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  • Koons : Le prince se prend une gaufre

    2973145039_560c3255d9.jpgJeff Koons n’en demandait sûrement pas tant. Ce grand accrocheur d’œuvres les plus inattendues dans les lieux les plus inattendus, vient ce 29 décembre de s’accrocher un prince, le dénommé Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, et ce au Palais Royal, qui à Paris héberge le Conseil d’Etat.

    Notre bon prince sans rire serait-il devenu, à son corps défendant, un artiste d’art contemporain, nous proposant une œuvre éphémère, intitulée « Vent léger dans un grand vide » ? La question se pose, tant ce procès tient plus de l’imagination que de la loi.

    En cause l’exposition Jeff Koons au château de Versailles. Des œuvres remarquables dans un espace public sans égal. L’alliance de deux mondes qui tissent les liens d’une même culture. Passionnant et réjouissant. Dix-sept œuvres sont exposées dans la partie du château dite le grand appartement du roi et dans les jardins. Une exposition installée depuis le 11 septembre et qui va fermer le 4 janvier. A ce jour, une hausse de fréquentation de 500.000 visiteurs.

    Là-dessus survient notre prince fatigué qui, se présentant comme un descendant en droite ligne de Louis XIV, saisit le 22 décembre le juge des référés du tribunal administratif de Versailles « pour profanation et atteinte au respect dû aux morts » estimant l'exposition « mercantile » et « pornographique ».

    En moins de huit jours, notre prince a obtenu un jugement du tribunal administratif et un arrêt du Conseil d’Etat. Deux bâches, certes, et pas inutiles par ces périodes de grand froid, mais de quoi surprendre ceux qui se heurtent aux délais de justice ! Résurrection des privilèges ? Que nenni : application stricte de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative. Pour faire simple, disons que les tribunaux administratifs, toujours un peu fâchés de voir la Constitution réserver au juge judiciaire la défense des libertés, ont obtenu par la loi du 30 juin 2000 une procédure de référé extrêmement efficace lorsqu’est en cause une liberté fondamentale.Choking%202.jpg

    C’est ce texte qui a été utilisé : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. »

    Alors que trouve-t-on dans ce procès à la noix ?

    D’abord, un fanfaronnade sublime de notre requérant qui entendait plaider la recevabilité de son action sur son auguste descendance. Mais, prince, votre argument ne vaut pas tripette ! Figurez-vous que dans une République, la défense des libertés est le devoir de tous. Prince ou pas prince, noblesse ou tiers état, tout ça c’est fini : un citoyen qui estime avoir identifié une atteinte grave à une liberté fondamentale peut saisir un juge , qui se prononce dans les quarante huit heures. La recevabilité est donc admise au seul vu de la qualité de citoyen. Tout se perd.

    Ensuite, notre prince plaideur souffre d’indignation à retardement. Exposition ouverte, avec annonce médiatique large, le 11 septembre et suffocation le 22 décembre. Facile alors pour le juge de répondre, devant le constat de ce retard à l’allumage, que le critère de l’urgence, requis par l’article L. 521-2, fait défaut.

    Et puis quelle liberté fondamentale menacée ? « Une politique culturelle suicidaire pour l'art et la culture française » estimait « l’héritier du droit moral ». Du pipeau, répond le Conseil d’Etat dans son arrêt du 29 décembre. Il n’y a pas « d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale». Les libertés fondamentales, ce n’est pas exactement du registre du fantasme : il y a des lois, de la jurisprudence…

    Débouté mais pas dégoûté, le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme a fait savoir que « conscient de l'espoir soulevé par son recours en justice, il se doit désormais de poursuivre son action jusqu'à son juste aboutissement ». Agir en justice est pour le coup une liberté fondamentale, donc libre à lui. Mais je me permettrais toutefois de l’inviter à la retenue. Certes, et d’après les meilleures études, le ridicule ne tue pas. Mais le principe de précaution encourage à ne pas s’exposer à des risques inutiles.

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