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  • Nancy Ajram, Achrafieh 2014

    Quelle musique, quelle chanteuse et quelle ambiance ! Voici Nancy Ajram sur ses terres, lors du Achrafieh Music Festival le 28 juin 2014. Achrafieh, c’est un quartier chrétien de l’Est de Beyrouth, toute une histoire. Le concert était prévu une semaine plus tôt, mais...

    Nancy Ajram, une voix, une présence, une amie de la Palestine – vous pouvez écouter en boucle cette chanson bouleversante avec Cheb Khaled – enchante la ville et le ciel, avec un orchestre d’une grande puissance. Portez le son au maximum, gardez à portée de main quelques breuvages adaptés, la nuit de Beyrouth vous accueille, vous allez voir, c’est un régal…

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  • Le Hezbollah mouvement terroriste ?

    Jusqu’où veulent aller les Saoudiens ? Mercredi, les six monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), à savoir Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Koweït, Emirats arabes unis et Oman, ont annoncé leur décision de considérer «terroriste» le Hezbollah. Le Premier ministre libanais, Tammam Salam, a dit regretter cette décision.

    Cette mesure vient dans un calendrier bien précis, à savoir la pression de l’Arabie Saoudite et des autres pétromonarchies sur le Liban, ce Liban qui cherche à défendre une unité politique qui inclut le Hezbollah. En toile de fond, la volonté d’un affrontement avec l’Iran.

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    Cette initiative met Paris sous tension, alors que ce fidèle allié de Riyad est bien tenté d’aider ses entreprises à faire des bonnes affaires en Iran… Il y aura des choix à faire… En 2013, la France avait été très active pour que la branche militaire du Hezbollah soit portée sur la liste de l'UE des organisations terroristes. Mais il y a des enjeux plus contingents. Après la dénonciation par l’Arabie Saoudite du don de 3 milliards de dollars au Liban pour l’équipement de son armée, la France a négocié la livraison du matériel… aux Saoudiens, et on apprend – hasard total du calendrier – que notre finissant Hollande vient en cachette de remettre la Légion d’honneur au ministre de l’intérieur saoudien, un homme de paix chargé entre autre du calendrier des exécutions capitales…

    Alors, qualifier le Hezbollah de groupe terroriste ? Le problème est qu’il y a des réalités, lourdes, et les ignorer ne mènera pas loin.

    Le Hezbollah est un parti politique, avec des représentants légitimement élus, participant à la coalition gouvernementale. Ramtane Lamamra, le ministère des affaires étrangères algérien a été le plus net pour dénoncer cette décision, rappelant le principe de non-ingérence dans les affaires internes des pays. Pour l’Algérie, il s’agit d’ « un mouvement politico-militaire qui est actif sur la scène politique interne au Liban », ajoutant : « Nous devons dans le même temps respecter la Constitution du Liban et les dispositions sur lesquelles repose la coexistence dans ce pays ». 

    Ensuite, il y a les réalités du terrain. Ces dix dernières années, le mouvement s’est renforcé sur les plans politique et militaire. Hassan Nasrallah explique régulièrement que le Hezbollah est en passe de devenir l’ennemi commun d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et qu’il surveille une offensive militaire à laquelle il se prépare. De fait, qui peut contester l’efficacité militaire des combattants du Hezbollah, et leur ancrage dans la société libanaise ?

    Enfin, l’Arabie Saoudite, après s’en être prise au Yémen, pour ses liens réels et supposées avec l’Iran, peut envisager d’en découdre avec Hezbollah, mais la déstabilisation du Liban aurait des effets ravageurs dans la région. L’Europe laissera-t-elle s’engager une telle opération qui enverrait une nouvelle masse de migrants vers l’Europe ? Et puis, qui souhaite que les groupes pro-Daech puissent prospérer dans un Liban déstabilisé ? Aussi, en poussant dans cette logique de l’affrontement, l’Arabie Saoudite s’aliène le soutien des Etats-Unis et de l’Europe, lesquels, bien au contraire, apprécient de savoir désormais compter sur un Iran qui s’annonce diplomatiquement impeccable comme grand stabilisateur de la région.

