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liberté de religion

  • Calme et sérénité face à la déferlante anti-muslim

    Le calme et la tranquillité d’esprit sont les meilleurs réponses à l’irrationnelle déferlante anti-muslim qui sévit actuellement sur la France,… et qui durera toute la campagne des présidentielles. Les problèmes de la France sont l’économie, le chômage, l’Europe, l’endettement, la place de la France dans le monde, l’éducation, le système de santé,… et ces drôles de mecs pensent qu’on va voter pour eux quand ils mettent en avant l’identité et l’Islam. Pitoyable, et d’autant plus pitoyable que ce sont eux qui ont créé les problèmes dont souffre le pays.

    Pour aujourd’hui, je me contente de faire un rappel, de poser deux questions, et d’apporter une bonne nouvelle.

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    Un rappel

    Le rappel est que la laïcité est une obligation pour les pouvoirs publics, et c’est tout. Si vous voulez imposer le régime de laïcité du service public – c’est-à-dire la neutralité dans la conduite personnelle et les signes extérieurs – aux particuliers, pourquoi pas après tout… Mais il faut inventer un autre mot, car ça n’a rien à voir avec la laïcité, et il faudra aussi rompre avec un siècle de tradition juridique en France. Une infirmière qui travaille le matin dans un service hospitalier est tenue par le principe de laïcité, alors que si l’après-midi, elle vient rendre visite à un malade, elle ne l’est pas. Ce n’est pas plus compliqué et ça s’appelle la liberté individuelle.

    C’est ce qu’expliquait en 1949 le professeur Jean Rivero : « la laïcité ne peut s’entendre que dans un seul sens, celui de la neutralité religieuse de l’Etat » (Jean Rivero, La notion juridique de laïcité, Dalloz 1949 p 137). Je n’écarte pas qu’il existe des juristes plus lucides que Jean Rivero… mais alors qu’ils argumentent par la raison. 

    Les questions…

    … pour le gouvernement

    La première est pour le gouvernement : sur la base de quel texte de loi - et merci d’être précis - se fonde-t-il pour envisager de refondre la pratique de l’Islam, afin de créer « un Islam de France », allant jusqu’à s’occuper de son cadre organisationnel, de son financement, et de la formation des religieux que sont les imams ? Le ministre de l’Intérieur est ministre des cultes, certes, mais son rôle est de veiller à la bonne application de l’article un de la loi de 1905 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public ».

    Petite explication de texte : la notion « libre exercice » signifie évidemment que ce sont des cultes qui choisissent leur mode d’exercice et toute la jurisprudence est en ce sens. Sans être un grand spécialiste du droit, on se doute bien qu’avec la loi de 1905 qui sépare l’État et les cultes, l’État ne peut pas s’occuper de l’organisation d’un culte. Quand même ! Et ce serait bien si le CFCM rebranchait son cerveau...

    … et pour le tribunal administratif de Nice

    La deuxième question est pour le tribunal administratif de Nice, qui au motif du burkini tartine une ordonnance de valeurs morales sur la place de la femme dans la société. Oki. Ma question est toute simple : quelle est la place de la femme dans la juridiction administrative ? Je précise : combien de femmes présidentes d’un tribunal administratif ou d’une cour administrative d’appel ? Elles sont majoritaires, égalitaires, minoritaires, très minoritaires ? Combien de présidentes de chambre ? Combien de postes de responsabilité au Conseil d’État pour les femmes ? Pour reprendre les termes de la fameuse ordonnance, une représentation minoritaire apparaîtrait comme « l’expression d’un effacement » de la femme et d’ « un abaissement de sa place qui n’est pas conforme à son statut dans une société démocratique ». Comment ne pas en rire ?...

    Dès que nous aurons une égalité respectable entre les hommes et les femmes au sein de la juridiction administrative, nous écoutons la juridiction administrative avec intérêt quand elle nous parlera de la place des femmes dans la société, c’est promis.

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    Une bonne nouvelle

    Ce bon air frais vient de nos amis canadiens. Depuis janvier, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) offre à ses agentes de confession musulmane le droit de porter le hijab avec leur uniforme. Cette autorisation résultait d’une note de service de janvier 2016, que vient de publier le journal La Presse.

    C’est une décision de la direction de la GRC, pas du gouvernement. En vertu de la loi sur la Gendarmerie royale, le commissaire de la GRC est le seul haut gradé du corps policier ayant le pouvoir d'accorder des accommodements religieux aux agents. Dans cette note, ce commissaire, Bob Paulson, explique que cette mesure vise à permettre au corps policier de refléter davantage la diversité culturelle du pays. Selon Scott Bardsley, porte-parole du ministère de la Sécurité publique : « La décision de permettre aux membres féminins de confession musulmane de porter le hijab, si elles le désirent, vise à encourager ces dernières à envisager une carrière avec la Gendarmerie royale du Canada ». Comme c’est l’intérêt du service qui prime, trois sortes de hijab ont été testés et celui qui a été retenu « peut s'enlever rapidement, n'est pas encombrant et ne représente donc pas un risque pour l'agente qui décidera de le porter ». 

