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  • Joola: Justice blanche en Afrique noire

    366603607.jpgJoola : Justice blanche en Afrique noire. C’était le 26 septembre 2002, au large du Sénégal. Le Joola, le célèbre bateau qui reliait Ziguinchor, la principale ville de Casamance, à la capitale Dakar, chavirait. La plus grande catastrophe de la navigation civile de tous les temps. 1 865 morts et disparus, dont 22 ressortissants français. Seules 64 personnes avaient survécu. Pour le Titanic, il y avait eu 1500 morts.

    Très vite, les informations ont afflué. Le Joola était un résumé des trafics et des carences qui gangrènent nombre de pays africains, dont le Sénégal. Un  bateau tellement pourri qu’il n’était plus assuré. Des failles majeures, allant du défaut d’entretien  à l’insuffisance du nombre de gilets de sauvetage, et un bateau très souvent en surcharge. Le Joola qui dépendait du ministère des transports était passé sous l’administration du ministère de la défense. La sécurité des passagers était une préoccupation secondaire, malgré des témoignages et des rapports alarmants.

    La justice pénale sénégalaise avait ouvert une enquête pour rapidement conclure à un lamentable non-lieu, reposant sur la fiction que toutes les fautes étaient imputables à des agents d’exécution, à commencer par le commandant du bateau, mort pendant la catastrophe. Grotesque vu d’ici. Minable vu de là-bas. La vie continue, il y a d’autres problèmes à résoudre.

    Mais c’est là que l’équipe des blancs entre en jeu, et les familles des 22 victimes françaises décident de porter plainte à Evry, dans l'Essonne, en 2003. Régularité juridique parfaite. L’enquête est longue, très longue, pour mettre en lumière ce que tout le monde sait déjà. En janvier 2008, le juge d’instruction Jean-Wilfrid Noël, se rend à Dakar pour faire des auditions. Et ce vendredi, le juge, contre l’avis du parquet, délivre neuf mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables sénégalais, dont l’ex-Première ministre Mame Madior Boye, les ex-ministres des Forces armées et des Transports, le chef d’état-major général des armées, ceux de la marine et de l’armée de l’air, ainsi que des responsables de la Marine marchande. Des mandats d’arrêt, qui valent mise en examen, et qui, transmis à Interpol, imposent l’arrestation des personnes concernées si elles s’aventurent en dehors des frontières du Sénégal.

    Autant dire que les autorités sénégalaises sont furieuses. Abdoulaye Wade, avait annoncé des mesures de «réciprocité». Propos réitérés hier le ministre de la justice sénégalais Madické Niang.

    Voilà l’histoire. La justice doit être rendue, et il n’y a pas de hiérarchie chez les victimes. D’accord. Mais là où ça ne va plus du tout, c’est quand la justice d’Evry découvre soudain que l’Etat sénégalais est miné par des failles graves, miné à tel point qu’il faudrait arrêter neuf haut responsables politiques. Cette justice d’Evry qui découvre qu’au Sénégal les normes de sécurité ne sont pas respectées. Creusons le filon, et le tribunal d’Evry ne manquera pas d’occupation… Il y a avait bien d’autres manières de s’approcher de l’idée de justice. En toute hypothèse, il n’est pas besoin de pénal pour cela. Une enquête publique, et la vérification du respect des droits de victimes. Je crois comprendre d’ailleurs que les victimes ont été reconnues et indemnisées.

    Sur un plan plus technique, les mises en examen sont prononcées pour « homicides involontaires et défaut d'assistance à personne en danger ». Des infractions très difficiles à établir à l’égard des responsables politiques. Même quand les fautes sont établies, s’agissant de l’homicide involontaire démontrer leur imputabilité et la certitude du lien de causalité entre la faute et le décès est extrêmement difficile. Même chose s’agissant de la non-assistance à personne danger, avec la preuve de la connaissance personnelle du risque et de l’intention. La France est bien instruite de la vanité de ces procédures, après le naufrage du procès du sang contaminé. 

    La justice marque ici ses limites, car même si la procédure est régulière, j’aimerais bien qu’on me précise l’intérêt qu’il y a fragiliser ainsi un pays pauvre d’Afrique, qui, malgré d’évidentes difficultés, est un exemple démocratique dans le région et un ami fidèle de la France.

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