondial.

    - Comment voyez-vous la Sicile dans dix ans ?

    Est-ce que cela sera un problème s’il y a plus d’Italiens d’origine africaine que de natifs italiens ? Non. Est-ce que cela sera un problème si quelqu’un peut dire un jour : « La majorité des Palermitains ne sont pas nés à Palerme » ? Non. Palerme est une ville migrante. Nous sommes une ville multiculturelle, comme Beyrouth, comme Istanbul.

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    italie,réfugiés

  • Italie : Les décombres de la démocratie, par Manlio Dinucci

    Gouverner, c’est choisir. Devant les décombres du tremblement de terre, les choix gouvernementaux apparaissent au clair, explique Manlio Dinucci.

     

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    Les décombres de la démocratie

    par Manlio Dinucci

     

    «Rien que des décombres, comme s’il y avait eu un bombardement», a dit la présidente de la Chambre Boldrini en visitant les lieux sinistrés par le tremblement de terre[1]. Paroles sur lesquelles il faut réfléchir au-delà de l’image.

     

    Face aux scènes déchirantes des enfants morts sous les décombres du tremblement de terre, comment ne pas penser à tous ces enfants (que la télé ne nous a jamais montrés) morts sous les décombres des bombardements auxquels, de la Yougoslavie à la Libye, a aussi participé l’Italie ? « On a l’impression d’être en guerre », raconte un des nombreux volontaires.

     

    En guerre, la vraie, l’Italie en effet y est déjà, brûlant des ressources vitales qui devraient être destinées à protéger la population de notre pays des tremblements de terre, des coulées de boue et inondations qui provoquent de plus en plus de victimes et de destructions. Des politiciens de provenances diverses ont proposé, dans un élan de générosité, de destiner aux zones sinistrées le jackpot du Superenalotto[2], 130 millions d’euros. Personne cependant n’a proposé d’employer à cet effet le « jackpot » de la dépense militaire italienne qui se monte, selon les données officielles de l’Otan, à environ 20 milliards d’euros en 2016, 2,3 milliards de plus qu’en 2015 : en moyenne 55 millions d’euros par jour, chiffre en réalité plus important quand on inclut les dépenses hors budget de la défense attribuées à d’autres ministères. En tout cas d’après les données de l’Otan, l’Italie dépense en un seul jour pour le militaire plus que ce qu’a prévu le gouvernement pour l’urgence tremblement de terre (50 millions d’euros), cinq fois plus que ce qui a jusqu’à présent été récolté avec les SMS solidaires[3].

     

    Alors que manquent les fonds pour la reconstruction et la mise en sécurité des édifices par de réels systèmes anti-sismiques, pour un plan à long terme contre les tremblements de terre et les débâcles hydro-géologiques.

     

    Alors que les pompiers, dont en ces occasions on reconnaît formellement les mérites, ont des effectifs, salaires et moyens totalement inadéquats pour le travail qu’ils effectuent, souvent au risque de leur vie, non seulement dans les urgences quotidiennes, mais dans les désastres « naturels » de plus en plus fréquents (dont les conséquences catastrophiques relèvent en grande partie de responsabilités humaines).

     

    Par contre ne manquent pas les financements et les moyens pour les forces spéciales italiennes qui opèrent dans la nouvelle guerre de Libye. A Pise, où il y a deux ans a été constitué le Commandement des forces spéciales de l’armée (Comfose), se sont intensifiés depuis des mois les vols des C-130J qui partent pour des destinations inconnues chargés d’armes et de ravitaillements. Ces opérations sont autorisées secrètement par le Président du Conseil Renzi sans qu’il en réfère au parlement. L’article 7 bis de la loi 198/2015 sur la prolongation des missions militaires à l’étranger confère au Président du Conseil la faculté d’adopter des «mesures d’intelligence d’opposition, en situations de crise (…), avec la coopération de forces spéciales de la Défense avec les aménagements consécutifs de soutien de la même Défense», avec la seule obligation d’en référer formellement au « Comité parlementaire pour la sécurité de la République ». En d’autres termes, le président du Conseil a en main des forces spéciales et des services de renseignement à utiliser dans des opérations secrètes, avec le soutien de tout l’appareil militaire. Un pouvoir personnel anticonstitutionnel, potentiellement dangereux y compris sur le plan intérieur.