    Déjà, les Forces armées canadiennes, la police de Toronto en 2011 et celle d'Edmonton en 2013 avaient adopté cette mesure pleine de bon sens. A savoir, la GRC permet à ses policiers de porter le turban depuis 1996 dans la foulée d'une décision de la Cour suprême du Canada. Le Canada rejoint ainsi une série de pays européens respectant les droits des femmes: la Grande-Bretagne, la Suède et la Norvège...

    *  *  *

    Chaque pays a ses traditions, et la diversité est la règle – comme le montre cette excellente étude faite pour le Parlement canadien – à partir du moment où les bases universelles de la liberté de religion sont respectées : la liberté individuelle sous la seule réserve de la protection l’ordre public.

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  • La liberté de religion en droit international

    S’agissant d’une question aussi importante que la liberté de religion, il est de bonne méthode, si l’on veut comprendre, de commencer par le droit international. D’abord, il est très intéressant de se situer par rapport à ce que font les autres. Mais surtout, la France, comme la plupart des grands Etats, s’est inscrite dans des systèmes internationaux qui ont pour objet d’assurer la protection des droits fondamentaux, de telle sorte que les lois doivent respecter ces textes internationaux. L’approche internationale de la question religieuse est très éclairante car elle marque la volonté de pays ayant des traditions religieuses très différents de définir un moule fondamental. Le droit international est une référence forte qui n’impose aucun nivellement. Il respecte tous les particularismes à condition que soit respecté le corpus des droits fondamentaux. De manière assez étonnante, des leaders d’opinion n’hésitent pas à présenter la « laïcité à la française » comme la référence en matière de religion, et l’approche internationale est très utile pour recadrer cette vision : la « laïcité à la française » est l’un des régimes de la liberté de religion, mais le cadre fondamental est international.

    En droit international deux textes font référence : la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte des droits civils et politiques de 1966.

    I – La Déclaration universelle des droits de l’homme

    image_iidh.jpgLa Déclaration universelle des droits de l’homme résulte d’une délibération de l’assemblée générale de l’ONU, du 10 décembre 1948. Il ne s’agit donc pas d’un texte exécutoire, comme le serait un traité ratifié. Toutefois, et spécialement pour ce qui concerne la liberté de religion, le contenu de cette déclaration inspire de très nombreux textes internationaux ou internes, et il serait très difficile pour les Etats de s’en écarter nettement ou durablement.

    L’article 18

    La référence de l’article 18 :

    « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ».

    Cette lecture fournit trois enseignements majeurs, qui nous retrouverons toujours.

    D’abord, le droit constate la religion mais n’en définit pas le contenu. Ponctuellement, notamment pour savoir si une association a vraiment une activité religieuse, le juge sera amené à qualifier des pratiques, mais il est essentiel de poser pour principe qu’il ne lui revient pas de qualifier les croyances.

    Ensuite, la déclaration traite d’une manière globale trois libertés de l’intime : la pensée, soit le raisonnement articulé ; la conscience, qui renvoie à une démarche morale ; la religion qui a pour ressort la conviction intime et doit être respectée en tant que telle.

    Enfin, la protection effective de cette liberté intime suppose qu’elle puisse s’extérioriser, et le droit doit garantir la libre manifestation des croyances dans l’espace social. Dans le débat public français, est souvent posé comme un adage de principe l’opposition entre la sphère publique et la sphère privée. Le texte de 1948 rappelle que cette opposition heurte les bases du raisonnement, car il n’y aurait aucune liberté de « pensée, croyance ou religion » si l’extériorisation de cette intime n’était pas protégée.

    Or, c’est bien sur ce point que tout se joue. Jamais un pouvoir d’État n’indiquera qu’il s’en prend à une croyance,… alors qu’il trouvera maints prétextes pour dire qu’il doit limiter les manifestations extérieures.

    La déclaration du 25 novembre 1981

    Parfaitement consciente de cette problématique, l’assemblée générale de l’ONU a adopté le 25 novembre 1981 une très intéressante déclaration (Déclaration sur l’élimination de toutes les formes d’intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction, n° 36/55), qui donne un contenu concret à l’exercice de cette liberté, et l’article 6 a une importance toute particulière :

    « Conformément à l'article premier de la présente Déclaration et sous réserve des dispositions du paragraphe 3 dudit article, le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion ou de conviction implique, entre autres, les libertés suivantes :

    « a) La liberté de pratiquer un culte et de tenir des réunions se rapportant à une religion ou à une conviction et d'établir et d'entretenir des lieux à ces fins ;

    « b) La liberté de fonder et d'entretenir des institutions charitables ou humanitaires appropriées ;

    « c) La liberté de confectionner, d'acquérir et d'utiliser, en quantité adéquate, les objets et le matériel requis par les rites ou les usages d'une religion ou d'une conviction ;

    « d) La liberté d'écrire, d'imprimer et de diffuser des publications sur ces sujets ;

    « e) La liberté d'enseigner une religion ou une conviction dans les lieux convenant à cette fin ;

    « f) La liberté de solliciter et de recevoir des contributions volontaires, financières et autres, de particuliers et d’institutions ;

    « g) La liberté de former, de nommer, d'élire ou de désigner par succession les dirigeants appropriés, conformément aux besoins et aux normes de toute religion ou conviction ;

    « h) La liberté d'observer les jours de repos et de célébrer les fêtes et cérémonies conformément aux préceptes de sa religion ou de sa conviction ;

    « i) La liberté d'établir et de maintenir des communications avec des individus et des communautés en matière de religion ou de conviction aux niveaux national et international.