    Les pétro-monarchies arabes du Golfe – qui se sentent lâchées par les US – jouent de plus en plus une carte autonome, profitant de leur faible coût d’exploitation du pétrole pour écrouler le prix du brut, avec la volonté ruiner d’autres pays exportateurs et de rendre non-rentable le pétrole de schiste aux US, pour fragiliser les banques qui ont massivement joué sur cet investissement.

    Prochain épisode, la réunion des ministres arabes des Affaires étrangères.

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  • L’Arabie Saoudite retire son financement (3 milliards $) du contrat d’armement du Liban par la France

    En septembre 2014, l’annonce était belle : « L’Arabie saoudite et la France ont signé ce mardi à Ryad un contrat de livraison d'armes françaises pour le Liban, menacé par la poussée jihadiste, grâce à un don saoudien de trois milliards de dollars ». Le futur président du Conseil constitutionnel plastronnait : « Cet accord illustre la qualité exceptionnelle de la relation franco-saoudienne ». Le futur président de la région Bretagne soulignait l’enjeu militaire : « C'est une nécessité. Les forces armées libanaises constituent le dernier rempart de sécurité face à la menace qui pèse sur ce pays : en sus des divisions confessionnelles qui traversent ce pays en raison de l'afflux de réfugiés, le danger est celui de Daesh ». Très bien. Sauf que…

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    Les évènements militaires sont toujours aussi pressants, mais grand retournement ce 19 février : l’Arabie saoudite a annoncé avoir rompu son aide de trois milliards de dollars à l’armée libanaise. Les livraisons d’armement tombent à l’eau : une décision de première importance.

    L’armée libanaise, du jour au lendemain, doit renoncer à ces livraisons de haut niveau, qui touchaient tous les secteurs de son équipement. Depuis septembre 2014, la France n'a livré que 48 missiles antichar Milan, prélevés sur de vieux stocks de l'armée. Alors que l’armée et les forces de sécurité sont en action, cette décision sonne comme un abandon.

    La décision saoudienne est solide. Dans la mise sous tension qui a suivi l’exécution du dignitaire religieux chiite Nimr el-Nimr, Gebran Bassil le 2 janvier, Ryad estime que Beyrouth n’a pas joué le jeu. Le gouvernement avait affirmé que le Liban « prenait ses distances avec cette crise afin de préserver sa stabilité nationale ». Depuis, les Saoudiens n’avaient cessé de manifester leur mécontentement sur ce choix politique des Libanais. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a été cash : « Êtes-vous avec nous ou contre nous ? Vous ne pouvez être à la fois avec et contre nous. »

    Samedi, le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a exprimé son soutien à la décision saoudienne par son secrétaire général, Abdel Latif al-Zayani : « Le CCG appuie la décision de l'Arabie saoudite, prise à la suite de la position officielle du Liban qui est sortie du consensus arabe et qui s'inscrit en contradiction avec les relations entre les Libanais et les pays du Golfe ».

    Le leader druze Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste, Saad Hariri, chef du Courant du Futur, et Samir Geagea, leader des Forces libanaises qui ont tous deux demandé au gouvernement libanais d'agir après la décision de Riyad, accusant le Hezbollah et le Courant patriotique libre d'être « responsables de ce qui s'est passé ». Le gouvernement a demandé à Ryad de revoir sa position… Le Hezbollah, lui, s'estime conforté dans ses analyses sur l’impasse qu’est le soutien saoudien pour l’indépendance du Liban. Pour le Hezbollah, l’annulation de l’aide saoudienne trahit « les mensonges de l'Arabie saoudite qui affirme vouloir soutenir l'armée libanaise et prouve qu'elle soutient en réalité le terrorisme ». À prévoir au minimum, de nouvelles périodes de tensions internes, de nature à retarder encore l’organisation de la présidentielle.

    Côté français, cette décision saoudienne est une sale affaire. C’est un lot de 31 contrats concernant la plupart d’entreprises d’armement qui est remis en cause. Hier le discours officiel était que le contrat d'armement « continuera d'être exécuté selon le calendrier prévu, indépendamment de la destination finale des armes produites ». Je ne connais pas ces contrats, mais il serait tout de même surprenant que ces équipements, qui correspondaient précisément besoin de l’armée libanaise, puissent en toute simplicité se trouver livrés aux militaires saoudiens, qui n’en ont pas besoin. Aussi, à prévoir quelques discussions serrées sur le retournement de la politique française vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie.