     

    Alors qu’il affiche son émotion aux funérailles des victimes du tremblement de terre, en faisant des promesses sur la reconstruction, le Président du Conseil Renzi, dans le cadre de la stratégie USA/Otan, conduit l’Italie à d’autres guerres et à une dépense militaire croissante au détriment des exigences vitales du pays. Dépense à laquelle s’ajoute celle, secrète, pour les opérations militaires secrètes qu’il a ordonnées. Alors que, sur la reconstruction promise des zones sinistrées, Renzi assure la « plus grande transparence ».

    [1] Tremblement de terre qui a touché le centre de l’Italie le 24 août et les jours suivants.

    [2] Loterie nationale.

    [3] Les « SMS solidaires » sont une méthode de collecte de fonds destinés aux zones sinistrées : pour chaque SMS envoyé à un numéro donné 2 euros sont versés à la Protection civile.

     

    Edition de mardi 6 septembre de il manifesto

    http://ilmanifesto.info/le-macerie-della-democrazia/

    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

     

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  • Réservez un bon repas à la prison de Milan

    Un resto, et de classe, à l’intérieur de la prison, avec des cuisiniers et des serveurs qui sont des détenus. Excellente idée que ce restaurant InGalera ouvert en octobre 2015 au sein de la prison de Bollate, à Milan. Je n’ai pas encore eu l’occasion de tester, mais c’est du haut niveau, et il faut réserver, c’est plein tous les soirs. Dans la salle et dans l’assiette, tout doit être au top comme si l’on était en ville.  Seul le chef et le maître d’hôtel rentrent chez eux le soir. Pour les autres, c’est le retour à la cellule une fois le service fini. Ils reçoivent un salaire, qu’ils peuvent transférer à leur famille ou conserver pour le jour de leur sortie. 

    Un programme de réinsertion, qui gomme la prison : InGalera est un espace hors prison dans la prison. Le serveur n’est plus un détenu, mais il devient un serveur, et l’ambiance est chaleureuse avec les convives. Le restaurant est géré par une société privée, et la gérante Silvia Polleri a du mobiliser quelques investisseurs, dont PwC, le géant de l’audit, émoustillé par le succès de Brigade, le restaurant social londonien qui embauche des sans-abri. Passer le soir la porte de la prison pour un joyeux gueuleton, il fallait le faire, et nos amis italiens l’ont fait. Se faire régaler par des détenus: aussi utile pour la réinsertion des détenus, que pour changer notre regard sur la prison.

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  • Voler pour se nourrir n’est pas un délit… en Italie

    Dans un arrêt rendu lundi, la Cour de cassation italienne a estimé que voler de la nourriture pour un faible montant quand on a faim n'est pas un délit, et a relaxé un sans-abri.

    L’histoire commence en 2011, avec le braquage du siècle : Roman Ostriakov, un sans-abri ukrainien âgé de 36 ans, avait chopé des saucisses et deux morceaux de fromage pour un montant total de 4,07 euros dans un supermarché de Gênes. Repéré, il avait été contrôlé : flagrant délit.

    Direction le tribunal, où notre ami avait été condamné à six mois de prison et d'une amende de 100 euros.

    Ses avocats avaient fait appel, mais la cour d’appel avait confirmé la sentence, et nous voilà partis devant la Cour de cassation : bonne pioche, la juridiction suprême a acquitté notre ami.

    « Les conditions de l'accusé et les circonstances dans lesquelles il a obtenu les aliments démontrent qu'il a pris ce peu de nourriture pour faire face à une exigence immédiate. Personne ne doit être puni si, forcé par la nécessité, il a volé de petites quantités de nourriture dans le but de répondre au besoin élémentaire de s’alimenter ».

    Le journal La Stampa commente : « Cet arrêt de la Cour de cassation nous rappelle que dans un pays civilisé, personne ne doit mourir de faim ».  