    II – Le Pacte des droits civils et politiques de 1966

    5609a7ddc9538.jpgLa force juridique du Pacte

    Au sein de l’ONU, s’est dégagée la volonté d’adopter un texte serait proche de la Déclaration de 1948, mais qui aurait la forme d’une référence juridique opposable. Ce texte est le Pacte des droits civils et politiques de 1966. On trouve une rédaction plus juridique et plus précise, et les Etats qui ratifient ce texte s’engagent à respecter le contenu. À l’appui, a été créé le Comité des Droits de l’Homme, composé de juristes experts, qui contrôle à espace régulier l’application du Pacte dans les Etats signataires. De plus, les Etats sont encouragés à signer un protocole additionnel qui donne à chaque ressortissant la possibilité de s’adresser au Comité des Droits de l’Homme pour lui soumettre une situation individuelle lorsqu’il estime que les juridictions de son Etat n’ont pas respecté les dispositions du Pacte.

    À ce jour, le Pacte a été ratifié par 168 Etats, et le protocole additionnel par 115. Ceci confère au Comité des Droits de l’Homme un rôle considérable, telle une véritable juridiction internationale. Certes, le Comité ne condamne pas les Etats, mais les Etats se sont engagés à mettre en œuvre les décisions du Comité.

    Pour ce qui concerne la France, ont été ratifiés le Pacte et le protocole additionnel. De telle sorte, chaque ressortissant, après avoir épuisé les voies de recours internes, peut s’adresser directement au Comité des Droits de l’Homme. Par ailleurs, les lois votées doivent respecter les dispositions du Pacte, et la jurisprudence du Comité des Droits de l’Homme peut être invoquée devant le juge interne, avec une autorité supérieure à celle de la loi. Selon l’article 2 du Pacte, les Etats signataires « s’engagent à respecter et à garantir » les droits reconnus dans le Pacte, et à prendre les mesures « propres à donner effet » à ces droits.  » Dans son observation générale n° 31 (Observation générale n° 31 : La nature de l’obligation juridique générale imposée aux États parties au Pacte, CCPR/C/21/Rev.1/Add.13, 26 mai 2004) le Comité souligne :

    « 13. Le paragraphe 2 de l’article 2 fait obligation aux États parties de prendre les mesures nécessaires pour donner effet dans l’ordre interne aux droits énoncés dans le Pacte. Il s’ensuit que si les droits énoncés dans le Pacte ne sont pas déjà protégés par les lois ou les pratiques internes, les États parties sont tenus, lorsqu’ils ont ratifié le Pacte, de modifier leurs lois et leurs pratiques de manière à les mettre en conformité avec le Pacte. Dans les cas où il existe des discordances entre le droit interne et le Pacte, l’article 2 exige que la législation et la pratique nationales soient alignées sur les normes imposées au regard des droits garantis par le Pacte ».

    Le texte du Pacte

    Au sein du Pacte, c’est l’article 18 qui traite de la liberté de religion, et la rédaction est excellente :

    « 1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou Droits de l’homme et libertés fondamentales en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.

    « 2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.

    « 3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.

    « 4. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter la liberté des parents et, le cas échéant, des tuteurs légaux de faire assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions ».

    L’article 27 souligne l’attention due aux minorités religieuses :

    « Les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent être privées du droit d’avoir, en commun avec les autres membres de leur groupe, leur propre vie cultuelle, de professer et de pratiquer leur propre religion, ou d’employer leur propre langue ».

    L’article 29 traite des limites au libre exercice :

    « Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique ».

    La doctrine du Comité des Droits de l’Homme

    Le Comité des Droits de l’Homme a souvent été amené à se prononcer sur la liberté de religion par ses observations générales, ses rapports périodiques et sa jurisprudence. L’un des textes les plus éclairant est l’’observation générale n° 18 du 10 novembre 1989, notamment quand il traite des restrictions qui peuvent être apportées aux manifestations extérieures :

    « Le paragraphe 3 de l'article 18 n'autorise les restrictions apportées aux manifestations de la religion ou des convictions que si lesdites restrictions sont prévues par la loi et sont nécessaires pour protéger la sécurité, l'ordre et la santé publics, ou la morale ou les libertés et droits fondamentaux d'autrui. Aucune restriction ne peut être apportée à la liberté d'avoir ou d'adopter une religion ou une conviction en l'absence de toute contrainte ni à la liberté des parents et des tuteurs d'assurer à leurs enfants une éducation religieuse et morale.