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    Un stratège 

  • Terrorisme à Beyrouth : Tout est relatif ?

    Jeudi soir, le bilan était de 43 morts et plus de 242 blessés, des habitants de Beyrouth atteints alors qu’ils menaient tranquillement leur vie. Des faits qui nous parlent doublement, parce que c’est le terrorisme de Daech – le vrai, terrifiant – et parce que c’est Beyrouth, une capitale arabe qui nous est si proche.

    Ce carnage est un traumatisme majeur dans le Liban sous pression de la guerre, en piètre état institutionnel, ce qui a amené tous les dirigeants à appeler à l’unité du pays. Le Premier ministre Tammam Salam a demandé « la vigilance et l'unité pour faire face à la discorde », décrétant ce vendredi jour de deuil national. Pour Nabih Berry, le président du Parlement, « Ils veulent paralyser le Liban, mais nous les en empêcherons ». De très nombreuses déclarations, toutes affichant cette volonté.

    Le bilan va s’alourdir, vu la gravité des blessures. Et pourtant, c’était hier dans la médias le service minimum. L’annonce des faits, quelques images, trois commentaires convenus et basta ! 

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    La brutalité des méthodes de Daech… Selon l’armée, « un terroriste a fait détoner sa ceinture explosive avant qu'un autre ne se fasse exploser près du lieu du premier attentat, ce qui a fait de nombreuses victimes ». Le corps d'un troisième kamikaze qui n'a pu activer sa ceinture explosive a été retrouvé sur les lieux des attaques. Crime terroriste parfait : des anonymes glissés dans la foule, avec pour but de faire le plus grand nombre de victimes dans la population civile.

    Le Liban, la guerre, et les réfugiés… Le choc que représente une telle attaque pour cette société et cette ville de toutes les religions… Qui aura la force d’éviter le cercle des représailles ? Faut-il craindre une escalade, l’exacerbation des divisions, et un basculement dans le conflit ? Quelles garanties contre d’autres attaques ? Où sont les réseaux, et jusqu’où vont-ils ? Qui finance ? Depuis deux ans, il y a plusieurs actes terroristes, mais là, c’est au cœur de Beyrouth, en choisissant le quartier Bourj el-Barajneh, dans le très chiite sud de Beyrouth… L’attaque de Daech, qui n’a fait que des victimes civiles, défie le Hezbollah au cœur de Beyrouth. Faut-il redouter que le recul de Daech en Syrie conduise par réaction à de tels actes au Liban ? Avec l’appui russe et iranien, le maintien du régime d’Al-Assad devient l’hypothèse la plus solide, avec un poids renforcé du Hezbollah. Le Liban entre-t-il dans une logique de guerre ? D’où viennent les coups ? Qui commande ? Il faut que le Liban tienne, trouve des solutions politiques. Il y a sincèrement de quoi être inquiet pour tous nos amis libanais.

    Ici, je ne sais que poser les questions, mais j’essaie au moins de le faire. A Paris, c’était hier le raisonnement des abrutis : c’est le quartier chiite du sud de Beyrouth, avec ce Hezbollah qui combat à côté d’Assad, et qui avait mis l’armée israélienne en échec en 2006. Ce n’est pas notre monde…  Pas de breaking news, ni d’émissions spéciales, ni de témoignages des victimes, ni de plateaux d’experts. Quand on est victime, il faut être dans le bon camp, c’est ainsi. Chez les gens sans principe, tout est relatif.

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  • Depuis Beyrouth : Nasrallah à propos du Yemen

    Peut-être n’êtes vous pas à Beyrouth, et peut-être n’avez-vous pas lu L’Orient-Le Jour aujourd’hui. Ce qui se passe au Yémen est d’une importance considérable, et nous aurons à y revenir. Mais à Beyrouth, l’évènement est le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Voici l’article publié par L’Orient-Le Jour.

