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  • Birmanie: Le coq Kouchner nous enfume

    Birmanie : Le coq Kouchner nous enfume. La politique étrangère de la France réduite aux gesticulations humanitaires du Docteur Bernard Kouchner. Pendant ce temps, les instances internationales parviennent à composer avec la terrible dictature militaire birmane.

     

    « Perdu d’avance » : il l’a dit lui-même. Mais quel dommage de se priver d’une belle couverture médiatique… Pendant longtemps, Bernard Kouchner a fait sourire. Là, c’est fini. Parce qu’il demandait au nom de la France une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.

     

    Bernard Kouchner a bien d’autres choses à faire que lire les blogs, c’est évident. Lorsqu’il y a quelques mois, il faisait le guignol en occupant la scène libanaise comme s’il allait, de son propre génie, résoudre la crise institutionnelle, il allumait toute personnalité politique osant critiquer son extraordinaire action. Le scénario était si ridicule que Claude Guéant a du intervenir pour relativiser. Pour ce génie des carpettes, toute critique à son encontre est ridicule. Ca n’empêche pas de dire ce que l’on pense.

     

    Nouvel épisode avec le drame qui atteint les populations birmanes, après le passage du cyclone Nargis. Retour du droit d’ingérence jusqu’à la nausée. La nausée de voir ainsi Bernard Kouchner tirer la couverture à lui comme si les autres sont des indifférents ou des salauds. Et avec quel résultat !

     

    Une notion inventée par Jean-François Revel

     

    Rappelons d’abord que le droit d’ingérence de Kouchner, c’est du vol. La notion a été inventée par Jean-François Revel, l’ancien directeur de L’Express, en 1979, dans un article consacré aux dictatures centrafricaine de Jean-Bedel Bokassa et ougandaise d’Idi Amin Dada. L’humanitaire pourrait respecter le travail d’autrui, ce serait bien. Le grand-père de cette idée est d’ailleurs reconnu en la personne d’Hugo Grotius, qui dans De Jure Belli ac Pacis (1625), avait évoqué un « droit accordé à la société humaine » pour intervenir dans le cas où un tyran « ferait subir à ses sujets un traitement que nul n’est autorisé à faire».

    La souveraineté des Etats, garantie de la paix

     

    Ensuite, il se trouve que les relations internationales sont régies par un texte fondamental adopté en 1945, qui s’appelle la Charte des Nations Unies. L’ONU est chargée de maintenir la paix et la sécurité, et non pas de gérer les catastrophes. Et tout l’édifice repose sur l’article 2.7 de la Chartre : « Aucune disposition de la présente charte n'autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État ».

     

    Le droit d’ingérence

     

    Le droit d’ingérence permet aux États, seuls ou par l’ONU, de violer la souveraineté nationale d’un autre État, en cas d’atteinte massive aux droits de la personne. S’ajoute le devoir d’ingérence, à savoir l’obligation morale faite à un État de fournir son assistance en cas d’urgence humanitaire. Donc, le droit d’ingérence est ouvertement contraire à la Chartre. Sans la souveraineté des Etats, il n’y a plus de paix, car disparait la sécurité pour les frontières et les gouvernements.

     

    Les Etats n’ont jamais adhéré à une idée aussi floue et déstabilisatrice.

     

    Réunis lors du sommet du G-77 de la Havane en 2000, les Etats les plus pauvres de la planète ont rejeté le « droit d’intervention humanitaire » comme incompatible avec la Charte des Nations unies.

    Coté pays riches, c’est le même barrage face à cette notion insaisissable qui pue les bonnes intentions. Quel cadre juridique ? Quelles limites ? Comment éviter les coups tordus face à des enjeux aussi discutés que la démocratie, l’écologie ou la justice ? Commet éviter l’engouement pour les causes médiatiques, alors que subsistent tant d’autres misères moins accrocheuses.

    Donc, c’est simple : soit on modifie le texte, soit on le respecte. A moins de préférer le coup de force, façon Bob Denard amélioré. Si la question peut évoluer, c’est par consensus, et en utilisant toutes les instances satellites de l’ONU, qui ont des compétences spécifiques.

     

    Les actions concertées des instances internationales

     

    Les instances internationales n’ont pas attendues les vues simplificatrices et culpabilisantes de Kouchner.