    « Les restrictions imposées doivent être prévues par la loi et ne doivent pas être appliquées d'une manière propre à vicier les droits garantis par l'article 18.

    « Les restrictions ne doivent être appliquées qu'aux fins pour lesquelles elles ont été prescrites et doivent être en rapport direct avec l'objectif spécifique qui les inspire et proportionnelles à celui-ci. Il ne peut être imposé de restrictions à des fins discriminatoires ni de façon discriminatoire. Le Comité fait observer que la conception de la morale découle de nombreuses traditions sociales, philosophiques et religieuses ; en conséquence, les restrictions apportées à la liberté de manifester une religion ou une conviction pour protéger la morale doivent être fondées sur des principes qui ne procèdent pas d'une tradition unique ».

    Ces règles ont été rappelées dans la décision Yeo-Bum Yoon (CDH, Yeo-Bum Yoon et Myung-Jin Choi c. République de Corée CCPR/C/88/D/1321-1322/2004, 23 janvier 2007) :

    « Bien que certaines restrictions au droit de manifester sa religion ou conviction soient permises, ce ne sont que celles définies par le paragraphe 3 de l’article 18, c’est-à-dire celles « prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre, de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui ». 

    III – Quelques observations sur le régime français de la laïcité…

    Sous l’angle du droit international, toutes les religions sont traitées sous le même pied. Il en existe une immense diversité, avec en leur sein plusieurs écoles de pensée, mais toutes sont régies par ce régime. Il est remarquable que sur une question si sensible, la communauté internationale parvienne à s’accorder sur un régime juridique unique, et il faut ainsi souligner l’importance de cet article 18. De même, il sera toujours très intéressant de se référer aux travaux du Comité Droit de l’Homme qui est saisi des difficultés d’application dans plus d’une centaine d’État, et qui cherche à dégager des solutions en cohérence avec la règle commune.

    Ensuite, le régime de base de la liberté de religion tel qu’il est défini par l’article 18 du Pacte réunit l’essentiel de ce que l’on proclame souvent comme étant la laïcité : croire ou ne pas croire, croire ce que l’on veut, pouvoir pratiquer et ne pas subir de discrimination. Prenez le temps de bien lire l’article 18 du Pacte de 1966, et vous retrouverez des choses bien proches de ce qu’on entend couramment par « laïcité à la française ». Bien sûr, il existe une spécificité française, ce comme pour chaque pays, mais cette spécificité joue à la marge, l’essentiel résultant du droit international. Il reste une part pour le droit interne, mais celui-ci devra s’inscrire dans le droit international.

  • Liberté de religion vs. Liberté d’entreprendre : 1-0… aux US

    Un bien joli arrêt de ce 1° juin de la Cour suprême des Etats-Unis (Amérique du Nord, territoire indien occupé), sur la conciliation entre la liberté de religion et la liberté de culte.

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    Abercrombie & Fitch, on connait : habillez-vous jeunes et sexy, et sexy c’est à moitié à poil. Vous choisissez la moitié, pourvu qu’il y ait une moitié. Les vendeurs ne sont pas des vendeurs, mais des mannequins, des hommes et des femmes sandwich de la marque. Donc abdos en tablette de chocolat pour les mecs, taille fine et balcon de luxe pour les filles.

    Les faits qui nous intéressent remontent à 2008, avec une jeune femme Samantha Elauf qui se présente à un entretien d’embauche à Tulsa, dans Oklahoma. Elle très bien cette jeune fille, mais il y a un problème : elle porte un foulard couvrant ses cheveux. Le recruteur accepte, mais le boss bloque au motif que Samantha « viole » le code vestimentaire d’Abercrombie & Fitch.

    Samantha engage donc un procès pour ce refus d’embauche, en soutenant que le motif réel est une discrimination religieuse. Ah les filles,… mais où vont-elles chercher tout cela ?  

    Le premier juge lui donne raison sur le fondement de la loi fédérale de 1964 sur les droits civiques, qui interdit la discrimination en matière d’emploi fondée sur « la race, la religion, la couleur, le sexe ou l’origine nationale », et lui alloue 20.000 dollars.

    Abercrombie & Fitch fait appel… et gagne : selon la cour, la loi de 1964 ne s’appliquait pas car Samantha n’avait pas invoqué la question religieuse lors de l’entretien et n’avait pas fait formé une demande d’aménagement du règlement intérieur Abercrombie & Fitch. C’est l’idée que la discrimination religieuse à l’embauche est interdite, sauf si l’employeur démontre qu’il ne peut pas « aménager raisonnablement » son activité pour la conformer à une pratique religieuse.

    Oki, Samantha part devant la Cour suprême, avec le soutien de l’Agence gouvernementale pour l’égalité devant l’emploi (EEOC).

    Pour le juge Antonin Scalia, qui a rendu la décision ce 1° juin, avec l’assentiment de 8 juges sur 9, la discrimination religieuse est établie car l’employeur avait « intentionnellement refusé d’embaucher Samantha Elauf à cause de son hijab, après avoir conclu correctement qu’Elauf portait le hijab pour des raisons religieuses ».