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    *   *   *

    Nasrallah déclare la guerre à l’Arabie... mais temporise sur le plan interne

    C'est un véritable réquisitoire que le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a dressé hier contre l'Arabie saoudite à la suite de l'opération menée par Riyad, à la tête d'une coalition arabe, contre les houthis au Yémen. Hassan Nasrallah, qui s'exprimait hier soir dans le cadre d'une allocution télévisée retransmise par la chaîne de son parti, al-Manar, a présenté son intervention comme étant un « droit de réponse », à la suite des diverses positions de soutien à l'offensive arabe prises au plan local, notamment par l'ancien Premier ministre Saad Hariri. « Comme il est du droit de chacun d'exprimer sa position avec son propre style, qui constitue pour nous une provocation, nous avons aussi le droit de répondre, avec le style que nous jugeons opportun. Nul n'a le droit de nous ôter ce droit », a-t-il indiqué.

    C'est par le biais du dossier libanais – auquel il n'a consacré que quelques minutes durant sa longue intervention – que le secrétaire général du parti a commencé son allocution.

    D'emblée, Hassan Nasrallah a mis en exergue sa volonté de ne pas rompre la trêve établie par le dialogue avec le courant du Futur au plan interne, en dépit des événements. « Nous souhaitons que ces développements dans le Golfe ne créent pas de nouvelles tensions au Liban. Le gouvernement doit prendre cela en considération pour que nous ne subissions aucun impact et pour que la situation générale ne soit pas affectée. Nous avons choisi d'opter pour le dialogue dans l'intérêt du pays, et nous avons favorisé le dialogue entre toutes les forces politiques. L'objectif était d'empêcher l'effondrement du pays et de décrisper les tensions sectaires », a-t-il indiqué.

    « Aucune considération pour le TSL »

    Mais selon le secrétaire général, le maintien du dialogue s'est fait « malgré la présence de forces politiques, ainsi que de personnalités au sein ou à l'extérieur du courant du Futur, qui œuvraient pour torpiller ce dialogue et qui s'y opposaient, parmi lesquelles celles qui ont témoigné devant le Tribunal spécial pour le Liban », en allusion au témoignage ces derniers jours de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora à La Haye, auquel il n'a cependant fait aucune allusion explicite. « Nous n'y prêtons aucune importance. En dépit de ce qui est dit, nous poursuivrons le dialogue et supporterons toutes les provocations. J'appelle le public de la résistance à ne pas répondre et à ne prêter aucune attention à ces voix qui cherchent le retour aux provocations confessionnelles et sectaires, parce qu'elles n'existent que dans un contexte de discorde. Or nous ne voulons pas qu'elles réalisent leurs objectifs. Il faut tenir bon », a-t-il souligné.

    « Nous avons déjà pris position depuis des années de manière claire, ferme et définitive à ce sujet. Certains Libanais ont suivi les longs témoignages et entendu beaucoup de baratin, sans noter la présence de propos ayant une valeur juridique quelconque. Nous ne commenterons pas tout ce qui se dit au tribunal. (...) Lorsque nous rejetons quelque chose dans son intégralité, nous ne le commentons pas. Notre position était claire dès le départ concernant tout ce qui a trait à cette instance », a poursuivi Hassan Nasrallah.

    Présidentielle : « C'est l'Arabie qui bloque »

    C'est aussi par le dossier libanais, et plus précisément par la question de la présidentielle, que le secrétaire général du Hezbollah a initié son attaque contre l'Arabie saoudite. « Nous sommes victimes d'une nouvelle campagne concernant la question du blocage de l'élection présidentielle, a-t-il indiqué. Le vide présidentiel est très nuisible au Liban et la tenue de l'élection est nécessaire. L'accusation portée à l'Iran et au Hezbollah de torpiller l'échéance n'est pas vraie. En toute sincérité, je me contenterai de dire que l'Iran ne s'ingère pas, ne s'est jamais ingérée et ne s'ingérera jamais dans la présidentielle au Liban et n'oppose de veto à aucune candidature ou personnalité libanaise. Certains aiment rejeter la responsabilité sur les autres. Ce que les Libanais savent en revanche très bien (...), c'est qu'un État bien déterminé oppose son veto au candidat le plus fort, le candidat naturel et logique qui peut réaliser l'équilibre et la stabilité au Liban, et qui représente une présence chrétienne importante au plan national. Il s'agit de l'Arabie saoudite, et plus précisément de son ministre des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal. »

