Avertir le modérateur

liberté de la presse

  • L’humour absolument génial de Charlie

    Je ne suis pas Charlie, je ne l’ai jamais été, et c’est pas demain la veille que je reviendrai là-dessus. Et pour cause…

    Voici ce que donne l’humour absolument génial de Charlie à propos du séisme qui a frappé l’Italie, faisant 294 morts. On savait que Charlie a une poubelle dans la tête, mais là on voit bien qu’en plus cette poubelle est totalement pourrie.  

    1256131.jpg

     

  • Ramadan : La connerie (non établie) de deux abrutis… et ça fait la une !

    Oh purée, le délire islamophobe... Il faut vraiment croire que le ramadan, cet effort que les musulmans font sur eux-mêmes sans gêner personne, travaille les consciences… en voyant à quel point la presse est prête à sortir le moindre micro-événement pour mettre en scène la déferlante musulmane… Ma parole, ils deviennent cinglés.

    Ils ont fouillé de tous côtés pour cette première journée de ramadan, qui concerne entre 5 à 7 millions de personnes en France, et nos grands journalistes d’investigation ont miraculeusement trouvé le fait qui met la civilisation française à genoux… Un peu plus, et ils faisaient choux blanc. Mais il y avait le bon bidon...

    ac-bidons-2.jpg

    A Nice – d’après ce qu’on dit – deux abrutis, passant dans l’après-midi devant un café, seraient allés prendre à partie la serveuse, maghrébine, pour lui porter une claque au motif qu'elle servait de l’alcool.

    Avocat un peu rôdé à la pratique des tribunaux, j’ai une petite idée de l’enthousiasme très relatif des Parquets à la plainte de la serveuse d’un bar expliquant ce genre de méfait...

    Là, l’affaire est devenue nationale, ce qui est tout à fait logique car cette claque met la société en péril : la gauche bobo en transe dans Nouvel Obs. ; Le Parisien qui se passionne pour les claques à Nice ; une grande analyse morale dans Le Point ; L’Express tartine, mais glisse quand même un point d’interrogation ; TV5 Monde dramatise et nous déniche un expert avec ce comique de Ciotti – «  Cette agression s’inscrit dans un contexte national de progression continue du fondamentalisme religieux et de montée du communautarisme » ; pour Le Figaro, la patrie est en danger ; c’est BFM qui calme le jeu, en mettant à la Une, mais pour dire que personne ne sait qui s’est passé :« Les enquêteurs restent ce mardi très prudents… Contactées, les autorités ne souhaitent ni confirmer, ni infirmer cette version préférant laisser le temps à l'enquête ».

    Donc :

    1/ On ne sait rien de ce qui s’est passé, les enquêteurs et le procureur refusant d’accréditer l’histoire ;

    2/ Si l’histoire a eu lieu – une femme emmerdée par deux abrutis – c’est bien triste, mais (1) ce n’est pas la société qui se délite et (2) c’est quoi par rapport à tant d’agressions dont sont victimes les femmes.

    Les valeurs du FN, devenues des valeurs de consensus… Réveille-toi la presse… accro au buzz parce que tu es pendue à la pub. Et ne pleure pas parce qu’on ne te lit plus : pose-toi les bonnes questions.

    certeo-business-equipment-bidons-polyethylene-bidons-et-jerrycans-en-polyethylene-de-5l-a-60l-coloris-bleu-ou-semi-transparent-accessoires-disponibles-robinet-ou-bec-verseur-920515-FGR.jpg

    La presse : Une grande diversité d'opinions

  • Livre sur le Roi Mohammed VI : La faiblesse est en nous

    Comme nous avons beaucoup d’amis marocains, il faut d’emblée dissiper le doute : Eric Laurent et Catherine Graciet, les deux journalistes qui travaillaient sur un livre concernant le Roi Mohammed VI ont commis des fautes civiles et déontologiques incontestables. Y aura-t-il en plus un jour une condamnation pénale pour chantage ou extorsion de fonds ? Nous en sommes au début de l’enquête et nous devons respecter la présomption d’innocence… d’autant plus les informations rendues publiques sont manifestement triées sur le volet. Alors coupables ou pas coupables… n’allons pas plus vite que la justice.

    simulation-as-a-teaching-tool-in-the-icu-40-638.jpg

    Ce que l’on sait

    J’en reste aux points reconnus publiquement par les deux parties.