    Le juge poursuit : « Un employeur ne peut pas faire de la pratique religieuse d’un postulant, qu’elle soit confirmée ou pas, un facteur d’embauche. La loi ne requiert pas que l’employeur ait eu connaissance d’une demande d’aménager le règlement. L’employeur a au moins supposé que la pratique [le port du foulard] était de nature religieuse. Son refus d’embaucher était donc motivé par le désir d’éviter d’autoriser cette pratique, et cela suffit, car la pratique religieuse d’un employé ne doit pas être une raison pour un employeur de refuser l’embauche, et ce peu importe que l’information provienne d’une connaissance réelle, d’un soupçon bien-fondé ou d’un simple pressentiment ».

    C’était le match liberté d’entreprendre contre la liberté de religion. La religion gagne, et c’est très bien : avoir une spiritualité n’est pas un handicap, j’espère…

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  • Plus grande synagogue d'Europe… inaugurée en Turquie

    Grand pays pour la liberté de religion, la Turquie a inauguré hier, après restauration, la Grande Synagogue d’Edirne. Un monument.

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    Monument architectural d’abord. C’est la plus grande synagogue d’Europe et la 3ème au monde, pouvant accueillir 1.200 fidèles. Les travaux ont été dirigés par la Direction Générale des Fondations, une dépendance des services du Premier ministre.

    Monument historique ensuite. La synagogue avait été construite en 1907, du temps de l’Empire Ottoman, sur une décision du sultan Abdülhamid II. Reprenant le modèle architectural de la synagogue de la Tempelgasse à Vienne, elle avait ouvert en 1909.

    La Turquie a reconnu Israël dès 1949, et a été pendant des décennies son allié militaire. Au fil du temps, la communauté juive est devenue moins nombreuse, dans la région d’Edirne aussi, et en 1983, il a fallu se résoudre à fermer la synagogue, qui se délabrait.

    Cette rénovation marque donc la volonté de l’Etat. Lors de l’inauguration, le vice-premier ministre Bülent Arinç a souligné : «Il n'y a pas d'antisémitisme en Turquie. Il n'y a pas de phobie qui équivaut à l'islamophobie comme en occident. Il n'y a pas de racisme en Turquie. Il n'a pas trouvé de terrain pour y prospérer. Lorsqu'on regarde ce qui se passe en Europe et dans d'autres pays, on constate qu'ils sont loin derrière nous et on en ressent vraiment de la peine».

    Le grand rabbin des juifs de Turquie, Ishak Ibrahimzadeh, a été lui aussi enthousiaste : « Il s'agit d'un événement historique pour les Juifs de Turquie… C'est la première fois que nous assistons à une réouverture de synagogue depuis la proclamation de la République en 1923».  La communauté regroupe environ 25.000 fidèles, essentiellement entre Istanbul et Izmir.

     

    Edirne symbolise la liberté de religion, avec désormais des édifies religieux pour les trois grands cultes monothéistes. Attention aux idées simples, si on veut essayer de comprendre. 

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  • Nous, Chrétiens de Palestine, disons « Allahu Akbar »

    Ceux qui n’ont rien à dire gavent les médias officiels, et il faut un peu chercher pour entendre ceux qui ont des choses à dire…notamment parce qu’ils vivent les situations. Voici – in extenso – un entretien avec l’Archevêque Sebastia Théodosios, de Jérusalem, recueilli par Nadezhda Kevorkova, le 30 janvier 2015, de RT, qui il y a peu s’appelait Russia Today. Un texte fort. Très fort. Lisez, prenez le temps de lire un grand connaisseur du monde.  

    *   *   * 

    L’Archevêque Sebastia Théodosios (Atallah Hanna), 49 ans, est le seul archevêque chrétien orthodoxe de Palestine à être en poste à Jérusalem et en Terre Sainte, tandis que tous les autres évêques du Patriarcat de Jérusalem sont des Grecs. Les autorités israéliennes l’ont plusieurs fois maintenu en détention, l’ont arrêté à la frontière ou ont confisqué son passeport. Parmi tous les ecclésiastiques de Jérusalem, il est le seul qui ne jouisse pas du privilège de passer par la porte VIP à l’aéroport – à cause de sa nationalité. « Pour les autorités israéliennes je ne suis pas un évêque, mais plutôt un Palestinien, » explique son Éminence. Quand il parle au téléphone il utilise beaucoup de mots qui sont d’habitude entendus de la part de Musulmans: « Alhamdulillah, Inch’Allah, Macha’Allah ». Il parle l’Arabe, et le mot arabe pour « Dieu » est Allah, que vous soyez chrétien ou musulman.

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    Nadezdha Kevorkova (NK): Votre Éminence, qu’est-ce que cela fait d’être le seul évêque palestinien de Terre Sainte?

    Théodosios (Hanna) de Sebastia (TS): Tout d’abord, je souhaite confirmer que je suis le seul évêque palestinien du Patriarcat orthodoxe de Jérusalem. Un collègue évêque officie dans la ville d’Ibrid au nord de la Jordanie; et il y a aussi de nombreux prêtres palestiniens.