    Selon Hassan Nasrallah, « même le courant du Futur, ou plutôt son chef, n'oppose aucun veto dans les discussions internes ou du point de vue de ses convictions personnelles. Cependant, le problème au Liban, c'est qu'il y a un État qui a opposé un veto à un candidat à la présidence. Puisque vous savez que c'est l'Arabie qui torpille l'élection, pourquoi accusez-vous donc l'Iran, qui n'a aucun lien, ni de près ni de loin, avec ce dossier ? » « Allez faire en sorte d'abord que la décision soit entre vos mains, sans prendre en considération les veto posés çà et là. C'est alors que l'élection pourra connaître une fin heureuse », a-t-il ajouté.

    « Quelle fermeté en Palestine ? »

    Une fois ces deux dossiers liés au Liban liquidés, le secrétaire général du Hezbollah s'est attaqué au plat de résistance de son allocution, l'opération « Tempête de la fermeté » initiée par Riyad contre le Yémen. « Mais que s'est-il donc passé pour qu'une tempête de fermeté se lève au niveau du régime saoudien et de ses alliés, ou pour voir une quelconque fermeté arabe, alors que nous guettons depuis si longtemps ne serait-ce qu'une légère brise de fermeté s'agissant de la Palestine ? » a-t-il dit, moqueur.

    « Tout ce que notre région a connu durant des décennies comme guerres et oppression n'a jamais suscité une intervention militaire saoudienne, et voilà que cela se produit aujourd'hui, a noté Hassan Nasrallah. Si le but est de sauver le peuple yéménite, pourquoi n'avez-vous pas bougé pour le peuple palestinien, et, au contraire, avez-vous comploté contre lui (...) et l'avez-vous vendu aux Israéliens et aux Américains? (...) Vous dites par ailleurs que la nouvelle donne au Yémen vous menace ainsi que la sécurité du Golfe et de l'Arabie : n'avez-vous jamais ressenti la menace d'Israël, qui possède l'une des armées les plus puissantes du monde (...) ? Cela constitue un nouvel acte de foi de la part des Arabes, en l'occurrence qu'Israël n'a jamais été une menace nécessitant une quelconque tempête de fermeté. »

    « Vous poussez la région dans les bras de Téhéran... »

    Le secrétaire général du Hezbollah s'est ensuite attaqué aux trois raisons principales invoquées par l'Arabie et les pays arabes pour mener la coalition contre les houthis – la « volonté de rétablir le pouvoir légal », la « menace que constituerait la rébellion houthie pour les pays du Golfe », et la théorie selon laquelle « le Yémen serait désormais sous occupation iranienne » –, infirmant ces trois arguments. Mais c'est sur le troisième qu'il s'est le plus longuement attardé, dirigeant, à l'occasion, une pluie de flèches sur le royaume saoudien. « Où est la preuve que le Yémen est sous occupation iranienne ? » s'est-il demandé.

    « Le problème se trouve au niveau de la mentalité du régime saoudien et ses alliés : il s'agit de la non-reconnaissance de l'existence des peuples. C'est parce que ce sont des rois et des seigneurs bien lotis qui sont au pouvoir, et qui considèrent les gens comme leurs sujets. Pour eux, les gens n'ont aucune volonté ou cause indépendante. (...) C'est la politique étrangère saoudienne qui mène la région à être ouverte à l'Iran. Votre problème n'est pas l'Iran : c'est votre accumulation d'échecs depuis 20 ans, en raison de votre esprit, qui réfléchit d'une manière fausse. Ces politiques ont ouvert la région à l'Iran, quand bien même l'Iran n'a pas fait beaucoup d'efforts. C'est vous qui poussez les peuples de la région dans les bras de l'Iran », a-t-il ajouté à l'adresse des dirigeants saoudiens.

    « L'Iran, une force d'occupation ? »

    Le secrétaire général du Hezbollah a ensuite abordé le cas de chaque pays arabe, pour montrer qu'il n'existe pas, comme le soutient Riyad, d'« occupation iranienne » de ces pays, et qu'une telle affirmation part d'un « défaut de mentalité », qui, chez les Saoudiens, n'accorderait, selon lui, aucune importance à la volonté des peuples.