    Le 23 juillet, Éric Laurent contacte Mounir El Majidi, le secrétaire du Roi Mohammed VI, pour, dans une démarche encore professionnelle, soumettre les informations et recueillir son avis.  Dans la vie réelle, cette démarche nécessaire est formelle : vu les informations que les deux journalistes entendent vérifier, ils vont bien entendu se faire opposer un refus net et propre.

    Là, ça dérape. Mounir El Majidi diffère et indique que le contact se fera via mon excellent confrère, Maître Hicham Naciri, très en vue au Maroc. Va suivre la première réunion à Paris, le 11 août, au Royal Monceau, puis une deuxième, le 23 août. On ne parle plus de vérification des faits, et le dossier a déjà basculé : la plainte pour chantage a été déposée par le Roi auprès du procureur de la République de Paris. Le procureur ouvre aussitôt une information judiciaire.

    Qui a parlé d'argent ? On verra. L’extrait des auditions publié dans le JDD est beaucoup trop isolé pour que l’on puisse en dégager une lecture du dossier. Il faudrait avoir toute la conversation, c’est une évidence. Mais la réaction du Parquet est un point qui pèse.

    Va suivre la troisième réunion pour un deal financier, le 27 août, en présence cette fois-ci de Catherine Graciet. La réunion dure et l’avocat du Royaume s’absente souvent au motif de contacter le Palais Royal, alors qu’il s’agit surtout de contacter le juge d’instruction. Finalement, l’accord est donné pour que l’avocat obtienne un accord écrit par lequel les deux journalistes s’engagent à ne plus rien publier sur la famille royale, en contrepartie du paiement d’une somme d’un million d’euros à chaque journaliste, avec remise immédiate de 40 000 € en coupures de 100 €. Ce sont les journalistes qui ont insisté pour les petites coupures : il est vrai qu’il n’est pas facile de faire ses courses à Franprix en sortant un billet de 500 €.

    Les journalistes quittent l’hôtel,… pour se faire aussitôt cueillir par la maison poulaga, et avant de rentrer à la maison, il va falloir faire un petit tour en garde-à-vue, puis au Palais de justice.

    Le-chat-a-toujours-raison.jpg

    On essaie de réfléchir ? 

    1/ Pour une affaire aussi circonstanciée, qui porte sur 80 000 €, et alors qu’on dispose de toutes les informations via des enregistrements et filatures, ce sont trois juges d’instruction qui ont été désignés. Un bel effort… La France sait recevoir ses amis.

    2/Éric Laurent et Catherine Graciet sont d’accord pour contester l’idée d’un chantage,… mais pour le reste, les déclarations semblent assez opposées. One point pour le Royaume.

    3/ Éric Laurent indique ne pas avoir de leçons de déontologie à recevoir, et je dois lui donner raison, au motif… que la profession de journaliste ne connait aucun organe capable d’infliger des sanctions déontologiques. En gros, c’est le code de la route sans les gendarmes... Mais attention : si personne ne peut lui donner ces leçons, chacun est libre de penser ce qu’il veut, et là, c’est toute la profession qui risque de dérouiller.

    4/ La pièce maîtresse de l’accusation à savoir l’acte signé par les journalistes avec remise immédiate des 80 000 €… est une pièce minable, qui montre que nos « maîtres chanteurs » ont en réalité une expérience d’enfant de chœur, catégorie non dépucelé. Ils avaient touché chacun 40 000 € d’accord, mais avec ce document, comment pouvaient-ils obtenir les 960 000 € qui manquaient ? Vous les voyez, avec cette preuve, engager une procédure de référé devant les juridictions de Rabat ? Ne me faites par rire, j’ai des gerçures…

    5/ Y a-t-il chantage ? Légalement, ce n’est pas impossible. Selon l’article 312-10 du Code pénal, « le chantage est le fait d'obtenir, en menaçant de révéler ou d'imputer des faits de nature à porter atteinte à l'honneur ou à la considération, soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque ». Tarif : cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.Pour l’extorsion de fonds, ça semble plus difficile, car l’article 312-1 prévoit une « contrainte », notion proche de la violence : « L'extorsion est le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque ». Les qualifications sont l’affaire de l’enquête pénale. Je n’ai ici rien d’autre à dire que de rappeler le texte de ces incriminations.