    Je suis fier d’appartenir à cette grande institution religieuse qui a plus de 2000 ans. Mon église a protégé la présence chrétienne en Terre Sainte et les objets sacrés en rapport avec la vie du Christ et l’histoire de l’Église Chrétienne. Je suis fier de ma religion et de ma nationalité, je suis fier d’appartenir à ma patrie. Je suis un Palestinien, et j’appartiens à ce peuple religieux qui combat au nom de sa liberté et de sa dignité à réaliser ses rêves et ses droits nationaux.

    Je soutiens les Palestiniens, et partage leur cause comme leurs ennuis. Nous, les Chrétiens orthodoxes palestiniens se sommes pas détachés de leurs souffrances. La question palestinienne en est une qui nous concerne tous, Chrétiens comme Musulmans. C’est un problème pour tout individu intellectuellement libre aspirant à la justice et à la liberté en ce monde. Nous, les Chrétiens de Palestine souffrons avec le reste des Palestiniens de l’occupation et des difficultés de notre situation économique. Les Musulmans et les Chrétiens souffrent de la même manière, puisqu’il n’y a pas de différence dans la souffrance pour n’importe lequel d’entre nous. Nous vivons tous dans les mêmes circonstances compliquées, et surmontons les mêmes difficultés.

    Nous protégeons ces gens en tant qu’église et en tant qu’individus, et espérons que le jour vient où les Palestiniens auront leur liberté et leur dignité.

    NK: Pour ceux qui viennent visiter la Terre Sainte, il y a peu d’opportunités pour constater à quel point la situation des Palestiniens est difficile. Qu’avez-vous à dire à ceux qui désirent mieux comprendre le problème palestinien?

    TS: Les autorités israéliennes traitent le peuple palestinien d’une façon que nous ne pourrons jamais accepter ou tolérer, d’abord et avant tout parce qu’Israël traite les Palestiniens comme des étrangers, comme si nous étions des étrangers sur notre terre.

    Les Palestiniens n’ont jamais été des étrangers que ce soit à Jérusalem ou dans tout l’ensemble de la Terre Sainte. Israël est une force d’occupation qui nous traite comme si nous étions des visiteurs ou quelque espèce de résidents temporaires. Mais nous sommes le peuple natif de cette terre. Nous ne sommes pas arrivés ici, nous y avons toujours été. Par contraste, Israël est apparu hors de nulle part. Ils nous traitent comme si nous étions arrivés ici d’ailleurs, comme si nous avions récemment et par accident erré jusqu’à cette terre. Mais nous en sommes les propriétaires légitimes. Nous n’avons pas envahi Israël. Israël a envahi nos vies en 1948, et en 1967 a occupé Jérusalem-Est. Nous avions été ici bien longtemps avant Israël. Lorsque Israël a fini par arriver ici, nos ancêtres avaient vécu ici pendant des siècles.

    C’est pourquoi nous ne pouvons accepter qu’Israël nous traite comme des étrangers dans notre patrie. Je vais être franc et vous le répéter: les Chrétiens et les Musulmans souffrent de la même manière, aux mains des autorités israéliennes.

    NK: Visiter Jérusalem est-il aussi difficile pour un Chrétien palestinien de Cisjordanie que pour un Musulman?

    TS: Ils ne demandent pas si une personne arrivant de Beit Jala ou de Ramallah vers Jérusalem est chrétienne ou musulmane. Ils ne posent qu’une seule question, « Avez-vous un laissez-passer pour entrer dans Jérusalem ou pas? »

    Le laissez-passer autorisant un Palestinien à pénétrer dans Jérusalem est délivré par Israël. Personne ne peut passer sans en avoir un. En perpétuant sa politique raciste envers les Palestiniens, Israël dédaigne plusieurs confessions. Nous sommes tous pareillement ciblés. Tout dépend de l’obtention d’un laissez-passer, que vous soyez chrétien ou musulman. Nous sommes tous leurs cibles.

    Pour couronner le tout, Israël a pris le contrôle de beaucoup de propriétés appartenant à l’Église chrétienne orthodoxe, et interfère dans les affaires internes de l’Église. Ils font pression sur les Chrétiens palestiniens de toutes sortes de façons, essayant de les pousser à partir. Il n’y a qu’une seule cause à la souffrance, à la fois pour les Chrétiens comme pour les Musulmans en Terre Sainte.

    NK: La récente attaque sur le journal satyrique français à déclenché une vague de manifestations anti-musulmanes en Europe. Netanyahou a défilé au premier rang d’une telle manifestation. Quelle est votre réaction face à ce qui s’est passé?

    TS: Nous dénonçons les attaques de Paris qui ont été commises par des gens représentant prétendûment une religion particulière. Mais ils ne représentent aucune religion – ce sont des assassins. Cette attaque a été perpétrée par des gens qui prétendent avoir la foi, mais ils ne représentent aucunement l’Islam ni ne peuvent agir au nom de l’Islam, ils ne font que nuire et faire du tort à l’image de l’Islam à travers leurs actes. Pareillement, nous dénonçons tout autant les opérations terroristes en Syrie et en Irak, que les attaques terroristes à Paris.