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    Une allégorie de la Justice et la Paix, Corrado Giaquinto, 1753

  • 700 morts de plus sur la conscience de ceux qui ont détruit la Libye

    La Lybie, c’était un pays de 6 millions de personnes. Profitant d’un mandat limité du Conseil de Sécurité, une bande malfrats – Obama, Sarko et Cameron – excités par les imprécations de BHL, a décidé de renverser le régime de Kadhafi. Particulièrement cocasse pour la France qui avait reçu Kadhafi avec tous les honneurs quelques mois plus tôt. Cette attaque, contraire au droit international, était une catastrophe politique annoncée.

    Le bilan quatre ans plus tard ? Le pays, que l’on savait fragile, a explosé : on compte deux gouvernements, et à eux deux, ils ne contrôlent pas la totalité du territoire. La population s’est réduite à 4 millions personnes, créant 2 millions de réfugiés, éparpillés dans les pays alentours, et avec plus d’1,5 en Egypte. Les milices locales font la loi, et les armes distribuées par le clan occidental alimentent les groupes armés et le terrorisme.

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    C’est dans cette immense zone de non-droit que sévissent des mafieux trafiquants d’êtres humains, comptant sur la crédulité de personnes venues des nombreux pays d’Afrique, prêtes à tout abandonner pour tenter leur chan ce en Europe, et qui sont ensuite rackettées par ces mafieux, et exposés à la mort lors de la traversée de la mer.

    Alors, quand Sarko ose dire qu’il est ému… C’est lui le principal responsable, agissant il est vrai dans le consensus post-colonialiste des cornichons qui voulaient renverser le dictateur, comme la miss Aubry. Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, et maintenant Yemen : ce jeu terrifiant de casse des Etats.

    Oui, la cause est vite trouvée, et ceux qui ont détruit la Libye sont dans l’incapacité totale de la reconstruire. J’espère que ces voyous sans scrupule seront jugés.

    Le nombre de candidats à l’exode ne peut que s’amplifier, car le clan occidental, par ses bombardements, a créé des millions de réfugiés, qu’il n’existe plus de contrôle des frontières libyennes, et que les mafieux plastronnent sur les ruines de l’Etat.

    Incapable d’être utile en Libye, l’Europe fait-elle le nécessaire pour accueillir ceux dont elle a fracassé la vie ?

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    En octobre 2013, les 3 et 11, suit à deux naufrages qui avaient fait plus de 500 morts au large de l’île de Lampedusa, le gouvernement italien s’était résolu à mettre en place une mission de surveillance et de sauvetage en mer, baptisée Mare Nostrum. Les navires italiens patrouillaient dans toute la zone maritime, s’approchant même des côtes libyennes en cas de nécessité, avec un bilan encourageant : en un an, 150 000 migrants syriens, irakiens, érythréens ou somaliens ont été secourus en mer, avec 558 interventions, 728 arrestations de trafiquants, mais malgré tout 2137 noyés et disparus en mer selon les chiffres des autorités italiennes. Il fallait renforcer le programme, car 2000 morts à quelques kilomètres des eaux de la riche Europe, c’est inacceptable… Mais on a arrêté Mare Nostrum. Un coût de 114 millions d’euros. Trop élevé pour ce pays au PIB de 2 245 706 milliards de dollars…  

    Ces lascars ont donc viré Mare Nostrum, pour adopter un plan européen, Triton, coordonnée par Frontex, l'agence européenne pour la surveillance des frontières, qui n’a strictement rien à voir : les bateaux restent à proximité des côtes européennes, avec un budget annuel de 30 millions d’euros. Pour 2015, le budget avait été réévalué à 106 millions d’euros, mais en revanche, l’Europe refuse d’assumer les opérations de sauvetage dans les eaux internationales.

    Par choix politique, xénophobe et égoïste, les dirigeants européens renoncent au sauvetage et laissent les migrants exposés aux plus grands périls : on voit le résultat.

    Alors, au moins qu’ils nous dispensent de leurs larmes de crocodile…

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