    6/ La réaction du Royaume est-elle imparable ? Oui et non. À la base, ce sont tout de même deux simples journalistes qui s’en prennent à la plus haute autorité d’un État, et cette plainte comme victime devant un juge d’instruction français ne me convainc pas. Le Maroc dispose d’institutions judiciaires, et il aurait été plus logique que l’affaire soit portée devant le juge marocain. Peut-être moins médiatique, mais beaucoup plus logique. Et la gouaille d’Eric Dupont-Moretti, excellente aux assises, colle mal avec le registre attendu pour la défense d’un Etat.

    7/ Les procédés de l’accusation sont-ils loyaux ? Impossible de se prononcer sans connaître le dossier, mais l’avocat de la partie adverse qui enregistre à leur insu les propos des personnes mises en cause, c’est hors normes. Toutefois soyons factuels : à ce jour, je n’ai entendu parler ni de plainte pénale, ni de plainte disciplinaire... Dont acte. Par ailleurs, la jurisprudence de la Cour de cassation est établie pour dire que le juge pénal doit apprécier la valeur des preuves qui lui sont soumises, en tenant compte de toutes les circonstances, et alors même que ces preuves auraient été recueillies de manière illicite. C’est l’affaire du majordome de Madame Bettencourt, condamné pour avoir procédé à des enregistrements illégaux, alors même que ces enregistrements ont pu être utilisés sur le plan pénal. Les enregistrements faits par mon excellent confrère Maître Hicham Naciri étaient-ils illicites, alors qu’ils étaient pratiqués sur la décision des juges estimant que c’était le seul moyen de réunir des preuves ? Sans autres explications, on n’est pas obligé d’être convaincu... Le fait qu’un avocat soit utilisé de préférence aux services de police pour recueillir des pièces qui serviront d’accusation fait particulièrement souffrir les principes de notre profession... Au passage, je remarque que s’il s’agissait réellement trouver un accord de bon aloi, les deux journalistes auraient dû choisir un avocat, en concertation avec l’éditeur, et pour le coup, tout serait resté confidentiel. Sauf que là, c’était de la fraude.

    8/ Éric Laurent a affirmé que ce travail était personnel, qu’il était libre de donner suite ou non : « C'est mon ouvrage, c'est mon travail, j'ai le droit de publier ou de ne pas publier ». Il affirme aussi qu’il était également libre de rechercher un accord financier aux termes duquel il s’engageait à ne plus rien publier sur le Maroc contre une solide contrepartie financière. Ça, c’est nul. D’abord, sur le plan journalistique et intellectuel, son propos est catastrophique : j’écris sans conviction, et si tu me files du fric, je la ferme… Surtout, Éric Laurent est engagé par un contrat signé avec son éditeur, contrat pour lequel il a reçu une avance financière et qu’il doit exécuter de bonne foi. S'ils entendaient renoncer à ce livre, les deux journalistes devaient avant toute chose prendre contact avec leur éditeur pour trouver un accord avec lui.

    9/ Les journalistes auraient préféré renoncer à toute publication redoutant que du fait de la puissance de leurs révélations un régime islamiste s'installe au Maroc. Ça va, le melon ? Vous connaissez pourtant le proverbe russe : « Plus grosse est la tête, plus forte sera la migraine »... 

    10/ Mettre fin à un différend par un arrangement financier, c’est parfaitement légal, et c’est prévu par le Code civil avec la transaction, définie à l’article 2044 : « La transaction est un contrat par lequel les parties terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître ».  La contestation n’était pas née, et peut-on considérer qu’un procès allait suivre la publication du livre, ce qui serait la matière de la « contestation »… Pas crédible… Le paiement, c’était le prix du silence. C’est indéfendable au point de vue journalistique. Cause illicite de l’accord au regard de ce que représente la liberté de la presse dans les sociétés démocratiques.