    Ceux qui ont commis les attaques terroristes de Paris et d’ailleurs appartiennent aux mêmes groupes qui se livrent au terrorisme en Syrie et en Irak et attaquent des lieux saints, profanent des églises et kidnappent des dirigeants religieux. Ils attaquent des femmes et des enfants en Syrie, au Liban et en Irak. Nous avons été témoins de l’acte de terreur, à Tripoli au Liban il y a seulement quelques jours qui a tué des douzaines de personnes innocentes dans un café. Nous condamnons les attaques terroristes de Paris et nous condamnons également toutes les attaques similaires partout dans le monde. Nous sommes fermement opposés à l’idée d’une connexion de ces attaques avec l’Islam.

    Nous sommes actuellement en préparation d’une conférence internationale à laquelle prendront part des personnalités religieuses – Chrétiennes, Musulmanes et Judaïques – de plusieurs pays pour affirmer que nous, les représentants des trois religions monothéistes, sommes contre la terreur, le fanatisme et la violence utilisés sous des slogans religieux. La conférence aura peut-être lieu à Amman, en Jordanie.

    NK: Pour un esprit occidental, « Allahu Akbar » ressemble à une menace. Qu’en pensent les Chrétiens de Terre Sainte?

    TS: Nous, les Chrétiens, disons aussi « Allahu Akbar ». C’est une expression de notre entendement que le Créateur est grand. Nous ne voulons pas que cette phrase soit mise en relation avec le terrorisme et avec des crimes. Nous refusons d’associer ces mots à des massacres et à des meurtres. Nous nous exprimons contre l’usage de cette phrase dans ce contexte. Ceux qui s’en servent insultent notre religion et nos valeurs religieuses. Ceux qui se servent de ces mots en commettant des actes irréligieux, païens et barbares nuisent à la religion.

    « Allahu Akbar » est une expression de notre foi. Il ne faut pas utiliser ces mots dans des buts sans rapport avec la religion pour justifier la violence et la terreur.

    NK: Les gens disent-ils « Allahu Akbar » à l’église?

    TS: Bien entendu. Pour nous, « Allah » n’est pas un terme islamique. C’est un mot utilisé en Arabe pour signifier le Créateur qui a fait le monde dans lequel nous vivons. Donc quand nous disons « Allah » dans nos prières, nous entendons par là le Créateur de ce monde. Dans nos prières et nos requêtes, dans nos cérémonies religieuses chrétiennes orthodoxes, nous nous servons précisément de ce mot. Nous disons, « Gloire à Allah pour l’éternité ». Nous disons beaucoup « Allah » au cours de notre liturgie. C’est une erreur de penser que le mot « Allah » n’est utilisé que par les Musulmans. Nous, les Arabes chrétiens, disons « Allah » dans notre langue arabe comme moyen d’identifier et de nous adresser au Créateur dans nos prières.

    NK: Tout ceci a-t-il un rapport avec le Christ? Est-ce lui qui a provoqué un schisme religieux en Terre Sainte? 

    TS: Nous Chrétiens croyons que Jésus est déjà venu. Nous avons récemment célébré Noël comme rappel que Jésus est venu en ce monde, qu’il est né à Bethléem, et a entamé son chemin ici en Terre Sainte pour le bénéfice de toute l’humanité et pour la rédemption du monde. Donc en ce qui nous concerne, Jésus est déjà venu. Les Juifs croient qu’il n’est pas encore venu, et s’attendent à son avènement. C’est le désaccord principal entre les Juifs et nous. Nous croyons que Jésus est déjà venu, alors qu’ils n’y croient pas.

    Malgré cela, nous ne sommes pas en guerre contre les Juifs. Nous n’exprimons pas d’antagonisme envers les Juifs ou qui que ce soit au monde, en dépit de différences dans nos croyances. Nous prions pour ceux qui sont en désaccord avec nous. Lorsque Jésus est venu en ce monde il ne nous a pas dit de haïr, d’ignorer, ou d’être en guerre les uns contre les autres; il ne nous a pas dit de tuer celui-ci ou celui-là. Il nous a donné une instruction très simple: de nous aimer les uns les autres. Quand Jésus nous a dit de nous aimer les uns les autres, cet amour ne dépendait pas de la manière d’être d’une personne, ou de ce qu’elle faisait. Si nous sommes réellement de vrais Chrétiens, c’est notre dette d’aimer tous les êtres et de les traiter positivement, et avec amour.

    Quand nous voyons quelqu’un être mauvais, perdu, et loin d’Allah et de la foi, quelqu’un qui agit mal, alors il est de notre devoir de prier pour lui, même s’il est peut-être différent de nous et de notre religion. Quand nous avons des désaccords religieux avec des gens, nous prions qu’Allah les guide sur le bon chemin. La haine, la colère et l’accusation de détenir une foi erronée ne font pas partie de notre éthique en tant que Chrétiens. C’est là le désaccord central et la différence entre la religion juive et la nôtre. La religion juive qui avait existé avant le Christ est celle de gens qui attendaient la venue du Christ. Beaucoup de Juifs l’ont suivi, pourtant il y a eu ceux qui n’ont pas cru en lui, et qui l’ont rejeté.