     

    Le Chapitre VII de la Charte des nations Unies permet d’intervenir dans les affaires intérieures d’un État en cas de « menace contre la paix ». Le 8 décembre 1988, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 43/131 instituant une « assistance humanitaire aux victimes de catastrophes naturelles et de situations d’urgence du même ordre » et le 14 décembre 1990 la résolution 45/100, prévoyant la mise en place de « couloirs humanitaires ». Deux textes qui respectent l’article 2.7 sur la souveraineté des États.

    Ces textes permettent à l’ONU d’agir, ou de ne pas sanctionner lorsqu’un Etat agit : Kurdistan irakien en avril 1991, Somalie en 1992, Rwanda en 1994, Bosnie-Herzégovine en 1994-1995, Liberia, Sierra Leone, Albanie en 1997, Kosovo en 1999, Darfour plus récemment…

    La critique est facile, mais qui offre raisonnablement mieux ? Dans Pour donner suite à l’idée d’Hugo Grotius, l’ONU avance. le rapport du Millénaire en 2000, le Secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a appelé à instaurer une exigence morale au Conseil de sécurité pour agir au nom de la communauté internationale contre les crimes contre l’Humanité. Par la suite, le gouvernement canadien a créé la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des états (CIISE) qui en décembre 2001 a rendu son rapport sur « la responsabilité de protéger ». Un vote approbateur de principe a été acquis à l’ONU en 2005.

    Les aventures de Kouchner en Birmanie

     

    Voilà. La Birmanie est un Etat. Souverain. Dirigé par une junte militaire, qui agit sans scrupule, et qui a été si bien tolérée vu la stabilité qu’elle crée dans la région. Elle veut tout contrôler, et en particulier les secours car elle craint cet envahissement étranger.

    Kouchner connait bien la Birmanie, après son lumineux rapport fait pour Total, sur les activités du groupe dans le pays et concluant à l’absence de travail d’enfants, avant que le groupe Total le reconnaisse lui-même lors d’un procès, et indemnise. Sacré Bernard, sacré farceur. Le voilà qui voulait à nouveau prendre son avion pour se rendre en Birmanie, caméras à l’appui. Peut-être attendu par les enfants de son rapport, qui voudraient lui demander quelques comptes ? J’imagine le haussement d’épaules des dirigeants birmans.

    Le Conseil de Sécurité a dit non. Comme prévu, en visant l’absence de compétence de cette instance et le respect de la souveraineté. Je note au passage que la Lybie a opposé son véto : c’était bien la peine d’en faire un ami… Au cours de la discussion, un conseiller politique chinois a feint de se demander si le Conseil de sécurité avait été saisi lorsqu'une canicule meurtrière avait frappé la France en 2003. Mais quelle image de notre pays…

     

    Les Nations-Unies reprennent la main

     

    John Holmes, le chef des affaires humanitaires des Nations unies, est un homme courtois. « Je comprends la frustration de Bernard Kouchner, mais pour l'instant, je préfère continuer à dialoguer avec les autorités, car je pense que nous progressons ». Il a ajouté qu’il doutait qu’« envahir » la Birmanie ou prendre « la voie de la confrontation » soit raisonnable ou puisse aider les victimes du cyclone, ajoutant « Est-ce que cela aiderait plus rapidement les gens qui souffrent vraiment sur place? Personnellement, j'en doute ».

     

    Le coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU reconnaît que la coopération de la junte militaire n'est pas « satisfaisante », mais il doute que l'approche française « aide », car « elle pourrait être vue par certains comme une confrontation ». Bref : nous voyons les problèmes aussi bien que lui, mais nous cherchons à jouer collectif, efficace et donc assez discret.

     

    La première équipe d’évaluation de l’ONU s’appuie sur le personnel des organismes de l’ONU qui est sur place, au Myanmar, de manière continue, comme le personnel du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et celui du Programme alimentaire mondial (PAM). De même, le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) va allouer des fonds « significatifs » pour faciliter la distribution de l’aide aux survivants du cyclone. Les 81 membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les 70 membres du personnel du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) déjà basés au Myanmar ont été mobilisés.

     

     

    Bon, le travail sérieux a commencé. L’ONU progresse, la France recule.

     

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