    11/ Et même si… Et même si l’accord était valable, un tel accord ne se négocie pas dans le bar d’un hôtel de luxe, sans avocat, sans analyse juridique, avec un acompte payé en liquide et en petites coupures, et le solde à verser sur un compte offshore. Les journalistes sortent de l’hôtel avec 40 000 € en liquide, et s’estiment déontologiquement propres… Il ne faut quand même pas pousser Mémé dans les orties.

    jai_toujours_raison_puisque_je_suis_le_patron_poster-rd506c35580314fd9af34d5562e30a5f3_w2q_8byvr_512.jpg

     Alors, une conclusion ?

    Non pas une, il y en a quatre, provisoires.

    La première est d’attendre la fin de la procédure pénale.

    La seconde est la faute civile qu’est le manquement à la bonne foi dans l’exécution du contrat existant avec l’éditeur, Le Seuil. L’éditeur a d’ailleurs annoncé qu’il rompait le contrat. Je serais très surpris si les journalistes attaquaient leur éditeur devant le tribunal de grande instance de Paris pour rupture abusive du contrat...

    La troisième est la faute déontologique majeure, même si elle est non sanctionnable, qui accrédite l’idée du journaliste acheté, et va maintenant permettre au Palais Royal de mettre le doute sur toutes les critiques formées contre lui. Belle opération…

    La quatrième est la ligne de défense, qui est catastrophique. Les deux journalistes ont été pris la main dans le sac, et ils auraient dû reconnaître leur faute, humaine. Ce sont tous deux des journalistes qui ont fait leurs preuves. Même quand on se croit costaud, on peut commettre des erreurs et même des fautes. Cela ne préjuge pas de la qualification pénale, mais combien nous aurions aimé entendre : « Nous avons craqué devant l’argent, devant une situation qui nous a dépassés ».

    Dans une telle affaire, avec des faits établis, reconnaître ses torts permet de redevenir crédible, car la faute est humaine. Qui peut imposer comme règle à un jeune professionnel, quelle que soit sa profession : « De toute carrière, tu ne commettras jamais de fautes » ? La faiblesse est en nous, ce n'est pas un scoop. 

    téléchargement (1).jpg

  • Représentation du Prophète : Essayons de ne pas tout confondre…

    Lors une soirée passée avec de bons copains imams, nous avons eu une discussion sur la représentation du Prophète, et je vous en livre la saveur.

    1/

    Peut-on faire des représentations du Prophète ? Le consensus émotif blanc-blanc a décrété qu’on ne peut pas, histoire de pouvoir se plaindre des obscurantistes génétiques que seraient les musulmans,… sauf que c’est tout faux. La confusion est entretenue à perte de vue, avec pour emblème cet ahuri de Plantu et son beau dessin « je ne peux pas dessiner le Prophète »…

    En fait c’est d’une simplicité biblique : la question des préceptes religieux ne se pose que pour les membres de la religion. Tu piges, mon pote ? Ainsi, la question « Peut-on représenter le Prophète ? » ne se pose que pour les musulmans, et tout le reste – qui est la matière philosophique de Charlie – relève de la débilité pure et dure. Ça n’a aucun sens, pas plus que se demander : « Les non-musulmans doivent-ils faire le ramadan ? » Donc, des gus se créent un combat mythique de « défendre la laïcité » alors que la matière de leur combat n’est même pas une question. Les rois de la gonflette laïcarde...

    61293159.png

    2/

    C’est donc une question pour les musulmans, et là on trouve de vraies divergences. N’imaginez pas un instant que je vais me livrer ici au petit jeu de la citation des versets ou de hadits… comme je le vois tous les jours la presse, molle et ignorante. Ils lisent les grands textes religieux comme des recettes de cuisine, c’est juste pitoyable. L’interprétation de ces textes, dans toutes les religions, relève de grands savants, les maîtres de la théologie. Un peu de respect… Donc, je n’ai pas à analyser, mais juste à constater, ce qui est la seule attitude correcte devant l’affirmation des croyances. A-t-on songé à radier de l’Ordre des médecins un obstétricien catholique, car il croit à la Nativité et la Sainte Vierge ?

    Alors, ce constat. Pour faire simple, les sunnites – très majoritaires en France – estiment ne pouvoir représenter le Prophète, ce qui correspond à leur doctrine religieuse, n’autorisant pas d’intermédiaire entre le fidèle et Dieu, alors que les chiites acceptent ces représentations. Cela souligne, m’explique-t-on de manière convaincante, les différences entre ces deux familles de l’Islam, les sunnites n’ayant pas de clergé, à l’inverse des chiites. Bien sûr, la question est plus complexe, mais la principale ligne d’analyse est là. D’ailleurs les nombreuses images du Prophète que l’on trouve viennent pour l’essentiel de Perse ou d’Iran.