    Nous savons que Jésus fut persécuté, et les premiers Chrétiens le furent aussi. Par exemple, le roi Hérode tua des milliers de bébés à Bethléem en pensant que Jésus serait parmi eux. Le livre des Actes des Apôtres, ainsi que la tradition sacrée, parlent de nombreux exemples de persécution des premiers Chrétiens. Malgré cela, nous voyons en chaque personne qui n’est pas d’accord avec nous sur la religion un frère, notre congénère. Allah nous a tous créés, il nous a donné la vie, et c’est par conséquent notre devoir d’aimer chaque personne et de prier pour ceux qui sont dans l’erreur ou ne comprennent pas, afin qu’Allah les guide sur le bon chemin.

    NK: Est-ce pour cela que les Chrétiens et les Musulmans sont persécutés?

    TS: Nous ne faisons pas de différence entre les Palestiniens sur la base de qui est chrétien ou qui est musulman, qui est religieux et qui ne l’est pas, qui est resté et de quel parti ils sont membres. Nous ne divisons pas les gens en fonction de leurs convictions ou de leur religion. Pour la résistance cela n’a pas d’importance qu’ils soient chrétiens ou musulmans.

    Quelles que soient leurs opinions politiques, tous les Palestiniens soutiennent activement l’idée que le peuple palestinien  doit pouvoir exercer ses droits et accomplir son rêve. Oui, de nombreux Chrétiens ont été tués depuis 1948 et jusqu’à ce jour. Certains Chrétiens ont été poussés à quitter leurs maisons. Quelques villages chrétiens ont été complètement détruits et maintenant il n’y reste plus une seule maison ou un seul habitant, comme à Al Galil sur le plateau du Golan par exemple. Beaucoup d’églises ont été attaquées à Jérusalem; il y a eu des tentatives de saisie de leurs biens et de leurs terres.

    Il y a des Chrétiens dans des prisons israéliennes – pas autant que des Musulmans, mais il y en a. La communauté chrétienne est plus petite en général, mais nous avons nos propres martyrs à avoir été tués ainsi que des prisonniers qui ont passé de longues années derrière les barreaux. Les Chrétiens souffrent sous l’occupation israélienne tout comme les Musulmans – toute la population palestinienne souffre sous son joug. Ils ne font pas de distinction entre nous.

    NK: Y a-t-il des aspects spécifiques à la vie des Chrétiens en Terre Sainte?

    TS: Voici un des nombreux exemples, en relation avec l’Église Orthodoxe Russe. La Cathédrale de la Sainte Trinité, située dans la partie occidentale de Jérusalem, appartenait à l’Église Orthodoxe Russe mais après 1948 Israël a tiré avantage de la situation en Russie pour saisir certains des bâtiments autour de la Cathédrale, s’en servant comme locaux pour la police et de prison où fut pratiquée la torture. Quand quelqu’un dit « moskobiya », se référant à quelque chose en relation au Patriarcat de Moscou, une chose sacrée et spirituelle, les premières choses qui viennent à l’esprit d’un Palestinien vivant à Jérusalem sont la torture, la police, les interrogatoires et la prison. À Nazareth, par exemple, le mot « moskobiya » est exclusivement associé à la vieille école russe ou l’élite culturelle, scientifique et politique palestinienne avait étudié. Bien qu’elle ait été fermée après la Révolution de 1917 en Russie, sa renommée lui a survécu. Donc c’est seulement pour les Palestiniens de Jérusalem.

    NK: Que pensent les Chrétiens palestiniens, je veux dire en premier les Chrétiens orthodoxes, de la crise en Ukraine?

    TS: Globalement, nous sommes profondément inquiets de la division en Ukraine. Nous croyons toujours que tous les Chrétiens ukrainiens doivent rester dans le giron de leur Mère l’Église qui est le Patriarcat de Moscou. Je souhaite que la crise ukrainienne soit résolue à travers le dialogue pour que nous voyions la réconciliation et la fin de la violence et du sang répandu.

    Les Chrétiens n’ont pas besoin de guerres, de tueries et de massacres. La crise politique doit être résolue pacifiquement. L’Église doit travailler dur pour assurer que les divisions soient résolues et surmontées. L’Église Orthodoxe en Ukraine est forte car la plupart des gens y suivent le Christianisme Orthodoxe. Les dissensions doivent être guéries. Nous espérons vraiment que les efforts du Patriarcat de Moscou et du Patriarcat de Constantinople nous aideront à réunifier l’Église en Ukraine. Je crois que le schisme peut être inversé et que ceux qui se sont détachés peuvent revenir. Mais pour que cela ait lieu nous avons besoin d’humilité, de foi et d’une volonté forte. Nous prions pour l’Église Orthodoxe de l’Ukraine.

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