    Au Liban, l'Iran et la Syrie ont volé au secours du peuple en 1982, lors de l'invasion israélienne, selon lui, à l'heure où les pays arabes avaient délaissé Beyrouth. « L'Iran est venu du bout du monde » pour aider le peuple à résister « en dépit de la guerre qui lui était imposée », et lui a offert « l'expérience, l'argent, les armes et les techniques ». « Mais la résistance était libanaise. (...) Cependant, vous ne reconnaissez pas la volonté et continuez de qualifier cette résistance d'iranienne et d'inféodée à l'Iran, ce qui n'est pas le cas », a-t-il noté. « L'Iran est respecté au Liban. Il a pour lui un camp important et influent. Il a son pouvoir. C'est vrai. Mais il n'occupe pas le Liban, n'établit aucune hégémonie sur lui et ne lui impose pas ses options », a-t-il ajouté.

    Hassan Nasrallah a ensuite abordé successivement le cas de la Palestine, de l'Irak, de la Syrie et du Yémen pour démontrer la même idée : l'Iran n'occupe pas ces pays, mais vient au contraire au secours de leur peuple, face aux velléités de domination de l'Arabie saoudite sur le monde arabe. Le secrétaire général du Hezbollah a cité, dans ce cadre, l'exemple de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, qui était soutenue par Riyad, accusant l'Arabie d'être à l'origine des voitures piégées envoyées à destination du territoire irakien « et » vos services de renseignements et votre Bandar (ben Sultan) d'avoir créé Daech. Ou encore « les tentatives de renverser, avec tous les monstres du monde, la Syrie pour qu'elle devienne votre satellite ». « Et puis Saoud el-Fayçal raconte que la Syrie est occupée par l'Iran et le Hezbollah. Ce n'est que mensonges et falsifications. Le nombre d'Iraniens au Liban est très limité et ne dépasse pas 50 personnes. Ce qui est encore plus drôle, c'est de dire qu'elle est occupée par le Hezbollah. (...) Le Hezbollah peut-il occuper la Syrie ? (...) », a-t-il noté.

    « Téhéran ne nous a jamais rien ordonné... »

    Réaffirmant sa fidélité au guide spirituel iranien, l'ayatollah Ali Khameneï, le secrétaire général du Hezbollah a cependant indiqué : « Je jure que l'Iran ne nous a jamais rien demandé ou ordonné, ni sur le plan local ni au niveau régional. Nous sommes un directoire indépendant. Jamais l'Iran ne nous a traités comme l'allié traite ses amis dans le monde, et je ne souhaite pas parler du Liban maintenant. »

    « L'Iran n'est pas l'Empire perse, ni l'État du chah Pahalvi, votre allié, ami et ancien maître. Il s'agit de l'État islamique. C'est pourquoi vous vous étonnez qu'il vienne en aide à la Syrie, l'Irak et le Yémen sans rien demander ou imposer. L'islam est plus important que tout autre considération perse, nationale, raciale, confessionnelle ou sectaire », a ajouté Hassan Nasrallah.

    Il est enfin longuement revenu sur le cas yéménite, estimant qu'en définitive, « la véritable raison de cette guerre est l'échec de l'Arabie saoudite dans ce pays (...) et le sentiment, pour le royaume, que ce pays appartient désormais à son peuple ». « Ce qui est requis aujourd'hui, afin que les émirs al-Saoud rétablissent leur hégémonie sur le Yémen, c'est que le sang des officiers de l'armée saoudienne et des fils du peuple yéménite et d'autres peuples arabes soit versé. Tout cela uniquement parce que des rois et des émirs ont perdu leur domination sur le Yémen », a-t-il affirmé.

    Proclamant « la victoire du peuple yéménite "et" la déroute du régime saoudien », Il a adressé, dans sa conclusion, une pointe au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas : « Je suis ébahi par sa position. L'intérêt du peuple palestinien est-il de soutenir une guerre contre son peuple ou une agression contre un pays ? »

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    Sana'a, deux mille cinq cents d'histoire,... l'histoire d'un peuple

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