    3/

    Vient ensuite une troisième question, distincte, qui n’est pas la représentation du Prophète, mais sa caricature. Et là, c’est RTL – la pouponnière de Zemmour – qui découvre l’eau tiède : « Peut-on, choquer au nom de la liberté d’expression ? » Grande question, les petits,… car c’est tranché depuis l’arrêt Handyside de la CEDH du 7 décembre 1976 (n° 5493/72): « La liberté d'expression constitue l'un des fondements essentiels d'une société démocratique, l'une des conditions primordiales de son progrès et de l'épanouissement de chacun. Elle vaut non seulement pour les informations ou les idées accueillies avec faveur, ou considérés comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels il n'y a pas de société démocratique ».

    Donc écrivez et publiez, tartinez des pages et des pages : nous avons besoin que toutes les idées, même pouraves, soient sur la table, car c’est le seul moyen de les connaître pour les combattre.

    Après tout autre est la question du discrédit, de la violence faite au sentiment religieux. Notamment par des caricatures lourdingues, juste faites pour provoquer, avec 1% d’idée et 99% de dénigrement. Cette question est elle aussi tranchée, et depuis longtemps. La liberté d’expression comporte des limites et des responsabilités, et c’est le problème de Charlie s’il se proclame journal irresponsable. Une fanfaronnade ne crée pas le droit, et le droit applicable – désolé de casser l’ambiance victimaire – ne vient pas des fatwas mais de la jurisprudence du droit commun.  

    Et là, c’est clair : l’article 9 de la Convention EDH prend en compte le droit à la protection des sentiments religieux, en tant que composante de la liberté religieuse. Bien sûr, les croyants doivent tolérer et accepter le rejet par autrui de leurs croyances religieuses et même la propagation de doctrines hostiles à leur foi. C’est le principe même de la liberté. Mais, comme le précise l’arrêt Otto-Preminger-Institut c. Autriche (20 septembre 1994, série A n° 295-A) la manière dont les croyances religieuses font l’objet d’une opposition ou d’une dénégation peut engager la responsabilité. Le recours à des méthodes de dénégation des croyances religieuses peut aboutir à dissuader ceux qui les ont d’exercer leur liberté de les avoir et de les exprimer, et des limites doivent être fixées.

    D’une manière plus générale, un Etat peut prendre des mesures pour réprimer certaines formes de comportement, y compris la communication d’informations et d’idées jugées incompatibles avec le respect de la liberté de pensée, de conscience et de religion d’autrui (CEDH, Kokkinakis c. Grèce, 25 mai 1993, n° 14307/88).  Le respect des sentiments religieux des croyants, qui est garanti par l’article 9, doit être protégé des représentations provocatrices d’objets de vénération religieuse, de telles représentations caractérisant une violation malveillante de l’esprit de tolérance, indispensable dans une société démocratique (CEDH, Otto-Preminger-Institut). La CEDH dans cette affaire, qui reste de principe, a estimé valides les dispositions du code pénal autrichien sanctionnant des comportements dirigés contre les objets de vénération religieuse lorsqu’ils sont de nature à causer une « indignation justifiée ». Est ainsi parfaitement acquis le droit pour les citoyens de ne pas être insultés dans leurs sentiments religieux.

    Je suis un Pakistanais…, et européen accompli.  

  • « Le Monde diplomatique » disparaît…

    Je reprends ici un texte publié ce 9 mai par Le Monde Diplomatique, texte très intéressant sur le financement de la presse et le double discours sur "la société des assistés". 

    *   *    *

    FigaroAssistes-427x500.jpgA l’évidence, il s’agissait d’une anomalie. Comme nous l’avions rapporté l’année dernièreLe Monde diplomatique figurait à la 178e place des 200 titres de presse les plus aidés par les pouvoirs publics en 2012, très loin derrière Le Monde (1er), Le Figaro (2e), mais aussi Le Nouvel Observateur (8e), L’Express (9e), Télé 7 jours (10e), Paris Match(12e),Valeurs Actuelles (66e), Télécâble Satellite Hebdo (27e), Point de Vue (86e), Closer (91e), Le Journal de Mickey (93e), Gala (95e), Voici (113e), Prions en église (121e), Auto Moto (124e), Mieux vivre votre argent (131e), Détente Jardin (167e), Spirou (172e)...

    Entre les deux premiers titres, dotés de plus de 18 millions d’euros chacun, et Le Monde diplomatique avec 188 339 euros, l’écart allait de 1 à 100. De 1 à 36 entre Le Monde diplomatique et Télé 7 jours. Dès lors que l’argent des contribuables doit servir, selon la volonté du législateur, à aider les publications qui concourent au débat public, une telle discordance entre les sommes rondelettes offertes à un titre du groupe Lagardère lardé de publicité et destiné à annoncer les programmes de télévision, et celles, fluettes, dévolues à un journal comme le nôtre, ne pouvaient que résulter d’une erreur…

    Il n’en est rien. En 2013, Le Monde diplomatique a purement et simplement disparu de la liste des deux cents titres les plus aidés, rendue publique le 5 mai par le ministère de la culture et de la communication.lepoint2145-les-assistes-04ab3.jpg

    L’an dernier, Le Figaro a battu Le Monde d’une courte tête pour devenir médaille d’or des publications aidées par l’Etat (un peu plus de 16 millions d’euros chacun). Et Télé 7 jours… a gagné une place (9e en 2013, avec 6 947 000 euros, soit 27 000 euros de plus qu’en 2012).

    Il faut féliciter l’Etat pour sa scrupuleuse impartialité : les publications les plus scandalisées par le montant des dépenses publiques, celles qui matraquent le thème du « ras-le-bol fiscal » et se montrent les plus enthousiastes quand les retraites sont gelées, n’ont pas pour autant été négligées par la « mama étatique » — une formule de l’hebdomadaire Le Point — lorsqu’elles ont tendu leurs sébiles en direction des ministères.

    Le Point, justement, a continué à toucher plus de 4,5 millions d’euros, soit 22 centimes d’aide du contribuable pour chaque hebdomadaire diffusé, bien que le titre appartienne à la famille Pinault, sixième fortune de France (11 milliards d’euros). M. Serge Dassault, cinquième fortune de France (12,8 milliards d’euros), sénateur UMP et propriétaire du Figaro, a reçu, lui, 16 centimes de l’Etat pour chaque exemplaire vendu d’un journal qui exalte les vertus de l’austérité budgétaire. Et c’est sans doute parce que le quotidien Les Echosappartient à M. Bernard Arnault, première fortune de France (24,3 milliards d’euros), que ce quotidien économique qui, lui aussi, peste sans relâche contre les dépenses publiques, n’a reçu en 2013 que 4 millions d’euros du contribuable...

    valeurs4040_001.jpgLorsqu’une publication quitte un tableau, un palmarès, une autre s’y substitue. Coïncidence saisissante (c’en est une) : presque à la place qu’occupait Le Monde diplomatique en 2012, et pour un montant à peu près identique, L’Opinion a surgi en 2013 (177e avec 184 000 euros d’aides de l’Etat).

    L’Opinion est ce quotidien lancé par M. Nicolas Beytout, avec des concours financiers dont la transparence n’est pas absolue, mais au service d’une ligne rédactionnelle qui, elle, ne laisse planer aucun mystère puisque c’est celle du Medef. La diffusion payée du journal de M. Beytout est confidentielle (de mille à trois mille exemplaires par jour en kiosques), mais sa seule survie permet à son créateur de naviguer d’une antenne à l’autre et d’être très généreusement cité dans la plupart des revues de presse. Ce qui, là encore, n’est pas donné à tout le monde.

    Le ministère de la culture et de la communication, à qui il faut savoir gré de la publication, très pédagogique, du montant annuel des aides publiques à la presse, prétend que celles-ci « concourent à la modernisation et la diffusion partout dans le pays d’une presse pluraliste et diverse. »

    En nous versant un don, que vous pourrez partiellement déduire de vos impôts, vous disposez d’un moyen infiniment plus efficace de concourir à l’objectif que s’est assigné l’Etat — avec un humour qu’on ne lui soupçonnait pas…

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu